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Ethnologie française

2002/3 (Vol. 32)


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La contribution de la géographie humaine fut déterminante dans la constitution d’une ethnologie scientifique de la France. L’œuvre de Mariel Jean-Brunhes Delamarre *, qui s’est éteinte le 1er novembre dernier, est particulièrement représentative du courant qui a marqué de son sceau la naissance de la discipline entre les années 1930 et 1970.

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Sa longue vie, puisqu’elle était née le 13 août 1905, connut plusieurs périodes toutes aussi actives. L’image qui lui est associée au cours de ses « années atp » est celle d’une dame déjà âgée arrivant sur son Vélo Solex, vêtue d’une couche de plusieurs manteaux, si le temps le nécessitait, ses boucles blanches volant au vent – qui lui conféraient une lointaine parenté avec ces moutons qu’elle affectionnait tant. Il y eut une Mariel d’avant les atp, une Mariel géographe, formée à bonne école, puisque sensibilisée dès son plus jeune âge à cette discipline par son père Jean Brunhes, qui forgea l’expression de « géographie humaine ».

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Celui-ci, premier titulaire de la chaire de géographie au Collège de France, fut le directeur des Archives de la Planète, une fondation financée par Albert Kahn pour photographier et filmer les populations et les cultures du monde. Il s’installa avec sa famille dans la maison sise à Boulogne où l’enfance et la jeunesse de Mariel se déroulèrent dans le jardin japonais, la forêt vosgienne, la roseraie. Dans un film plein de tendresse que son fils lui a consacré [1][1] Cf. le film de Jean-Noël Delamarre, Le regard d’une..., Mariel raconte les souvenirs d’une enfance heureuse et la précocité de son apprentissage sous la houlette d’un père autoritaire et aimant, à qui, dès l’âge de treize ans, elle servit de secrétaire.

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À dix-huit ans, Mariel accole d’ailleurs à son patronyme le prénom de son père et l’épaule dans ses travaux. Celui-ci l’encourage dans son goût pour les voyages, qui relèvent bien plus du travail que du loisir. Ainsi Mariel fit-elle un premier voyage en Crète, en 1925, au cours duquel elle rédige un compte rendu quotidien de ses visites et de ses rencontres, illustré de photographies, véritable préfiguration des cahiers de route ethnographiques qu’elle tiendra plus tard, comme l’enseignait alors la méthode de la discipline. Ce sera la matière de son premier ouvrage publié en 1926.

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En 1928, Mariel suit son père au long d’un grand voyage qu’il accomplit au Canada, d’est en ouest, et apprend à ses côtés l’art de la photographie et du cinéma. Encouragée par Jean Brunhes, elle multiplie les conférences sur la Crète, le Canada, puis sur l’œuvre de celui-ci, mort en 1930. Un épais dossier de coupures de presse, soigneusement conservé par sa famille, montre son intense activité, tandis qu’elle continue jusqu’en 1958 à réactualiser le manuel scolaire paternel Première géographie[2][2] Jean Brunhes, Première géographie, par Mariel Jean-Brunhes....

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Pendant de nombreuses années, elle s’attachera à remettre régulièrement à jour l’œuvre paternelle, La géographie humaine dont elle publiera une édition abrégée. Cette fibre plus purement géographique continuera de l’animer puisque, parallèlement à ses travaux ethnologiques, elle conduit avec Pierre Deffontaines la tâche monumentale de L’Atlas aérien de la France, dont le cinquième volume est publié en 1965, couvrant alors la France tout entière. Anticipant sur les modernes ouvrages d’Arthus-Bertrand qui connaissent aujourd’hui tant de succès, les auteurs soulignent dans leur préface que « l’avion a réalisé un changement total dans la manière de voir la terre… au point que la terre apparaît […] comme une nouvelle planète ». Elle co-dirige aussi deux œuvres importantes : Géographie générale et Géographie régionale, publiées dans la collection de la Pléiade.

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Ainsi baignée dans les principes de l’école de la géographie humaine, elle focalise peu à peu son intérêt sur l’outillage agricole, à la suite de l’ouvrage monumental L’homme et la charrue à travers le monde rédigé avec André-Georges Haudricourt qui en avait été l’initiateur. Pierre Deffontaines et André Leroi-Gourhan en retracent la genèse dans l’avant-propos : « Le présent ouvrage prit naissance en 1940-1943 au cours des études d’ethnographie agraire que A.-G. Haudricourt (l’un des promoteurs en France de l’ethno-botanique) poursuivait […], plus précisément à l’occasion d’une communication sur les araires et les charrues demandée par A. Varagnac pour la Société de folklore français ; par la suite, A.-G. Haudricourt fit circuler un manuscrit […]. Il ne s’agissait encore que d’une esquisse d’une vingtaine de pages […]. Mariel Jean-Brunhes Delamarre, qui toujours suivit les travaux de géographie humaine de son père et qui fut secrétaire générale de la Revue de Géographie humaine et d’ethnologie, accepta d’apporter son concours à ce travail qui conduisit le manuscrit de 20 pages à un volume de près de 500 pages. » [3][3] Avant-propos à L’homme et la charrue, p. 8. En analysant les continuités et les discontinuités entre araires et charrues à travers les civilisations rurales du monde, l’ouvrage mettait en évidence l’importance des outils dans la formation des terroirs et des paysages et apportait une contribution essentielle à l’histoire sociale et économique des sociétés rurales.

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L’étude des gestes d’utilisation de l’outil permet de comprendre l’homme dans son milieu. Mariel restera fidèle à la méthode de son collègue et complice de donner une « tentative d’explication d’un instrument dans une perspective génétique » [p. 464] et continuera dans ses travaux ultérieurs à croiser l’usage de sources archéologiques, iconographiques, historiques, technologiques et linguistiques comme l’étude des formes des champs. Ouvrage fondateur s’il en fut, L’homme et la charrue, qui fut réédité deux fois, est une contribution essentielle à l’histoire des techniques.

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Les deux auteurs continueront à collaborer occasionnellement sur d’autres thèmes, par exemple à propos de l’outillage de récolte (fenaisons et moissons) auquel ils consacreront plusieurs articles, collaboration à laquelle ils inviteront François Sigaut à s’associer à partir de 1977.

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Mariel focalise dès lors son intérêt sur l’équipement agricole préindustriel, en France, sans jamais que cesse son souci comparatiste, comme en atteste le dernier, et parmi les plus remarquables de ses ouvrages, La vie agricole et pastorale dans le monde, qui vient d’être réédité en France, et traduit et publié en Italie où il a été couronné d’un prix quelques jours après sa mort, en novembre 2001.

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Mais le rayonnement international de Mariel était chose établie depuis longtemps. En attestent, entre autres, la publication de son ouvrage sur l’attelage au joug en France par l’Institut d’Ethnologie de Tchécoslovaquie (1969), et le titre de membre d’honneur qui lui fut décerné par l’Association internationale des Musées d’agriculture, lors de son 6e Congrès (Stockholm, septembre 1982).

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L’objet dans sa matérialité intéresse évidemment Mariel qui est et restera toute sa vie une collecteuse : ainsi, en 1953, à l’occasion d’un premier voyage en Chine [4][4] Elle fit plusieurs voyages en Chine, le dernier datant..., elle rapporte une quantité d’outils agricoles qu’elle eut bien du mal à faire accepter dans l’avion.

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Le musée national des Arts et Traditions populaires, sis encore dans les sous-sols du palais de Chaillot, l’accueille comme chargée de mission des musées nationaux et lui confie la réalisation de plusieurs collectes ; alors même que la formule du laboratoire associé n’existait pas encore, elle entre comme attachée de recherches au cnrs le 1er octobre 1958, engagée sur l’urgence d’une enquête sur l’équipement agricole préindustriel ; la voici chef du secteur des techniques d’acquisition et de production, selon les classifications d’André Leroi-Gourhan reprises alors dans l’organisation administrative du Musée comme pour la programmation des vitrines. Celui-ci fut d’ailleurs son parrain au cnrs et le directeur de sa thèse.

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À l’occasion d’une lettre administrative, Georges Henri Rivière remarque ainsi dans un courrier officiel de novembre 1964 : « Notre musée-laboratoire d’ethnologie française lui est redevable d’une précieuse liaison avec la discipline géographique. » [5][5] Liaison qui devait pourtant lentement se défaire, comme... Mariel sera promue chargée de recherches en 1966, en même temps que, sous le nom de Centre d’ethnologie française, le laboratoire de recherches s’associe au Musée, en tant que formation cnrs. L’incroyable énergie que déploie Mariel sur plusieurs fronts est d’autant plus remarquable qu’elle ne travaille, en principe, qu’à mi-temps au cnrs, n’ayant pu (ou pas voulu) se décharger de la direction d’un service social en faveur de l’enfance. Elle ne reprendra un emploi à plein temps au cnrs qu’en 1968, deux ans avant sa retraite. Une vie de travail, insérée bien tardivement dans un cadre institutionnel, a produit une œuvre qu’on peut considérer comme monumentale, exemple achevé d’une démarche scientifique et d’une ethnologie qui se fixait alors pour champ l’étude de la société préindustrielle.

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Le projet sur lequel le cnrs la recrute est très clair, et ce programme sera rempli scrupuleusement : il s’agit d’une ethnologie d’urgence qui vise à reproduire le type d’étude qui a été conduit pour la charrue et l’araire dans les autres domaines de l’équipement agricole pré-machiniste. L’enquête s’inscrit dans le domaine de l’histoire des techniques : « Beaucoup [de ces instruments] représentent une étape importante dans le développement de l’outillage agricole en particulier, de tout l’outillage en général, et ils constituent des éléments de comparaison d’une valeur inestimable avec des objets néolithiques […] En partant du réel actuel, comme nous l’avons fait pour l’araire et pour la charrue, – il s’agirait de dresser un tableau de l’outillage agricole pré-machiniste en France –, outillage plus particulièrement lié à la préparation du sol, aux semailles et aux récoltes. » [6][6] Document pour une candidature au cnrs « Recherches... La première tâche urgente est d’étudier, tant qu’il est encore possible, les instruments sur place, des documents « vivants ». Remarquons qu’elle s’engage dans un domaine de recherches réputé masculin, ce qui ne semble pas avoir gêné ses enquêtes.

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Mariel met en place un réseau de correspondants locaux sur l’outillage agricole pré-machiniste et la fin des années 1950 et le début des années 1960 la voient sillonner la France, de tous côtés, multipliant de brefs déplacements par exemple, au cours d’une seule année, en Bretagne, en Thiérache, dans les Causses, le Massif central, le Ségalas, etc. Elle tient les deux bouts de la chaîne technique en s’intéressant tant aux usages qu’aux modes de production, chez l’exploitant agricole et chez les artisans, par exemple lorsqu’elle enquête auprès des bourreliers dont l’activité est très dépendante de la traction animale, ou encore dans le Tarn, où elle étudie les ateliers de fabrication de serpes, pelles, pioches ou reilles – « fabrication très variée qui conserve des caractères artisanaux dans le cadre d’une usine par ailleurs très industrialisée » [7][7] Document Missions d.m.n. (non daté), missions en vue.... Chacune de ses missions est l’occasion de rapporter des objets qui enrichissent les collections, et son esprit collecteur et collectionneur est sans cesse en éveil : ainsi, au cours d’un séjour de vacances à l’île de Ré, elle collecte l’outillage de la récolte de sel.

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Avec la rédaction de notices d’objets [8][8] Notamment pour les catalogues des expositions : Cinq..., Mariel a participé à la plupart des expositions temporaires ; le Musée lui est redevable d’une des plus belles, la 18e exposition, Bergers de France (juillet-novembre 1962), qui servira à la préfiguration d’une partie des futures galeries. « Chef d’orchestre », selon l’expression de Georges Henri Rivière, d’une équipe qui rassemble tout le personnel du Musée et bien d’autres encore, Mariel travaille à l’exposition et au catalogue qui en reste la trace impressionnante. Ce travail lui vaudra, en février 1963, le grade de Chevalier du Mérite agricole.

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Après une première partie esquissant une perspective historique de l’activité pastorale, une seconde approche tente de classer les types d’élevage ovin en France, tandis que la dernière partie, dans laquelle Mariel fut la plus investie, traite du berger et de la bergerie, en suivant une graduation classique alors, depuis la culture matérielle, jusqu’aux croyances et aux savoirs propres aux bergers : musique, littérature, danse. La richesse d’un tel catalogue, aujourd’hui d’une importance impensable, reflète à la fois le credo de l’époque en l’objet-signe et témoin, et l’inlassable activité de Mariel rédigeant les notices extrêmement détaillées, qui constituent à elles seules une véritable somme sur les questions de l’élevage ovin, à travers la technique, mais aussi la littérature, l’art, la musique savante ou populaire. L’accueil de la presse fut enthousiaste : elle célèbre tantôt la force esthétique qui se dégage de cette muséographie si particulière, « magnification du réel » [9][9] Raymond Cogniat, « Bergers et bergeries au Musée des..., tantôt « la présentation remarquable [qui] montre tous les aspects de lacivilisation du moutonen France. Souvent voisinent dans la même vitrine l’outil ancien et son homologue actuel : la force à tondre et la tondeuse électrique, le seau à traire et la trayeuse électrique. Les progrès sont ainsi mis en évidence, même pour l’œil le plus profane » [10][10] Yvonne Rebeyrol, « “Bergers de France” au Musée des.... On retrouve là la patte de Mariel toujours soucieuse de rendre compte de l’état du réel, et de signaler tout ce qui peut alléger la peine des hommes.

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Mariel poursuit de façon systématique son travail sur l’élevage ovin, notamment dans le Queyras, où elle accomplit plusieurs missions qui contribuent très significativement à l’enrichissement des collections du Musée, notamment avec l’acquisition de la forge d’Abraham Isnel à Saint-Véran dans les Hautes-Alpes. Cette opération figure de modèle dans la théorie muséologique de Georges Henri Rivière de « l’unité écologique », puisqu’il s’agit de collecter, inventorier et présenter dans son authenticité un ensemble sociologiquement signifiant, ce que Georges Henri Rivière nomme une « reconstitution synchronique » [11][11] La muséologie selon Georges Henri Rivière, Paris, Dunod,....

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Le journal de route de Mariel [12][12] Journal de route de Mariel Jean-Brunhes Delamarre et..., accompagnée par Pierre Soulier, un dessinateur accompli, relate de façon très précise ce qui peut apparaître aujourd’hui comme une épopée, des déplacements difficiles sous la neige, l’accès limité au téléphone, le manque de moyens [13][13] mjbd téléphone à Paris (ce qui est compliqué en 1963),.... Mais on sent aussi passer le souffle et l’émotion du chercheur qui « invente » un trésor ethnographique, ici une abondance d’objets et d’outils que Mariel et Pierre Soulier découvrent dans les maisons abandonnées par les habitants et qu’ils peuvent acquérir en nombre pour le Musée sous le coup d’une évidente frénésie jubilatoire de collecte [14][14] Dans une démarche qui évoque peu ou prou celle que....

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En l’espace de deux semaines, du 25 octobre au 8 novembre 1963, guidés par un habitant du village, Jean Blanc, Mariel et Pierre Soulier procèdent à l’achat de la forge d’Abraham Isnel fermée depuis la mort de celui-ci en 1948 pour 500 F [15][15] Journal de route [11]. [p. 11]. Ils en font l’inventaire, photographient, référencent tout l’outillage et se préoccupent, en vue de la reconstitution de la forge au Musée, de régler la question des déposes des fenêtres et placards encastrés dans la forge, ainsi que de la forge elle-même en pierre. À la fin du cahier, le relevé manuel de la seule forge indique 391 numéros. En plus de la forge, Mariel et Pierre Soulier réalisent une considérable collecte d’outils et objets agricoles ou autres, consignés dans leur détail dans ce journal de route dont la matière est indexée. Mariel prendra aussi une grande quantité de photographies et enregistrera sur bandes sonores nombre d’informateurs, saisissant les ultimes moments d’une société montagnarde avant que celle-ci ne se recompose avec le tourisme et les sports d’hiver.

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Au sein du Musée, Mariel travaille sans relâche à la constitution du fichier de l’outillage agricole, répertorie des centaines d’outils ou de pièces d’outils agricoles afin de localiser les régions de France dont les outils sont le plus incomplètement représentés et ainsi entreprendre en province des recherches pour compléter les collections. Établir un inventaire des instruments agricoles anciens en France, basé sur l’analyse fonctionnelle de ces instruments et de leurs techniques de fabrication et d’utilisation, tel est l’objet final de l’étude.

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Ce travail d’enquête, appuyé sur un solide réseau de correspondants locaux, s’inscrit bien dans la lignée d’une entreprise d’ethnographie extensive à visée classificatrice qui inspira certains travaux conduits dès la fondation du Musée en 1937, dont les célèbres « chantiers » du Musée, lancés dans les années 1940, comme celui de l’architecture rurale et du mobilier traditionnel.

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Il n’est peut-être pas inopportun de rappeler ici la mémoire de Charles Parain, auteur en 1937 d’un travail resté classique sur « les anciens procédés de battage et de dépiquage en France » [16][16] Article republié dans Outils, ethnies et développement..., car plusieurs contributions de Mariel se situent dans la même veine. Elle contribue notamment à compléter et amender en 1955, en collaboration avec Pierre Deffontaines, la carte de la « répartition des types de toit en France » publiée pour la première fois en 1920 dans la Géographie humaine de la France (tome 1, p. 441) [17][17] La géographie humaine de Jean Brunhes, édition abrégée... ; mentionnons aussi sa Géographie et ethnologie du joug en France[18][18] Une carte des attelages et des animaux de trait, extraite... qui fut publiée… en Tchécoslovaquie ! Cette approche extensive, dont participait aussi L’homme et la charrue, était déjà passée de mode en France, si elle y fut jamais.

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Elle est aujourd’hui à peu près ignorée. Sans elle, pourtant, il s’avère impossible de comprendre les « structures du quotidien », comme les appelait Fernand Braudel. Aussi peut-on être assuré que les contributions de Mariel sur ces sujets seront reconnues tôt ou tard à leur juste valeur, qui est fondamentale.

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Extrait du journal de route de Mariel, avec Pierre Soulier à Saint-Véran (Hautes-Alpes), 25 octobre 1963 - 8 novembre 1963 (Service historique archives atp, JR 63.2).

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Mariel enregistre Clément Bonino, berger à Saint-Véran (Service historique archives atp, 63.164.24).

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Mais Mariel est peut-être avant tout une femme de terrain [19][19] Avec tout l’appareillage technique le plus moderne..., et elle sera aussi une des pionnières d’une ethnologie intensive, inscrite dans un champ géographique circonscrit et inspirée par la démarche anthropologique du comparatisme : sa thèse de troisième cycle en est l’exemple achevé. Dans la préface au catalogue des Bergers, Georges Henri Rivière notait que « les structures socio-économiques ne se détachent pas encore avec toute la rigueur nécessaire » [p. 14]. La thèse de Mariel vient précisément remplir ce vide. Elle est soutenue le 19 décembre 1966 devant un jury composé d’André Leroi-Gourhan, Georges Henri Rivière et Roger Bastide. Elle a alors 61 ans !

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Dans ce travail très documenté qui sera publié en 1970, Mariel aborde des facettes peu connues de l’activité du berger, le plus souvent associée à la transhumance ; or il est une forme d’élevage ovin beaucoup plus répandue, sédentaire, dans laquelle le berger n’effectue que des déplacements limités. L’étude se centre sur des bergers gardant un troupeau qui réunit les bêtes de divers propriétaires, en général d’un même village ; elle est fondée sur des enquêtes intensives conduites en Champagne et en Queyras, étude comparative afin de saisir l’originalité des techniques pastorales et les rapports établis entre les bergers et chacune des communautés dans lesquelles ils s’insèrent. Dans un cas, celui de la Marne, le berger est le salarié d’un groupe de propriétaires, dans l’autre, ce sont les propriétaires eux-mêmes qui, selon un ancien système alors en voie d’extinction, gardent chacun à tour de rôle les bêtes de tous, après un tirage au sort qui fixe le nombre de jours de garde au prorata des têtes du troupeau de chacun.

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Dans les deux situations, l’enquête relevait d’une ethnologie d’urgence, et le travail est une remarquable illustration de cette ethnologie à la fois historique, technologique et sociale, fruit d’un long travail de terrain, mais elle n’est pas pour autant passéiste : sous l’intérêt développé par Mariel pour l’ingéniosité des sociétés d’élevage, perce son admiration pour la modernité et le dynamisme des jeunes, qui transforment la Champagne crayeuse en une « plantureuse plaine agricole » ou, dans le cas de Saint-Véran, s’orientent vers les métiers du tourisme et des sports d’hiver.

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Journal de route correspondant à la photo numéro 2.

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Et Mariel est aussi une pionnière des sciences cognitives, dont la mode se répand aujourd’hui, même si bien sûr le terme n’est pas utilisé ; son intérêt pour ses chers moutons, injustement décriés, car, comme le disait André-Georges Haudricourt, « surdomestiqués » et auxquels elle rend hommage dans l’introduction de son ouvrage, la rapproche sans doute de cette sensibilité. « N’aurai-je pas enfin en terminant cette introduction, une pensée émue pour ces moutons, si décriés au point de vue intellectuel mais qui ne le méritent pas tant ? N’est-ce pas l’homme qui […] serait responsable de leur passivité ? » « Les moutons ont été pour moi de précieux informateurs et collaborateurs. Leurs divers bêlements présentent une grande variété de timbres et d’expressions… On peut discerner leur impatience au départ vers les pacages et, au retour, la hâte des mères à retrouver leur agneau ; l’amour maternel et filial : l’échange de messages sonores entre telle brebis mère et son enfant, même d’un bout à l’autre de la bergerie, est absolument personnalisé et reconnaissable entre tous. » Et Mariel de conclure : « Ces observations, ces indices audio-visuels m’ont confirmé tous les rapports techniques et (a)ffectifs qui lient berger et troupeau et inversement » [p. 20].

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Au cours des années 1960, Mariel participe très activement à l’élaboration des programmes muséaux prévus pour ce qu’on dénomme alors « le nouveau siège », de la galerie culturelle comme de la galerie d’étude : selon les préceptes muséaux de Georges Henri Rivière, elle choisit les objets et la programmation muséale en ce qui concerne les secteurs dont elle a la responsabilité au titre de son département : cueillette, chasse, pêche, transports ruraux, agriculture, élevage. Et elle publiera, seule ou en association, trois des guides-catalogues consacrés aux vitrines de la Galerie d’étude qui devaient guider la lecture des vitrines pour le visiteur, celui des Techniques de production : l’agriculture, celui des Techniques de production : l’élevage, celui des Transports ruraux.

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Mariel est aussi de la grande épopée d’une des plus importantes recherches coopératives sur programme lancées par le cnrs[20][20] M. Segalen, « L’Aubrac, bientôt trente ans », Ethnologie..., la rcp Aubrac (1964-1968), au sein de laquelle elle s’inscrit pour l’étude des techniques agricoles et de leurs outillages. Comme toujours, elle collecte de nombreux outils agricoles. Les résultats de l’enquête sur le terrain, conduite en partie avec André-Georges Haudricourt, sont publiés de façon originale, sous forme de six grands tableaux : aménagement du sol ; préparation et entretien du sol ; enrichissement, amendement du sol ; plantation et semailles, récoltes, battage et vannage des céréales ; récolte du foin, transport, engrangement, distribution à l’étable ; modes de traction des instruments agricoles et des véhicules agricoles ; exemples d’ensembles d’outils spécialisés. Fidèle au principe d’interdisciplinarité qui est au fondement de ces recherches « coopératives », Mariel intègre dans son analyse les travaux menés par les autres chercheurs en histoire, agronomie, pédologie, climatologie, économie et demande au linguiste de l’équipe de recueillir les termes vernaculaires désignant ces outils.

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Sa contribution se présente ainsi sous la forme de tableaux synoptiques qui suivent le déroulement des diverses activités au long de l’année. À chacune d’elles correspondent les outils, leurs fonctions, les lieux où ceux-ci ont été repérés, et une indexation à des cartes linguistiques ou dessins. C’est une des plus belles contributions de ce que fut l’étonnante entreprise de l’Aubrac, la seule des trois autres rcp (Plozévet, Châtillonnais, Baronnies des Pyrénées) à atteindre l’objectif final d’une publication coordonnée. Photographies, calques, notices se renvoient dans une présentation de grande qualité éditoriale et esthétique. Sur le fond, de façon très novatrice, les outils sont classés non par leur forme, mais selon leur fonction dans la chaîne opératoire. Mariel avait d’ailleurs initialement intitulé son chapitre « Analyse structurale » ; on peut regretter qu’elle n’ait pas conservé ce qualificatif. Comme toujours, elle introduit dans son tableau analytique les outils modernes, aussi le chapitre se clôt-il sur une très belle photo où l’on voit au premier plan un couple de paysans labourant avec une araire chambige à reille attelée à des bœufs couplés par un joug, tandis qu’au second plan, sur la route, roule le tracteur avec sa charrue multisoc.

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La retraite atteint Mariel en août 1970, alors que deux ans auparavant seulement, elle avait demandé à travailler officiellement à plein temps [21][21] Mariel a en effet conservé jusqu’alors la direction.... Son âge déjà avancé ne l’empêche pas de sillonner Paris sur son Vélo Solex. Toujours dynamique et chaleureuse, sa voix chantante qui retentit encore à nos oreilles, exprime cette alliance de générosité et de solidité que le film de son fils Jean-Noël nous conserve précieusement. Elle continue inlassablement son travail et assume dès lors la responsabilité de la publication Aubrac [22][22] Avec la collaboration de la signataire de ces lign..., sous la direction de Georges Henri Rivière, qui en ayant fixé les grandes lignes directrices, lui en laissera la totale responsabilité, se contentant de courtes pages d’introduction en tête de chaque volume pour se féliciter du soutien éditorial du cnrs – assez exceptionnel et jamais reproduit depuis –, lors de la parution de chacun des sept volumes [23][23] En réalité neuf, avec la Carte et catalogue des Montagnes,....

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C’est dans ces circonstances que l’attachement affectueux qui unissait Mariel à Georges Henri Rivière – qu’elle a entouré de ses soins jusqu’à sa mort – se manifeste particulièrement. Cet attachement était d’ailleurs réciproque ; celui-ci fit son éloge public une première fois dans la préface à son ouvrage sur les Bergers : « L’auteur est personne en partie double. D’une part la géographe ethnologue, dont la longue expérience directe du monde rural s’est ciselée à la rigueur du savant. D’autre part l’être humain, que sa généreuse et noble nature, dans les circonstances de son métier, comme dans celles de toute sa vie, incline à se dévouer, à se donner, à communier. » Dans la préface au volume VI-2 de l’Aubrac, celui-là même dans lequel Mariel a publié sa contribution sur l’outillage agricole, Georges Henri Rivière la remercie chaleureusement ; il annonce un ultime volume dans lequel il compte s’employer à faire le bilan de la rcp, mais il écrit de façon lucide : « Il n’est pas sûr, toutefois, que l’octogénaire avancé que je suis sera à même, dans un avenir pourtant proche de signer le bon à tirer des ultimes feuillets de ce grand ouvrage. Je m’en console, à la pensée qu’une personne amie, dans cette éventualité, serait là pour me suppléer, me relayer. On en devinera le nom, cité déjà par quatre fois dans le présent volume, qui lui doit tant. » [24][24] Georges Henri Rivière, « Avant-propos », t. VI-2 :...

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Mariel discute avec Madame Berthot à Saint-Urcize (Cantal), devant un grand tombereau tracté (Service historique archives atp, 66.82.12).

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Et effectivement, le dernier volume lui sera posthume, puisqu’il décède en 1985. Mariel rédigera alors une conclusion générale à ce volume (qui contient le bilan de l’enrichissement des collections du musée grâce à la rcp, les tables générales des matières et l’index des noms de personnes et des noms géographiques) dans un esprit de grande fidélité à son « cher ghr », en faisant le point sur « la grande aventure » de l’Aubrac comme celui-ci la nommait.

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Elle travaille alors à La vie agricole et pastorale dans le monde, Techniques et outils traditionnels, ouvrage magnifiquement mis en pages et illustré, édité chez Joël Cuenot, où son champ d’intérêt pour les gestes de l’homme dans ses activités agricoles et pastorales s’élargit aux sociétés du monde entier, dans une démarche comparative qui évoque les perspectives ouvertes par André Leroi-Gourhan. Traduit en italien, cet ouvrage vient d’être couronné en Italie par le prix Gambrinus Giuseppe Mazzoti. C’est un témoignage du travail de l’humanité paysanne et pastorale au travers des techniques et des outils utilisés au fil des siècles.

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Jusqu’à la presque fin de sa longue vie, sa curiosité conduit l’infatigable Mariel à travers le monde : ainsi elle se rend au Tibet en 1980, alors qu’elle a 75 ans. Elle continue la rédaction de divers travaux, comme cet article fort original dans lequel elle analysait l’emploi des références aux animaux dans les discours politiques (« bouc émissaire », « moutons noirs » etc.), participe à la préparation d’une exposition au musée Albert Kahn dédiée à l’œuvre de son père dont le souvenir continuait de l’habiter avec passion (1993) [25][25] Autour du monde. Jean Brunhes. Regards d’un géographe..... Elle travaillait aussi à un ouvrage de la collection Hachette, La vie quotidienne des bergers du Moyen Âge à nos jours dont elle avait rédigé plusieurs chapitres, laissé inachevé.

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Aux côtés de cette activité de recherche, et tout en élevant ses quatre enfants nés de son union très harmonieuse avec le sculpteur Raymond Delamarre (qui dura 59 ans), Mariel s’engagea tout au long de sa vie dans des activités militantes et sociales. Avant la Seconde Guerre mondiale, elle est secrétaire de l’Union nationale pour le vote des femmes, présidée par la duchesse de La Rochefoucauld (et à ce titre donna des dizaines de conférences) ; pendant la guerre, en 1941, elle dirigea avec son époux le Secours national à Châteauroux [26][26] Elle fut aussi présidente de l’Association des parents.... Elle est de toutes les luttes, contre la guerre du Vietnam, contre la guerre d’Algérie, contre l’occupation militaire du Larzac, et son engagement n’est pas seulement intellectuel, mais au risque de sa vie parfois (Mariel participe à la grande manifestation des Algériens de Paris à Charonne en 1962). On la retrouve vice-présidente du mouvement « Fraternité chrétienne avec le Vietnam, le Cambodge et le Laos ».

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Mariel, portrait posé en 1970 (archives famille Delamarre).

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L’évolution de notre discipline a fait que les travaux comme ceux que Mariel a conduits sont tombés dans un oubli relatif, largement dû aux transformations profondes de notre monde qui ont fait disparaître définitivement ces derniers témoins d’une société préindustrielle que Mariel avait encore pu saisir sur le vif. Il n’en reste pas moins que sa contribution à la connaissance de l’histoire de nos sociétés, est d’une ampleur exceptionnelle. De récentes rééditions donnent à penser que certaines de ces œuvres sont en passe de devenir des classiques.

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Le plus remarquable peut-être chez cette femme chaleureuse et toujours enthousiaste est qu’elle ne mit aucune distance entre ses croyances et sa vie professionnelle : sa recherche est au service d’une foi profonde en Dieu qui lui semble se manifester dans le travail humain dont elle savait apprécier toute la valeur. La technologie appartenait à un champ d’étude dont elle disait avoir seulement « labouré » une petite part. Dans le film que son fils Jean-Noël lui a consacré, on l’entend dire : « Pour moi, il n’y a absolument aucune contradiction entre la science et la foi… Il s’agit d’une association tellement profonde, tellement ancrée en moi que ce n’est pas une question de volonté, c’est une question d’inspiration constante et de vie… Je sentais que mon travail avait une signification tellement plus profonde par son prolongement que cela me donnait de l’enthousiasme, mais je ne me le disais pas, la foi c’est une force qui vit en soi. »

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Mariel, une femme savante, une femme engagée, une femme libre. ?

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* Béatrice Levard-Delamarre m’a aidée à compléter la biographie de Mariel ; François Sigaut a relu ces pages et y a apporté bien des compléments. Je les remercie tous deux sincèrement.


Ouvrages de Mariel Jean-Brunhes Delamarre

  • La Crète d’aujourd’hui et la Crète d’autrefois (avec Marthe Oulié), Paris, Société de Géographie de Paris, 1926, (Médaille d’Or, prix Ch. Garnier), 1926.
  • Races par Jean Brunhes, documents commentés par Mariel Jean-Brunhes Delamarre, Paris, Firmin-Didot, 1930.
  • « Contribution à l’étude de l’habitat rudimentaire : les cabanes de pierres sèches des environs de Gordes (Vaucluse) », Actes du Congrès international de Géographie, Paris, 1931.
  • Problèmes de géographie humaine. La vie et l’œuvre de Jean Brunhes, Paris, Bloud et Gay, 1939.
  • La France dans le monde. Ses colonies. Son empire (avec Marius-Ary Leblond), Tours, Mame, 1946.
  • La géographie humaine de Jean Brunhes. Établissement d’une édition abrégée (avec Pierre Deffontaines), Paris, Presses Universitaires de France, 1947.
  • L’Atlas aérien de la France (avec Pierre Deffontaines), 5 vol., 1 450 photos aériennes commentées, Paris, Gallimard, 1955-1964 (prix Erhard de la Société de Géographie).
  • L’homme et la charrue à travers le monde (avec André-Georges Haudricourt), Paris, Gallimard, 1955 (prix Olivier de Serres, Sciences sociales) ; réédition : Lyon, La Manufacture, 1986 ; Tournai, La Renaissance du Livre, 2000.
  • « L’“étriche” de la faux », Arts et traditions populaires, 1958, 3-4 : p. 286-287.
  • Géographie universelle Larousse (co-direction avec Pierre Deffontaines), Paris, Larousse, 3 vol., 1958-1960.
  • « À propos des faucilles à dents », Arts et traditions populaires, 1960 : 182.
  • « Instruments agricoles et artisanaux préindustriels du Marlois et de la Thiérache (Aisne), 1re partie : l’outillage agricole » (avec André-Georges Haudricourt et Jacques Chaurand), Arts et traditions populaires, 1960, 1-4 : 64-77.
  • « À propos d’une enquête régionale sur l’artisanat » (avec André Desvallées), Arts et traditions populaires, 1961, 4 : 249-254.
  • Bergers de France, Exposition ayant eu lieu au Musée des arts et traditions populaires du 26 juillet au 19 novembre 1962. Catalogue établi par Mariel Jean-Brunhes Delamarre, aidée d’un groupe de chercheurs, Arts et traditions populaires, X, 1962.
  • « L’“étriche” et la faux. Recherches technologiques et linguistiques » (avec André-Georges Haudricourt), VIe Congrès international des sciences anthropologiques et ethnologiques, Actes, tome II, Ethnologie (1 vol.) Paris, 1963 : 517-519.
  • « Complément à l’usage du “javelier” (Québec ) », Arts et traditions populaires, 1963, 3-4 : 289.
  • Géographie générale (co-direction avec Pierre Deffontaines et André Journaux), Paris, Gallimard, Encylopédie de la Pléiade, vol. 1 et 2, 1966.
  • « La 2e conférence internationale du travail pour la recherche sur les instruments de labour, Julita Manor, Suède », Arts et traditions populaires, 1967, 3-4 : 291-293.
  • Géographie régionale (co-direction avec Pierre Deffontaines et André Journaux), Paris, Gallimard, Encylopédie de la Pléiade, vol. 1 et 2, 1975.
  • « Géographie et télécommunications » (avec R. Daude), in Mariel Jean-Brunhes Delamarre, André Journaux et Pierre Deffontaines (sous la direction de), Géographie générale, Paris, Gallimard, Encyclopédie de la Pléiade, 1966 : 1636-1685.
  • « Géographie humaine et ethnologie », Ethnologie générale, Paris, Gallimard, Encyclopédie de la Pléiade, 1968 : 1465-1503.
  • Géographie et ethnologie du joug en France du xviiie siècle à nos jours, Prague, Institut d’ethnologie, Académie des sciences, 1969.
  • Le berger dans la France des villages. Bergers communs à Saint-Véran en Queyras et à Normée en Champagne, Paris, Éditions du cnrs, 1970.
  • « L’ultime transhumance en Aubrac » par Adrienne Duran-Tullou avec la collaboration de Mariel Jean-Brunhes Delamarre, in L’Aubrac, Étude ethnologique, linguistique, agronomique et économique d’un établissement humain, t. II, Ethnologie historique. Transhumance ovine, Paris, Éditions du cnrs, 1971 : 127-165.
  • Techniques de production : l’agriculture (avec Hughes Hairy), Guides de la galerie d’étude, Guides ethnologiques 4/5, Paris, Éditions de la rmn, 1971.
  • Transports ruraux (avec Roger Henninger), Guides de la galerie d’étude, Guides ethnologiques 3, Paris, Éditions de la rmn, 1972.
  • Techniques de production : l’élevage, Guides de la galerie d’étude, Guides ethnologiques 6/7, Paris, Éditions de la rmn, 1975.
  • « Introduction générale » in L’Aubrac, Étude ethnologique, linguistique, agronomique et économique d’un établissement humain, t. VI.2, Ethnologie contemporaine, Paris, Éditions du cnrs, 1982 : 15-18.
  • « Technique et outillage agricoles préindustriels en Aubrac. Analyse des opérations », in L’Aubrac, Étude ethnologique, linguistique, agronomique et économique d’un établissement humain, t. VI.2, Ethnologie contemporaine, Paris, Éditions du cnrs, 1982 : 25-151.
  • Conclusion générale de la rcp Aubrac et en hommage à Georges Henri Rivière, in L’Aubrac, Étude ethnologique, linguistique, agronomique et économique d’un établissement humain, t. VII, Paris, Éditions du cnrs, 1986 : 9-19.
  • La vie agricole et pastorale dans le monde, Techniques et outils traditionnels, Paris, Joël Cunéot, 1985, réédition afma (Association des Musées d’agriculture et du patrimoine rural), Glénat ; traduction italienne : Vita agricola e pastorale nel mondo, Priuli et Verlucca, 2000 (prix Gambrinus-Giuseppe Mazzoti).
  • « Un mot, une plante ou outil agricole : les fourches en micocoulier de Sauve, Gard », Langues et techniques. Nature et société, t. II : approche ethnologique, approche naturaliste, Paris, Éditions Klincksieck, 1972 : 29-32.
  • « La place et le rôle de l’élevage du cochon dans les diverses communes populaires de Chine », in L’homme et l’animal, Paris, Institut international d’ethnosciences, 1975 : 535-540.
  • « Le milieu rural et sa “gente” animale dans le langage imagé de la presse et des discours politiques (1987-1988) », Journal d’Agriculture traditionnelle et de Botanique appliquée, 1996, xxxviii (2) : 9-20.

Notes

[1]

Cf. le film de Jean-Noël Delamarre, Le regard d’une mère, Tanguera films, 1999, 52 minutes.

[2]

Jean Brunhes, Première géographie, par Mariel Jean-Brunhes Delamarre, Tours, Mame (dont une des dernières éditions date de 1958). Elle sera aussi l’auteur, avec Pierre Deffontaines, d’une Petite histoire de la France, publiée à Tours, chez Mame, 1955, avec des dessins de Raymond Delamarre, son époux.

[3]

Avant-propos à L’homme et la charrue, p. 8.

[4]

Elle fit plusieurs voyages en Chine, le dernier datant de 1973.

[5]

Liaison qui devait pourtant lentement se défaire, comme en témoigne la courte vie de la Revue de Géographie humaine et d’ethnologie, dirigée par Pierre Deffontaines et André Leroi-Gourhan, dont Mariel fut la secrétaire générale et qui n’eut que deux numéros (1948, 1 et 2).

[6]

Document pour une candidature au cnrs « Recherches sur l’équipement agricole pré-machiniste en France », 21. XI. 1957, archives atp, mjbd.

[7]

Document Missions d.m.n. (non daté), missions en vue de l’exposition « Cinq ans d’acquisitions ».

[8]

Notamment pour les catalogues des expositions : Cinq ans d’enrichissement 1955-1960 (1960), Mireille (1960), Arts et traditions populaires des pays de France. Trois ans de travaux et acquisitions (1963).

[9]

Raymond Cogniat, « Bergers et bergeries au Musée des arts et traditions populaires », Le Figaro, 2 août 1962.

[10]

Yvonne Rebeyrol, « “Bergers de France” au Musée des arts et traditions populaires », Le Monde, 29-30 juillet 1962.

[11]

La muséologie selon Georges Henri Rivière, Paris, Dunod, 1989 : 355.

[12]

Journal de route de Mariel Jean-Brunhes Delamarre et Pierre Soulier (JR 63.2).

[13]

mjbd téléphone à Paris (ce qui est compliqué en 1963), à la suite de quoi Michèle Richet et Georges Henri Rivière se mobilisent et cmd envoie des bandes magnétiques. Mariel demande à M. Delamarre de lui envoyer télégraphiquement 1500 F, « le Musée n’a pas encore fait son versement » (p. 31).

[14]

Dans une démarche qui évoque peu ou prou celle que décrit Michel Leiris dans L’Afrique fantôme, voici ce que mentionne une note du journal de route : « Nous apercevons trois berceaux dans le fond de la pièce et nous […] demandons [au propriétaire] d’en acquérir un. Il hésite beaucoup car c’est une œuvre de son père et il voudrait le décorer pour le vendre aux touristes. Pierre Soulier montre l’ordre de mission et cela le décide à nous donner son prix = 50 F que nous acceptons. »

[15]

Journal de route [11].

[16]

Article republié dans Outils, ethnies et développement historique, Paris, Éditions sociales, 1979 : 17-26 ; voir aussi Techniques de production : l’agriculture, Guides ethnologiques 4/5, Éditions de la rmn, Paris, 1971 : 46.

[17]

La géographie humaine de Jean Brunhes, édition abrégée par Pierre Deffontaines et Mariel Jean-Brunhes Delamarre, Paris, Presses Universitaires de France, 1956 : 308-309 ; Pierre Deffontaines, L’homme et sa maison, Paris, Gallimard, 1972 : 74-75.

[18]

Une carte des attelages et des animaux de trait, extraite de cet ouvrage, a été reproduite dans Transports ruraux (avec Roger Henninger), Guides de la galerie d’étude, Guides ethnologiques 3, Paris, Éditions de la rmn, 1972 : 46.

[19]

Avec tout l’appareillage technique le plus moderne d’alors : ainsi, le 5 février 1965, Mariel part sur le terrain à Saint-Véran munie « d’un équipement technique composé d’un magnétophone, d’un appareil photographique, de bandes magnétiques et de pellicules photographiques ».

[20]

M. Segalen, « L’Aubrac, bientôt trente ans », Ethnologie française, XVIII, 4, 1988 : 390-395.

[21]

Mariel a en effet conservé jusqu’alors la direction d’une œuvre de cinq colonies de vacances « La Chaussée du Maine ».

[22]

Avec la collaboration de la signataire de ces lignes.

[23]

En réalité neuf, avec la Carte et catalogue des Montagnes, et en raison du dédoublement du t. VI.

[24]

Georges Henri Rivière, « Avant-propos », t. VI-2 : 9.

[25]

Autour du monde. Jean Brunhes. Regards d’un géographe. Regards de la Géographie, Paris, Musée Albert Kahn, 1993.

[26]

Elle fut aussi présidente de l’Association des parents d’élèves du lycée Camille-Sée, inauguré en 1936 par le ministre Jean Zay (celui-là même qui signa le décret de fondation du mnatp), auquel Béatrice Delamarre remit, à son arrivée, un bouquet de fleurs ; elle fut présidente de l’Union des Œuvres du XVe arrondissement ; elle visitait le bidonville de Nanterre et s’occupait plus particulièrement d’une famille de Gitans, etc.


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