Ethnologie française
P.U.F.

I.S.B.N.9782130515081
192 pages

p. 581 à 589
doi: en cours

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n° 88 2001/4

2001 Ethnologie française

Camper ou l’expérience de la vie précaire au grand air

Olivier Sirost Université de la Méditerranée Aix-Marseille II
Camper aujourd’hui prend la valeur d’un héritage, dans le sens où les formes de cette expérience sont tout à la fois éclatées et le mieux partagées du monde. On transmet aux futures générations des ustensiles ménagers, un savoir-vivre, l’aptitude à vivre ensemble et en autosuffisance, la manière d’user de son temps, un regard protecteur sur la nature, l’accès à une gamme de sensations et de pratiques sportives. La banalisation et les préjugés portés sur la vie quotidienne tournée vers la pratique font du camping un « lieu commun » [Cauquelin, 1999].
L’expérience de la « vie sauvage » sera très vite mise en image, traversant ainsi les différentes tonalités de la société. Le film ethnographique, puis le cinéma d’aventure ont été les relais imagés du camping dans sa forme pure et certainement originelle. Les campeurs des explorations du xixe siècle adoptent un mode de vie spartiate, parfois très difficile à supporter au regard du camping familial porté par la société de loisir. Les Tarzan des années 1930 conjuguent avec bonheur la vie primitive décrite dans le cinéma anthropologique et le « désir chlorophyllien » des citadins [1]. Ils généralisent un mode de vie rendu familier par les gens du voyage, le vagabondage, le tourisme bourgeois, le service militaire et les « robinsonnades » de l’enfance. Retourner à la vie sauvage en adoptant le dénuement du campeur imprime les esprits et les disciplines scientifiques. Les sciences humaines puisent dans ce genre d’existence un réservoir inépuisable d’images, véritable musée du savoir [Piault, 2000]. Nous pouvons aussi y voir le socle d’une culture populaire, qui s’appuie sur ce que la vie comporte de plus élémentaire et les plaisirs simples. Les succès conjoints des récits d’aventures et du cinéma nous le prouvent. Les campeurs des années 1930 prendront pour modèle ces explorateurs à la tente qui parcourent le monde avec le même enthousiasme et la même énergie. En 1937 est fondé le Club des explorateurs français, véritable vitrine de l’art de se débrouiller et de l’impulsion de camper. Placés sous l’égide des revues Le Risque et Camping, les récits des aventuriers à la tente alimentent l’imaginaire et le style de vie idéal de la génération des congés payés. Le relais se fera plus insistant avec le cercle Connaissance du monde après la Seconde Guerre mondiale : en diffusant les films dans les différentes villes de France et d’Europe, les conférenciers n’hésitent pas à faire toucher au plus près ce fonds commun de « culture primitive » [2]. Ce lien en apparence banal sera poussé plus avant lors des salons du camping où certains exposants iront jusqu’à reconstituer des habitations de peuplades indigènes à côté des villages de toile.
Le drame de Lurs qui voit une famille de campeurs anglais assassinée, les Drummond, le père, la mère, la fillette, le 5 août 1952 aux abords de la route nationale 96, non loin de leur auto de marque Hillman, associe insécurité et mode de vacances [Chenevier, 1973]. Sur les terres paysannes et désertées de toute civilisation des Dominici, l’ancien militaire anglais et sa famille se sont laissé prendre par un environnement aux apparences paisibles. Cette tuerie ravive les drames vécus par les colons lors de rencontres hostiles avec l’indigène. La famille Dominici est présentée par les médias comme l’espèce sauvage vivant encore au fond des campagnes françaises et dont l’ombre plane sur les touristes de passage. Le camping est alors caractérisé comme un musée des comportements et une réserve naturelle des derniers espaces sauvages permettant l’évasion du citadin. À cette imagerie coloniale succéderont dans les années 1960 les films populaires à grand succès. Louis de Funès composera à plusieurs reprises avec la caricature du campeur ordinaire. De la douche de La belle Américaine au nautisme du Petit baigneur, en passant par les nudistes du Gendarme de Saint-Tropez, l’arrière-fond des intrigues reste indubitablement cette culture populaire de la simplicité et de la bonne humeur qu’offre la vie en caravane et sous la tente. Ces objets désormais relégués à l’usage banal comme le sac de couchage, le couteau suisse, le réchaud ou la paire de chaussures de toile portent les valeurs d’une société aux enseignes bien connues : Camping gaz, Au vieux campeur [3], Trigano.
Aux images viennent se superposer les objets et usages de la vie courante dont chaque foyer s’équipe. D’abord considéré comme primitif, l’héritage s’incarne à travers la marchandise banale de la société de consommation. Les traditions d’un monde rural qui s’éteint sont assurées par un mode de loisir. Cette transition passe par un accès généralisé à l’objet manufacturé et au temps libre. La logique sera poussée jusqu’à la démocratisation des vacances populaires par la satire cinématographique des Bronzés, au début des années 1980. Aujourd’hui les médias vont encore plus loin dans le façonnage des loisirs passés sous la tente, en caravane ou en mobil-home. Le reportage télévisé sur les vacances estivales en camping est devenu incontournable. S’y distinguent pour l’essentiel deux manières de vivre la nature. D’une part, le camping est synonyme du grand rush urbain. En témoignent ces campeurs en agglomération lilloise qui passent leurs vacances sur un parking clôturé où s’entremêlent toiles de tentes et caravanes à 500 mètres des hlm. D’ailleurs, les campeurs urbains rentrent le soir dormir dans leur appartement. D’autres choisissent l’aire d’autoroute pour s’établir. Ces espaces destinés à la pause lors des haltes sur le chemin des vacances sont devenus sûrs, proches de supermarchés et offrent une nature réaménagée avec ses animations d’été. Ainsi, une cohorte de caravaniers s’y retrouve au moment des migrations estivales. Enfin, le reportage télévisé montre régulièrement les retrouvailles avec la nature dans ces villes de toiles situées à proximité de Saint-Tropez ou chez les campeurs naturistes établis en région aquitaine. Dans chacun de ces scénarii, c’est la concentration de campeurs érigée en village qui fige les images.
L’autre tendance est au renouvellement des manières de passer ses vacances. Le camping apparaît alors comme un moyen privilégié de se couper de la civilisation et de s’isoler du chahut collectif des mois de juillet et d’août. Le camping à la ferme renoue avec une recherche d’authenticité et d’œuvre de salut. La déambulation en péniche sur le réseau fluvial ou en roulotte tirée par des chevaux sur les chemins forestiers renouvelle les vacances nomades à portée des sens. Il en va de même de ces randonneurs évoluant sur les sentiers de grande randonnée de Corse et d’ailleurs. Ici, la caméra fixe la pureté d’un mode de vie au contact plus direct avec la nature, dont les configurations liées aux chemins et aux transports semblent infinies. Ce modus vivendi trouve son expression la plus aboutie avec les explorateurs des pôles, des sommets et des mers où l’abandon à la vie sauvage et aux éléments naturels semble extrême.
Entre ces deux traits qui bornent le camping se dessine toute une palette faite de colorations diverses, adaptée aux desiderata de tout un chacun. Que retenir de ces legs qui se sont enrichis au fil du temps ? Comment analyser un phénomène qui imprègne à lui seul les images communes des vacances ? Le paradoxe sans doute le plus important réside dans le fait que le camping est devenu tellement commun qu’on ne le voit plus ou que l’on se refuse à y porter attention. Cette impression de déjà vu, le camping la cultive en étant tour à tour un adjuvant précieux de l’explorateur et du « plein-airiste », une méthode d’éducation pour la jeunesse ou des vacances populaires pour les masses. Situé au carrefour des sports, des pédagogies corporelles et des loisirs, le camping se trouve éclipsé. La pratique de la vie sous la tente est souvent présentée comme une folie, une blague de potaches ou une aliénation de plus portée par la vie moderne. Si ces clichés font écran à l’analyse du phénomène, ils mettent l’accent sur des caractéristiques communes apportant un nouvel éclairage aux exercices du corps. Camper reste le dénominateur commun des pratiques aventureuses, éducatives et sportives, les reliant à travers des gestes, des images et des usages élémentaires. Au regard des travaux sur le tourisme et les loisirs [Boyer, 1999 ; Deprest, 1997 ; Viard, 1998], le camping apparaît comme le deuxième mode d’hébergement des Français derrière la résidence secondaire et devant l’hôtellerie. Situé au troisième rang de l’économie mondiale derrière les industries pétrolière et automobile, le tourisme occupe une place de choix dans nos sociétés contemporaines. La France, premier pôle géographique mondial en matière de camping, constitue un terrain d’étude qui se distingue par son rang.
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IMGIMGIMGIMFLa forme pure du camping : en Ariège (vallée du Laurenti, 2 500 m) dans les années 1950 (fonds Louis Montange, archives de l’auteur).
On s’étonne alors du manque d’intérêt scientifique que provoquent ces loisirs peut-être apparemment trop banals. L’essentiel des études consacrées aux loisirs et aux vacances gardent une vocation généralisante. Les résultats ne distinguent en rien le campeur d’autres touristes ou sportifs. De même, le camping apparaît comme un phénomène homogène ancré dans une culture populaire. Pourtant les loisirs sous la tente sont soumis à un esprit des lieux et teintés de la force du local : un terrain de camping ne ressemble pas à un autre. À ces absences font écho les silences des législateurs. La gestion des terrains de camping est une affaire de multinationales, de politiques communales ou d’associations. L’hôtellerie de plein air constitue un milieu concurrentiel et prospère. Les informations circulent en vase clos et restent souvent confidentielles. Les préoccupations sont tournées vers la saison touristique à venir et non vers le souci de préserver des archives ou des témoignages d’acteurs.
Il semble que le camping oscille alors entre deux tendances fortes. D’un côté, nous avons un phénomène touristique commun, allant de soi pour chaque vacancier. De l’autre, un monde constitué de professionnels, avec une presse spécialisée, ses salons, son marché, ses équipementiers et ses entreprises. De l’anonymat du campeur au réseau secret d’un univers de professionnels, le phénomène reste délicat à appréhender. Pourtant les chiffres sont là pour témoigner de l’étendue d’un territoire laissé en friche. Pour la période qui s’étend de mai à septembre 2000, on relève en France 774 966 emplacements de passage sur les terrains classés. Pas moins de 93 573 000 nuitées ont concerné environ 7 millions de Français et 3 millions de touristes étrangers [4]. Si ces données convient à insister sur la pratique massive du camping estival en bord de littoral, elles n’échappent pas aux écrans projetés sur un mode de loisir et participent au camouflage d’ensemble. En effet, les associations de tourisme commencent à faire des statistiques sur le nombre de campeurs à la fin des années 1930 et au début des années 1950 lorsque les effets des congés payés se font sentir sur le nombre de vacanciers. Les moyens de contrôle que sont les vignettes assurances, les licences de clubs, puis la quantité de matériel vendue montrent vite leurs limites. En 1965, plusieurs enquêtes comparatives du ministère de la Jeunesse et des Sports, du fabricant Macofil et de l’insee affichent un nombre variant entre 3,5 et 7 millions de campeurs ! Aujourd’hui, l’appareillage statistique repose sur la bonne volonté des gestionnaires des terrains de camping classés qui affichent les chiffres de la saison. La méconnaissance des autres manières de camper reste flagrante. Mais les statistiques attachées au camping en bord de mer n’échappent malheureusement pas aux clichés concernant la population des campeurs et ne rendent pas compte de la grande diversité existant dans cette manière de passer ses vacances. Comme le souligne justement Pierre Sansot, historiens et sociologues des loisirs ont bien du mal à se départir du cliché des vacances populaires lorsqu’il s’agit de plaisirs simples [1991].
 
Les écrans
 
 
Cette précaution, les auteurs de ce numéro l’ont prise en examinant non pas le phénomène dans sa totalité, mais sous l’angle des époques, des associations, des appareillages idéologiques, des espaces et des populations qui les traversent. Un certain nombre d’écrans ressortent alors de l’analyse qui fait du camping un objet hétérodoxe [5]. Ainsi, deux formes de camping semblent se dégager, portées par une vaste littérature : une forme pure, aventureuse où vivre à la dure au plus près de la nature est la règle ; une forme hybride où sont reproduits l’agitation de la vie urbaine, son confort. La forme pure du camping est décrite de manière récurrente par les explorateurs comme une vie spartiate de renoncement à la civilisation. Selon Bernard Gorsky, « pour camper et aimer camper, il faut d’abord l’avoir détesté. Qu’est-ce que le camping, au fond ? Une lutte de l’esprit contre les habitudes du corps […], le confort moderne et quotidien opposé à l’amour de l’homme pour la nature. Ce combat a ses règles. Le vrai campeur, avant d’arriver à la conclusion que la vie du camping est idéale, a dû éliminer les déceptions des premiers jours et, patiemment, apprendre les mille et une choses dont le plein air réclame l’expérience exacte. Celui qui part avec son barda, sa tente et dit aux camarades, du fond de son cœur joyeux : “Cela va être épatant”, celui-là, et suivant une expression consacrée depuis les bancs de la communale, en a bavé et ne s’en est pas dégoûté » [1954 : 71-72].
Cette forme idéale de la vie dans la nature n’est cependant jamais totalement pure. S’il y a un apprentissage brutal des tâches élémentaires telles que se protéger, se nourrir et se loger, cette formation à l’école de la vie ne se dépare jamais tout à fait des éléments de la société. Ainsi, pour Bernard Gorsky comme pour les autres membres du Club des explorateurs français, le vrai camping possède ses règles : « Le mépris du confort est une sottise (aucun idéalisme ne redressera un lumbago), il faut seulement adapter ce confort à de nouvelles conditions d’existence dont la poésie ne sera durable et appréciée que dans un corps dispos. Il ne faut jamais braver les éléments. S’instruire des conditions atmosphériques, les choisir favorables et, si l’on s’est trompé, ne pas insister et retourner vers les hommes. Le matériel de camping devra être de la meilleure qualité, le plus léger et le plus maniable possible sous un petit volume. Ne jamais partir avant d’avoir vérifié deux fois si tout y est. » [Ibid. : 73] Le développement du camping sauvage en bord de littoral affiche pleinement cette contradiction. Le village flottant que présente Jean Griffet précise bien cette forme d’amarrage à la société : éprouver des sensations en prise directe avec les éléments naturels, tout en revenant régulièrement à une sociabilité traditionnelle.
Le camping d’aujourd’hui se caractérise surtout par les rassemblements estivaux de masse. Les bouchons des caravaniers sur la route des vacances, les terrains surchargés où s’entremêlent toiles de tentes et caravanes, les plages prises d’assaut par les estivants bedonnants en short prolongent l’imagerie des congés payés. La description concentrationnaire que donne San-Antonio du camping La méduse enchantée coïncide avec justesse aux clichés contemporains : « Certes, il se trouve sur la Côte dite d’Azur. Certes la mer est à huit cents mètres. Seulement… Seulement, il est situé en bordure de la nationale, entre une décharge publique et une cimenterie. Seulement, une ligne de chemin de fer dite Decauville le limite sur son quatrième côté. Seulement, une épaisse couche de poussière grise tente d’unifier le gigantesque campement. Un bivouac, mes amis ! Un camp de réfugiés. Plusieurs centaines de familles peu vêtues y végètent dans un monstrueux tohu-bohu. Chacune a dressé sa tente contre sa voiture, les plus huppées ont même des tentes formant garage afin de protéger leur vénérée tomobile des ardeurs solaires. Des haut-parleurs piqués au sommet de mâts colorés diffusent une musique concassante, ferrailleuse, abrutisseuse. Des senteurs de mauvaise cuisine se mêlent aux effluves du ciment. Le ciment sent la merde. La cuisine presque ! Des latrines proches, surchauffées s’échappent d’indéfinissables odeurs qui manquent de loyauté. La musique n’est qu’un fond, un grondement identique à celui de la mer par sa permanence. Mais mille bruits divers se joignent à elle pour cacophoner. Le sifflet aigrelet de la petite locomotive qui halète sur fond de décor. Les klaxons des campeurs sortant et des campeurs rentrant. Les criaillements de la marmaille turbulente. Les imprécations des houris. Les transistors hystériques, toujours et partout eux ! » [1969 : 74-75]
Les enquêtes ethnographiques présentées par Martin de La Soudière, Gilles Raveneau et Olivier Sirost montrent que la recherche de cette vie où l’on met la ville dans la nature possède ses propres ressorts de sociabilité. Le fait d’aplanir la promiscuité par l’habitat, de dévoiler sur un espace commun une partie de la sphère privée participe au réenchantement du quotidien, même si les habitudes ne se défont pas.
Entre ces deux formes idéalisées, mais jamais totalement pures, se déploie toute une palette de colorations sensibles qui impriment les images sociales des vacanciers. Camper laisse une empreinte indélébile dans la mémoire des campeurs. Si le campement vécu dans des conditions singulières pour l’aventurier, ou l’emplacement loué pour le touriste restent éphémères, ils impulsent une trace essentielle. Il s’agit d’une photographie mentale permanente qui compose un véritable héritage à transmettre. Chaque campeur tente alors à sa manière d’imprimer une pellicule de vie qu’il traverse seul ou en famille, afin qu’elle puisse agir à son tour comme révélateur sur les autres. Inciter sa progéniture ou ses amis à pratiquer l’acte de camper participe à la grand-messe des vacances. Cette mosaïque est éminemment polysémique et contradictoire.
Le camping se révèle être une formidable école de formation pour la jeunesse à travers les mouvements scouts. Il ne s’agit pas d’une éducation conventionnelle, mais d’une expérience de l’authenticité comme le montre Arnaud Baubérot, marquée par l’élaboration d’une charpente de la société idéale. Ce théâtre de relâchement des
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IMGIMGIMGIMFLa vie dans la nature pour héritage : dans les Alpes en 1950 (fonds Louis Montange, archives de l’auteur).
codes qu’est la vie de camp teste la solidité des normes de civilité nécessaires au fonctionnement de la vie en collectivité. On se relâche au contact de la nature pour toucher le fonds de civilité qui nous anime. De la même manière, le camping peut s’inscrire dans un prosélytisme républicain, par la variation des formes de pratiques, l’agencement des valeurs et par la circulation des expériences. Le campeur est à la fois le touriste distingué et le romanichel déambulant sur les routes. Catherine Bertho Lavenir pose bien cette ambiguïté à travers le développement du camping par le Touring Club de France. Développer l’hôtellerie de plein air consiste pour le législateur à se situer aux interfaces, à saisir au plus près l’alphabet des expériences vécues dans la nature pour les redéployer à la mesure de chaque campeur. Ainsi, fixer et diffuser des normes culturelles passent par l’inversion de mécanismes réglés comme la construction de l’identité sociale, et par l’éclatement des manières de vivre la nature. Le camping se déploie alors entre la tradition de la marche, les préparations militaires, la randonnée en montagne, la robinsonnade, le tourisme élégant, l’habitude des gens du voyage et les rassemblements familiaux.
Cette composante hétérotopique du camping semble être enracinée profondément dans les traditions populaires sans toutefois laisser transparaître d’unité. Selon Arnold Van Gennep [1998], le pique-nique, la promenade à travers champs, les rites du repas dominical sur l’herbe sont des constantes et des modes de vie de nos sociétés, un abécédaire ancien de nos comportements. Pourtant, ces rituels possèdent une grande variété d’adaptations locales et démontrent la force de transmission des traditions, sans toutefois dépendre d’un culte originel où d’une figure singulière. On ne les nomme pas. Il en va de même avec le camping. C’est ce que montre avec force le texte d’Aude Tissandier où le développement du loisir en Auvergne conjugue coloration locale et patronage des grandes associations touristiques. La composante rituelle de nos comportements en milieu naturel se réagence, se charge en valeurs et significations diverses selon les aires culturelles et les époques. C’est ce qui rend le camping si difficile à appréhender, d’autant que ce lexique comportemental et gestuel investit un territoire unifié de l’imaginaire. C’est ce que montre André Rauch à travers la vision utopique d’un paradis pour tous qui participe à la construction symbolique des vacances en camping. Reste à savoir ce qui compose l’ordre rituel caché des campeurs et à découvrir le territoire imaginaire qui s’y dévoile.
 
L’expérience de la précarité désirée
 
 
Au fond, toute l’histoire du camping, telle qu’elle se dessine à travers ses sources (revues, récits, témoignages, procès-verbaux, photographies, publicités), se confronte à la perspective établie de la société. Camping est proche étymologiquement de dare campos [6] qui renvoie à l’éphémère sonnerie de la récréation des cours d’écoles. Prendre la clef des champs repose alors sur une durée dont l’avenir n’est pas assuré. En ce sens, il n’est pas surprenant que les loisirs sous la tente se rapprochent de l’histoire des luttes populaires en faveur des congés payés. Cette référence prend une double signification. D’une part, il s’agit d’une victoire face à la précarité des conditions du travail ouvrier. D’autre part, les congés passés sous la tente restent marqués par une consonante populaire. Le camping se rapproche aussi du campus, espace social de passage, de formation où la pérennité n’est pas de mise. Ainsi, au regard des critères d’espace et de temps, camper est une activité révocable en tout lieu et en tout moment. Au cours du xxe siècle, les campeurs sont confrontés depuis longtemps à une pratique « à la sauvette », assujettis aux autorisations officielles, aux compromissions de voisinage, au regard porté sur les marginaux, comparés à des romanichels. Aujourd’hui, comme le montre l’enquête de terrain à Noirmoutier, plane un véritable flou du droit sur le campeur et ses pratiques. Les lois caractérisent le camping comme une pratique non pérenne, le campeur comme une personne de passage. L’habitat requis pour ce genre de vacances doit pouvoir à tout moment être enlevé de son emplacement. Cependant, lorsqu’il s’agit d’un mobil-home dont on a ôté les roues ou d’un chalet déposé par une grue, l’absence de pérennité devient difficile à définir. Ce souci d’un habitat de loisirs qui ne saurait rester à demeure pose un problème politique. Le campeur, même s’il possède l’électricité et le tout-à-l’égout, doit être mis à l’écart d’un droit de vote potentiel. Le mitage occasionné par ces vacanciers ne doit pas mettre en péril une identité locale représentée par ses institutions. Pourtant, dans les faits, il s’agit de plus en plus d’un refuge de pratiques et de valeurs qui s’apparente à la résidence secondaire [Dubost, 1998]. La grande utopie du camping ne résiderait-elle pas alors dans l’énergie investie à pérenniser un mode de vie qui, par nature, ne l’est pas ?
Derrière ces filtres qui synthétisent des formes idéalisées de camping comme retour à la vie sauvage ou emblème des vacances populaires se dissimule l’expérience de ce qui est élémentaire dans la vie sociale. Pour accéder à la collection des souvenirs, à la propriété symbolique de lieux de vacances, aux valeurs qui s’épuisent dans le présent du moment vécu, il faut passer par la dépossession, la désappropriation. Camper renverse les normes sécurisantes de la société. Éprouver la fragilité, l’instabilité, le temporaire permet de bâtir plus solidement sa vie. C’est cette idée que traduit la sensibilité écologique de plus en plus présente sur le théâtre du quotidien. Bernard Kalaora montre la succession qui va historiquement de la construction de l’humain authentique à l’élaboration de la nature naturelle. Vivre la précarité, ce fut d’aller se confronter aux éléments déchaînés ; aujourd’hui c’est protéger son environnement des pollutions humaines. Cette contradiction fait surtout apparaître une constante : l’authentique s’élabore dans la confrontation et la prise en charge de l’insécurité. Au fond, la recherche du sauvage face au sur-civilisé, la quête de l’autre dans la promiscuité ne sont que des manières de tester, à un moment donné, la solidité des liens qui font société. La pédagogie du camp scout joue sur cette dimension, en modulant l’intensité de la libération contrôlée des affects selon les publics à former (A. Baubérot). Il en va de même de l’élite bourgeoise des clubs touristiques qui au début du xxe siècle joue sur une inversion des mécanismes de distinction : se distinguer, c’est se dénuder, se découvrir, se dépouiller (C. Bertho Lavenir).
Si la précarité obéit à des règles qui consistent à se situer en retrait d’un système moral [Simmel, 1999], elle renvoie aussi à l’expérience de la fragilité. Cette expérience relatée par la maxime « Comme un oiseau sur une branche » sert de préambule et d’inspiration au personnage du Champi élaboré par George Sand [1983]. Le Champi, c’est celui qui va à travers champs, en un mot, le campeur. Le Champi possède une réalité historique : l’envoi des enfants d’ouvrières en nourrice à la campagne. Il y a chez le campeur cette dimension anthropologique du nichage, être à l’abri face à la démesure du monde. L’histoire du tourisme est parsemée de ces petits abris qui évoquent les parfums de l’enfance. Les cabines de plages, les cabanons, les roulottes, les huttes, les cabanes, les refuges en sont les signes permanents. Souvent ils n’apparaissent pas sur les cadastres et participent à un mitage de l’espace touristique, recomposant souterrainement le territoire local. Pour une fabrication de l’authentique, cette bigarrure du paysage touristique prend des formes nouvelles à l’occasion de « fêtes de la nature ». C’est ce que montre Sergio Dalla Bernardina. La manifestation de Chambord prend les allures d’un village de toile au sein duquel chacun exprime sa vision du « vrai ». La précarité tutoie alors les différentes teintes de la vie simple : chevaliers, chasseurs, écologistes, « plein-airistes » s’y côtoient dans la même illusion. Les images et les figures d’autres âges auxquels le campeur se réfère constituent des interfaces fortes où chacun niche ses affects, ses sens et ses valeurs, ce qui va parfois jusqu’à proposer des images antagonistes. Cet « oxymore vivant » est bien une preuve supplémentaire que le camping et le recours à la vie précaire permettent de jouer un théâtre en dehors des scènes convenues de la société. Le feu de camp, le nid douillet préparé sous la caravane, les repas composés des prises de la pêche du jour sont autant d’actions valorisées pour elles-mêmes que les conventions ont porté loin de nos habitudes.
Si ces manifestations restent fragilisées par leur caractère éphémère (elles ne durent pas et sont sans domicile fixe), elles tirent précisément leur intensité de ce trait particulier. On peut étendre le plaisir de ce jeu dans le camping aux fêtes techno d’aujourd’hui ou aux « tours » sportifs de l’été. La précarité puise sa signification dans son ouverture sur une épopée ludique. C’est ce contraste saisissant que décrit Colette
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IMGIMGIMGIMFLe village de toile au début des années 1960 : une précarité construite (fonds Louis Montange, archives de l’auteur).
à travers le camping des années 1930 : « Regardez-les, l’enfant, l’adolescent, l’homme des villes, regardez-les composer avec des habitudes invétérées. […] si je leur demandais, à ceux-là qui sont parmi les plus modestes, pourquoi ils sont à ce point gais, heureux d’être mal assis, rougis de froid, nourris de fruits, de fromages et de rillettes, que me répondraient-ils ? Ils s’en tireraient, par quelque grosse plaisanterie, un mot irrévérencieux qui ne m’expliqueraient rien. Et c’est peut-être moi qui pourrais leur dire que certains plaisirs n’ont pas de nom dans le langage. » [1989 : 523] Le retour à l’enfance permet de comprendre la charge symbolique et affective dont les campeurs créditent leur mode de loisir. La vie sous la tente, en caravane ou mobil-home par sa dimension précaire, assujettie aux caprices des éléments, mais aussi par les mondes sur lesquels elle ouvre, possède tous les traits de la maison onirique [Bachelard, 1948] de l’enfance. S’y conjuguent les empreintes laissées par les expériences fortes de sa vie, l’inondation, l’assaut des insectes, le repas qui brûle, avec les rêveries d’un lieu idyllique. Ces rêveries de campeurs sont alimentées par un élément particulier : l’air.
 
Le grand air, le plein air : un territoire symbolique
 
 
Le camping, comme d’autres pratiques corporelles tournées vers la nature, émerge à la fois dans une quête salubre d’air pur en réaction à la vie urbaine, et dans un souci d’évasion loin des valeurs modernes de la société occidentale. La cure d’air [Dagognet, 1998] qui se dessine à des fins thérapeutiques au cours du xixe siècle entrecroise autant les motifs scientifiques issus de la chimie pneumatique, que les croyances anthroposophiques à l’égard de la nature issues des philosophies romantiques. La moyenne montagne qui accueille les curistes et les campeurs est un lieu où l’on expérimente peu et où les soins s’attachent davantage aux maladies de l’âme. Quitter des lieux de civilisation rongés par l’air vicié pour le grand air est le motif premier des campeurs. Le territoire du grand air s’élabore autour d’un processus de vacuité. Il s’agit de se vider, de se purger des maux qui empoisonnent le citadin en référence aux médecines néo-hippocratiques. Cette purge, si elle touche aux usages du corps par des médications gymnastiques et alimentaires, contamine également les tempéraments sociaux. Aller au grand air procède d’une libération des stigmates de l’identité sociale. Aux arguments médicaux sur les relations thérapeutiques entre les fluides du corps et les éléments naturels se superpose une aspiration vers l’ailleurs. Cette quête d’arrachement à un monde auquel on ne se sent pas appartenir a largement travaillé les esprits des premiers campeurs en écho aux rêveries romantiques [Béguin, 1991]. Le campeur laisse son identité sociale aux frontières de la ville. Il en va de même des codes qui accompagnent ces rôles. L’appel du grand air conjugue les rites du déjeuner sur l’herbe avec le réveil symbolique des saisons et le renouveau de la végétation. L’expérience d’une vie précaire permet de renouer avec un rythme dénaturé par la ville. Le camping au grand air vide le contenu psychologique des phobies attachées à la vie urbaine. Le campeur renoue avec les ombres portées dans l’obscurité de la nuit, ombres trop longtemps porteuses des peurs du citadin [Delattre, 2000]. Le lien retrouvé entre le clair et l’obscur que le campeur vivra hors des contrôles sociaux aidera au dénuement et contribuera à déplacer les sphères de l’intimité et de la rêverie vers les sphères du domaine public et de l’action.
La conséquence essentielle de ce déplacement des seuils portera sur la sensorialité des corps et l’activation des conflits. Le passage d’une rêverie de la nature à un rapport cosmogonique entre les corps, les éléments et les saisons semble favorisé par un flou médical dans le domaine du corps, dynamisé par les pasteurs protestants et catalysé par le projet républicain. Plus qu’une dynamique des flux qui touche au corps individuel [Klibansky, Panofsky, Saxl, 1989] en le dépouillant de ses stigmates, le camping opérera une circulation qui touche au corps social. C’est bien cela qui est ici mis en évidence. Le travail fait par les campeurs sur le relâchement des codes, le retour de l’affect, la vie passive et languissante, la culture de la bonne humeur et de la joie, s’exprime par cette métaphore de la vie au grand air. Les discussions des riverains des campings sur les corps dénudés ou inconvenants, les querelles relatives au mitage des espaces ruraux, les plaintes déposées pour tapage nocturne dessinent quotidiennement un espace de vie qui travaille l’espace social convenu. Toute une histoire du camping reste à faire à partir des petits déséquilibres sociaux que la vie sous la tente impulse au niveau des localités. Ainsi, les récits des années 1930 et 1950 décrivent des jeunes filles qui se couvrent les genoux quand elles traversent un village pour ne pas choquer l’habitant ; certains campeurs suscitent l’émoi en faisant leur toilette à la fontaine publique. Le réagencement du tissu rural procède par un bouleversement des références sensorielles, et le camp devient une scène que les riverains du monde rural observent avec curiosité. Ces touristes urbains qui deviennent un zoo rural transforment les économies locales, les alarmes sociales (par les feux de camp menaçants ou les invasions sauvages des terres paysannes) et la démographie. La bouffée d’oxygène des uns contamine l’atmosphère des autres.
La métaphore de la liberté portée par cette vie au grand air trouvera peu à peu ses théoriciens. Ainsi, le territoire du plein air deviendra au cours du xxe siècle un domaine spécifique de formation à la vie. Il ne s’agira plus de « vider les têtes », mais de renouer de manière très programmatique et ritualisée avec les « vraies richesses ». L’ensemble des associations qui s’occupent de sports, de loisirs et de pédagogies corporelles dans les deux premiers tiers du xxe siècle labelliseront cette appellation de plein air, en la portant dans les titres des revues, dans les collections de récits d’aventures ou sur les enseignes publicitaires. Les revues Camping plein air, Touring plein air, Sport plein air marqueront ainsi des générations de campeurs. Elles proposeront des récits, conseils, bricolages, correspondances, photographies venant des campeurs eux-mêmes. La refiguration [7] de ces morceaux de vie prendra une dimension initiatique. Elle sera cristallisée par des figures emblématiques comme celle du vieux campeur (O. Sirost), par une manière de vivre à travers l’espace social du village. Cette libération restera contrôlée par des pédagogies comme la demi-journée de plein air instituée en 1959 à l’école, la fondation en 1965 de l’Union des centres de plein air (ucpa), la création du Comité national du plein air en 1981. D’un autre côté, les inversions opérées par un aplanissement des espaces de vie, une dilatation des temporalités, une initiation aux plaisirs simples sont les témoins d’un autre regard à poser sur la société des loisirs. Ne faut-il pas y voir, comme le suggérait en son temps Joffre Dumazedier [1962], une adaptation nécessaire à la vie moderne ?
C’est sur cette interrogation que s’amorce ce numéro. Bernard Kalaora s’attache à notre polysensorialité contemporaine déterminée par un regard posé sur une nature personnifiée. Les dispositifs d’alarmes qui se mettent en place autour de notre environnement nous interrogent sur l’héritage à transmettre aux futures générations. C’est dans la réactualisation des traditions qu’André Rauch situe le succès du camping. Et si cet héritage venait de notre société des loisirs de masse ? C’est sur cette piste que s’aventurent nombre des textes qui suivent. Les débuts du camping sont portés par le recours aux expériences vécues, l’affranchissement des distances, l’oblitération des normes. Pour Olivier Sirost, le legs des plaisirs simples s’agrégera autour de figures fortes détentrices de l’expérience vécue au contact de la nature qui fondent un monde et le diffusent par partage au sein des villages de toile. Selon Arnaud Baubérot, la pédagogie du camp chez les jeunes protestants opère par une sortie de la société pour mieux y revenir. L’école de la vie sauvage serait alors l’occasion unique de transmettre normes et valeurs en cultivant l’illusion que l’on est libre. Catherine Bertho Lavenir nous dévoile un mécanisme identique opérant à large échelle. La fixation et la diffusion des normes culturelles du camping au début du xxe siècle passent par la séquencialisation d’un mode de vie s’adaptant à toutes les interfaces de la société.
La médiatisation et le développement du camping en Auvergne dont traite Aude Tissandier en sont une preuve éclairante. Cette séquence élémentaire de la vie imprimera de manière idéale les imaginaires sociaux. C’est ce que nous démontre Jean Griffet, à travers les figures d’aventuriers qui incitent à vivre les épopées en mode mineur du bord de mer. Contemporaine, cette ritualité semble toujours à l’œuvre. Martin de La Soudière nous dévoile que l’illusion nomade de la vie en camping ne se dépare pas d’une conduite très routinisée chez les enfants. Gilles Raveneau et Olivier Sirost parviennent à un constat semblable. Le camping reste avant tout une illusion sociale égalitaire. Il n’en reste pas moins que sa pratique jette des ponts imaginaires dans les manières diversifiées de le vivre. L’exemple de la fête de la nature à Chambord où se côtoient fabricants de matériel et se déploient scènes sociales de la nature du passé ou du présent unifie les perceptions dans le caractère éphémère de l’événement. Pourtant, comme le montre Sergio Dalla Bernardina, ce concentré de nature investit de manière de plus en plus marquée notre monde d’aujourd’hui. Tournons alors les pages de ces bouts de vie dont chaque photographie propose en condensé une aventure, et dont les traits renvoient au plus profond de nous à un désir de transmettre et d’habiter la nature. â– 
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IMGIMGIMGIMFLe camping de masse : en Belgique dans les années 1950 (fonds Louis Montange, archives de l’auteur).
 
BIBLIOGRAPHIE
 
·  Bachelard Gaston, 1948, La terre et les rêveries du repos. Essai sur les images de l’intimité, Paris, José Corti.
·  Béguin Albert, 1991, L’âme romantique et le rêve. Essai sur le romantisme allemand et la poésie française, Paris, José Corti.
·  Boyer Marc, 1999, Le tourisme de l’an 2000, Lyon, Presses universitaires de Lyon.
·  Cauquelin Anne, 1999, L’art du lieu commun. Du bon usage de la doxa, Paris, Seuil.
·  Chenevier commissaire, 1973, L’affaire Dominici. 20 ans après le drame de Lurs : toute la vérité, Paris, N.O.E.
·  Colette, 1989, « Belles Saisons I », in Id., Romans-Récits-Souvenirs (1941-1949). Critique dramatique (1934-1938), Paris, Robert Laffont (coll. « Bouquins »).
·  Dagognet François, 1998, « La cure d’air : essai sur l’histoire d’une idée en thérapeutique médicale », in Savoir et pouvoir en médecine, Le Plessis-Robinson, Institut Synthélabo pour le progrès de la connaissance, Les Empêcheurs de penser en rond : 127-158.
·  Delattre Simone, 2000, Les douze heures noires. La nuit à Paris au xixe siècle, Paris, Albin Michel.
·  Deprest Florence, 1997, Enquête sur le tourisme de masse. L’écologie face au territoire, Paris, Belin.
·  Dubost Françoise (sous la dir. de), 1998, L’autre maison. La « résidence secondaire », refuge des générations, Paris, Autrement (coll. « Mutations », no 178).
·  Dumazedier Joffre, 1962, Vers une civilisation du loisir ?, Paris, Seuil.
·  Foucault Michel, 1966, Les mots et les choses. Une archéologie des sciences humaines, Paris, Gallimard.
·  Gorsky Bernard, 1954, La jungle du silence, Paris, Éd. de la Pensée Moderne (coll. « La marche du monde »).
·  Klibansky Raymond, Erwin Panofsky, Fritz Saxl, 1989, Saturne et la Mélancolie. Études historiques et philosophiques : nature, religion, médecine et art, Paris, Gallimard.
·  Lacassin Francis, 1971, Tarzan ou le chevalier crispé, Paris, Christian Bourgois.
·  Piault Marc Henri, 2000, Anthropologie et cinéma. Passage à l’image, passage par l’image, Paris, Nathan.
·  Ricœur Paul, 1983, Temps et récit. Vol. I : L’intrigue et le récit historique, Paris, Seuil.
·  San-Antonio, 1969, Les vacances de Bérurier ou la croisière du « mer d’alors », Paris, Fleuve Noir.
·  Sand George, 1983, François le Champi, Paris, Librairie générale française.
·  Sansot Pierre, 1991, Les gens de peu, Paris, puf.
·  Simmel Georg, 1999, Les pauvres, Paris, puf (coll. « Quadrige »).
·  Van Gennep Arnold, 1998, Le folklore français, vol. 1 : Du berceau à la tombe. Cycles de carnaval, carême et de Pâques, Paris, Robert Laffont (coll. « Bouquins »).
·  Viard Jean (sous la dir. de), 1998, Réinventer les vacances. La nouvelle galaxie du tourisme, Paris, La Documentation française.
 
NOTES
 
[1]Il est particulièrement frappant dans le film Tarzan, l’homme singe, le premier de la série interprétée par Johnny Weissmuller et Maureen O’Sullivan en 1932, de voir évoluer les acteurs sur un fond de films ethnographiques pendant les dix premières minutes. Le camping trouve ici sa forme pure dans le côtoiement dénudé de la vie sauvage [Lacassin, 1971].
[2]Par exemple, lors de la première conférence qui fut organisée à Paris à la salle Pleyel en 1938, on offre des objets aux yeux, des enregistrements aux oreilles, et des chorégraphies originales.
[3]Le slogan du magasin « Un gramme d’expérience vaut mieux que cent kilos de théorie » articule les valeurs d’un monde rural qui se meurt avec l’expansion des loisirs dans la société française.
[4]Chiffres donnés par l’insee au 10/04/2001, concernant uniquement les terrains de camping classés.
[5]Pour reprendre les propos de Michel Foucault, il semble bien que le camping procède de l’hétérotopie : « Ils forment, en cet espace uni où les choses normalement se distribuent et se nomment, une multiplicité de petits domaines grumeleux et fragmentaires où des ressemblances sans nom agglutinent les choses en îlots discontinus […].Mais à peine esquissés, tous ces groupements se défont, car la plage d’identité qui les soutient, aussi étroite qu’elle soit, est encore trop étendue pour n’être pas instable. » [1966 : 10]
[6]Le dare campos, c’est la sonnerie de la cloche des écoliers, qui indique la récréation ou la fin des cours. Plus largement, le message sonore signale une interruption du temps de travail ordinaire.
[7]Le terme est utilisé par Paul Ricœur [1983 : 144-147]. Le récit « refigure » car il jette un pont entre narrateur et lecteur qui partagent une expérience de lecture. Deux horizons fusionnent de cette manière, ce qui permet de comprendre le succès des récits d’aventures vécues par les campeurs.
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