Ethnologie française
P.U.F.

I.S.B.N.9782130525233
192 pages

p. 81 à 88
doi: 10.3917/ethn.021.0081

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Menaces sur l'intimité

Vol. 32 2002/1

2002 Ethnologie française Menaces sur l’intimité

Relations conjugales en situation carcérale

Carole Cardon Université Paris 8 Sourse gers-iresco59-61, rue Pouchet75017 Paris
L’article rend compte du contexte de la construction contemporaine d’un espace intime dans le lieu collectif du parloir, au sein duquel une sexualité a pu s’exprimer de façon furtive ou détournée. Il s’agit de montrer le lien entre l’exigence de reconnaissance des droits fondamentaux de l’homme (dont la conception a été récemment élargie aux droits sociaux et culturels), et les difficultés à gérer des effectifs plus nombreux et surtout plus lourdement condamnés. On voudrait démontrer que tout aménagement, quel qu’il soit, des conditions de détention n’a pour but que de contrôler la population pénale.Mots-clés : parloir, longues peines, contrôle social, sentiment de l’intimité, sexualité. The article analyses the context and the conditions of the contemporary refitting of visiting rooms. A clandestine sexuality imposed itself punctually thanks to the reconquest of a private space in collective rooms. This article stresses the link between a new conception of human rights and the difficulty to control the inmate population because of the burden of the long-term sentences. It shows that the amelioration of the life inside is not the main purpose of the penal administration which tries to conform itself to the evolution of the society by perfecting its instruments of control.Keywords : visiting rooms, long-term sentences, social control, intimacy, sexuality. Der Artikel analysiert den Kontext und die Konstruktion eines intimen Raumes innerhalb des kollektiven Besuchszimmers, wo eine heimliche Sexualität sich entwickeln kann. Er betont die Verbindung, die zwischen einer neuen Auffassung der grundlegenden Menschenrechte und der Schwierigkeit besteht, die ständig zunehmende und zu längeren Strafen verurteilte Insassenbevölkerung zu kontrollieren. Jede Verbesserung der Haftbedingungen zielt nur darauf, diese Bevölkerung zu kontrollieren.Schlagwörter : Besuchszimmer, Lange Strafen, Soziale Kontrolle, Intimität, Sexualität.
Cette étude émane d’une expérience intime. Elle me permet, d’une part, de répondre aux fausses certitudes, souvent inconscientes, de certains chercheurs qui travaillent sur le même champ. D’autre part, elle éclaire la nature du rapport enquêteurs-enquêtés qui, quel que soit le statut ou la stature adopté, reste une relation de dominants à dominés. Enfin, elle relativise la notion de connaissance scientifique, notamment dans son application sociale. « Ce sont de pareilles idées qui vous font mourir. Pour ne pouvoir les supporter, on se tue – ou si l’on est jeune, on en fait des phrases. » [Camus, 1958 : 46].
 
L’émergence de la question de l’intimité conjugale en situation carcérale
 
 
Au milieu des années quatre-vingt, la sexualité est redevenue un thème de réflexion et de polémique au sein de l’univers pénitentiaire. Si au siècle dernier, le débat se posait en termes médicaux à travers la question de la masturbation et de l’homosexualité, c’est en termes éthiques, au nom du respect des droits inaliénables reconnus à chacun, qu’il est aujourd’hui soulevé.
À l’origine de cette situation, les bouleversements introduits par l’accélération du mouvement de « détotalisation » de la prison à l’arrivée de la gauche au pouvoir. En janvier 1983, de nombreuses mesures avaient été prises afin d’« humaniser l’univers carcéral » [ministère de la Justice, 1985] et de favoriser les contacts entre les détenus et l’extérieur. La plus symbolique d’entre elles fut la généralisation de l’usage des parloirs dits sans dispositif de séparation, encore expérimenté, jusqu’à cette date, dans un nombre limité d’établissements pour peines. L’adoption de cette mesure devait fatalement soulever le problème des conditions du développement des relations affectives des prisonniers, et donc de l’organisation des visites. Mais c’est davantage la multiplication des couples, et notamment des couples constitués intra-muros, dans un contexte de durcissement de la politique criminelle et « de passage d’un pouvoir absolu à un pouvoir diffus en détention » [Chauvenet, Orlic, Benguigui, 1994 : 71], qui a conduit à poser le problème de l’intimité en prison.
Si la question de l’intimité conjugale en situation carcérale pose problème, c’est parce que l’interdiction des rapports sexuels n’est pas juridiquement consacrée, et que la tolérance – toute relative – des surveillants participe de cet ensemble de pratiques qui « consiste à réduire les tensions, à empêcher les détenus d’exploser individuellement et collectivement, à les aider à supporter la prison et à temporiser ou gagner du temps sur l’usure morale de l’enfermement » [Chauvenet et al., op. cit. : 77], sans lequel aucun ordre ne peut être maintenu durablement.
Or, ces dernières années, l’autorité s’exerce plus difficilement sur une population pénale qui, en l’espace de vingt ans, a doublé [1]. En effet, plus nombreux, les prisonniers sont aussi plus lourdement condamnés. Le nombre de condamnés à une peine correctionnelle d’au moins cinq ans s’est multiplié par dix. En matière criminelle, les peines de cinq à dix ans ont doublé, celles de dix à vingt ans, triplé. Le nombre de condamnations à la réclusion perpétuelle s’est multiplié par deux et demi, tandis que les peines accompagnées d’une période de sûreté incompressible se sont développées.
La question se pose différemment selon la catégorie d’établissements. Dans les maisons d’arrêt, les conditions mêmes de visite concourent à limiter l’enjeu, et donc la surenchère que pourraient, par ailleurs, exercer éventuellement les détenus. La brièveté des visites (de l’ordre de la demi-heure) constitue le premier facteur ne rendant guère possible, ou crédible, une amélioration authentique de la qualité des rencontres. Ensuite, il faut relativiser les conséquences de la généralisation des parloirs dits sans dispositif de séparation, qui demeurent, de plus, sous surveillance. Fréquemment, la transformation des boxes s’est concrétisée par le seul retrait de la vitre en plexiglas qui existait auparavant. Dans bien des cas donc, les couples restent séparés par un muret. Dans d’autres situations, des tables ont été posées afin de maintenir une certaine distance, et des consignes claires édictées. Dans les maisons d’arrêt ayant réaménagé, en infraction aux normes fixées en 1983, les anciens parloirs organisés selon le modèle mono-famille [2] (c’est-à-dire la cabine individuelle et complètement isolée), qui garantissait « une certaine discrétion aux prévenus et à leurs visiteurs », en une salle commune, les conditions de visite sont souvent encore plus pénibles du fait de la promiscuité liée à la suroccupation de locaux souvent exigus et à une absence totale de structure permettant au minimum « une isolation phonique en position assise » comme le règlement le prévoit pour les établissements pour peines. Dans ces conditions, compte tenu de leur situation (attente d’un jugement ou exécution d’une courte peine) et aussi du renouvellement constant des effectifs (ce qui rend plus difficile l’émergence d’une action collective), les détenus disposent de peu de moyens pour exercer une pression afin d’améliorer significativement la qualité des parloirs.
Une rare étude de sexologie médicale, achevée en 1990, rapportée par le docteur Daniel Gonin [1991 : 165], établissait que « 81 % des détenus qui avaient accepté de participer à une enquête par questionnaire dans une maison d’arrêt, affirmaient rencontrer une femme, une épouse ou une concubine au parloir. Seulement 35 % d’entre eux disaient être passés à l’acte, et 2,5 % (2 cas) y avoir fécondé leur compagne. » Malgré la prudence et la réserve avec lesquelles il faut accueillir ces déclarations de pratiques, par ailleurs ni définies ni quantifiées, on peut souligner que la sexualité n’est ni systématique ni banale ; ce que tendrait à confirmer l’information tirée du Journal L’Écrou,
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IMGIMGIMGIMFPhoto de Jane-Evelyn Atwood : « Trop de peines », Femmes en prison, (Maison d’arrêt de Dijon), 1989. © Agence VU.
concernant la maison d’arrêt de Saint-Joseph et celle de Saint-Paul de Lyon, d’après une enquête effectuée auprès de 500 détenus, et selon laquelle 58 % de ceux qui affirmaient avoir des visites déclaraient « préférer ne pas avoir de relations sexuelles dans les conditions actuelles ». Nos propres observations, effectuées sur une période de plusieurs années et dans un nombre important d’établissements, tous types confondus, dressent le même constat. Une sexualité clandestine existe dans les parloirs, « dans des conditions dégradantes et humiliantes » [ctp, 1993] ; mais elle n’est pas systématique. Parfois, elle est totalement impossible. Elle a toujours lieu de manière furtive. Souvent, elle est limitée à certaines pratiques ou à la concrétisation du désir de transmettre le souffle de la vie. Il n’est pas exceptionnel non plus que des individus s’y refusent catégoriquement.
La situation dans les centres de détention est assez comparable. Bien que la durée des visites soit plus longue (de l’ordre de deux heures par demi-journée en week-end et les jours fériés en général) et que l’aménagement des parloirs soit similaire à celui qui prévaut dans les centrales, la question de l’intimité conjugale ne se pose pas avec la même acuité ou dans les mêmes termes. En fait, elle est généralement évacuée par une position répressive de la part de l’institution, qui conserve le contrôle de la population dont elle a la garde, parce que celle-ci entre massivement dans les cas prévus par la législation où des aménagements de la peine deviennent possibles. L’octroi de permissions de sortir et l’examen d’une demande de libération anticipée, tous deux conditionnés au « bon comportement du détenu » [Herzog-Evans, 1998], sont les deux éléments qui assurent le plus efficacement le contrôle social de la population pénale en centre de détention. Ce n’est donc pas un hasard si l’intimité conjugale est un enjeu là où la loi est dépourvue de pouvoir ; pas plus qu’il n’est surprenant de noter que l’on trouve les moins mauvaises conditions de visite dans les établissements de sécurité, et non pas dans ceux dont le régime est pourtant censé « être aménagé en vue de favoriser la resocialisation ». C’est cet enjeu, et les négociations auxquelles celui-ci donne lieu, que nous allons maintenant décrire.
 
La construction d’un espace intime dans un lieu collectif
 
 
• Les séquences du parloir
Avec l’institutionnalisation des parloirs dits sans dispositif de séparation, l’administration avait été amenée à définir des normes d’aménagement des lieux de visite. Il avait été décidé que dans les maisons d’arrêt, le modèle mono-famille devait être maintenu afin de « garantir une certaine discrétion aux prévenus et à leurs proches » ; tandis que dans les établissements pour peines devait prévaloir le type multi-familles, à savoir la salle commune aménagée. Mais la soumission à ces normes ne devait être effective qu’en cas de construction neuve. La seule obligation impérieuse portait sur le respect du principe de la suppression des dispositifs de séparation. Dans la pratique, le second modèle s’est imposé, en infraction à la réglementation, partout dans les maisons d’arrêt où des travaux s’effectuèrent, et à partir de la fin des années quatre-vingt-dix, dans les centrales encore équipées de cabines individuelles où pouvait subsister un relatif « sentiment de l’intimité » dans la mesure où les familles n’étaient pas mêlées.
Les salles de parloir ont ainsi progressivement été réaménagées de façon à créer un climat de convivialité, mais surtout en vue de briser « ce sentiment de l’intimité » qui est lié selon Hall [1966 : 146] à deux paramètres : la perception de la chaleur corporelle d’autrui et celle de l’espace environnant. Dans la plupart des établissements pour peines, elles sont devenues de véritables lieux de circulation, des points restauration, des coins pour langer les nourrissons et des espaces de jeux pour les enfants ayant été intégrés dans des locaux qui restent exigus et inadaptés pour répondre à de véritables besoins et donc être à la hauteur de ces ambitions.
En conséquence, le premier opérateur de reconstruction d’un espace intime dans un lieu devenu collectif est la gestion et le contrôle des mouvements, du personnel de surveillance comme des visiteurs.
Parce que la présence des agents dans les salles de parloir est fonction des rapports de force dans lesquels sont pris les surveillants, tant vis-à-vis des prisonniers que vis-à-vis de la hiérarchie, celle-ci peut être négociée avec l’administration qui tolère en définitive que les gardiens s’effacent, voire disparaissent à certains moments. Cette posture est d’autant plus acceptable pour l’institution, et répandue, que la surveillance peut s’effectuer par l’intermédiaire d’un système vidéo. Cette modalité de l’exercice du contrôle du déroulement des parloirs présente également l’avantage de faciliter l’accomplissement d’une tâche que beaucoup d’agents répugnent à accomplir à visage découvert : « Pour les parloirs, on a fait trop ou pas assez sans s’en donner les moyens. On fait les pères maquereaux. Vous allez faire un incident avec quinze familles parce qu’un gars tire un coup ? Vous l’avertissez ? Vous faites le voyeur. On a notre fierté, notre amour-propre. Ici, surtout, on n’a pas les moyens. […] Les parloirs, c’est atroce. Vous surveillez… On ferme les yeux. Il me tarde qu’ils aient des parloirs sexuels ; franchement j’en ai marre d’être voyeur. […] Le parloir c’est une hantise. Si on laisse faire, il y a les caméras ; si le gradé, le directeur le voit… bonjour ! On devrait faire les parloirs sexuels le plus vite possible. Je comprends leurs impulsions. » [Chauvenet et al., op. cit. : 56]. Certes, les interventions ne s’en trouvent pas facilitées ; et en règle générale, les conflits apparaissent à l’issue du parloir, quand le préposé à la surveillance informe le détenu de l’établissement d’un rapport disciplinaire. Mais la présence de caméras exerce une réelle pression sur la maîtrise des comportements.
Les déplacements, quand ils sont permis par les représentants de l’autorité légitime, s’effectuent donc dans un cadre bien précis correspondant aux entrées et aux sorties des visiteurs, c’est-à-dire aussi en fonction de la circulation et de la rotation des surveillants. On distingue ainsi un temps collectif et un temps intime. Le premier est l’occasion de présentations, de salutations, d’échanges, d’ententes. Ce temps collectif est le moment pendant lequel il convient de satisfaire ses besoins naturels, de retirer des douceurs aux distributeurs. Il est un temps de tolérance dont la fin est annoncée par la baisse du bruit ambiant. Le brouhaha, justifié par les retrouvailles, l’installation, n’est plus admis passé un temps variable, compris entre un quart d’heure et une demi-heure. Un temps intime lui succède donc. C’est alors le règne du murmure qui, à force de discrétion, peut se fondre dans le silence. Le silence est à la fois apprécié et redouté. Il est apprécié, car il permet de s’entendre sans crier. Mais il est redouté car c’est lui qui révèle fréquemment une activité sexuelle quand des bruits insolites le brisent. La reprise d’une agitation générale sonne la fin du temps intime. En tout cas, elle est toujours perçue comme un signal avertissant de la survenue d’un événement ou d’un mouvement.
Le parloir peut être divisé encore en deux séquences. Selon la façon dont il est organisé, un caractère plus familial ou conjugal lui est donné. Dans ce cas, les enfants pris en charge par un tiers, dans un coin du parloir ou à l’extérieur, peuvent se joindre aux parents à mi-visite. Il est vrai, que, le plus souvent, les enfants, qui vont au parloir plus épisodiquement, sont présents auprès de leur père pendant tout le week-end. Mais il n’est pas rare non plus, pour ne pas les fatiguer, pour ne pas les énerver, car ils ont bien du mal à rester confinés dans un espace de l’ordre de trois mètres carrés pendant trois heures ininterrompues, que les visites soient abrégées. Souvent, pendant qu’ils font la grasse matinée, la mère se ménage une intimité qui est favorisée à certains moments. Les visites des familles parentales s’effectuant majoritairement les après-midi, les matinées sont privilégiées pour les redécouvertes charnelles. C’est le moment où, d’une part, il y a le moins de monde dans les parloirs, et où, d’autre part, l’on trouve essentiellement des couples, c’est-à-dire des individus d’autant plus discrets qu’ils sont soucieux du respect de leur propre intimité. Pour cette même raison, des couples font le choix de se voir moins longtemps, mais dans de meilleures conditions de quiétude, quand des visites en semaine sont possibles dans certains établissements.
Ce moment, correspondant au changement de postes des surveillants et aux mouvements d’entrées et de sorties des visiteurs, peut être l’occasion d’une recomposition du parloir. Il peut ainsi donner lieu à des échanges de box, soit que certaines personnes soient parties, soit qu’elles aient convenu de s’organiser de la sorte afin de limiter les luttes internes, certains postes de parloir étant présumés plus intimes.
• La géographie du parloir
Les salles de visite ont généralement été divisées dans les établissements pour peines en petites unités démarquées les unes des autres par de minces cloisons, parfois translucides, d’une hauteur réglementaire de 1,40 m devant permettre, théoriquement, « une isolation phonique en position assise ». Celles-ci ont été prévues seulement pour trois des quatre côtés. Dans une minorité d’établissements, un petit paravent a été ajouté dans l’allée afin d’éviter un vis-à-vis trop direct. De plus, des caméras très sophistiquées balayent l’ensemble des boxes. Dans ces conditions, il est clair que peu d’espace échappe au contrôle et au regard, raison pour laquelle la moindre faiblesse architecturale, par exemple la présence d’un pilier, est vite repérée et exploitée.
Ainsi, compte tenu de l’organisation des locaux, certaines places sont-elles davantage recherchées. Parce qu’ils limitent le voisinage, les postes situés contre un mur sont très prisés. Moins bruyants, ceux-ci sont également plus à l’écart des mouvements. Placés sous la caméra, beaucoup imaginent en outre, à tort, que ces boxes n’entrent donc pas dans la zone de couverture, ou tout du moins une partie. Les parloirs proches du poste de contrôle sont naturellement évités, ainsi que ceux situés à proximité des aménagements susceptibles de générer des déplacements, y compris en dehors du temps collectif.
Dans ce contexte d’oppression panoptique, les quelques rares places en mesure d’apporter un confort psychologique sont ardemment disputées. Cette lutte, qui débute bien avant les formalités d’entrée et les mesures de contrôle sécuritaire, donne lieu à une intense pression. La première étape consiste souvent à se présenter au guichet d’inscription jusqu’à une heure avant l’heure. L’attente peut se dérouler par tous les temps, à la porte de l’établissement, en pleine rue, ou dans une salle fréquemment crasseuse et nauséabonde. Le but consiste toujours à franchir la première porte en premier, en se faisant inscrire soit en tête de liste, soit au moment approprié, en fonction des personnes présentes et des habitudes de classement des brigadiers (en principe au nombre de deux ou trois par établissement) chargés du déroulement des visites. C’est donc sur la base d’observations précises des us et coutumes du sas d’entrée que les femmes adaptent leurs stratégies d’approche. Un surveillant chef, qui avait un jour repéré le manège et qui avait voulu s’en amuser, fut sévèrement rappelé à l’ordre. Alors qu’il aurait aisément pu feindre l’incompréhension ou l’indignation et bien que rien ne l’obligeât à suivre ce principe qu’on voulait lui imposer, il s’y plia par la suite. Cette anecdote est révélatrice des tensions qu’impose cette situation.
La connaissance des agents ne suffit pas pour parvenir à ses fins : il faut aussi celle des lieux afin de ne pas perdre, à l’occasion de la traversée des sas de sécurité, l’avantage qui a pu être pris à l’entrée. En effet, ceux-ci ont pour caractéristique d’être très confinés, et donc pour effet de reconstituer un groupe quasi indifférencié. Un seul mauvais positionnement du corps, ou même seulement d’une main, peut suffire à reléguer quelqu’un en queue de peloton. Pour conserver son avance, il est alors impératif d’évoluer en fonction du sens dans lequel s’ouvre une porte : selon que celle-ci se tire ou se pousse, il faut se placer plutôt à gauche ou plutôt à droite, le but étant d’être le plus proche de la porte, sans toutefois se transformer en portier. L’accès à la salle de parloir donne rarement lieu à de franches bousculades, la décence ne le permet pas. Au pire, certaines femmes ordonnent à leurs enfants de faire ce qu’elles-mêmes n’osent pas entreprendre. Mais il fait indiscutablement appel à un certain nombre de stratégies, parfois collectives, certaines personnes s’entendant pour la distribution des boxes.
Partout, ce sont essentiellement les femmes qui sont les maîtresses de l’affectation des places, tout simplement parce que les détenus, pour des raisons de sécurité, ne pénètrent au parloir que lorsque toutes les familles sont entrées, une fois que les portes côté extérieur sont bien verrouillées. L’influence de la « hiérarchie carcérale ou de son mythe » [Welzer-Lang, Mathieu et Faure, 1996 : 159] est secondaire, de nombreux autres facteurs intervenant par ailleurs. En revanche, la pression des hommes, qui ne mesurent pas toujours les tensions que tout ceci occasionne à l’égard de leur compagne, est réelle. Chacune réagit donc en fonction des attentes de son couple et des inconvénients que génère cette situation. Aucune légitimité n’est donnée, la seule règle étant : « La première arrivée est la première installée. » Mais on peut dégager toutefois une tendance : ni le délit, ni la peine du détenu, ni sa situation pénale, ni l’ancienneté de la visiteuse (que ce soit dans l’établissement ou dans le système pénitentiaire), ni le statut de cette dernière ne sont des critères de légitimité.
Seule la fréquence des visites peut au fil du temps consacrer une sorte de droit, à un moment donné, dans un lieu bien précis, à condition que la personne vise toujours la même place. En effet, chacune se dirige aussi ensuite en fonction des habitudes ou des préférences qu’elle a pu observer chez les autres. Que celles-ci ne soient pas clairement perçues, et plus aucune influence ne peut s’exercer.þ
 
Le box : un espace privatif ordonné par le regard
 
 
Nous avons montré le rôle de la gestion et du contrôle des mouvements de circulation dans l’élaboration du processus de réappropriation de ce « sentiment de l’intimité ». Il faut maintenant évoquer celui du regard.
Il ne suffit pas que chacun soit à sa place pour que les conditions d’une relative intimité soient remplies, puisque les parloirs ont été aménagés de façon à assurer seulement une « isolation phonique en position assise » et limitée à trois des quatre côtés.
L’interdiction de regarder s’impose donc dans toutes les circonstances où les couples se donnent à voir. Puisque l’administration pénitentiaire ne reconnaît aux détenus et à leurs familles que la légitimité de la confidentialité de leurs conversations – ou plutôt le droit pour eux de pouvoir s’entendre sans être obligés de crier –, les individus détournent la non-reconnaissance du droit à l’intimité des comportements par toute une série d’adaptations, dont, essentiellement, le contrôle du regard. L’isolation n’étant réalisée que jusqu’à hauteur de 1,40 m, personne ne se tient debout en dehors du temps collectif. Dans les établissements où aucune structure n’a été prévue afin d’éviter un vis-à-vis, plusieurs cas de figures peuvent se rencontrer. Soit les prisonniers, en position de force, réussissent à négocier et à imposer une tolérance leur permettant d’obstruer la vue avec des serviettes de toilette ou des rideaux personnels. Soit ils peuvent faire le choix, malgré l’exiguïté des boxes, comme c’est le cas dans un établissement visité, de tourner leur chaise et de s’installer, visage face au mur, malgré tout l’inconfort de la position. Ou encore, si l’aménagement ne le permet pas, si les chaises sont scellées, c’est le regard dont la direction est sévèrement contrôlée, qui ordonne et délimite l’espace intime. Dans une centrale dont le parloir a été réaménagé en forme de rotonde, on peut ainsi voir déambuler des couples, qui tournent en rond main dans la main, sans rompre pour autant le temps intime, par la seule force de leur regard que l’on croirait perdu dans leurs pas.
Un observateur étranger verrait dans les deux derniers cas des « adaptations secondaires de type intégré » telles que les a définies Goffman [1961 : 245 et 255]. Il s’agit effectivement, la plupart du temps, de cela ; mais exceptionnellement, ces attitudes révèlent d’authentiques « actes de résistance », ou des « conduites d’insoumission » [Pollak, 1990 : 268 et 269], au moins. Bien que ces gestes soient simples à faire et qu’ils ne constituent en aucun cas une infraction au règlement, ils ne sont jamais ordinaires. Ils demeurent rares en effet. Tourner sa chaise face au mur peut paraître dérisoire, voire illusoire. On pourrait imaginer que le contrôle du regard suffise. Mais c’est parce que la défaillance est humaine et que la contrainte physique lève toute ambiguïté, que ce geste prend tout son sens d’acte de résistance. Celui-ci est encore plus évident quand on analyse les conditions dans lesquelles il se produit. Il n’est pas le fruit d’un détenu soucieux de voir son intimité préservée ; il est celui d’un homme qui affiche sa volonté de refuser de porter atteinte à l’intimité d’un prisonnier, y compris, surtout, s’il entretient de mauvais rapports avec celui-ci. Il ne saurait être question, dans cette configuration, de se servir de l’institution pour régler ses comptes. Les hommes qui se révèlent capables de ce geste ne sont jamais des inconnus. Il s’agit, soit de militants, soit d’individus qui se sont fait un nom en détention en luttant contre les humiliations qui ne sont pas inhérentes à l’institution et les déviances individuelles intolérables : le passé éclaire alors le présent, autant que l’inverse.
L’aspect privatif du parloir est aussi matérialisé à chaque fois que cela est possible. Quand la direction d’un établissement le permet, des serviettes de toilette ou des rideaux personnels font office de dispositif de séparation. Lorsque cet aménagement n’est pas admis, les vêtements sont fréquemment utilisés pour limiter le champ de vision. Des sortes de « barricades » sont alors érigées à l’aide des chaises recouvertes de vestes et de manteaux. Les vêtements s’entassent également sur les murets de séparation, quand l’épaisseur de ceux-ci peut le permettre, afin d’élargir la zone intime. Celle-ci est clairement reconnue par tout le monde. Au début, il est bien vu que l’on frappe avant de se présenter à l’entrée d’un box. Très vite, la correction d’un seul individu s’impose en une obligation pour tous.
Le box est alors un espace dans lequel « chacun fait ce qu’il veut », par opposition au reste de la salle où les comportements sont soumis à un minimum de contraintes. Le « sentiment de l’intimité » devient alors un fait, plus ou moins fort, variable selon les placements, les attentes, les acquis, les perspectives et les projets, les préoccupations du moment de chacun. Le temps joue aussi un rôle certain. L’environnement, progressivement, devient familier. Des repères et des habitudes s’établissent ; ce qui renforce le sentiment de frustration lorsque la place visée n’est pas obtenue, chacun, lorsqu’il ne fait pas partie des plus mal lotis, finissant par « s’adapter » à son poste de parloir. L’« inconcevable » devient, alors, insidieusement acceptable ; parce que la répétition d’un acte apparu fortuitement peut produire sa banalisation. Dès lors on doit s’en contenter et l’appréhender non pas comme un choix mûrement réfléchi, mais comme le résultat d’un concours de circonstances.
 
L’instrumentalisation de l’intimité conjugale comme moyen de contrôle de la population pénale
 
 
En définissant des normes d’aménagement des parloirs dès le 3 mars 1983 l’administration a montré son souci de gérer les nouvelles conditions de visite. Malgré cela, elle semble avoir été également dépassée par le phénomène assez inattendu qu’a représenté l’apparition de couples constitués intra-muros. Il était prévisible que de telles situations se produisent. Briser l’isolement du détenu en favorisant les contacts avec l’extérieur était quand même l’objectif poursuivi ; et celui-ci a été partiellement atteint. Au moment de leur incarcération, des prévenus ont ainsi conservé des contacts qui ont pu s’affirmer au cours de leur détention ; tandis que des condamnés ont parfois renoué des liens avec d’anciennes connaissances. Mais l’administration pensait, sur le plan strictement affectif, au « maintien des liens », et non pas à l’établissement de relations totalement nouvelles. L’importance numérique que ces dernières ont prise a constitué un événement plus surprenant.
Dans un premier temps, en l’absence de consigne aussi claire qu’officielle, il semble que les situations aient été gérées au cas par cas, de façon purement pragmatique. Comme l’ont montré Antoinette Chauvenet, Françoise Orlic et Georges Benguigui [op. cit., chapitre 5], l’ordre ne pouvant être maintenu qu’avec la coopération des détenus, il en résulte qu’un véritable contrôle de la population pénale ne peut passer que par un système d’échanges sociaux qui se traduit par des concessions accordées aux détenus pouvant s’imposer comme des droits acquis. Ainsi, ponctuellement, des tolérances parfois variables selon la personnalité des prisonniers ou les pratiques des brigadiers, ont été introduites. Jusqu’à la fin des années quatre-vingt, dans les centrales encore équipées de cabines individuelles, il était, par exemple, permis aux détenus d’obstruer la fenêtre, par laquelle les surveillants étaient censés pouvoir contrôler le déroulement de la visite, à l’aide d’une chaise posée sur une table dont le dossier était recouvert d’une veste.
L’apparition des dits « bébés-parloirs », conçus lors des visites, a concouru à révéler l’existence de cette sexualité clandestine et, pourrait-on dire, à la « certifier ». La publicité qui a été faite autour de cette réalité a contribué à enclencher la polémique quant à la responsabilité de l’administration. Celle-ci semble à l’origine du revirement que l’on observe alors, qui correspond également à la période où le phénomène, du fait de son importance, devient réellement visible. À partir de ce moment-là, il a été procédé à des travaux systématiques dans les centrales de sécurité afin de transformer tous les parloirs en des salles communes. Tous les aménagements ont alors été pensés et conçus de façon à effacer la « distance intime » « qui pouvait subsister par endroits pour la remplacer en une “distance personnelle” » [Hall, op. cit.]. La distance personnelle est celle qui ne permet pas le contact corporel. Les chaises ont pu ainsi être scellées et placées à bonne distance les unes des autres. Aujourd’hui encore dans certains établissements, seul l’usage de strapontins prévus pour les familles nombreuses permet une proximité réelle.
Mais cette stratégie a connu aussi ses propres limites.
La tendance à l’uniformisation des conditions de visite dans l’ensemble des établissements de même catégorie pourrait précipiter la concrétisation du projet de création d’unités de vie familiale (uvf), ces lieux où les détenus seraient susceptibles de recevoir les leurs sans surveillance et pour une durée prolongée pouvant aller jusqu’à soixante-douze heures, projet annoncé par le garde des Sceaux au cours de l’été 1997. En effet, la diversité antérieure permettait au directeur de se « construire, dans un contexte de rareté, une liberté de manœuvre sur celles des autres, la discipline exercée par les uns permettant aux autres d’offrir des libéralités et d’élargir le champ des possibles, en ouvrant des voies de recours aux détenus et donc un certain espace de négociation pour ceux-ci et la hiérarchie » [Chauvenet, Orlic et Benguigui, 1993 : 362]. Elle constituait un garant contre les risques réels de surenchère, même si elle était loin de représenter le seul instrument de contrôle de la population pénale aux mains de l’administration.
Mais, parce que les conditions qui se sont imposées ne satisfont au bout du compte, ni les détenus, dont l’intimité est violée, ni le personnel, qui supporte de moins en moins cette situation ambiguë où rien n’est permis mais où tout est possible, et qui génère de nombreux conflits au retour en détention [3], l’administration pourrait être tentée d’encadrer légalement les pratiques, source de tensions, afin de se doter d’un instrument de contrôle supplémentaire.
Un temps et un lieu pourraient être organisés, au sein des établissements, pour les échanges sexuels. Mais l’accès à ces unités, réservé aux condamnés à une longue peine ne bénéficiant pas de permissions de sortir, ne serait pas un droit garanti par le législateur, mais une faveur délivrée par l’autorité administrative, récompensant le « bon comportement » du détenu. En effet, cette disposition, ni automatique, ni immédiate, évolutive, périodique, adaptée à la situation de chaque individu et qui devrait faire l’objet d’une évaluation, présenterait toutes les caractéristiques d’une mesure de l’aménagement des peines [ministère de la Justice, 1995].
C’est au nom de la sécurité des personnes et des établissements que l’administration justifie le contrôle de tous les échanges, quelle que soit la forme que ceux-ci peuvent prendre, entre le détenu et ses proches. En effet, le contrôle sécuritaire de la prison implique que l’observation fasse l’objet d’une attention particulière, car de la bonne connaissance des détenus dépend la prévision des incidents et donc le maintien du bon ordre. Mais alors que les échanges ont été très longtemps restreints, ils ne sont plus guère limités aujourd’hui que pour des raisons pratiques liées à l’organisation interne, comme c’est le cas pour le téléphone. L’expression qui était jusque-là bridée, censurée, a été libérée, voire indirectement encouragée, et surtout instrumentalisée de deux façons. D’une part, sa finalité première est détournée. Il s’agit moins de préserver les liens familiaux que de canaliser les tensions en distrayant les détenus de leurs préoccupations immédiates. Il est significatif qu’en 1983, la suppression des restrictions touchant la correspondance familiale pour les détenus placés en cellule disciplinaire, par exemple, ait été officiellement justifiée, moins en raison « des impératifs moraux et sociaux qui s’imposent à la communauté nationale » [4], que par la capacité accréditée au courrier à pouvoir constituer « un exutoire psychologique ». D’autre part, il s’est agi d’en tirer des informations utiles pouvant renseigner l’autorité pénitentiaire sur l’état d’esprit de détenus signalés. C’est à ce titre que le déroulement des visites fait désormais l’objet d’une observation et d’un rapport, dans les établissements ayant mis en œuvre le Projet d’exécution de peine (pep). À un contrôle généralisé et indifférencié, s’est donc substitué un contrôle ciblé et individualisé, source de manipulation réciproque.
Mais au fur et à mesure de la libéralisation du système carcéral, l’institution a insidieusement défini des normes de comportement qui sont en contradiction avec les valeurs de la société libre qui ont pénétré la prison. Alors que la démocratie se fonde aujourd’hui, de plus en plus, sur la dignité de chacun, c’est-à-dire sur le droit pour tous à vivre conformément à ses valeurs, l’administration pénitentiaire donne le sens du vrai, du bien, du beau et façonne des modèles. À contre-courant d’« une société qui se construit sans normes, (mais non sans principes) » comme l’affirme Alain Touraine [1998 :181], elle finit, à travers des pratiques quotidiennes de gestion des détenus, par les sanctionner positivement ou négativement. Une même logique lui fait prendre des décisions qui orientent la vie concrète des détenus selon la définition d’un régime de détention spécifique et le choix d’une affectation sur lequel elle dispose d’un pouvoir discrétionnaire.
Enfin, elle infère de plus en plus, au travers de l’exécution même de la peine, sur des comportements individuels relevant de choix strictement personnels. Ainsi, alors que la construction de l’identité ne passe plus par « le travail et le statut social qui lui correspond, mais par le niveau de consommation et la capacité de s’approprier ou de faire circuler des biens et des signes » [Lapeyronnie, 1995 : 572], l’activité, quand le travail n’est plus obligatoire, est fortement appréciée par le pouvoir. De la même façon, l’institution considère la manière dont l’argent est dépensé, dont le temps est occupé, la nature des relations établies ; quand elle ne formalise pas les orientations et les choix de vie appropriés. En décidant d’interdire l’accès aux unités de vie familiale aux homosexuels, estimant qu’« il ne lui appartient pas de jouer un rôle précurseur dans l’évolution des mœurs » [ministère de la Justice, op. cit. : 22], de fait, elle fixe des normes sexuelles. C’est la même logique qui explique que la question de la procréation ait pu s’immiscer ces dernières années dans le domaine relevant de l’application des peines, l’enjeu pouvant aller jusqu’à l’octroi d’une libération anticipée. Le fait de concevoir un enfant au parloir peut être considéré comme la manifestation d’une volonté de « réinsertion », un enfant étant généralement perçu comme un élément stabilisateur, alors qu’en fait, il ne consacre pas le renoncement à mener une vie hors la loi. Dans ce cas, le projet peut être plus qu’encouragé, suggéré. Mais il peut aussi, au contraire, être vu comme l’expression d’un comportement irresponsable, voire parasitaire, les couples pouvant être suspectés de vouloir vivre de l’assistance publique. Dans ce cas, l’entreprise est critiquée, et sinon condamnée, du moins désapprouvée et blâmée.
On mesure bien, dans ces conditions, alors même que l’administration prône un rapprochement du mode de vie des détenus avec celui de la vie courante, que la prison risque de devenir un haut lieu de résistance où devra être défendu, dans des situations très concrètes, « l’être de droit » revendiqué par Gabriel Mouesca [2000]. â– 
 
BIBLIOGRAPHIE
 
·  Camus Albert, 1958, L’envers et l’endroit, Paris, Folio Essais.
·  Chauvenet Antoinette, Françoise Orlic, Georges Benguigui, 1993, « Les surveillants de prison : Le prix de la sécurité », Revue française de sociologie, vol. XXXIV : 346-366.
·  – 1994, Le monde des surveillants de prison, Paris, puf.
·  Circulaire du 28 janvier 1983, relative à la nouvelle réglementation instituée par le décret no 83-48 en date du 26 janvier 1983, Bulletin officiel du ministère de la Justice.
·  Circulaire du 3 mars 1983, relative à l’aménagement des parloirs sans dispositif de séparation dans les établissements pénitentiaires, Bulletin officiel du ministère de la Justice.
·  Comité européen pour la prévention de la torture et des peines ou traitements inhumains ou dégradants, 1993, Rapport au gouvernement de la République française relatif à la visite en France par le Comité européen pour la prévention de la torture et des peines ou traitements inhumains ou dégradants du 27 octobre au 8 novembre 1991 avec la réponse du gouvernement de la République française, 19 janvier 1993, ronéo.
·  Goffman Erwing, 1961, [1968], Asiles. Études sur la condition sociale des malades mentaux, Paris, Les Éditions de Minuit.
·  Gonin Daniel, 1991, La santé incarcérée. Médecine et conditions de vie en détention, Paris, L’Archipel.
·  Hall Edward T., 1966, La dimension cachée, Paris, Éditions du Seuil (coll. « Points »), 1978.
·  Herzog-Evans Martine, 1998, La gestion du comportement du détenu. Essai de droit pénitentiaire, Paris, L’Harmattan.
·  Lapeyronnie Didier, 1995, « La gauche face à l’exclusion », in Alain Touraine (dir.), Penser le Sujet, Paris, Fayard : 535-582.
·  Ministère de la Justice, 1985, Humaniser et moderniser, ronéo.
·  – 1995, Rapport du groupe de travail sur la mise en œuvre des unités de visites familiales, ronéo, 120 pages.
·  Mouesca Gabriel, 2000, « L’être de droit », Panoramiques, no 45 : 184-188.
·  Pollak Michaël, 1990, L’expérience concentrationnaire. Essai sur le maintien de l’identité sociale, Paris, Métailié.
·  Touraine Alain, 1998, Pourrons-nous vivre ensemble ? Égaux et différents, Paris, Fayard.
·  Welzer-Lang Daniel, Lilian Mathieu, Michaël Faure, 1996, Sexualités et violences en prison. Ces abus qu’on dit sexuels, Lyon, Aléas Éditeur.
 
NOTES
 
[1]26 032 détenus au 1er janvier 1975 ; 58 856 détenus au 1er juin 1996 (record historique depuis la Libération) ; 51 441 détenus au 1er janvier 2000.
[2]Circulaire du 3 mars 1983.
[3]Chauvenet, Orlic et Benguigui avaient ainsi constaté qu’en centrale, l’essentiel des procédures disciplinaires engagées l’avaient été à la suite d’un incident au parloir ou directement lié au déroulement de la visite. C’est dire la réalité du problème.
[4]Circulaire du 28 janvier 1983.
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Chauvenet, Orlic et Benguigui avaient ainsi constaté qu’en ...
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