Ethnologie française
P.U.F.

I.S.B.N.9782130525257
192 pages

p. 415 à 427
doi: en cours

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n° 91 2002/3

2002 Ethnologie française

Retour aux sources

Flux et reflux du tourisme thermal à Salsomaggiore

Federica Tamarozzi Chargée de recherche et de collectesmnatp/cef6, av. du Mahatma-Gandhi75116 Paris
La ville italienne de Salsomaggiore vit au rythme des saisons de cure. Là, des populations diverses expriment leurs rapports au territoire, à la ville, aux eaux médicales. Locaux et touristes, curistes et personnel médical partagent les espaces et le désir de « faire retour aux sources ». Mots-clés : Italie, voyage, thermalisme. The Italian spa town of Salsomaggiore lives at the rhythm of cure seasons. Various populations are to be met there. The paper analyses their relations to the territory, to the town, to the curing waters. Natives and tourists, people at a spa and medical professionals share the same spaces and desire for a « return to basics ».Keywords : Italy, travel, water cures. Der italienische Kurort von Salsomaggiore lebt im Rythmus der Kursaisons. Dort treffen sich verschiedene Bevölkerungen. Der Artikel untersucht ihr Verhältnis zum Territorium, zur Stadt, zu Heilquellen. Einheimische und Touristen, Kurgäste und Pflegepersonal teilen dieselben Räume und den Wunsch, zum Wesentlichen zurückzukehren.Schlagwörter : Italien, Reise, Bäderwesen.
Nous présentons ici les premiers résultats d’une recherche en cours dans laquelle prend place l’analyse des relations que les habitants d’une station thermale et les curistes entretiennent avec la source thermale et développent entre eux.
La ville de Salsomaggiore [1] se situe sur les pentes arrondies des collines qui animent la plaine du Pô. Sous la juridiction de la ville de Parme, ce territoire riche et verdoyant est resté au fil du temps un lieu d’accueil pour les étrangers qui traversaient la plaine en direction de Rome et des vestiges classiques ou qui étaient attirés par les théâtres et les universités des environs.
Aux charmes culturels et naturels offerts par la région, la ville ajoute l’intérêt tout particulier suscité par ses eaux médicales [2].
À Salsomaggiore, les frontières entre tourisme et santé se brouillent, dessinant un horizon de voyage tout à fait inédit, marqué à la fois par l’extravagance et la raison. La ville thermale se construit entre les pôles opposés du dépaysement et de la quotidienneté. Ces extrêmes, qui s’expriment dans l’architecture, se retrouvent aussi dans les gestes des hommes.
L’expression « aller prendre les eaux » recèle une double signification : d’une part, elle contient les notions de voyage, de vacances et de loisir ; d’autre part, elle évoque un pèlerinage de la santé accompli par des corps affaiblis condamnés par l’âge ou la douleur. Ainsi, la ville thermale a deux âmes : l’éblouissante et la mondaine, la malade et la souffrante.
Réduire l’utilisation thermale à un « matérialisme médical » [M. Douglas, 1966 ; 1973] signifie ne pas considérer toutes ses composantes culturelles et sociales et trahir sa spécificité. Mais une observation limitée aux aspects touristiques et vacanciers porte, à notre avis, préjudice à la compréhension des données anthropologiques du phénomène thermal.
Le tourisme thermal se définit par un rapport direct entre les effets du dépaysement dus au voyage, et les pratiques liées à la santé spécifiques au séjour.
Depuis les débuts de nos recherches [3] sur le thermalisme, Salsomaggiore se distingue par un profil cosmopolite. Son passé, animé du fait des équipages des étrangers de passage, et de son actualité, marquée par la conquête des touristes d’aujourd’hui, nous permet de mieux évaluer la dimension du phénomène thermal qui, jusqu’à présent, n’a intéressé que marginalement l’anthropologie du tourisme [4].
La source thermale se présente comme un pôle vers lequel convergent des chemins divers (santé, profession, milieu social, etc.) ; autour d’elle s’animent les dynamiques et les tensions dues à la rencontre de populations variées sur un même territoire.
Par rapport à d’autres pratiques touristiques, le séjour thermal est caractérisé par la longue durée et la réitération des voyages ; il favorise ainsi une profonde connaissance mutuelle entre la population locale et ses hôtes saisonniers. Partageant souvent les mêmes espaces, les allochtones et les autochtones éprouvent-ils les mêmes sentiments à l’égard de la ville ? Ne semblent-ils pas vivre dans différentes dimensions du temps ? Nous allons montrer comment leur cohabitation se rythme à contretemps suivant le va-et-vient d’un calendrier bien particulier.
À la différence d’autres stations thermales que nous avons eu l’occasion d’étudier précédemment, Salsomaggiore Terme a eu un essor international. La ville, qui pendant longtemps a été considérée comme « la plus belle des stations thermales d’Europe » [5], est encore fière de son passé touristique, de la qualité de son accueil et de la tradition d’hospitalité à laquelle elle reste fidèle depuis la moitié du xixe siècle [6].
Dans l’histoire du thermalisme européen, Salsomaggiore a un parcours insolite ; mieux qu’ailleurs, on voit dans l’histoire de ses transformations urbaines et des politiques sociales et médicales successives comment elle s’est ouverte à des populations différentes.
 
Urbanisme touristique ou tourisme urbain ?
 
 
Bien que les eaux de Salsomaggiore soient connues depuis l’époque romaine [7], pour l’extraction du sel [8], on doit leur emploi thérapeutique [9] aux expériences conduites en 1839 par Lorenzo Berzieri avec « l’eau mère » [10] dans la cure de la scrofule. Selon M. Bonatti [1981 : 21], la mode de la villégiature salsese, au milieu du xviiie siècle, est surtout une habitude de l’aristocratie (comme en Allemagne et Angleterre), mais l’urbanisme typique de la ville d’eaux naîtra par la suite en s’opposant aux effets de la révolution industrielle qui marquent le territoire et font apparaître une première « pollution esthétique ». L’architecture de l’époque, en effet, œuvre à particulariser le profil urbain : d’un côté la ville-travail, de l’autre la ville-loisir.
Par ailleurs, Sica [1977] nous fait remarquer à quel point une étonnante homogénéité sociale préside à la naissance des villes d’eaux [11]. À l’abri des conflits animant et troublant ces siècles de changements, la ville thermale apparaît comme un « espace-territoire » [Sica, op. cit. : 897] privilégié et précieux. Salsomaggiore n’échappe pas à la règle : le Gazzettino de Salsomaggiore qui relatait les menus événements mondains de la station et de ses environs, ne mentionnait pas les conflits qui, à cheval entre les deux siècles, sévissaient dans les campagnes et les villes.
Cette ville de santé se doit par ailleurs de ne pas afficher trop brutalement son lien avec la souffrance et la mort ; la maladie et la cure, prétextées par les curistes en raison du séjour thermal, doivent rester une trame de fond : aux débuts des années trente, le professeur Angelini, directeur sanitaire des établissements Dalla Rosa de Salsomaggiore, avait testé l’emploi des eaux salseses dans le traitement de la tuberculose. Très tôt, l’administration locale mit fin à ses expériences, craignant, du fait de l’affluence et de la contagion possible des tuberculeux – profondément minés dans leur intégrité et dans leur apparence physique –, pour l’image de la ville et la vie paisible des curistes [Bonatti, op. cit. : 22].
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IMGIMGIMGIMFVers Salsomaggiore Terme. Le voyage est un des moments ritualisés qui ponctuent la pratique thermale. Apparenté au pèlerinage, il permet au curiste de franchir un seuil et de pénétrer dans la dimension privilégiée de la ville d’eaux. Dans cette image du début du siècle on voit l’ancien bus de ligne, aux allures aventureuses, qui reliait Salsomaggiore aux localités voisines, et qui permettait aux clients les moins aisés et à la population locale de se rendre sur le lieu de cure (env. 1890). (Cliché Preti / reproduction R. Spocci. Archivio Storico del Comune di Parma.)
Tout au long de son histoire, le site de Salsomaggiore maintient le paradoxe : bien que soit constamment postulé le contact avec la nature, administrateurs, architectes, habitants et curistes refusent la typologie de l’habitat dit « traditionnel » et choisissent un raffinement urbain où l’ouverture sur l’extérieur se fait à travers des espaces tout autant domestiqués que les animaux dressés et portés en parade dans les rues pavées de fleurs pendant la promenade du soir ou à l’occasion des concerts.
Les vérandas, les boulevards, les patios et les jardins sont passés au peigne fin par des jardiniers zélés et attentionnés. L’eau même, vrai fil conducteur du bâti, reste cachée, absente, pour mieux être administrée et exhibée selon les règles et les goûts du moment. La nature est pliée aux exigences de la culture, à ses fantasmes et à ses désirs. La puissance brute des éléments trouve seulement son expression dans l’action énergique des sources qui donnent une nouvelle plénitude aux corps épuisés.
Le marquis Guido Dalla Rosa, mathématicien de l’université de Parme, obtint en 1860 la concession des thermes pour une durée de quinze ans. Son accord avec le docteur Valentini, directeur de l’établissement de cure, fut à la base d’une période heureuse pour Salsomaggiore : l’extraction de l’eau fut industrialisée et les techniques d’exploitation furent rénovées. Dalla Rosa fut aussi maire de la ville [entre 1863 et 1865 et encore en 1873]. Pendant son administration, le réseau routier de la ville et de ses environs fut développé et amélioré. Dans ces années de fin de siècle s’installe entre l’université de Parme [12] et Salsomaggiore un rapport effectivement durable, si l’on en juge, par exemple, par la faculté de médecine dirigeant les recherches du laboratoire d’analyses et du centre de cosmétologie et d’herboristerie thermale. Ce dernier met au point des produits à base d’eau thermale diffusés sur l’ensemble du territoire national [13]. Si les productions du début du siècle se distinguaient par « une fière allure médicale », les produits s’adressent maintenant avec « plus de douceur au bien-être du corps, à la beauté et au réconfort de l’esprit » [14]. On voit ainsi comment un souci grandissant de scientificité pose les bases d’un échange durable entre contexte local et contexte national.
En 1875, le docteur Valentini, initiateur des bains, fit une demande pour que les thermes soient gérés par la municipalité. Suite au succès de la fréquentation, la ville exprimait officiellement les souhaits des habitants et formulait ainsi le sentiment « d’appartenance » qui la liait à ses puits d’eau saumâtre. Contrairement aux espoirs des Salseses, la société Dalla Rosa Corazza & C. garda jusqu’à 1893 le monopole des cures thermales. Depuis toujours, Salsomaggiore avait basé une partie importante de son économie sur l’eau, faisant, à l’origine, sa fierté et sa richesse des salines, et adhérant pour l’heure pleinement à l’aventure thermale. Ainsi, le sentiment que sa dotation naturelle puisse être, en quelque sorte, mise sous tutelle, faisait frémir la ville.
En 1893, un entrepreneur milanais, l’ingénieur Giuseppe Magnaghi, homme d’affaires moderne et averti, obtint une deuxième concession et fit construire un établissement de grand standing, doté de toutes les nouveautés technologiques et hygiéniques [15].
En 1897 s’ajoute aux lieux de cure un hôtel de sept étages, digne, par son hospitalité, de Paris, Londres et Istanbul. Cet hôtel offre une alternative luxueuse aux locations chez l’habitant qui avaient jusqu’alors accueilli les curistes. S’ensuivent un bureau de poste doté de télégraphe, un bureau de banque, une antenne de la compagnie de voyages Thomas Cook & Son, une agence du Norddeuscher-Lloyd et une de la Navigazione Generale Italiana. Tout cet « appareillage » est appelé à satisfaire les exigences d’une clientèle internationale importante et assidue que l’on attend avec certitude.
Salsomaggiore avait gardé jusque-là l’aspect modeste et un peu morne que lui conféraient les activités extractives et agricoles. À partir de l’intervention de Magnaghi, elle devient un lieu d’investissement idéal pour les riches Milanaises qui en font leur « buen retiro ».
Les habitants de la ville, spectateurs des premières transformations, choisirent très tôt de devenir, à leur tour, acteurs et moteurs des changements. Habitués depuis toujours aux étrangers parcourant et visitant la région, familiers, depuis un demi-siècle, des curistes et des pèlerins de la santé, les Salseses transformèrent leurs maisons en auberges et les membres de leur famille en professionnels de l’hôtellerie. Les exigences d’une clientèle internationale, ainsi que l’exemple du personnel des grands établissements implantés par les groupes financiers européens, donnèrent un coup de fouet à la transformation de la ville et de ses habitants.
En 1897 est inauguré, loin du centre, le Sanatorium destiné à une clientèle moins aisée. La volonté des investisseurs (en accord avec la municipalité) de placer « hors de vue » la pauvreté et le besoin, confirme les choix sociaux de l’administration. En dépit de ces efforts de raffinement et d’homogénéisation, les thermes de Salsomaggiore ont toujours gardé une fréquentation hétéroclite.
En 1898, le tissu urbain s’enrichit d’autres lieux de cure, de nouveaux hôtels et d’un parc.
L’aménagement urbain devient la grande ambition politique [16] : la nouveauté et la modernité du style Liberty, chéri par les architectes engagés à Salsomaggiore, lancent la ville dans le cercle des grandes métropoles, tout en lui conservant son charme et sa douceur bucoliques.
S’ouvre alors un café-théâtre où toutes les meilleures compagnies du moment sont à l’affiche.
En 1907, une nouvelle occasion s’offrit à la municipalité pour récupérer la charge de l’administration thermale [17], mais la transaction ne verra jamais le jour. L’État intervint pour racheter concessions et établissements. La gestion de la nouvelle propriété fut confiée au Domaine en 1913 ; des travaux pour la construction d’une nouvelle et grandiose structure commencèrent immédiatement. Les nouveaux « Thermae » furent inaugurés en 1923, au nom de Lorenzo Berzieri.
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IMGIMGIMGIMFVue de l’établissement thermal « Lorenzo Berzieri » et de ses jardins aux environs des années quarante. Dans la ville de Salsomaggiore l’aménagement des espaces verts a toujours eu une grande importance. Les plantes et les fleurs sont considérées comme de véritables éléments du mobilier urbain. (Cliché Vaghi / reproduction R. Spocci. Archivio Storico del Comune di Parma.)
Sur l’architecture intervient la décoration fantasque de Galileo Chini [18]. L’allure exotique du bâtiment des Thermae, qui met en scène les mystères et les séductions de l’Orient, inspire d’autres interventions urbaines : entre 1928 et 1929, sont achevés les serres de la ville et « Poggio Diana » ainsi que l’ensemble consacré par la Société des Thermes aux loisirs et à l’activité physique. La « folie décoratrice » semble inépuisable, les pagodes côtoyant les chalets alpins, les vestiges classiques se parant de jardins « à l’anglaise », les bâtisses rurales s’agrémentant de fontaines et les parcs traditionnels s’animant d’une faune rare et colorée. Un pays de rêve tout droit sorti des « Mille et une nuits » brille à côté des vignes traditionnelles et des animaux domestiques de la campagne toute proche.
Les aménagements de 1931 signent la fin de l’époque florale et fantasque de Salsomaggiore et inaugurent une ville rationnelle où prend place une zone industrielle abritant les activités liées à l’extraction des eaux. La volonté d’autarcie exprimée par le fascisme avait promu le développement des recherches et la production dans les domaines de la chimie et de la pharmacopée. La démolition de nombreux édifices et la réorganisation des espaces verts furent suivies de la construction d’une ville nouvelle, dans la ligne de l’architecture du régime. Salsomaggiore n’avait que moyennement ressenti les conséquences de la situation politique. Si la fréquentation internationale avait fléchi, la clientèle italienne avait continué à remplir les hôtels et les établissements. La restructuration du chemin de fer et de la gare (1937) ainsi que la renommée acquise au long des années furent à la base de ce succès.
La région vit ensuite les années douloureuses de la Seconde Guerre mondiale et fut ravagée par les luttes opposant résistants et fascistes. Le sel des eaux de Salsomaggiore se révéla une précieuse monnaie d’échange au marché noir.
Après la fin de la guerre, la ville connut une nouvelle période heureuse grâce à la rencontre de plusieurs facteurs : la naissance du thermalisme social soutenu par l’État, le concours de Miss Italie et la présence des stars du jet set et du cinéma, perpétuant la tradition des hôtes illustres.
Cette époque dite « du thermalisme social », marquée par le goût du béton, instaure une nouvelle gestion des eaux : tous les habitants de Salsomaggiore travaillent de près ou de loin aux thermes. L’administration met en place un système de vacations saisonnières qui tient compte des anciens acquis. Ce système que l’on pourrait appeler « de fidélisation », ainsi que l’activité des auberges familiales et les emplois dans les restaurants et les hôtels de luxe, resserrent encore plus les liens entre la population de Salsomaggiore et les thermes, car toute la vie économique de la ville repose sur les bienfaits de ses sources. D’autre part, le rythme saisonnier de l’activité se reflète sur les habitants qui vivent en décalage l’alternance entre repos et activité.
À la fin des années quatre-vingt, l’État n’accorde plus de subventions aux cures thermales. Cette brusque réduction d’aides sociales s’ajoutant aux changements des mouvements touristiques internationaux, inaugure pour la ville une période difficile. La population dans sa totalité vit les contrecoups d’une fréquentation rendue à son taux le plus faible.
La ville d’eaux est aujourd’hui en pleine transformation, car la gestion des thermes est passée de l’État à la Région « Emilia Romagna ». Elle cherche un nouveau public, s’interroge sur sa vocation et sur son futur.
Pour mieux cerner la particularité des rapports entre la population de Salsomaggiore et ses hôtes saisonniers – particularité inhérente au tourisme thermal –, nous avons procédé à des recherches sur le terrain pendant une période de moyenne affluence : à mi-chemin entre l’hiver (réservé aux vacances des Salseses) et l’été (entièrement consacré à l’accueil des curistes), le mois de février de l’année 2000 nous a permis d’interroger les habitants de la ville, et de suivre curistes et professionnels des bains pendant leur journée de travail et de soins. Leur relative disponibilité, due à ce rythme « joué au ralenti », favorisa les contacts réguliers et prolongés. L’alliage d’une présence à temps complet dans les lieux thermaux et de leur vocation d’intimité ne pouvait que favoriser les rencontres journalières entre le chercheur et ses interlocuteurs [19].
 
La vie aux thermes : le charme d’un exotisme casanier
 
 
• Peut-on définir une spécificité du touriste thermal ?
Graburn [1983] affirme que le tourisme doit être étudié relativement à son opposé, la vie quotidienne. Mais le cas particulier du thermalisme nous oblige à définir autrement les frontières entre « sacré et profane », qui, d’après l’auteur, permettent d’interpréter l’expérience touristique.
Un séjour thermal qui offre les plaisirs d’un « dépaysement ordinaire », d’un « voyage casanier », d’une « habitude exotique », entre en contradiction avec cette dichotomie et nous confronte à la complémentarité des contraires [20].
Le succès d’un séjour thermal à Salsomaggiore est dû en grande partie aux bonnes relations tissées entre les curistes et les habitants de la ville. Maria Elena, une jeune et souriante employée de la mairie, nous livre la définition la plus pertinente : « Un curiste à Salsomaggiore est le mélange d’un touriste et d’un concitoyen. »
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IMGIMGIMGIMFAnnées 1945-1950, vue de la salle des pulvérisations de l’établissement de la Previdenza Sociale qui n’est plus en fonction. Dans ces pièces remplies d’un fin brouillard d’eau thermale, obtenu à l’aide d’une technique de pulvérisation toujours utilisée, venaient suivre leur cure les tout petits enfants et les adultes souffrant de troubles des voies respiratoires. Dans la tendre humidité saline, la cure se fait sans efforts et devient presque un moment de jeu. Ces soins sont identiques de nos jours. (Cliché Previdenza Sociale / reproduction R. Spocci. Archivio Storico del Comune di Parma.)
Un curiste est, en général, fidèle à la source thermale de son choix. Souvent, nos interlocuteurs nous ont parlé de leur rapport aux eaux comme d’une histoire d’amour et de confiance. À la surprise « des premiers rendez-vous », suit le bonheur d’une connaissance réciproque qui mêle savamment distraction et routine. On vient ici pour des causes multiples, égrenées comme un long chapelet salutaire par des malades sans repos : un conseil médical éclairé, une tradition de famille, les suggestions d’un ami ou simplement une étape parmi d’autres. À l’unanimité, les interviewés nous ont confirmé qu’une fois le contact établi, ayant finalement poussé les portes du cabinet de bain et celle de la chambre d’hôtel, le seuil de la confiance est franchi ou reconstruit.
Pour son plus grand plaisir, les résultats gratifient rapidement le curiste : corps et esprit retrouvent des forces qui semblaient à jamais perdues. Un « “jeune homme” de quatre-vingt-six ans » nous éclaire à ce sujet : « Comme pour un écolier dans un jour de fête, ici tout m’est permis ! Je respire à mon aise, je retrouve l’appétit, je peux tout goûter, rien ne me dérange. Je me promène, je danse, enfin, je retrouve mon monde, une autre famille qui m’attend au début de chaque printemps… » [21] Ce que confirme Valeria, une belle commerçante sicilienne de quarante-deux ans : « Je viens ici depuis trois ans. Au début, c’était pour faire de la rééducation, j’avais été opérée des varices après la naissance de P., mon cadet. Maintenant c’est mon rendez-vous avec la forme. Ma mère ou ma belle-mère m’accompagne, elle s’occupe des petits et moi je redeviens jeune fille. Je vais au cinéma, au concert, je me laisse parfois un peu draguer… l’année dernière, mon mari a été jaloux du sourire de l’antiquaire (rires). Je réserve toujours les mêmes deux chambres dans la même pension, je le fais après les fêtes de Noël, je présente mes vœux à Mme Rosa et je prends de ses nouvelles. J’aime bien voyager, en août avec Francesco, mon mari, on fait toujours un voyage, mais ici, je me sens à la maison, je sais qu’à l’hôtel on mange bien, et je ne m’inquiète pas pour les petits, je ne pourrais pas loger ailleurs ou manger ailleurs, ça serait tellement plus fatigant ! (rires), et puis j’aime bien le vieux chat de la pension, il vient gratter à ma porte comme s’il était le mien… »
La familiarité des curistes avec les lieux de cure et avec les habitants se tisse de séjour en séjour ou bien s’impose par la proximité géographique permettant de « croquer le bien-être sans payer trop cher ». Paolo et Clelia habitent Parme et sont en dernière année de médecine en faculté. Aux changements de saison, ils viennent passer les jours fériés à Salsomaggiore, et rentrent chez eux le soir. Assis sur un banc du parc, Paolo nous raconte : « Depuis que je suis tout petit, je souffre de sinusite, je viens ici pendant deux ou trois fins de semaine au printemps et à l’automne, je fais des inhalations et des douches nasales, et je supporte mieux toutes mes allergies. Clelia dit qu’elle vient par amour, mais depuis qu’elle a découvert le centre de beauté, elle s’occupe plus de sa cellulite que de moi. Pendant que je me mouche et que je tousse, elle se fait masser. On a pris un abonnement, c’est moins cher, et puis dans les beaux jours, on amène notre pique-nique. Non. Je ne suis jamais allé ailleurs, Salsomaggiore est à une demi-heure de chez moi, et puis je connais les gens, je leur fais confiance : on ne sait jamais, avec l’hygiène, il faut faire attention. Une fois, je suis allé aux thermes sur l’île en face de Naples, c’était très beau, mais les gens ne savaient pas faire et puis ça n’a pas eu le même effet… »
Suite à nos entretiens avec les curistes, effectués près des baignoires, dans les files d’attente, dans les chambres d’hôtel ou au bar du coin, il apparaît évident que l’eau de Salsomaggiore et la ville thermale dans sa complexité sont définies, avant tout, par des adjectifs possessifs. La distance effective entre les lieux de vie de nos interlocuteurs et leur lieu de cure semble s’effacer au bénéfice d’un trajet et d’un séjour s’inscrivant dans une géographie connue et familière. On s’adresse d’abord à sa propre source thermale ou à celle de sa propre famille comme on s’adresserait à une mère bienveillante pour soulager les « petits bobos » [22] ou pour obtenir aide et complaisance. Dans le giron rassurant de la station thermale, on peut s’adonner avec peu de crainte à tous ses petits péchés. Sous des regards qui « connaissent, comprennent et ignorent » naissent des amours d’un jour ou de plusieurs saisons. La santé offre un excellent prétexte pour partir seul, et la réconfortante et désuète habitude peut ramener à leur gré les amants chaque année au bord du même bassin : « Je viens toujours faire mes cures à la mi-août », nous avoue S. G. « Ma femme est à la mer avec les enfants, et moi je viens ici une semaine depuis près de vingt ans. Depuis sept ans, je me retrouve avec Karine. Elle est française, elle est danseuse et travaille souvent dans les théâtres italiens ; elle vient ici quand elle peut pour se reposer, et moi je la retrouve au café. Je ne sais pas si c’est de l’amour, peut-être bien que oui, vu que ça dure ! On va toujours au même hôtel, ils savent bien que nous n’utilisons qu’une chambre et le proprio me fait des étranges sourires, mais ça me gêne pas, je sais que je peux compter sur eux comme sur des gens de famille, il se peut qu’ils estiment ça pas vraiment bien, mais après tout, ça ne les regarde pas… » Toutes les voix concordent pour nous tracer les limites indistinctes de cette vie thermale qui mêle à la dimension quotidienne de la maison et de la famille, le luxe inédit de la « sinecura », le plaisir de la bonne table et le raffinement d’une ville conçue pour le repos. Dans ce cadre, nous avons pu recueillir des propos intimes et personnels, livrés sur un ton de confidence enjouée ; les plaisirs de ce type de confidence dénuée de crainte constituent, de toute évidence, l’atout des conversations thermales.
• Quotidienneté et travail dans la ville d’eau : la vie des habitants pendant la saison de cure
L’année à Salsomaggiore se partage en « haute » et « basse » saison. Ce découpage a, sur la vie des habitants, une influence majeure. L’alternance cyclique des « pleins » et des « creux » est perçue avec intensité et précision calendaire : « Il fait encore froid, c’est vrai qu’une hirondelle ne fait pas le printemps ! Le printemps pour moi arrive avec Mme Fosca et son vieux chien asthmatique ! », nous dit en riant une jeune Salsese, serveuse dans une pâtisserie du centre.
Mais, si pour les curistes venus d’ailleurs, passer les eaux à Salsomaggiore se révèle une expérience « à mi-chemin entre le retour aux sources et une aventure dans l’Orient-Express » [23], que dire des habitants de la ville et des relations qu’ils entretiennent avec les thermes et leurs hôtes saisonniers ?
Eugenia, commerçante à la retraite, nous surprend en nous disant : « À la pleine saison, tu fais le tour du monde ! » Elle nous raconte la « Salso » d’antan et nous explique que la saison de la cure transformait la ville en un monde exotique où l’on parlait des langues étrangères, dégustait des délices, achetait des marchandises « à la vitesse d’un caprice ». Salsomaggiore « était une ville magnifique avant les années du béton. Ils ont détruit des monuments, des jardins pour construire des horreurs, et avec la ville, les gens ont changé. Avant, on était les meilleurs, on avait les plus beaux magasins, les meilleurs hôtels, les cuisiniers les plus renommés, […] l’école hôtelière de Parme est ici à Salsomaggiore et une fois que les élèves sortaient avec ce diplôme, ils étaient considérés, ils faisaient leur apprentissage dans des hôtels qui étaient connus partout. Je me souviens que les clients américains et français restaient bouche bée. Autrefois, on savait recevoir ! Maintenant que les thermes ne fonctionnent plus comme avant, tout se perd, même les bonnes habitudes […] Il en reste notre hospitalité, les gens reviennent parce que nous avons une longue tradition d’accueil, parce qu’ils savent qu’ils seront bien reçus, et puis, certes, à cause des eaux qui font vraiment des miracles… ». Notre interlocutrice est, comme beaucoup de Salseses, sensible aux charmes de la célébrité. Elle y voit la preuve manifeste de l’excellence de sa ville natale et se sert de ses souvenirs comme pour mesurer le présent.
Mais si les hôtes célèbres pimentaient la ville avec leurs existences privilégiées, d’autres curistes se mêlaient à la population, cherchant plutôt les « bons produits de chez nous, le vin, le jambon, les girolles et les biscuits aux amandes ».
Lucetta, peintre et historienne locale, nous livre ses souvenirs : « Mes parents tenaient un magasin qui faisait office de droguerie, de mercerie, de quincaillerie. Il s’agissait d’un grand et beau magasin qui occupait tout le pâté de la maison qui fait l’angle de la place. À cette époque, avant la guerre, nous habitions au premier étage, dans un grand appartement qui faisait la taille de la maison. Ma mère louait des chambres à des familles ou à des jeunes femmes qui venaient suivre leurs cures. J’avais une vénération pour mon père qui était un homme plein de charme et j’aidais dans le magasin parce que j’avais l’impression d’être déjà grande et je le voyais sourire tout fier. Mais j’étais si petite que je n’arrivais pas au comptoir de chêne huilé. Comme ça, je m’accrochais au bord et je laissais pendre mes jambes. C’est dans le magasin que mon père m’a appris à connaître les clients, tous ces gens qui parlaient avec des accents d’ailleurs et qu’il avait appris à connaître au fil des années. C’est lui qui m’a donné le goût des rencontres. Ma mère, quand j’étais plus grande, me faisait sortir avec les jeunes pensionnaires que l’on hébergeait. Elle donnait à toutes un surnom, une appellation familière ; elle les chérissait comme ses propres enfants… Que dire : à Salso nous avons le don et le plaisir de l’hospitalité ; ils sont malades – pas tout le temps (rires) –, ils connaissent la ville comme nous et ils l’aiment comme nous. Je me souviens avoir vu le Chevalier Vergara pleurer quand ils ont détruit les haies fleuries pour y mettre un rond-point… On nous écrivait, je reçois encore, après quarante ans, les nouvelles des Strozzi – les enfants évidemment –, ils ont mon âge et mon père nous amenait tous au cinéma pour que leurs parents puissent aller danser au casino… »
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IMGIMGIMGIMFPage publicitaire tirée de Salsomaggiore Gazzettino Balneare, 1930. Drapée dans un envol d’écume, la femme qui campe au centre de cette affichette publicitaire, est à l’image même de la source : belle, raffinée, vive. La ville a bénéficié très tôt d’une grande publicité diffusée sur les médias de l’époque, grâce à l’initiative des investisseurs qui firent de Salsomaggiore une des stations thermales les plus recherchées d’Europe. Sa renommée grandissante est due, entre autres, à la présence des stars du show-business, et celles de l’aristocratie. Aujourd’hui, le concours de Miss Italia perpétue cette image de beauté cosmopolite. (Cliché A. Tamarozzi, Biblioteca Palatina, Parma.)
Les Salseses reçoivent leurs curistes comme des gens de la famille, chez eux, partagent les repas, suivent le cours de leurs vies, de leur guérison. Les hôtes étrangers viennent avec d’autres langues et d’autres mœurs, apportant parfois des cadeaux ou écrivant des cartes qui sont autant de fenêtres sur le monde extérieur. Au fil des jours, la proximité se fait intimité. À côté des robes du soir et des parures chatoyantes, il y a aussi les pantoufles et les chemises de nuit… « et quand tu as vu quelqu’un en déshabillé tu peux vraiment dire que tu le connais ». De plus, la régularité des séjours fait du curiste un voisin. Ainsi, un hôte régulier trouve normal d’intervenir dans le déroulement de la vie politique locale, en faisant valoir ses connaissances, son pouvoir ou ses compétences.
• Vivre la ville à la « morte saison »
Après avoir partagé le quotidien avec tant de curistes et de touristes, la ville baisse ses lumières, ferme ses stores et savoure la « morte saison » avec satisfaction.
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IMGIMGIMGIMFPage publicitaire tirée de Salsomaggiore Gazzettino Balneare, 1930. Conçue comme un hommage aux « charmantes lectrices », cette saynète aux couleurs vives met en scène une beauté, à la fois effrontée et timide, suivie de près par un médecin aux allures de sorcier : Salsomaggiore, ville de l’amour, de la santé et de la beauté, exorcise son côté médical en un coup d’éventail. (Cliché A. Tamarozzi, Biblioteca Palatina, Parma.)
Dans les mois d’hiver ou à la mi-saison estivale, les habitants profitent eux aussi des cures. Bien que, contrairement à d’autres stations thermales d’Europe, les habitants ne bénéficient que d’une réduction et non de la gratuité des soins, il n’en reste pas moins qu’ils éprouvent un enivrant sentiment de fierté et de possession en se promenant dans les salles richement décorées et presque vides de l’établissement Berzieri, en se baignant sous l’œil distraitement prévenant du maître nageur dans la piscine chauffée de l’établissement Zoja, éprouvant les mêmes sentiments de satisfaction qu’« après une fête, quand tous sont partis et que la maison nous appartient de nouveau ». Souvent, dans ces moments paisibles, les habitants parlent d’eux-mêmes comme de « voleurs » venus dérober des bijoux laissés sans surveillance. En traversant les lieux « sur la pointe des pieds », ils estiment leurs droits rétablis, s’approprient espaces et choses : ils connaissent tout « par cœur », mais tout leur semble nouveau, extravagant.
« Tutta mia la cittàLe refrain d’une vieille chanson qui dit que la ville m’appartient, voilà je le chante à la fin de chaque saison », nous dit Andrea avec un sourire. Les Salseses se retrouvent entre eux, peuvent abandonner le devoir de l’hospitalité pour s’adonner à leur propre bien-être. La ville clôt presque toutes ses vitrines et offre ses fastes à des consommations plus intimes : les rares restaurants ouverts organisent les fêtes pour les mariages ou les premières communions, les pâtissiers testent leurs nouvelles recettes, l’association sportive organise les compétitions scolaires.
Ce sentiment d’appartenance et de propriété comporte évidemment un mélange complexe de droits, pouvoirs, prérogatives, mais aussi de responsabilités, obligations, devoirs vis-à-vis de la communauté. Les habitants estiment naturel de protéger le patrimoine de la ville pour eux-mêmes, pour leurs enfants, mais aussi pour les curistes qui viennent chaque année exprimer leur affection et leur reconnaissance aux eaux médicales.
On ne peut pas dire que la source soit juridiquement perçue comme un bien commun. Elle se présente plutôt comme un bénéfice dont le profit est partagé par le groupe social dans son ensemble [24].
• Dans une seule ville, plusieurs populations : « Salsese de naissance, d’élection ou d’adoption »
Pour cerner la population de Salsomaggiore, il convient d’ajouter aux natifs et aux curistes fidèles, les « Salseses du travail », ceux qui ont adopté les thermes et se sont fait adopter par la ville.
Durant notre séjour, nous avons conversé avec une jeune physiothérapiste employée par les établissements thermaux. Elle n’est pas originaire de la ville, mais elle s’y est installée depuis peu, suite à sa titularisation : « Oui, ça va, la ville est petite mais aux thermes on rencontre plein de monde. Du fait que je travaille dans l’eau, que je leur donne des conseils, tous me considèrent comme si j’étais d’ici, même les dames salseses qui fréquentent mes cours d’aquagym ! C’est fou ! mais j’aime bien […] ce métier nous met tellement en contact avec les gens, avec leur corps, qu’après deux séances de massage on a souvent l’impression d’être des vieux copains. »
Dans l’élément liquide, les limites du corps et des conventions se « dissolvent », les sens deviennent plus réceptifs ; même dans les rencontres les moins propices, les désirs et la sensualité sont à fleur de peau.
Rapidement « happés » par les rythmes de la ville, les travailleurs thermaux venus d’ailleurs considèrent les établissements un peu comme leur « chez-eux », s’appropriant les lieux et les protégeant, se chargeant de l’accueil et s’enorgueillissant de l’efficacité des traitements. À la fois flattés par l’assiduité de leurs patients et dérangés par l’attention qu’ils doivent leur consacrer, les professionnels des bains expriment unanimement la nécessité de créer un lien social autour de l’eau. Dans les témoignages, il apparaît que la pratique thermale elle-même donne « volente o nolente » le ton aux échanges. Il ne s’agit pas seulement de « potins mondains » : les mots qui « coulent avec l’eau du bain » racontent aussi la peur, la douleur et les émotions profondes.
Fabiana, sur la quarantaine, qui a en charge le centre de beauté, nous explique : « Le rapport au client reste le même, ici, comme dans les services de soins traditionnels, jeunes ou vieux, il n’y a aucune différence : pour ce métier, il faut du doigté, savoir écouter et le plaisir des relations, sinon, c’est pas la peine, le fait d’être nus effraye beaucoup de gens, et ici, le personnel a toujours été mixte (rire). Cela, bien des fois, a facilité d’autres choses, mais il est vrai que l’on finit par connaître nos clients, car maintenant on ne les appelle plus “malades”. La seule différence que je vois ici, au centre de bien-être, par rapport aux cures traditionnelles, c’est qu’au début, ils venaient, ils essayaient et il partaient ailleurs, comme on change de plage chaque année… ça m’effrayait, je me sentais presque trahie. Mais maintenant, depuis l’ouverture, je vois que cette mode de la farandole est terminée, nous avons nos fidèles, hommes et femmes, je retrouve mes repères… »
Les travailleurs thermaux se laissent volontiers capturer dans la toile des relations, identifiant leur efficacité professionnelle avec l’efficacité thérapeutique des eaux et, dans la proximité des corps, instaurant des liens forts avec les curistes. À cause de ces implications, ils conçoivent la pratique thermale dans une perspective de longue durée ; quand, pour des raisons variées, le contact avec les curistes se fait épisodique et rapide, ils ont l’impression d’avoir, en quelque sorte, « raté leur but ».
Alessandra, médecin esthéticienne, qui a fait des soins thermaux sa spécialité, nous le confirme : « On s’y attache rapidement à ces lieux, moi, je viens d’une autre région avec des thermes aussi, j’ai fait mes études à Milan, mais j’ai choisi de venir vivre ici. Mon travail pour les thermes est comme un travail pour sa propre famille, on n’est pas toujours bien récompensé, mais on ne peut pas s’en empêcher… mon mari se plaint beaucoup de ne pas avoir épousé une femme mais une entreprise et une ville entière ! »
D’après nos informateurs, la vie quotidienne dans une ville thermale facilite l’enracinement dans le territoire local. En raison de l’économie de la ville, venir s’installer à Salsomaggiore signifie avoir des relations avec les thermes. Dans la diversité des récits, on reconnaît, tantôt ténu, tantôt plus évident, le fil rouge de l’eau. En quelque sorte, elle baptise l’identité citadine, permet d’établir des repères et de définir le contour de la vie privée. L’eau thermale anime la ville, elle en est le cœur, la richesse et pourvoit aux rencontres.
Selon la définition de Lévi-Strauss [1962 : 222], l’espace est une carte grandeur nature qui demande à être décryptée. Nos entretiens décrivent Salsomaggiore comme le territoire d’une « géographie imaginale » [25]. La puissance symbolique et émotionnelle de la ville s’exprime, selon les suggestions psychanalytiques de Gil [1976 : 1963-1964], à travers le corps d’une terre à la fois mère et patrie d’adoption, à travers les instances de la famille (la vraie ou la reconstituée) et de la communauté (l’autochtone et l’allochtone). Le discours sur les lieux reproduit une dialectique particulière qui relie et oppose intérieur et extérieur, nature apprivoisée et nature à la puissance troublante, humain et naturel, connu et inconnu.
L’espace de la source thermale, si intimement doublé de significations culturelles, vit un destin singulier. Le statut culturel et symbolique du patrimoine thermal appartient, d’un même droit, aux professionnels de la cure, aux habitants, aux curistes, qui, loin d’être des clients de passage, s’approprient une citoyenneté les promouvant au rang de « Salseses ad honorem ».
Tous ceux qui estiment en quelque sorte avoir des droits sur l’eau de Salso, sur ses hôtels, ses richesses, ses blessures, ses échecs, tous ceux qui considèrent avoir participé à la vie de la ville et en conserver la mémoire, partagent le sentiment d’être les propriétaires de la ville et de ses secrets.
Une des particularités des témoignages recueillis est la constitution d’une sorte de « mythologie du quotidien » [26], fruit d’une conception particulière de la médecine thermale, liée à l’unité exceptionnelle de lieu et d’action inhérente à la nature des villes d’eaux, qui tient également à la nature particulière de ses acteurs. À la composition du récit mythique participent la force régénératrice des eaux thermales, la constance du malade qui « fait son parcours du combattant », la vie quotidienne des habitants de la ville et ses menus incidents, et le savoir médical partagé et remis en cause à chaque nouvelle application de la cure [27].
 
Approche touristique du thermalisme
 
 
J. M. et G. Thurot [1983] ont dégagé une série dynamique et historique de trois styles de tourisme. Pour les définir, ils ont fait appel aux rapports entre codes symboliques et auto-représentation sociale. Ces trois styles sont : l’aristocratique, l’ethnique/culturel et, enfin, le style aventurier. Bien qu’Urbain [1991] ait, depuis, relativisé les analyses des Thurot, il reste que leurs propositions offrent, encore aujourd’hui, en filigrane, une grille pertinente pour l’étude des pratiques touristiques et de l’identité des touristes. Néanmoins, dans l’effort de cerner la spécificité du tourisme thermal, nous avons vu que la notion fondamentale de « départ » suggérée par les Thurot et mise en avant par J. Urry [1988] restait, pour Salsomaggiore, quasiment inopérante dans la définition des rapports des curistes à leur lieu de cure et à ses habitants [28]. Au contraire, c’est la notion de « retour » qui se manifeste dans les propos de nos interlocuteurs. Les curistes, d’ailleurs, ont l’impression de retourner [29] dans un lieu familier et les habitants de la ville attendent avec la même impatience le retour de ces concitoyens saisonniers. Cependant, dans un double mouvement, les Salseses guettent aussi le départ des curistes pour réinvestir les espaces de la ville et en profiter pleinement. Les départs des uns permettent aux autres de « redevenir propriétaires ». Ainsi, le point de départ et le point d’arrivée, le début et la fin du voyage, semblent cohabiter dans un même territoire. L’intérêt économique, qui joue bien évidemment un rôle, n’explique pas totalement le sentiment de proximité qui lie les uns aux autres, et n’efface pas le « bonheur d’une piscine toute pour moi ! ».
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IMGIMGIMGIMFVue de la piscine Leoni à Salsomaggiore Terme dans les années cinquante. Dans les aménagements qui, au début du siècle, firent de Salsomaggiore une ville moderne et confortable, ne furent pas négligés les équipements sportifs, tels que les piscines, courts de tennis, hippodromes… Le bien-être physique retrouvé ainsi que les événements mondains font encore de ces lieux autant d’occasions de rencontre entre les curistes et la population locale. (Cliché S.L. / reproduction R. Spocci. Archivio Storico del Comune di Parma.)
Si les notions d’« authenticité », d’« antiquité » et de « racine » [Fluer-Lobban, 1991] ont une grande importance dans la définition des appartenances locales, une spécificité de la ville thermale est d’annuler toute distinction, au nom d’un rapport commun à la source. En effet, les recherches menées auprès des différents acteurs thermaux dégagent des similitudes que nous croyons afférentes à la nature du site et aux pratiques sociales et médicales s’y déroulant. Hier comme aujourd’hui, à divers moments de la journée ou de l’année, les locaux croisent les étrangers, les pauvres les riches, et les amitiés nouées au fil du temps permettent aux uns et aux autres de se côtoyer naturellement.
Nos interlocuteurs perçoivent le site comme terrain de communication entre différentes expériences personnelles et comme partage d’une histoire liée à la vie thermale. Loin d’être un simple prétexte, la source est un véritable catalyseur autour duquel s’agglutine la vie sociale de la ville, favorisant toute rencontre. Mis à part les luttes de pouvoir entre grands investisseurs, les « gens de Salsomaggiore » [30] souhaitent que la ville et les lieux de cure soient à l’abri des conflits et du désordre. Dans ce monde idéal très policé, tous se doivent de respecter l’ordre, la tolérance et la propreté. Dans ces règles si bien intériorisées se dévoile l’efficacité symbolique des eaux médicales.
Dans la définition de leur rapport au territoire, les allochtones (curistes, immigrés, travailleurs saisonniers, etc.) et les autochtones partagent les mêmes sentiments d’appartenance et de propriété. Chacun d’entre eux inscrit sa présence dans la ville à travers un long apprivoisement des hommes et des lieux, une longue fréquentation. Ces atouts, renforcés par le rapport « physique » qui lie les corps aux pratiques thermales, sont, pour les uns, à la base de l’efficacité du séjour thérapeutique et, pour les autres, représentent la possibilité de définir leur identité de citoyens.
Face à la source thermale, le droit coutumier ignore la division entre public et privé, entre droits de la personne et droits de la communauté : ainsi, la ville thermale a toujours accueilli qui « fait retour aux sources ». â– 
 
BIBLIOGRAPHIE
 
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·  Bonatti Bacchini M., « Galileo Chini », Poiein. Quaderni di cultura artistica, II.
·  – « Il tempio dell’arcano e del mistero. Galileo Chini e le Terme Berzieri di Salsomaggiore », 800 italiano, II, marzo.
·  Bossaglia R., M. Bonatti Bacchini, 1986, Ta Liberty e Déco : Salsomaggiore, Parma, Cassa di Risparmio.
·  Corbin H., 1979, Corps spirituel et Terre céleste, Paris, Buchet-Chastel [1986, Corpo spirituale e Terra celeste, trad., Milano, Adelphi].
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·  Fluer-Lobban C., 1991, Ethics and the Profession of Anthropology. Dialogue for a New Era, University of Pennsylvania Press, Philadelphia.
·  Gil J., 1976, « La puissance d’un peuple », Les temps modernes, no 357 : 1687-1725.
·  – [ad vocem] « Corpo », in volume II, Enciclopedia, Torino, Einaudi.
·  Graburn N., 1983, « The Anthropology of Tourism », Annals of Tourism Research, 10, I : 9-33.
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·  Le Chêne M., A. Monjaret, « La ville au parfum. Yves Rocher met l’usine au vert », Ethnologie française XXIV, 1994, 4, Mélanges : 764-775.
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·  Lévi-Strauss C., 1962, La pensée sauvage, Paris, Plon.
·  Manuel Quintela M., 2000/01, Curar e Folgar. Uma etnografia das experiência termais nas termas de S. Pedro do Sul, Mestrado em Antropologia, Lisboa, Instituto Superior de Ciências do trabalho e da empresa.
·  Peneze J., 1994, Dans la fièvre thermale. La société des eaux minérales de Châtel-Guyon (1878-1914). Réussite et expansion d’une entreprise thermale, Publications de l’Institut d’Étude du Massif central.
·  Schivardi P., 1869, Guida descrittiva e medica alle acque termal e ai bagni d’Italia, Milano.
·  Sica P., 1977, Storia dell’Urbanistica – L’Ottocento, I et II, Bari, Laterza.
·  Smith V., 1992, « Pilgrimage and Tourism : The Quest in Guest », in V. Smith (dir.), Annals of Tourism Research, 19, I, Special issue : 13-33.
·  Tamarozzi F., 1999, « La voce della sorgente. Parole di malattia e guarigione nella pratica termale in Corsica », Archivio Antropologico Mediterraneo, 1/2, Palermo, Sellerio Editore : 60-89.
·  Thurot J. M. et G., 1983, « The Ideology of Class and Tourism. Confronting the Discourse of Advertising », Annals of Tourism Research, 10, I : 173-189.
·  Urbain J.-D., 1991, L’idiot du voyage. Histoires de touristes, Paris, Payot.
·  Urry J., « Cultural Change and Contemporary Holiday-making », Theory, Culture and Society 5 : 35-55.
·  Zanni N., 1993, L’immagine della città termale. Da Bath a Salsomaggiore, Milano, Guerini e Associati.
 
NOTES
 
[1]Je tiens à remercier tous mes interlocuteurs d’avoir accepté ma présence pendant de longues journées, mais surtout Anne Monjaret, pour ses conseils précieux et sa disponibilité souriante, ainsi que Françoise Loux pour ses encouragements. J’espère qu’un jour, elles viendront avec moi à Salsomaggiore.
[2]Les eaux salso-bromo-iodiques que l’on puise à grande profondeur, proviennent d’un vaste bassin d’eau de mer qui, pendant les transformations préhistoriques du manteau terrestre, est resté pris entre deux couches étanches et isolantes. La concentration de sels et des minéraux de ces eaux est depuis l’époque romaine une des richesses de la région, qui en extrait une fleur de sel de grande qualité au goût iodé et au parfum particulier.
[3]Nous avons commencé à nous intéresser au thermalisme en 1995. Cette recherche s’est terminée en 1997, avec la soutenance d’une thèse de lauréat auprès de l’Università degli studi di Bologna : Geografia immaginale di un mito : la metafora delle acque nel termalismo corso. Elle fut conduite pendant deux ans en Corse, sur sept stations thermales situées, pour la plupart, au sud de l’île. Le territoire de l’enquête, riche en sources saumâtres et sulfureuses, présentait un intérêt particulier, car les sites, historiquement connus, étaient encore actifs ou l’avaient été dans un passé récent.
[4]Les études sur le thermalisme sont très riches dans d’autres disciplines comme la médecine, l’histoire de l’art et l’histoire. Nous citons entre autres les travaux de J. Peneze [1994], de Duhot et Fontan [1972] et de Zanni [1993] ainsi que le diplôme récemment soutenu par M. Manuel Quintela [2000/01], qui est un des rares ethnologues à s’intéresser au sujet.
[5]Cette expression est survenue maintes fois pendant les conversations avec nos interlocuteurs. La conviction d’habiter ou de séjourner dans une des plus belles villes d’Europe est confirmée aux yeux des Salseses et de curistes par la lecture des publications qui ne cessent d’être consacrées à la ville d’eaux. Leur nombre compte aux côtés de la presse locale et médicale, des éditions érudites et soignées d’histoire et d’histoire de l’art.
[6]Grâce à cet héritage, notre démarche de recherche a été accueillie avec bienveillance et intérêt par les institutions locales qui ont œuvré de leur mieux pour nous introduire dans un terrain aussi riche que complexe.
[7]Si la mythologie thermale remonte aux Étrusques et à l’Empire romain, les villes thermales commencent à dessiner leurs actuelles organisations sous l’impulsion des nouvelles découvertes médicales publiées en grand nombre et diffusées largement. Les modèles choisis pour l’organisation rationnelle des espaces et des bâtiments sont ceux des hospices et des hôpitaux. ; ainsi cette forme urbaine ne prend racine qu’au xviiie siècle, dans le positivisme du progrès scientifique et dans la recherche philosophique qui postule un salutaire retour à la nature.
[8]Les eaux saumâtres de la région de Salsomaggiore furent à la base de la richesse et de la puissance de la famille Pallavicino, qui, à partir du xiie siècle, fut le principal producteur et commerçant du sel du nord de l’Italie. L’exploitation des ressources naturelles fut organisée industriellement par les ducs Farnese à la moitié du xvie siècle. Ce système de production est resté actif jusqu’à la fin du xviie siècle, quand, après une période de crise, il fut transformé rapidement par l’hygiéniste et la nouvelle médecine en industrie thermale.
[9]La production de cette époque est vaste ; pour retracer le chemin de l’hydrothérapie italienne, nous nous sommes référés à l’ouvrage du docteur Plinio Schivardi [1869]. Nous signalons, par ailleurs, les écrits de Francesco Hoffman qui, en 1729, inaugurait le riche filon des études et publications scientifiques qui inondèrent l’Europe.
[10]On appelle encore aujourd’hui « eau mère », les résidus salso-iodiques liquides qui restent après l’extraction du sel.
[11]L’aristocratie, qui avait batifolé pendant le xviiie siècle le long des allées bordées de verdure, donnera sa place à la riche bourgeoisie industrielle et urbaine du xixe siècle.
[12]L’université de Parme qui a, entre autres, une solide réputation d’études médicales, vétérinaires et juridiques a toujours été engagée dans le développement économique, politique et social de la région.
[13]Parmi les produits les plus connus de l’époque, on évoque à titre d’exemple la teinture d’iode, qui mettait à profit les richesses bromo-iodiques de l’eau salsese. La formule du médicament et les licences de fabrication furent ensuite cédées à une grande industrie pharmaceutique, qui est encore aujourd’hui le seul producteur de la teinture.
[14]Selon l’expression employée par les vendeuses de la boutique thermale.
[15]Pour promouvoir son grandiose établissement, qui alliait les fastes d’un style pompéien ré-interprété avec la rationalité de quatre-vingt-dix cabinets pour les bains d’eau et de boue, Magnaghi ne fut pas économe de publicité dans la presse nationale et internationale : il avait la conviction que seuls les meilleurs matériaux, associés à un amour du détail et du luxe, pouvaient garantir le succès de ses investissements.
[16]M. Le Chêne et A. Monjaret [1994] ont observé des transformations semblables à La Gacilly, une ville « maquillée » par l’usine Yves Rocher.
[17]La dernière en date fut la société Dalla Rosa – Corazza & C., les archives de la famille Dalla Rosa restant aujourd’hui parmi les rares fonds documentaires relatifs à la station thermale de Salsomaggiore.
[18]G. Chini fut chargé entre 1911 et 1913 de la décoration de la salle du trône de Bangkok. À son retour en Italie, il introduisit des formes exotiques dans les productions salseses. Pour une riche et subtile analyse de l’œuvre de l’artiste et des influences de l’art oriental sur la ville de Salsomaggiore, nous conseillons la lecture de M. Bonatti Bacchini [1986, 1991].
[19]En février 2000 nous avons procédé à des observations sur le terrain, ainsi qu’à des entretiens semi-directifs qui ont mobilisé environ trente informateurs (curistes, habitants, commerçants, personnel des thermes, etc.) sur une période de deux semaines. Plus particulièrement nous avons effectué quinze entretiens formels et nous avons pu bénéficier, avec les autres interlocuteurs, d’un rapport d’échange qui en a fait des contacts privilégiés.
[20]Les travaux de Nelson Graburn s’insèrent dans la lignée de Durkheim, Mauss et Leach. Pour une critique des théories proposées, nous nous référons à Allcock [1983] et Smith [1992].
[21]Alphonse, architecte suisse retraité, accompagnait à Salsomaggiore sa femme qui souffrait d’irritations vaginales. L’année de la mort de son épouse, il fut atteint d’un long rhume qu’il qualifia de « cérébral ». Plus pour se distraire que pour se soigner, il prit la décision de se rendre tout seul à Salsomaggiore. Depuis quinze ans, il fait le voyage chaque année, et il affirme n’avoir plus jamais souffert d’un rhume, même dans les hivers les plus rudes de Neuchâtel.
[22]Cette métaphore est née d’un long entretien avec Hans, musicien et maçon, installé dans la région depuis cinq ans. Elle nous paraît particulièrement adéquate en raison du terme « eau mère » qui désigne l’eau employée dans les thérapies thermales de Salsomaggiore.
[23]Alberto définit avec une remarquable efficacité, le sentiment qu’il éprouve à l’égard de la ville de Salsomaggiore : la recherche d’un équilibre physique s’empare des atouts d’une aventure digne d’Indiana Jones.
[24]Par ailleurs, indépendamment de l’état de conservation de ses infrastructures, la source thermale impose toujours aux curistes le même comportement de respect et de tranquillité : chacun est personnellement interpellé pour l’entretenir et pour la protéger.
[25]L’expression « géographie imaginale » est empruntée aux travaux de H. Corbin [1979] qui définit le monde imaginal comme celui qui se pose à la frontière entre l’abstraction cognitive et la perception sensorielle d’un lieu. Le « monde imaginal » partage avec les deux formes d’apprentissage de l’espace un « air de famille » qui annule leur dichotomie.
[26]Pour une analyse plus détaillée du phénomène, nous renvoyons à Tamarozzi [1999 : 41-67].
[27]Les médecins thermaux se plaignent de l’excessive aisance avec laquelle les employés et les malades ont tendance à interpréter leurs ordonnances selon leurs propres convictions ou les conseils des amis.
[28]Par contre, la notion de déplacement trouve une meilleure application dans la définition des circuits que le curiste parcourt à l’intérieur de la station thermale. Cette déambulation qui prévoit un départ et un retour a été analysée par l’auteur [Tamarozzi, 1999] en relation avec les chemins de pèlerinage, et participe activement aux processus de guérison mis en œuvre par la cure thermale.
[29]Le curiste est un touriste fidèle « du berceau à la tombe ». Il développe souvent un sentiment d’appartenance à son lieu de cure, fait d’autant plus étonnant qu’il conserve son apparence d’« étranger ».
[30]Nous citons ici l’expression de Guido, maître d’école à la retraite et latiniste distingué, qui utilise le mot latin pour définir tous ceux qui font partie de la « grande famille salsese ».
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Alphonse, architecte suisse retraité, accompagnait à Salsom...
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Cette métaphore est née d’un long entretien avec Hans, musi...
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Alberto définit avec une remarquable efficacité, le sentime...
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Par ailleurs, indépendamment de l’état de conservation de s...
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L’expression « géographie imaginale » est empruntée aux tra...
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Pour une analyse plus détaillée du phénomène, nous renvoyon...
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Les médecins thermaux se plaignent de l’excessive aisance a...
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Par contre, la notion de déplacement trouve une meilleure a...
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Le curiste est un touriste fidèle « du berceau à la tombe »...
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Nous citons ici l’expression de Guido, maître d’école à la ...
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