2001
Ethnologie française
Le village flottant
Jean Griffet
Université de la Méditerranée Aix-Marseille IIFaculté des Sciences du sport163, avenue de Lumigny13288 Marseille Cedex 9
En marge de l’espace terrien, sur la frange de la mer côtière, se développe au cours du xxe siècle un véritable jeu à côté des formes instituées de pratiques et de sensibilités. Rompant avec les morales du corps physique et social, l’extension des loisirs nautiques s’achève dans l’émergence du « village flottant », où se mélangent l’expérience de la nature sauvage, le plaisir d’être ensemble et le retour partiel à une économie plus traditionnelle. À travers des sources publiées et le témoignage anonyme cette rupture dans les manières de percevoir et d’agir apparaît comme un processus mobilisant l’expérience vécue et la diversité des images qu’elle engendre.Mots-clés :
expérience, loisir, sensibilité, morale, récit.
Between land and open sea the floating village developed in the course of the 20th century as the result of the expansion of water-based recreational activities. Breaking with moral, physical and social norms it combines the experience of wild nature with the pleasure of being together and with a partial return to a more traditional economy. From published sources and anonymous accounts this breaking with the ways of perception and action appears to be a non linear process in which personal experience and the various images it generates represent a particularly active factor.Keywords :
experience, recreational activity, sensitivity, morale, story.
Zwischen Land und offener See entwickelt sich im 20. Jahrhundert das Dorf auf dem Meer als Folge der Entwicklung nautischer Freizeitbeschäftigungen. Während es mit den moralischen, physikalischen und sozialen Normen bricht, kombiniert es die Kenntnis von der wilden Natur mit dem Vergnügen zusammen zu sein und mit einer partiellen Rückkehr zu einer mehr traditionnellen Wirtschaft. Nach veröffentlichten Quellen und anonymen Zeugnissen scheint dieser Bruch mit den Wahrnehmungs- und Wirkensmoden ein nichtlineares Prozess zu sein, in dem die Erfahrung und die dadurch erzeugten verschiedenartigen Bilder ein besonders aktiver Faktor darstellen.Schlagwörter :
Erfahrung, Freizeitbeschäftigung, Sensibilität, Moral, Erzählung.
Au cours du deuxième tiers du xxe siècle, on assiste au passage d’un système de perceptions et d’actions marqué par l’attachement à la patrie et fondé sur la conviction des vertus roboratives de l’air, de l’eau et du soleil, à un ensemble plus syncrétique d’expériences de la nature, où prévalent les images sensorielles et l’intensité des émotions éprouvées et partagées. L’une des manifestations les plus achevées de ce changement est sans doute représentée par l’apparition de la navigation de plaisance sur le littoral. Cet engouement est influencé à la fois par les morales, les activités instituées, mais aussi par des manières d’agir et de ressentir marginales. Il s’accompagne de l’émergence de sensibilités. Le vagabondage côtier ou hauturier étend à un espace indomptable un art de vivre qui s’est largement accompli sur la terre ferme. Manifestation à la fois très instrumentée et primitive du camping, l’habitat temporaire ou durable que représente le « village flottant » symbolise alors une forme de vie qui mélange l’expérience de la nature sauvage, le plaisir d’être ensemble et le retour partiel à une économie plus traditionnelle. Il correspond aussi à une manière d’être ancré, par intermittence, à côté de la société.
J’ai déjà montré que les récits d’aventure, les romans ou les films exotiques et l’expérience vécue de la nature ont mené les touristes et les sportifs jusqu’au bord de la mer [Griffet, 1994]. L’objet de cet article est de préciser comment s’est accentué le processus d’occupation du littoral côté mer, au point de faire de la navigation de plaisance une activité sportive et de loisir à fort impact économique
[1]. Ce processus, dont l’explosion est généralement située au début des années 1970, est en fait à l’œuvre dès l’entre-deux-guerres. Il s’exprime dans les manières de vivre et de raconter ce que l’on a vécu, mais aussi par l’énoncé des idéaux. Le cheminement que je tente de décrire commence avec la présentation des fonctions de l’expérience maritime. Au cours du premier tiers du
xxe siècle, les raisons de la pratique du nautisme et des « sports de l’eau » [Foex et Merrien, 1968] sont parfois explicitées de manière très univoque : la rencontre de ce milieu naturel renforce le corps physique et social. Progressivement, comme si les auteurs étaient accaparés par la confrontation à un territoire qui se renouvelle sans cesse, l’écriture des perceptions semble se libérer de ses modes d’expression convenus. Les attentions se portent sur la surface et la profondeur d’un monde nouveau : la frange de la mer côtière, si riche d’imprévu et d’indicible, de peurs et d’émerveillements. C’est là que s’installe progressivement l’expérience de la précarité, occasionnée par l’itinérance et l’engagement, l’utilisation des engins les plus légers et les plus instables, la bicyclette, le canoë, et le repos sous l’abri le plus fragile, la tente. Sur ce seuil se développe un véritable jeu à côté. En marge de l’espace terrien, des assurances de tous ordres et des institutions, la possibilité d’une vie intense s’ouvre au plus grand nombre. Au centre de cet art de vivre se loge la coexistence du sentiment de sécurité et d’insécurité, qui apparaît autant au cours de l’action que dans le repos. Ce rapport ludique à l’espace représente une forme de loisir qui se généralise au cours du siècle. Elle préfigure aussi un style de vie qui va se fixer en idéal et s’ériger en contre-culture à la fin des années 1960
[2].
Traces écrites et souvenirs d’une inconnue
Cette transformation se manifeste dans les revues et les ouvrages qui se font l’écho de périples réalisés sur les routes, les cours d’eau et les mers. Il est nécessaire de repérer son importance, de montrer que l’expérience de la mer côtière ne lui est pas étrangère, mais que l’on ne peut penser ce changement de sensibilités en se limitant aux sources écrites. Si la tendance que l’on a indiquée semble émerger, il est prudent de postuler que les inclinations et les réceptivités des narrateurs qui ont publié le contenu de leurs expériences ne se sont probablement jamais totalement accordées à celles des adeptes de l’ensauvagement qui n’ont pas écrit (mais qui ont parfois lu les récits des premiers). Le degré de validité d’une démarche qui prétend esquisser la mise à jour des perceptions et des pratiques dépend de la nature des sources et du lien supposé entre les mots et ce qui est vécu. On ne peut prétendre qu’il existe une relation de succession univoque, où l’écriture refléterait systématiquement les perceptions et les conceptions. De la même manière, il serait réducteur d’affirmer que l’écriture forme l’expérience. Affranchi des modes de représentation linéaires, Roger Caillois a eu le mérite de penser le rapport entre le roman et la réalité sur le mode de la réciprocité. Le roman est le miroir et le guide de la société [Caillois, 1942 : 14]. Aussi ouverte qu’elle paraisse, cette formulation semble encore réductrice. L’objet que représente un texte publié peut constituer un univers symbolique totalement séparé du monde de la vie quotidienne.
Le but est donc de faire ressortir les formes de sensibilité des témoins de cette époque. Pour retracer leurs perceptions et leurs conceptions, je me réfère à deux sortes de sources. Il s’agit principalement des récits publiés, relatés dans les ouvrages
[3], mais aussi de ceux que présentent les périodiques. La base documentaire composée d’ouvrages et de revues sur laquelle se fonde cet article est complétée par le récit d’un contemporain de la période étudiée, adepte des loisirs sportifs de la mer côtière et qui, à ce titre, semble avoir goûté à «
l’expérience de la vie de la terre » [Maffesoli, 1989 : 6]. Ce retour sur un passé ne prétend nullement reconstruire une existence en destin ni désigner, comme le dit Alain Corbin [1998 : 8], cette personne comme «
susceptible d’en avoir un ». Ce passé est celui de Simone V., personne proche qui a accepté de me faire partager ses souvenirs. Elle est née après la Grande Guerre. Titulaire du baccalauréat à la fin des années 1930, elle se marie en 1950 et exerce une profession paramédicale jusqu’à la fin des années 1970. Elle vit dans un triangle géographique compris entre la région de Nîmes, Valence et Marseille.
On se défend d’assigner à la place qu’elle donne à la mer dans sa vie de loisir une valeur exemplaire de ce qui est réalisé et éprouvé à un moment donné. La présentation de la manière dont elle évoque son passé a simplement pour but de juxtaposer, à côté des témoignages des personnes qui ont publié le récit de bribes de leur vie, celui d’une femme qui a gardé l’anonymat. Plus profondément, on attend de la manière d’appréhender le monde de Simone V. un certain détachement à l’égard de toute contrainte liée à l’écriture (car la personne qui écrit ne peut nier qu’elle tente de diffuser un message dans une sphère qui dépasse celle des relations directes). On s’interroge aussi sur la manière dont elle perçoit, aujourd’hui, les morales du corps physique et social. Un auteur comme Richard Hoggart aide à penser la situation des membres des classes populaires incités à agir de telle manière, « assiégés par une foule d’abstractions » et sans cesse confrontés à un monde extérieur où « il y a toujours quelqu’un pour leur dire ce qu’il faut faire et où il faut aller » [Hoggart, 1970 : 150-151]. Il a sans doute exagéré leur tendance à privilégier les relations directes et les plaisirs immédiats, mais il partage avec les interactionnistes le mérite de nous inciter à voir la vie quotidienne comme un monde où les groupes sociaux trouvent leur cohésion dans le pouvoir de se séparer du monde des autres. Cette capacité de détachement relatif et de séparation temporaire de la société globale n’apparaît pas comme un trait spécifique des classes populaires. Si elle existe chez Simone V. (que l’on situe professionnellement dans les classes moyennes), elle ne devra pas nous échapper.
Tours, périples et bons moments
En 1896, une lettre
[4] du président de la Société nautique de Marseille, adressée au président de la chambre de commerce et d’industrie de la ville, fait valoir une série d’arguments pour rejeter un projet de taxe
[5] sur les yachts et autres bateaux de plaisance. En premier lieu, l’exemple de l’étranger est invoqué. En Grande-Bretagne et en Amérique, le yachting est une « institution nationale ». L’Allemagne est sur cette même voie. Ces pays reconnaissent que le «
sport nautique n’est pas un simple amusement, qu’il est utile à la grandeur d’une nation ». La volonté de favoriser la navigation de plaisance, qui semble avoir jusqu’alors marqué les pouvoirs publics et que le président de la société sportive ne peut considérer que d’un bon œil, représente un enjeu commun avec la marine de guerre : «
Trouver le maximum de vitesse et de qualités nautiques. » Puis l’argumentation se déploie sur le registre éducatif. Il est question de la place accordée aux exercices physiques dans l’éducation moderne. Dans cette perspective, la voile sportive remplit une fonction déterminante : «
Est-il un sport plus sain, plus fortifiant que le nôtre, où le corps se développe dans une atmosphère éminemment pure et s’endurcit aux fatigues, où le cœur lui-même se trempe, car il faut aux yachtmen de l’énergie, de la décision, du sang-froid ? Ce n’est pas douteux et, mieux que tout autre, il peut réaliser le mens sana in corpore sano [souligné dans le texte]. » Sur les effets positifs de la pratique, l’auteur conclut qu’il y a «
un intérêt supérieur, un devoir patriotique à favoriser la navigation de plaisance ».
Le raisonnement qu’il produit à la suite de cet argumentaire sur les bienfaits collectifs du sport nautique fournit des indications sur la morphologie sociale de la cible visée par l’impôt et sur les finalités de la pratique. Si le président de la Société nautique met en avant l’intérêt national porté par la forme sportive de l’activité, il souligne que la plaisance correspond à des motifs divers et qu’elle satisfait des populations d’origine sociale très variée. L’exemple de Marseille atteste que le yachting n’est pas une manifestation exacte de la richesse et que « dans ce port où la navigation de plaisance est plus en honneur que dans aucun autre, les ouvriers, les employés, les plus modestes commerçants sont surtout ceux qui possèdent un bateau de plaisance, à l’aide duquel ils se livrent à la promenade et à la pêche ». Il se réfère à l’Annuaire de la nautique qui fait état d’une flotte de 93 bateaux amarrés en 1896, répartis comme suit : 36 de 0 à 2 tonneaux, 27 de 2 à 5 tonneaux, 12 de 5 à 8 tonneaux. Ainsi, conclut-il, 75 bateaux ne paieraient que le minimum prévu (20 F) et l’impôt « impopulaire » n’atteindrait pas que « nos plus fortunés compatriotes ».
Après la Première Guerre mondiale, les finalités supérieures de la pratique s’expriment encore à travers les thèmes du renforcement du corps physique et de la consolidation du corps social [Mosse, 1980]. Les fins souveraines de la santé du citoyen et de la société se combinaient, dans le discours du président de la Société nautique, avec l’évocation de formes banales de loisirs nautiques. Elles existent aussi sur le registre d’un héroïsme qui prend la haute mer et les rivages lointains comme territoires. L’attribution de vertus roboratives aux activités physiques pratiquées au grand air représente un trait commun à des aventuriers-navigateurs des années 1920 et 1930 [Griffet, 1995]. Fidèle à la morale naturiste, qui instaure une relation causale entre l’exposition du corps aux éléments naturels et l’état de santé, Alain Gerbault
[6] écrit
L’évangile du soleil en 1932. Il est aussi attaché à la patrie, «
surtout constituée par une communauté d’idées et de sentiments » [
ibid. : 184-185]. Devenu un héros après avoir traversé l’Atlantique en solitaire, il affirme, à maintes reprises, craindre les cérémonies données en son honneur. Sensible à la reconnaissance de ses exceptionnelles qualités que lui témoignent le peuple et la marine nationale, il assume toutefois pleinement son rôle de représentant emblématique de la patrie.
Parti d’Honolulu sur une embarcation à voile, dont la construction s’inspire des anciennes pirogues polynésiennes, E. de Bisschop
[7] parvient à atteindre Cannes en passant par le cap de Bonne-Espérance. Au départ, il ressent, devant les spectateurs venus saluer son départ, la profonde émotion d’un geste qui l’identifie à son pays d’origine : «
Je veux que tous ces braves gens accourus pour avoir un dernier regard sur le Kaimiloa
sachent bien que ce bateau partant pour la grande lutte des océans, bien que de nom et de forme polynésienne, est bel et bien français ! » [Bisschop, 1939 : 91] Marqué du vif sentiment d’appartenance à la nation, le récit de l’aventurier révèle une vision panthéiste de la nature. Au lieu de faire prévaloir un lien de causalité entre la nature et l’organisme, comme le fait Gerbault, le rapport au monde maritime est pensé dans une relation mystique, qui traduit un état de fusion du corps et des éléments naturels. Dans les deux cas, la traduction du contenu de l’expérience est déterminée par un cadre et sans cesse justifiée par la force affichée des convictions patriotiques et des conceptions univoques du rapport à la nature. Les exploits qu’ils accomplissent sont aussi exceptionnels que leurs croyances sont unifiées et proclamées. Le tour de France réalisé en canoë constitue une entreprise qui n’a pas de commune mesure avec l’héroïsme du grand large et le dépaysement des îles lointaines. Même quand il s’agit du tour d’Europe réalisé par Marcel Bardiaux
[8], le récit traduit la proximité permanente de la terre ferme et des populations locales. Autant les récits de Gerbault reflètent un choix de vie quasi impossible à reproduire par celui qui lit, autant le vagabondage sur les canaux, les rivières, les fleuves et la frange côtière représente une action à portée des spectateurs et des lecteurs. Tandis que la traversée d’un océan ou le choix d’abandonner définitivement sa société d’origine signifie une décision grave et symbolise la forme la plus ultime de franchissement du point de non-retour, l’aventure en canoë autorise la détermination permanente des degrés du risque. À tout moment, l’intrépide peut rallier une rive, une berge ou une côte.
C’est ce caractère qui différencie l’épreuve de Gerbault ou de Bisschop de la performance des auteurs de tours en canoë. L’épreuve contient une dose de risque mortel et se produit dans un espace dont on ne possède pas la mesure. La personne qui la surmonte commence une nouvelle vie. Elle fixe le point zéro d’un pan nouveau de l’activité humaine
[9]. L’exploit réalisé possède une valeur fondatrice pour soi ou pour l’autre. La performance, par contre, est la répétition d’un même type d’acte, accompli dans un délai plus bref, sur un espace plus étendu. Elle dénote une maîtrise accrue de soi et du monde. La performance révèle la «
volonté d’épuiser le champ du possible » [Jeu, 1977 : 78]. Avec l’exploit, le risque et la mort sont présents et, de ce fait, le lecteur «
baigne dans l’atmosphère du conte » [
ibid. : 31].
A contrario, c’est sur la gradation des niveaux de la performance que joueront les canoéistes pour faire valoir leurs actions dès le début des années 1930. Sans doute la reproductibilité de cette pratique, à des échelons de difficulté multiples, a-t-elle fortement contribué à la réception de leurs histoires et à la diffusion de ce sport. La possibilité est apparue, pour chacun, de ramener la quantité d’espace parcouru et de temps utilisé à la mesure de ses propres capacités et aspirations. Avec elle, s’est imposée l’adhésion au principal fondement du sport moderne : la possibilité de comparer des performances
[10].
L’exploit, produit d’un héroïsme inaccessible, «
réalise un rêve universel » [Maguet, 1998 : 293] : rompre totalement avec l’orthodoxie, se placer en marge des normes de la vie sociale, développer le sentiment de vivre dans l’exception absolue et de réaliser un pur idéal. La performance n’existe qu’en un lieu et un temps bornés. Elle permet à chacun de se situer dans des domaines d’action désormais accessibles à nombre de personnes. C’est le sentiment d’avoir parcouru une distance plus longue, d’avoir accompli un raid qui dure plus longtemps, qu’éprouvent Jean Lavoine et Gaston Gouy
[11]. En réalisant le premier tour de France en canoë, Lavoine et Gouy situent leur périple sur le registre sportif. Dès la préface de leur ouvrage, on retrouve l’argumentaire de l’éducation par le sport déjà évoqué dans la lettre du président de la Société nautique. Le sport est présenté comme une école de courage et de ténacité. Le partage de «
sentiments sportifs » avec un douanier, rencontré au hasard d’un bivouac, crée une intimité passagère. La narration s’achève dans la «
conscience d’avoir accompli une performance sportive » [Lavoine et Gouy, 1934 : 74]. Cette performance est applaudie, et fait des deux personnages les héros d’un jour.
Très rapidement, ils retrouvent leur place dans le monde structuré du travail et redeviennent « simples pékins » [ibid. : 76]. Aucune trace de patriotisme n’est décelée. En Alsace, ils rencontrent un Français vétéran de 1870 qui se dit « pur-sang ». L’anecdote rappelle des antagonismes datés. Elle est destinée à faire sourire le lecteur. Les souvenirs de la mer côtière remontent, chez Simone V., à 1930. Malade au cours de l’hiver, elle passe un mois au Grau-du-Roi dans un appartement « loué à des cousins lointains ». Le choix du lieu de séjour n’est pas étranger à l’origine maternelle. Sa mère est née à Aigues-Mortes. Elle y a vécu jusqu’à son mariage et « donc elle connaissait la mer, la récolte des coquillages ». Mais le motif premier de la villégiature estivale est la convalescence. Elle insiste aujourd’hui sur le côté plaisant du séjour : « Je devais avoir huit ans. Je me suis bien amusée. Le soir, nous nous promenions au bord du canal. Je me souviens des muges qui sautaient devant les barques. » Pour aller au « Grau » cette année-là, elle prend le train, qui conduit la famille de Loriol à Nîmes, puis au Grau. Elle retrouve la mer en 1937, après le déménagement à Vauvert : « Nous allions au Grau à bicyclette. Il n’y avait personne en semaine. C’était sur la rive droite. La rive gauche était plus fréquentée. »
Relevons au passage que cette observation sur la fréquentation du lieu est corroborée par le recoupement avec un article paru dans la revue Sport, la même année. Un groupe de campeurs itinérants arrive au Grau-du-Roi. Parmi les deux plages qui s’offrent à lui, il choisit celle qui « est déserte, c’est mieux à notre goût que la foule qui fourmille de l’autre côté » [Barthélemy, 1937]. En 1939, Simone V. part en vacances à la Capte : « Les gens qui campaient là étaient des habitués. Ils venaient depuis plusieurs années. Mes parents dormaient dans la voiture. Avec mon frère, nous avions une petite tente qui prenait l’eau par toutes les coutures. On jouait au volley-ball, on se baignait. Mon père allait à la pêche dans les rochers. » La guerre marque la fin des activités de loisir que représentent pour elle la mer et la bicyclette. En 1944, elle s’installe à Marseille : « J’allais me baigner au Prophète. Puis, j’ai découvert le Cap-Croisette et les calanques. Nous faisions de l’escalade, mais sans matériel particulier, et de la baignade. »
Questionnée plus précisément sur la figure de Gerbault, elle reste évasive : « J’en ai entendu parler, au lycée. Mais je n’ai rien lu de lui à ce moment-là. Il faut dire que, à l’époque, les livres étaient rares, du moins les livres que nous aurions voulu lire. En fait, je n’ai lu qu’un livre de Gerbault. Une réédition, que j’ai enregistrée pour les aveugles il y a quatre ou cinq ans ». À propos de l’intensité des sentiments patriotiques éprouvés dans l’entre-deux-guerres, elle rappelle avoir été très marquée par les silences de son père, dont les deux frères sont morts sur le front.
L’extension des pratiques
L’exploration du monde sous-marin comme loisir commence alors que les croisières hauturières et les vagabondages côtiers que l’on a évoqués sont largement engagés. La conquête de ce territoire se traduit par l’augmentation des rayons d’action des adeptes, la mise en œuvre de moyens croissants et la différenciation des genres d’expériences. L’utilisation d’une embarcation habitable représente un temps fort dans ce processus de déploiement d’une pratique. D’un point de vue purement fonctionnel, le bateau de plaisance devient la base d’où s’effectue le rayonnement sur le monde sous-marin.
Participant à l’expédition d’Haïti en 1927, l’Américain William Beebe [1931] préfigure le style de vie et le rapport à la nature qu’incarneront progressivement Jacques-Yves Cousteau et l’équipe de la Calypso après la Seconde Guerre mondiale. Mais, chez lui, le registre de la rêverie sous-marine l’emporte. Sous la mer tropicale est une tentative de description d’un monde totalement nouveau, offert à la perception. Au moment où son ouvrage paraît, traduit en français, l’activité exploratoire menée sous la mer se double de l’attrait de la chasse. Ils sont quelques pionniers à se livrer alors à la pêche au fusil sous-marin. Au début de son livre consacré à cette pratique, le docteur Pulvénis se souvient : « Depuis 1930 nous nous livrons à cette chasse. » [1945 : 10] La mise à l’eau se fait du bord, et les personnes qui prodiguent des conseils en la matière incitent le goggler, le porteur des lunettes rondes de protection, qui se double souvent d’un amateur de camping, à suivre le bord de mer [Devaux, 1947]. Une variante est également proposée. Elle combine le moyen de déplacement que constituent le canoë et la chasse, ce qui permet au pratiquant de prospecter un territoire plus vaste (photo 1). L’augmentation du rayon d’action permise par l’utilisation de moyens auxiliaires prend sa source dans l’émerveillement occasionné par le changement de milieu et l’exaltation propre à l’activité prédatrice.
1
Chasse et canoë à L’Île-Rousse (photo d’archives, in R. Devaux [1947], dr).
Chasser sous la mer est un moment fort. Les récits de Bernard Gorsky
[12] déclinent toutes les nuances de cette expérience. La passion sous-marine commence par le saisissement. Le choc visuel que reçoit Gorsky près de Tanger, alors qu’il entreprend avec trois camarades le tour du monde de la chasse sous-marine, lui rappelle son premier contact avec le milieu : «
C’était la même et intacte impression depuis le jour de l’été 1940, dans le golfe de Saint-Tropez, où j’avais découvert le monde de la parfaite beauté. Le choc sous-marin, le profond bouleversement qu’on éprouve à passer cette frontière d’un univers qui n’est pas le nôtre. C’est, d’abord, une ambiance d’une puissance telle qu’en tant qu’individu, elle vous absorbe complètement. » [Gorsky, 1956 : 47] Le capitaine de frégate Philippe Tailliez se souvient avoir passé tout l’été et l’automne à chasser, en compagnie d’un ami. Les images décrites sont celles d’un «
heureux temps sous le ciel et la mer ». L’expérience partagée alors est faite de sensations simples et fortes. Elle figure une forme de vie élémentaire : «
À peine hors de l’eau, et la chaleur recouvrée, notre seule idée était de plonger encore. La faim venait. Nous écaillions alors des loups et des sars, de quoi nourrir dix hommes. Nous les faisions griller sur la braise, arrosés d’huile et de sel, enfilés sur un harpon. Nous les étendions sur des pierres plates et les mangions avec les doigts. Nous buvions l’eau des sources. » [Tailliez, 1954 : 22] Au cours de cette période, Cousteau se joint à eux. L’auteur évoque aussi la trajectoire de Hans Hass qui, au même moment, après des vacances aquatiques sur la Riviera, part vers les Caraïbes en compagnie de deux autres étudiants viennois, pour chasser et filmer les requins.
La tendance est donc à l’action et au rayonnement. Le récit, libre de toute formule convenue, est commandé par le souci de restituer les détails de ces aventures vécues. Le cas de Gorsky, dont le parcours commence dans le golfe de Sainte-Maxime, s’étend très vite aux îles d’Hyères, pour se poursuivre à travers toutes les mers du globe, est symptomatique de cette passion. Si l’expérience recouvre des dimensions de plus en plus vastes, il est important de relever qu’elle débute sur une côte méditerranéenne française découpée en une série de territoires. Ce découpage n’échappe pas à Tailliez : «
Il y avait Beuchat à Marseille, Grob à Carqueiranne, Kramarenko à Nice. Les frères Dumas et leur ami Lemoine avaient leur fief à Sanary. » [Tailliez,
op. cit. : 21] À partir des points d’origine que représentent le lieu et la chasse sous-marine, se dessinent plusieurs trajectoires. Au cours des années 1950 prévalent le récit d’aventures et le long métrage sous-marin.
Le monde du silence paraît en livre et sur les écrans. Des nombreux auteurs qui racontent leur expérience sous la mer, Bernard Gorsky et Hans Hass sont parmi les plus productifs. Ils racontent leurs histoires de chasse, et leurs ouvrages supplantent aisément ceux dont la dominante reste pédagogique. Les tirages l’attestent.
Le tour du monde de la chasse sous-marine (tome 1) et
Expédition Moana (tome 2) sont vendus à 100 000 exemplaires. Cette grande aventure est relatée dans le long métrage
Quatre du Moana, qui appartient à un genre encore commandé
[13] par la solidarité virile, le dévouement des hommes les uns envers les autres au cœur de l’action et dans les prises de risque. La brochure de présentation du film précise : « Aventures d’hommes ». Le «
film de l’audace » met en scène «
un ingénieur, un mécanicien, un fourreur, un moniteur de chasse sous-marine »
[14].
Dans les années 1960, Gorsky se livre à des reportages sur les coutumes îliennes, mais surtout il s’adonne au roman. Au cours de la même période, avec des succès inégaux, Cousteau et Hass exploitent le genre de l’expédition scientifique. Le premier est plus habile que le second à présenter le contenu sous forme de récit. Les aventures de la Calypso accaparent l’attention du lecteur par une intrigue, nouée dès l’arrivée du navire sur les lieux où se résoudra le mystère. Chaque épisode se termine par l’image de l’équipe qui reprend le large. Quels que soient les cas, l’accroissement des rayons d’action, une focalisation sur l’aventure sous-marine qui devient exclusive, favorisent l’apparition de différents styles d’expression. Les succès médiatiques accentuent les moyens investis dans les entreprises.
2
Le petit modèle du youyou pliant Bardiaux (photo Hamot, in J. Merrien [1955], dr).
Le trajet de Bardiaux ne s’écarte pas de ce schéma. Après avoir réalisé le tour d’Europe en kayak, il entreprend celui de la planète à la voile en solitaire. Le périple, où bien des étapes sont présentées comme des performances et des tentatives de record, prend près de dix ans [Bardiaux, 1958, 1959]. Les traits qui marquent la réalisation de ce projet sont très proches de ceux qui ressortaient de la narration du tour d’Europe. La valeur accordée à l’expérience vécue et à ses côtés pratiques est exacerbée. L’accent est mis sur le réseau des clubs qui accueillent le voyageur, la description des itinéraires, les formalités remplies aux frontières et la commodité des démarches selon les pays. Bardiaux insiste sur les procédés qui améliorent la fonctionnalité de son embarcation. Ce goût du bricolage le mène à la commercialisation, après la deuxième guerre, du youyou qui porte son nom (photo 2). Le petit canot pliant sert de trait d’union entre la terre et le bateau au mouillage. Sa diffusion est portée par le développement de la navigation de plaisance.
Les thèmes évoqués dans la relation de son tour du monde ne diffèrent guère de ceux déjà présents dans les articles de 1931 et 1932, à ce détail près que, au sortir de la guerre, Bardiaux clame plus fort son adhésion aux valeurs sportives, et ne cesse de vitupérer la marine : « Car il est bien connu que la France utilise au mieux les compétences. Mon incorporation dans la marine m’a donné l’occasion d’user un certain nombre de balais sur des pavés du Dépôt des équipages de la flotte de Brest. Montant en grade, je fus ensuite affecté à un standard téléphonique. La guerre me vit comme guetteur dans un poste à terre sur les côtes de la Manche. » [1958 : 138] À plusieurs reprises, il exprime son ressentiment à l’égard des officiers de marine ou même des géographes. Ces derniers représentent pour lui un corps de spécialistes dont le caractère généralisant des théories et des affirmations est souvent nié par l’expérience. S’il réagit de manière négative à l’égard des uns et des autres, c’est que ces deux types de personnages constituent à ses yeux des institutions qui ont perdu leurs capacités adaptatives. Le fond de la critique de Bardiaux porte sur la validité de normes et de principes qui ne seraient pas tirés de l’expérience, ou sans cesse dynamisés et réactualisés par elle.
De 1949 à 1956, Simone V. passe ses vacances à la mer, près de Sanary. Le groupe est composé de plusieurs couples d’amis : « On a été très tournés vers l’eau. » Les tentes sont dressées sous les pins, à proximité de la plage (photo 3). Dès le début de cette période, elle chausse des palmes et observe le monde sous-marin avec un masque. Son mari s’adonne à la chasse aux poissons. En 1952, le couple part de Marseille en canoë et pratique le camping itinérant jusqu’à Cannes. L’expérience se situe entre terre et mer (photo 4). En 1957, ils achètent un voilier de sept mètres, qui est en fait le produit de la transformation d’une chaloupe de la marine, pontée et gréée en sloop. L’augmentation du temps et des moyens financiers investis dans les vacances nautiques va de pair avec l’accroissement du niveau de vie. L’extension de la pratique qui mène à l’acquisition de la « roulotte flottante » (l’expression n’est guère poétique, mais elle date de cette période : photo 5) ne peut être comprise indépendamment de ces éléments, qui sont à la fois les conséquences d’une passion et des facteurs propices à son épanouissement. On doit insister sur la force des images diffusées à ce moment-là. Elles participent de l’ambiance de l’époque. Simone V. ignorait, au cours de son adolescence, la littérature d’aventure qui paraissait alors. Durant les années cinquante, le groupe de passionnés dont elle fait partie est en prise directe sur les récits et les productions cinématographiques : « Nous avons vu Le monde du silence. Nous avons été marqués par les images, mais aussi par la musique. Le Moana nous a beaucoup intéressés, un peu plus tard. À ce moment-là, il y avait une flambée d’intérêt pour la mer. »
3
Camping en bord de mer (archives de l’auteur).
4
Camping itinérant en canoë : le bivouac, au début des années 1950 (archives de l’auteur).
Cette remarque va dans le sens de l’approche empirique des loisirs de l’époque, réalisée par Joffre Dumazedier. Au cours des années 1950, le sociologue observe que la mer connaît une vogue de plus en plus grande. En 1951, 45 % des touristes choisissent la campagne pour leurs séjours principaux, et 23 % la mer. La tendance est renversée en 1957 : 32 % choisissent la campagne et 35 % la mer [Dumazedier, 1962 : 132]. Ces chiffres donnent une idée de la fréquentation du littoral. Ils méritent toutefois d’être complétés pour situer plus précisément le moment où la forme libre du camping s’installe sur la mer côtière. On date généralement l’engouement pour la voile et les sensibilités qui l’animent au cours des années 1960 [Duval, 1998]. En fait, nous pensons avoir montré que la montée des sensibilités est antérieure. La décennie 1960-1970 n’est qu’un palier de croissance des embarcations de plaisance, comme l’a montré Jean Rieucau. Il indique qu’en Languedoc-Roussillon, dès 1951, la flottille de plaisance dépasse la flotte de pêche [Rieucau, 1996 : 47].
L’installation des vacanciers sur la frange du littoral côté mer représente une forme de retour temporaire à la nature. On ne peut dire qu’il préfigure les retours à la nature qui vont culminer au début des années 1970. Il possède toutefois des caractères qui méritent d’être comparés aux expériences communautaires des néo-ruraux [Léger et Hervieu, 1985]. Dans le cas des communautés rurales telles qu’elles se sont développées dans les Cévennes, Léger et Hervieu distinguent trois renforcements : retour au désert, à un espace de non-civilisation ; retour à la terre et à une économie traditionnelle sur un espace qui est la négation de l’urbanisation ; retour au village, espace de sociabilité privilégiée. L’expérience de formes de vie qui se situent en majeure partie au bord de la mer, puis en alternance sur la terre et l’eau, et finalement sur un bateau, n’est pas étrangère aux axes qui structurent les retours à la nature. Elle mélange les plaisirs du contact avec la nature sauvage, de la vie en petit groupe avec des amis et d’une économie rudimentaire. Deux traits séparent sans doute ce type d’existence concrète des retours à une nature univoque et, finalement, utopique : son caractère temporaire et le fait qu’elle n’est pas alors érigée en doctrine (tirée de l’expérience).
L’observation de la trajectoire de Bernard Moitessier fait ressortir assez nettement le processus de passage d’une expérience nomade, propice à l’émergence d’une multitude d’images hétérogènes, privilégiant la sensorialité, à un style de vie qui érige la société hippie en modèle. Le temps du nomadisme est relaté dans son premier ouvrage paru en 1960, Un vagabond des mers du Sud. Celui de l’existence radicalisée par des convictions est relaté dans La longue route, paru en 1971. Dans l’intervalle, en 1967, paraît Cap Horn à la voile. À l’échelle du monde, Moitessier résume ce qui se joue sur la côte, dans la roulotte flottante : « La voilà donc enfin, cette vie idéale des oiseaux du large : se retrouver aux escales, se réunir à plusieurs copains dans une crique sympathique, comme un petit village flottant, puis repartir à quelques jours d’intervalle dans la même direction en se donnant rendez-vous aux Galapagos ou ailleurs pour y faire ensemble un coup fumant sur des tortues ou des langoustes. » [1967 : 54] â–
5
La « roulotte marine » (J. Merrien [1955], dr).
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Bardiaux Marcel, 1958, Aux 4 vents de l’aventure. T. 1 : Le défi au Cap Horn, Paris, Flammarion.
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– 1959, Aux 4 vents de l’aventure. T. 2 : Par le chemin des écoliers, Paris, Flammarion.
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Barthélemy A., 1937, « Du Jura à la Méditerranée », Sport, 30 juin.
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Beebe William, 1931, Sous la mer tropicale, Paris, Stock.
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Bisschop Éric de, 1939, Kaimiloa, Paris, Plon.
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Caillois Roger, 1942, Puissances du roman, Marseille, Sagittaire.
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Corbin Alain, 1998, Le monde retrouvé de Louis-François Pinagot, sur les traces d’un inconnu 1798-1876, Paris, Flammarion.
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Devaux Robert, 1947, Initiation à la chasse sous-marine (pêche au fusil sous-marin), Cannes, Robaudy.
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Dumazedier Joffre, 1962, Vers une civilisation du loisir ?, Paris, Seuil (coll. « Points Seuil »).
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Foex Jean-Albert et Jean Merrien, 1968, Le monde merveilleux des sports de l’eau, Paris, Hachette.
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Gerbault Alain, 1932, L’évangile du soleil, Paris, Fasquelle.
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– 1995, Aventures marines, Paris, L’Harmattan.
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Jeu Bernard, 1977, Le sport, l’émotion, l’espace, Paris, Vigot.
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Léger Daniel et Bertrand Hervieu, 1985, « La nature des néo-ruraux », in Alain Cadoret (sous la dir. de), Protection de la nature, Paris, L’Harmattan : 152-160.
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Maffesoli Michel, 1989, « Socialité et naturalité ou l’écologisation du social », Cahiers de l’Imaginaire, 3 : 5-20.
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Maguet Frédéric, 1998, « Astérix : un objet d’étude légitime ? », 3 : 293-295.
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Moitessier Bernard, 1967, Cap Horn à la voile, Paris, Arthaud.
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Roszak Théodore, 1968, The Making of a Counter Culture, New York, Doubleday & Co.
·
Sirost Olivier, 1999, Les mondes du camping, thèse, Marseille, Université de la Méditerranée.
·
Tailliez Philippe, 1954, Plongées sans câble, Paris, Arthaud.
[1]
Dans l’édition de 1999 des
Données économiques des Bouches-du-Rhône, la chambre de commerce et d’industrie de Marseille-Provence consacre deux pages à la plaisance sur les trois réservées aux sports et loisirs. Le document précise que, avec environ 7 000 postes, Marseille est l’un des premiers ports de plaisance européens. Cette précision est d’importance, car la majorité des lieux auxquels il est fait référence dans cet article se situent sur la côte méditerranéenne française.
[2]
Edgar Morin [1962] a détaillé le contenu de ce qu’il nomme une «
mythologie moderne ». Pour comprendre la fonction de la contre-culture, comme moyen de résister contre la société technocratique, je me réfère à Théodore Roszak [1968].
[3]
Il s’agit notamment des ouvrages de la série « L’aventure vécue », produite par les éditions Flammarion, de la collection « Mer » éditée par Arthaud, ou de la collection « La marche du monde », des éditions de la Pensée Moderne, sous-titrée : « Aventures, explorations, sujets d’actualité, sujets historiques toujours d’actualité ».
[4]
Lettre du 27 avril 1896.
[5]
Texte du 2 avril 1896 intitulé : « Taxe sur les embarcations de luxe », signé G. Mesureur, ministre du Commerce, de l’Industrie, des Postes et Télégraphes.
[6]
Alain Gerbault est né en 1893. Issu de la grande bourgeoisie de province, il se distingue comme aviateur durant la Grande Guerre et joueur de tennis. Mais l’exploit qui fait de lui un des héros de l’entre-deux-guerres est la réalisation de la première traversée en solitaire de l’Atlantique, d’Est en Ouest. Il boucle le tour du monde en 1929. Il part ensuite définitivement pour l’Océanie. Il meurt de la malaria à Timor, quelques jours après l’attaque de Pearl Harbor.
[7]
Éric de Bisschop se présente comme un aventurier. Sa traversée doit être mise en relation avec ce qu’il nomme ses «
recherches » sur les migrations des Polynésiens et leurs méthodes anciennes de navigation. Cette intention le conduit à utiliser un engin dont la fabrication est au rebours des principes de l’architecture marine et des règles d’homologation des embarcations. En 1941, il tente d’atteindre Tahiti sur une pirogue à double balancier. Ce projet a valeur de démonstration. Le but est de montrer (comme ce sera le cas, en 1947, de l’expédition du
Kon Tiki) la possibilité d’un peuplement de la Polynésie venu d’Amérique latine. La série d’expériences se termine le 29 août 1958 aux abords de l’île Danger avec la mort de Bisschop.
[8]
Il est publié en une dizaine d’épisodes par la revue
Camping en 1931 et 1932 sous le titre « Paris-Constantinople-Athènes-Paris à bord du canoë
Belle-Étoile » [Sirost, 1999 : 262].
[9]
En matière de tour du monde à la voile en solitaire, l’acte fondateur est réalisé par Joshua Slocum à la fin du
xixe siècle.
[10]
La prise de conscience de ce moment est imputée à K. Gaulhofer, cité par André Rauch [1982 : 86].
[11]
Les auteurs espèrent coller au plus près du modèle des vrais sportsmen. Leur boucle achevée, ils retrouvent leurs « difficultés de travail » : Gouy travaille dans l’entreprise de camionnage de sa mère, Lavoine aux
Chantiers de Normandie.
[12]
Bernard Gorsky est fils d’immigré russe. Avant de consacrer sa vie à l’écriture inspirée par le milieu sous-marin, il est fourreur à Paris. Il pratique la chasse sous-marine pendant ses congés. L’idée d’écriture naît à la lecture des premiers ouvrages sur la question : «
Il m’a semblé qu’il y avait tellement plus à dire. Ça manquait d’émotion, de passion », m’avoue-t-il dans ses derniers jours (entretien du 23 juin 1989). L’analyse de son œuvre rejoint la conscience qu’il possède de son parcours personnel. Il réalise à la fin des années 1950 le tour du monde de la chasse sous-marine (expédition
Moana). Cette expérience donne une forme ambivalente à sa vie : «
Après Moana,
on ne peut plus se réintégrer. On est un vagabond. » [
Ibid.]
[13]
Les valeurs qui fondent ce genre – et qui s’expriment avec force dans la formule de l’« expédition » – ne se démarquent pas de l’éthique partagée par des auteurs comme Hemingway, Montherlant, Saint-Exupéry, Faulkner et Malraux. Roger Caillois [1942] présente ces romanciers comme des enfants du chaos soucieux d’engendrer un ordre.
[14]
C’est dans ces termes que le film est présenté dans la brochure
Écrans de France, 1959, n
o 207, 1
er mars : 91-92.