Ethnologie française
P.U.F.

I.S.B.N.9782130525264
192 pages

p. 719 à 726
doi: 10.3917/ethn.024.0719

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Varia

Vol. 32 2002/4

2002 Ethnologie française Varia

Les « ramiers » : un espace riverain inaccessible de la Garonne ?

Sophie Le Floch cemagref50, avenue de Verdun33612 Cestas Cedex
L’accès du public aux espaces naturels, agricoles et forestiers privés, constitue un enjeu social. Est présenté ici le cas des habitants de l’espace riverain de la Garonne. Leurs relations sensibles à cet espace particulier expriment les différences sociologiques entre eux.Mots-clés : relations sociales, habitants, espace rural, accès, vallée de la Garonne. public access to private natural, agricultural or forest areas is presently a social issue in france. the case of the residents of the garonne riverside in the « ramiers », is examined here. their various relationships with this particular area expresses sociological differences among them.Keywords : social relationships, inhabitants, rural area, access, Garonne Valley. Der freie Zugang zu naturlichen, landwirtschaftlichen und forstlichen Räumen ist eine soziale Frage. Der Fall der Anwohner der Garonne Ufer in « Les Ramiers » wird untersucht hier. Ihre verschiedene empfindliche Beziehungen zu diesem besonderen Raum drücken ihre soziologische Unterschiede aus.Schlagwörter : Soziale Beziehungen, Anwohner, Ländlicher Raum, Zugang, Garonnetal.
L’accès du public aux espaces naturels, agricoles et forestiers privés constitue actuellement un réel enjeu social en France. La fréquentation et la revendication accrues de l’espace rural pour des activités récréatives – par ailleurs de plus en plus diversifiées – conduisent notamment à la multiplication des conflits entre propriétaires ou exploitants fonciers et pratiquants de ces activités récréatives. Dans le même temps, les travaux scientifiques faisant de l’accès à l’espace rural une entrée spécifique restent relativement peu nombreux et essentiellement rattachés aux champs disciplinaires du droit et de l’économie : ils posent le sujet avant tout en termes juridiques et/ou marchands [Mermet et Michel, 2001].
Implicitement, la question de l’accès à l’espace est largement présente dans les travaux des ethnologues, géographes, sociologues, philosophes, etc., qui s’intéressent aux représentations et aux pratiques sociales de l’espace et de la nature ; elle est incluse dans celle de l’appropriation (idéelle et matérielle) de l’espace, ou confondue avec elle. Ces travaux – dont nous ne pouvons citer que quelques exemples ici – se déclinent selon des entrées différentes : le territoire [Chardon, 1993] ; l’activité [la cueillette : Larrère et de La Soudière, 1985 ; le ramassage des escargots : Fortier, 1997] ; le type d’espace [les friches de la montagne beaunoise : Luginbühl, 1984 ; les espaces forestiers : Fortier, 1991, Le Floch et Eizner, 1997] ; la sensibilité paysagère en tant que dimension particulière des relations sociales à l’espace et à la nature [Luginbühl, 1984 ; Sansot, 1983], etc.
À partir de nos travaux sur les relations sociales à l’espace et à la nature [1], nous voudrions apporter un éclairage spécifique sur la question de l’accès. En effet, dans les témoignages que nous avons recueillis sur les pratiques spatiales – qu’elles soient liées à une activité de production agricole ou sylvicole, à des activités de loisirs, etc. –, les notions d’accessibilité/inaccessibilité reviennent de manière récurrente. Or, une première lecture de la façon dont ces termes interviennent dans les récits laisse penser qu’ils n’y ont pas uniquement le sens de leur définition fondamentale, à savoir la possibilité/impossibilité de pénétrer physiquement dans un espace : une même portion d’espace peut être qualifiée d’accessible par certains, d’inaccessible par d’autres ; l’accessibilité/inaccessibilité est généralement affichée d’emblée en termes physique ou juridique, mais les plus amples déclinaisons opèrent ensuite dans les registres du sensoriel, de l’esthétique, de l’éthique.
D’où la question suivante : à travers la façon dont ils parlent de l’accession aux lieux, que nous disent les enquêtés de leurs rapports à l’espace, voire, au-delà, de leurs rapports entre eux ? En d’autres termes, le thème de l’accès peut-il constituer une entrée pour l’analyse des relations sensibles des gens ordinaires à l’espace ?
Nous nous appuyons ici sur un matériau d’enquête recueilli dans le cadre d’un travail sur les relations sociales des habitants à un type d’espace particulier, l’espace riverain de la Garonne [Le Floch et Deuffic, 1999]. Nous avons mené des entretiens peu directifs auprès de vingt-trois habitants de deux communes du Tarn-et-Garonne (Finhan et Mas-Grenier), situées de part et d’autre du fleuve. Ces personnes représentent une diversité d’âges, de sexes, de professions, d’habitats (centre bourg, habitat isolé ; maison ancienne, maison récente), de durées d’installation (personnes originaires du secteur, ou installées depuis plus ou moins longtemps). Elles ont été invitées à parler depuis leurs pratiques de l’espace riverain, qu’elles désignent communément par le terme local de « ramiers » [2], et qui comprend notamment un massif de peupleraies d’environ 500 hectares, s’étendant sur les deux rives.
Les résultats nous conduisent à distinguer deux groupes d’enquêtés ayant des façons radicalement différentes d’évoquer les notions d’accessibilité/inaccessibilité à propos des ramiers : nous les présenterons successivement. Nous discuterons ensuite de ce qu’une telle analyse est susceptible de nous enseigner sur les relations des groupes entre eux.
 
Les ramiers, monde étranger et dépeuplé
 
 
Pour plus du tiers des enquêtés, les notions d’accessibilité/inaccessibilité sont mobilisées explicitement et de manière fréquente. Ces personnes considèrent les ramiers comme un espace plutôt ou franchement inaccessible ; elles ne les fréquentent pas ou plus, et en ont une appréciation négative. En grande majorité, elles ne sont pas originaires de la région. S’y ajoutent quelques personnes originaires des lieux : il s’agit alors de personnes âgées.
• Un objet tout désigné : les broussailles
Dans un premier temps, ces personnes présentent l’inaccessibilité comme un fait : on ne peut pas aller dans les ramiers car il n’y a pas de chemins, et ils ne sont que végétation de tout côté ; on n’a pas le droit d’y aller, car les peupleraies sont des propriétés privées. Aussi indiscutables que puissent paraître ces arguments physiques et juridiques, les enquêtés les évacuent d’eux-mêmes aussitôt après les avoir affichés : d’une part, il y a bien des chemins dans les ramiers, d’autre part, les propriétaires n’ont jamais empêché personne d’entrer dans les peupleraies. « Les propriétaires empêcheraient pas qu’on aille, hein ! Beaucoup sont même pas là : ils habitent loin, Paris ou autre » (directeur des ressources humaines (drh) retraité, 70 ans).
La question de fond est donc ailleurs pour ces enquêtés. Un « ailleurs » que nous pressentons caché derrière les « broussailles », terme immanquablement utilisé pour dire l’« inaccessibilité » des ramiers. En lui-même, ce terme demeure flou quant aux objets concrets ou aux portions d’espace qu’il recouvre : il en appelle d’autres, tout aussi génériques : « ronces » ou « orties », qui semblent s’appliquer à tous les espaces de bordure – bords de chemins, bords de fossés passant entre certaines peupleraies, bords de Garonne –, voire à tout l’espace des ramiers pour certains enquêtés. En revanche, il prend tout son sens dans la construction de plusieurs oppositions : les « broussailles » servent de négatif à d’autres objets qui incarnent des espaces de référence pour les enquêtés désireux de signifier leur distance vis-à-vis des ramiers. Autour de ces oppositions, les enquêtés déclinent toute une série de qualificatifs appartenant au registre du sensible, dont les principaux sont sale/propre, pas joli/joli, sombre/clair.
• Les espaces-références : des espaces aménagés, ou les lieux des origines
Par exemple, en opposant la « pelouse » aux « broussailles », plusieurs enquêtés construisent des références qui sont proches à la fois dans l’espace et dans le temps. Notamment, ils disent fréquenter les berges aménagées de la Garonne au niveau de la ville voisine de Verdun-sur-Garonne : là s’étend une grande pelouse parsemée de bancs et ombragée de quelques petits arbres d’ornement, qui maintient les peupleraies à distance du fleuve. Ou encore, les berges du canal, le plan d’eau de la commune voisine de Saint-Sardos… Bref, des espaces publics aménagés.
Telles qu’elles sont introduites, ces références ne sont pas sans faire penser au modèle de l’espace vert urbain : un modèle standardisé, et qui permet peut-être aux enquêtés de s’abstraire du contexte géographique des lieux en question, voire du contexte social local. Ainsi, une enseignante (35 ans) établie à Mas-Grenier depuis quelques années seulement, expose le caractère inaccueillant, voire hostile, que les ramiers ont à ses yeux, avant de leur opposer des espaces aménagés des environs ; pour elle, ces derniers présentent en outre l’intérêt de n’être pas obligatoirement fréquentés par une population locale qu’elle est amenée à croiser dans son quotidien professionnel. « [à propos des ramiers] C’est envahi de ragondins. […] on m’a dit que des chiens ont été attaqués. […] Ça a un aspect sauvage. Les peupleraies ne sont pas nettoyées systématiquement. C’est très humide. C’est redoutable au printemps, il se produit comme une odeur de savane : les essences naturelles remontent du sol. C’est pas particulièrement accueillant. […] Je hais les insectes, les bestioles, les couleuvres… Les couleuvres, il y en a plein, là-dedans ! […] on a emmené les gamins déjeuner en bordure de Garonne : c’était très humide, une ambiance tropicale [expression de dégoût]… Le long du canal, on n’a jamais cette sensation : les berges sont superbes. […] Je vais à Saint-Sardos, au plan d’eau : c’est à la fois sauvage et entretenu. J’y vais pratiquement tous les jours. Je suis directrice d’école : si je vais dans le village, je rencontre tout le monde ! Ou alors, je vais à Verdun. En bordure de Garonne, il y a une petite place superbe entre le pont et le camping : on revient par l’allée fabuleuse de marronniers. ».
Par contraste, plusieurs enquêtés vont aussi chercher des espaces de référence dans leurs propres expériences passées. Spatialement et temporellement plus éloignées, ces références font apparaître des lieux géographiquement situés, des lieux particuliers, dans lesquels les enquêtés aiment à situer leurs origines. Et notre enseignante d’opposer aux broussailles étouffantes des ramiers les sous-bois où l’on respire des forêts de son enfance : « Je suis d’origine périgourdine, alors je crois que ça joue. Une forêt de chênes est très plaisante, car on peut s’y promener en toute saison […] Je trouve que c’est une forêt qui vit, il y a le sol qui respire ; il y a des insectes, des champignons… Elles ne sont pas du tout touffues même si elles ne sont pas entretenues. […] Même au niveau du sol : c’est très pratique d’accès. »
• L’autre référence : les ramiers « autrefois »
L’autre grand système d’oppositions-associations lié au thème de l’inaccessibilité est celui qui est construit autour de l’opposition « broussailles »/« prairies ». Si nous considérons que ces dernières ont disparu des ramiers depuis des décennies, et que plusieurs des enquêtés qui les mentionnent sont nés ou se sont installés dans la région après leur disparition, nous pressentons que la présence de ce terme est lourde de significations. En fait, l’évocation d’un objet aujourd’hui disparu permet aux enquêtés d’introduire une dimension temporelle dans leurs propos : l’opposition « broussailles, aujourd’hui »/« prairies, autrefois » est donc une opposition entre deux époques, avec un point de rupture qui correspond à la disparition de l’activité d’élevage, au tournant de la Seconde Guerre mondiale.
Des considérations socio-économiques forment donc la clé de voûte de la construction, aujourd’hui, par certains enquêtés, dont des habitants de longue date, de la réalité « ramiers ». L’association prairie/peuplier symbolise une période révolue, idéalisée. Sous les arbres, l’herbe était pâturée et/ou fauchée dans un système sylvo-pastoral censé représenter une certaine harmonie sociale. Toutes les composantes de la population se retrouvaient dans les ramiers à un moment ou à un autre, pour des activités liées au travail comme aux loisirs. Les ramiers auraient ainsi été animés, l’hiver, de tout un petit peuple d’émondeurs, de scieurs, et, l’été, de gardiens de bétail, de Toulousains en villégiature… Avec l’élevage, ce ne sont pas seulement les vaches qui disparaissent de l’espace riverain : ce sont, plus largement, les hommes. La progression des broussailles symbolise cette désertion des ramiers. Sales, sombres, les ramiers seraient tout simplement dépeuplés.
Les fragments d’entretien sont nombreux à ce sujet : « De moins en moins, c’est accessible. Il y a trente-quarante ans, c’était très propre. Car c’était utilisé comme prairies. On fauchait le foin, on mettait les bêtes… Le bétail a disparu. C’est envahi de ronciers, d’orties » (professeur retraité, curé, 76 ans). « C’est envahi de broussailles depuis qu’il n’y a plus d’élevage. Avant, il y avait énormément de vaches qui maintenaient les prés propres [dans les peupleraies ]. […] il y a plus de broussailles, il y en a jusqu’à la moitié de la hauteur des arbres, et c’est très triste… Je n’aime pas les sous-bois noirs » (professeur retraitée, 76 ans). « Avant, c’était tout propre partout. Il y avait du monde, plein de Toulousains venaient à la pêche en bord de Garonne » (drh retraité, 70 ans). « Le sol des peupleraies n’est plus entretenu, il n’y a plus de bétail en dessous… Avant, cela créait une vie extraordinaire : on entendait le gardien de vaches, le bétail beuglait, la campagne était bruissante… Les peupleraies étaient superbement entretenues par la dent du bétail. […] Ça manque de vie, il n’y a plus de gens… » (retraitée de la Mutualité sociale agricole, 70 ans).
Parmi les enquêtés qui jugent les ramiers inaccessibles, les plus anciens résidents inscrivent explicitement leur propre éloignement vis-à-vis des ramiers dans une tendance générale de la population locale à se détourner du fleuve : « C’est difficile, comme lieu de promenade. Si, des fois, vous avez un chasseur derrière un lièvre ! Je vais vous donner une remarque générale : la Garonne est étrangère au village, comme le village est étranger à la Garonne. Autrefois, le village avait un port, une vie commune. […] Je pense à autre chose par rapport à la désaffection de la Garonne. Autrefois, les communes s’étendaient sur les deux rives. Il y avait cent vingt habitants (du Mas) de l’autre côté » (professeur retraité, curé, 76 ans).
• Finalement, un espace « étranger à ce que je suis »…
Le fil de l’« inaccessibilité » nous conduit, à travers les « broussailles », à débusquer les termes avec lesquels un premier groupe d’enquêtés qualifie l’espace et, partant, se situe par rapport à cet espace. Clairement, ces enquêtés se situent hors de l’espace des ramiers, au sens fort : non seulement ils n’y vont pas, mais l’idée même d’y aller semble ne pas avoir de sens pour eux. Tout un dégradé existe, de ceux qui sont simplement indifférents à cet espace à ceux qui s’y sentent étrangers, voire intentionnellement exclus par d’autres.
Un enquêté originaire du Cantal finit par afficher combien il se sent étranger aux ramiers, en mobilisant dans son récit un de leurs objets emblématiques, le peuplier : « J’aime pas beaucoup… […] Je ne suis pas d’ici… C’est difficile d’expliquer pourquoi… d’expliquer ce qu’on ressent… ces choses qu’on éprouve, qui échappent un peu au rationnel… Je ne me sens pas porté vers le peuplier, voilà. Je ne sais pas vous dire… Les grandes forêts de chênes, de châtaigniers, même : il y a de belles forêts de châtaigniers dans le sud du Massif central… Ça, d’accord ! Le peuplier est un peu étranger à ce que je suis… J’ai le droit ! » (professeur retraité, curé, 76 ans).
Une autre personne se demande si le fait que les ramiers ne soient pas « aménagés » ne serait pas une volonté délibérée des locaux de maintenir les « étrangers » à l’écart d’un espace qu’ils veulent garder pour eux : « Avoir les berges de la Garonne et ne pas les exploiter, quel gâchis !!! En fait, avec mon mari, on n’est pas là depuis longtemps, mais on pense que c’est un refus par rapport à l’étranger… C’est ce qu’on a ressenti. On est rural, ici. Si on aménageait, les touristes viendraient, et ça… ça fait peur ! » (enseignante, 35 ans).
Et l’on peut se demander, à l’instar de cette autre personne, si un simple aménagement, rendant facile l’accessibilité physique aux bords de Garonne, suffirait à changer les rapports de ce premier groupe d’enquêtés aux ramiers. « C’est de la saleté, on peut pas s’approcher de la Garonne […] Ici, faudrait faire arranger la bordure de la rivière. Mais qui va y aller, à la Garonne ? Je voudrais bien mais j’y vais pas. C’est un peu loin du village [quelques dizaines de mètres]. Pour pêcher la carpe… si le talus était dégagé ? Le chemin de halage est empierré en contrebas, les pêcheurs et les baigneurs n’y vont plus » (pépiniériste retraité, 66 ans).
De l’analyse des récits de ce premier groupe d’enquêtés, il ressort que les ramiers ne sont pas inaccessibles en eux-mêmes, et que, si « il y a une distance d’ici à la Garonne » (professeur retraité, curé, 76 ans), il ne s’agit pas seulement de distance physique.
 
Les ramiers, métaphore de la « vie »
 
 
En revanche, presque les deux tiers des enquêtés ne mobilisent pas – ou peu – les notions d’accessibilité/inaccessibilité, en tout cas pas de manière explicite. En situation de témoigner sur leurs pratiques d’un espace qu’ils fréquentent régulièrement, voire quotidiennement, et qu’ils apprécient positivement, ceux-là sont dans l’espace qu’ils mettent en scène, et ils y sont en mouvement. Nous trouvons ici des habitants originaires du secteur, dont des propriétaires de peupleraies, ainsi que des personnes venues d’autres régions mais installées depuis relativement longtemps.
À travers l’image qu’ils construisent de l’espace, les différents aspects qu’ils renvoient de leurs relations sensibles à cet espace contrastent en tous points avec ceux que révèlent les enquêtés du premier groupe.
• Un damier changeant et animé
Là où les premiers évoquaient pour l’essentiel une masse indifférenciée voire abstraite, les « broussailles », les seconds nomment différents objets concrets qui, par leur organisation spatiale ou par leur pluralité, donnent aux ramiers une caractéristique méritant à leurs yeux d’être soulignée : une certaine diversité.
Diversité en termes d’organisation spatiale, d’abord : la vue d’ensemble que les enquêtés donnent à voir est celle d’un damier changeant de peupleraies – celles-ci diffèrent de par les variétés cultivées, les tailles des parcelles, les stades de développement des arbres, les modes d’entretien –, structuré autour d’un réseau de routes et chemins, et que ponctuent çà et là des bouquets de saules spontanés. « La variété des parcelles, c’est un damier, aucune plantation ne ressemble à une autre… » (coiffeur et agriculteur retraité, 78 ans). Changeant dans l’espace selon le mouvement de l’observateur, ce damier l’est aussi dans le temps. « Le paysage est très mobile, pas figé. On est parfois entouré de peupliers et, au bout de quelques années, ça disparaît », « mais il y a toujours une nouvelle plantation » (directeur d’association à caractère social, 51 ans).
Diversité en termes d’objets concrets, ensuite : les ramiers ainsi mis en scène sont décrits comme abritant une diversité d’êtres vivants. La flore, fouillis indescriptible (les broussailles) ou « agressif » (ronces, orties) pour les enquêtés du premier groupe, tient ici plutôt du florilège. « … de l’acacia, du cognassier, des arbres fruitiers venus à l’état sauvage, du noisetier, de la ronce en quantité – c’est pas inintéressant pour la faune… Beaucoup de fleurs sauvages : on les apprécie. Il y a une flore spécifique que je n’ai vue qu’ici » (directeur d’association à caractère social, 51 ans) ; les « piboulerades » [3], en particulier, semblent particulièrement appréciées pour leurs qualités gustatives, et leur ramassage est décrit comme un « sport » local. De même, autant la faune mentionnée par les enquêtés du premier groupe apparaissait comme effrayante et menaçante (ragondins, couleuvres), autant ici elle est pacifique, et même sympathique : « Il y a de tout, des oiseaux, des lapins, des chevreuils » (coiffeur et agriculteur retraité, 78 ans).
• Un espace où il fait bon se trouver… et se retrouver
Lorsqu’ils désignent ainsi les objets qui peuplent les ramiers, les enquêtés ne sont pas dans une logique d’inventaire : ils sont dans une logique de qualification de l’espace. Et, dans le cas présent, cette qualification consiste, au final, à faire des ramiers un lieu de vie, voire une métaphore de la vie. La « vie » ne réside pas seulement dans la diversité des êtres qui peuplent les ramiers, mais aussi dans les plaisirs que ceux-ci procurent à celui qui sait les approcher, les apprécier. Plaisir de la découverte : « Beaucoup de loriots : ils avaient disparu, ils sont revenus. Moins de coucous… Des rossignols des murailles, des hirondelles en pagaille… Tout ça, c’est la vie ! […] Ce que j’aime, c’est l’imprévu. On découvre toujours quelque chose d’agréable en forêt [dans les ramiers], des animaux, des oiseaux […] Ici, on voit toujours quelque chose, elle est vivante, notre forêt, riante… » (coiffeur et agriculteur retraité, 78 ans). Plaisir de la contemplation esthétique : « Les couleurs du matin et du soir… des tons et des teintes, des éclairages extraordinaires tout le temps… En plein mois de février, la réverbération du soleil sur les galets, ça donne une belle lumière… » (directeur d’association à caractère social, 51 ans). Plaisir de la sensation de fraîcheur à la belle saison : « Il fait frais. On est bien, là ! […] En été, là où les peupliers sont les plus hauts » (agriculteur retraité). On pourrait presque dire que les ramiers ont quelque chose de vital pour certaines personnes : « C’est essentiel, dans la vie ! » (électromécanicien, 47 ans).
Quelques-uns soulignent le rôle social d’un espace propice à la convivialité. Dans un entretien en particulier, cet aspect revient de manière récurrente : dans les ramiers, on peut se retrouver et discuter. « D’avoir mis des bancs par-ci par-là, c’est bien. L’été, on s’asseoit, on discute. […] On rencontre des gens, on discute. […] Aujourd’hui, c’est dommage qu’il fasse frais, sinon il y aurait vingt personnes, ici ! […] Et puis, j’ai trois-quatre amis, là… » (électromécanicien, 47 ans).
Et c’est ainsi que, finalement, dans les déclinaisons de cette métaphore de la vie, on retrouve les couples antithétiques évoqués par les premiers enquêtés, mais présents cette fois par leurs termes opposés : si les premiers jugeaient les bords de Garonne « pas jolis », les seconds y voient « de beaux petits coins jolis » (électromécanicien, 47 ans) ; si les bords de chemins et/ou les peupleraies étaient « sales » pour les premiers car « c’est pas entretenu », pour les seconds « c’est propre » (électromécanicien, 47 ans), avec des « chemins entretenus, peupleraies très bien entretenues » (coiffeur et agriculteur retraité, 78 ans) ; si les premiers se sentaient gagnés par la tristesse des « sous-bois noirs », les seconds apprécient une forêt « riante » ; si les premiers étaient comme étouffés par l’air chargé d’humidité et d’odeurs, les seconds apprécient la fraîcheur de l’ombre et aiment s’y sentir respirer (« J’aime respirer […] J’ai toujours aimé le ramier », fabricant d’échelles retraité, 62 ans), et y vont « simplement pour le désir de s’y trouver bien » (arboriculteur, 46 ans), car « c’est serein » (directeur d’association à caractère social, 51 ans).
Un enquêté nous offre une illustration frappante de la façon dont les ramiers incarnent, pour lui, la vie, en les opposant à un autre espace de référence – le Marais poitevin – dans des termes qui rappellent étonnamment ceux que les enquêtés du premier groupe utilisent, eux, pour qualifier les ramiers : orties, caractère monochrome des lieux, sentiment de tristesse voire d’oppression… « Triste, le Marais poitevin… Des peupliers verts, des orties, des lentilles d’eau partout… On ne voit pas de vie… Un marais, ça doit être vivant… Des bosquets inertes, pas beau, c’était étouffant, tout ce qu’il y avait sous les peupliers crevait, y avait que des orties » (coiffeur et agriculteur retraité, 78 ans).
• Une petite part d’identité…
Là où, finalement, certains enquêtés du premier groupe allaient jusqu’à conclure explicitement sur leur sentiment d’être étrangers aux ramiers, certains du second groupe voient dans les ramiers le symbole d’une part de leur identité sociale, comme cet arboriculteur (46 ans), propriétaire de peupleraies : « Sous ces arbres, on a passé toute notre jeunesse. Je me souviens que mes parents nous portaient dans une brouette parce qu’on n’avait pas de voiture, mon frère et moi, alors qu’on n’avait qu’un an ou deux. On vivait dans le ramier, avec le bruissement des feuilles au milieu de la peupleraie. […] Jeune, on l’appréciait déjà, notre ramier, alors, inconsciemment, on y revient. On y est attiré pour tout un tas de raisons. C’est verdoyant… […] j’y vais plus par amour que pour le côté financier de la chose. Toutes nos racines sont là-bas… C’est l’ambiance, le calme… […] Notre existence est liée à la vie du ramier. À certains moments difficiles de la vie, on y retrouve la vie au naturel, ses racines. On peut y faire le point sur son existence. Il y a tout ce qu’il faut pour la réflexion, la paix intérieure… Quelque chose de rassurant de savoir que tout ça a existé et existera encore ».
S’ébauche l’idée selon laquelle les qualités des ramiers ne se donneraient pas à voir d’emblée, ou plutôt ne se donneraient pas à voir à n’importe qui. « Il y a de tout […] mais tout le monde ne le voit pas. Cent [personnes] voient des arbres, dix voient autre chose… » (coiffeur et agriculteur retraité, 78 ans). Seuls certains « initiés » pourraient connaître les ramiers et se reconnaître dans les ramiers. Il y aurait bien, autour des ramiers, quelque chose qui se joue en termes de différenciation des groupes sociaux, qu’une personne extérieure (garde forestier de l’onf en forêt domaniale de Montech, située à quelques kilomètres de là ; 51 ans) ramène à une différenciation entre « les gens du coin » et « les autres » : « Les bords de la Garonne… Mais, si on n’est pas pêcheur, on ne les voit pas, les peupliers, depuis la rn 113… C’est un lieu mythique pour les populations qui ne s’y baignent pas [un lieu mystérieux pour ceux qui n’ont pas d’activité en lien direct avec le fleuve] : l’éloignement des routes, des dessertes particulières… Si les gens rentrent dans les peupleraies, ils ne savent pas comment ils vont en revenir… S’il n’y a pas de route principale, ils n’y vont pas. Les gens du coin, de la commune, ils sont pêcheurs. Ils ont de la famille qui a des champs pas loin. Ils ont une attache ou une raison particulière d’y aller. Les autres n’y vont pas. »
La distinction que nous sommes amenés à faire entre des enquêtés utilisant de manière très différente les notions d’accessibilité/inaccessibilité, dans les récits de leurs pratiques spatiales, en recoupe donc parfaitement une autre : nous sommes en présence de deux groupes ayant des relations sensibles différentes à l’espace riverain de la Garonne.
 
Les relations à l’espace : d’abord des relations entre groupes sociaux
 
 
Ainsi, cette approche phénoménologique des relations sociales à l’espace riverain de la Garonne nous montre que, à travers le thème de l’accès, les personnes n’examinent pas seulement la possibilité ou l’impossibilité physique de pénétrer dans l’espace : elles se situent, au sens fort du terme, par rapport à cet espace – soit « dans », soit « hors de » cet espace. Ainsi, la question de l’accès ne se pose pas seulement en termes de condition préalable à l’exercice de toute activité dans un espace : la question de l’accès est déjà, dans une certaine mesure, celle de l’appropriation même – ou de l’absence d’appropriation – de l’espace.
Cette perspective phénoménologique nous permet aussi de faire l’hypothèse que les notions d’accessibilité/inaccessibilité, au-delà des relations à l’espace, reflètent les façons de se situer par rapport à d’autres groupes sociaux. Nous avons vu l’importance dans les récits des qualificatifs « propre »/« sale ». Mary Douglas [1994] développe l’idée selon laquelle le propre et le sale définissent une échelle qui permet de distinguer ce qui est à sa place de ce qui ne l’est pas [4], et d’exprimer la conception que les uns ou les autres ont de l’ordre social [5]. « Je trouve les lieux inaccessibles parce qu’embroussaillés et sales » : cela ne signifierait-il pas, non seulement que « je n’ai pas pleinement ma place dans cet espace », mais encore que « je n’ai pas pleinement ma place parmi certains groupes sociaux qui, eux, utilisent cet espace et s’y reconnaissent » ? Ainsi, ce pourrait être une manière d’insinuer une différenciation sociologique : dans l’exemple rapporté ici, et pour reprendre des termes entendus, les groupes sociaux à distinguer pourraient être « “originaires” de la région/originaires d’autres régions, “ruraux”/“étrangers” (c’est-à-dire personnes installées de longue date/nouveaux venus, ou encore locaux/touristes), “on” aujourd’hui – anonyme et singulier – /“le village” d’avant-guerre… ».
Cantrill et Senecah [2001] montrent que, plus les personnes sont établies depuis longtemps dans un endroit, et plus elles parlent des relations entre groupes sociaux en présence lorsqu’elles sont enquêtées par rapport à leur environnement ; inversement, plus elles sont « récentes », et plus les aspects physiques de l’environnement occupent de place dans leurs récits. Nos travaux exposés ici nous conduisent à présenter des hypothèses un peu différentes. Certes, les plus anciens des habitants parlent plus abondamment d’autres personnes ou groupes, de changements sociaux, économiques, démographiques, etc. ; mais ce sont aussi eux qui donnent les descriptions physiques les plus nourries des ramiers. En revanche, si les personnes récemment installées développent moins de thèmes « sociaux », elles sont aussi les moins disertes quand il s’agit de décrire les ramiers. Et parmi ces nouvelles venues, celles qui rejettent le plus vivement les ramiers sont aussi celles qui témoignent de certaines difficultés sur le plan social. Par exemple, un chômeur récemment arrivé parle de sa situation économiquement et socialement difficile, et témoigne d’une certaine solitude ; quant à l’espace riverain, il ne le « voit » même pas – bien qu’habitant en bordure des ramiers. Une enseignante – citée à plusieurs reprises pour la répulsion que lui inspirent les ramiers –, évoque la difficulté qu’il y a, lorsqu’on vit dans une si petite communauté, à séparer l’univers des relations professionnelles de l’univers des relations privées ; elle parle également des difficultés scolaires, voire d’intégration sociale, de certains groupes composant une population villageoise qu’elle estime essentiellement repliée sur elle-même.
Bien sûr, dans le cas rapporté ici, cette différenciation sociologique ne procède pas d’enjeux très forts : des personnes expriment des différences dans leur façon d’apprécier un espace, et, au-delà, font allusion à leurs différences en matière d’origines géographiques et/ou sociologiques ; mais il n’y a pas à proprement parler de conflits de représentations exprimés, ni de conflits d’usages. Toutes proportions gardées, il semble toutefois que, à travers la mobilisation de termes aussi forts que « accessible/inaccessible », « propre/sale », nous voyions à l’œuvre ici un processus du même ordre que celui par lequel nous mettons à l’écart ce que nous ne voulons pas. Or, de tels processus peuvent parfois être lourds de significations et de conséquences : Banerjee [2001], discutant la notion d’espace public dans le cadre de la ville, montre que la distinction privé/public, tout comme celle de sacré et de profane de Mircea Éliade, ou encore celle de pureté et de danger de Mary Douglas, sert un processus d’exclusion, mis en œuvre par certains groupes sociaux au détriment d’autres groupes et qui peuvent, dans le cas qu’il traite, tout simplement être englobés dans « the poor urbain » (l’urbain pauvre).
De fait, il nous semble qu’il serait réducteur de ne voir dans les revendications en termes d’accès à l’espace, ou d’accessibilité de l’espace, que l’expression de conflits d’usages : bien d’autres aspects des relations entre personnes ou groupes sociaux sont susceptibles d’entrer en jeu, tels que ceux d’identité sociale, d’exclusion… De même, positionner les réponses en termes d’aménagement autour de la résolution de tels conflits d’usages risquerait, sans examen approfondi des groupes et des enjeux en présence, de revenir à cautionner implicitement certaines exclusions sociales [Banerjee, 2001]. En adaptant à l’espace une formule de Jacques Weber (communication orale [6]) parlant des choses, nous pourrions conclure sur la nécessité de garder à l’esprit que les relations des hommes à l’espace sont d’abord des relations des hommes aux hommes pour atteindre l’espace. â– 
 
BIBLIOGRAPHIE
 
·  Banerjee T., 2001, « The future of public space. Beyond invented streets and reinvented places », Journal of the American Planning Association, vol. 67, no 1 : 9-24.
·  Berger P., T. Luckmann, 1989 [1re parution 1986], La construction sociale de la réalité, Paris, Méridiens Klincksieck.
·  Berque A., 1995, Les raisons du paysage, Paris, Hazan.
·  Cantrill J.G., S.-L Senecah, 2001, « Using the “sense of self-in-place” construct in the context of environmental policy-making and landscape planning », Environmental Science and Policy, 4 : 185-203.
·  Chardon E., 1993, Les conflits d’usages sur un territoire. L’exemple de Saint-Viâtre (Sologne), Université de Paris x-Nanterre, thèse de doctorat en sociologie rurale [sous la direction de N. Eizner].
·  Douglas M., 1994 [1re parution, 1966], Purity and Danger. An analysis of the concepts of pollution and taboo, London, Routledge.
·  Fortier A., 1991, Un jardin en forêt. Étude des pratiques de chasse, cueillette, affouage, tenderie aux grives dans une commune forestière de l’Ardenne, ehess, thèse de doctorat [sous la direction d’Isac Chiva].
·  – 1997, « De l’escargot operculé à l’escargot coureur. Pratiques culturelles liées au ramassage et à la consommation de l’Helix pomatia », jatba, vol. 39 (1) : 49-74.
·  Greider T., L. Garkovich, 1994, « Landscapes : the social construction of nature and the environment », Rural Sociology, 59 (1) : 1-24.
·  Larrère R., M. de La Soudière, 1985, Cueillir la montagne. Plantes, fleurs, champignons en Gévaudan, Auvergne et Limousin, Lyon, La Manufacture [coll. « l’Homme et la Nature »].
·  Le Floch S., P. Deuffic, 1999, « Les « ramiers » de Garonne : entre espace de production et paysage identitaire. », in : Bois et forêts des agriculteurs, Actes du colloque de aip agrifor, Antony, Cemagref éditions : 281-308.
·  Le Floch S., N. Eizner, 1997, « Le peuplier et l’eau, ou l’une des figures de la nature populaire », Courrier de l’Environnement de l’inra, no 30, avril : 19-28.
·  Luginbühl Y., 1984, « La montagne, un paysage de liberté pour le vignoble de Bourgogne », L’espace géographique, no 1 : 13-22.
·  Merleau-Ponty M., 1998 [1re parution, 1945], Phénoménologie de la perception, Paris, Gallimard.
·  Mermet L., C. Michel, 2001, « L’accès du public aux espaces naturels, agricoles et forestiers privés : enjeu de société et question de recherche », Actes du colloque Accès du public aux espaces naturels agricoles et forestiers, engref, Clermont-Ferrand, 24-26 septembre.
·  Sansot P., 1983, Variations paysagères, Paris, Klincksieck, coll. « esthétique ».
·  Schutz A., 1987, Le chercheur et le quotidien, Paris, Klincksieck, coll. « Méridiens ».
 
NOTES
 
[1]Nous nous intéressons en particulier aux relations sensibles à l’espace et à la nature, dans une perspective phénoménologique qui fait intervenir les deux acceptions du terme sens : nous construisons des réalités de l’espace et de la nature à travers l’expérience que nous en avons, selon un processus qui fait intervenir des sens (vue, odorat,…) ainsi que des significations socialement et culturellement déterminées [Merleau-Ponty, 1998 ; Schutz, 1987 ; Berger et Luckmann, 1989]. Nous avons recours en particulier à la notion de paysage, définie dans cette même perspective phénoménologique comme une construction sociale [Greider et Garkovich, 1994], une « médiation par laquelle notre subjectivité peut avoir prise sur la réalité objective des choses de l’environnement » [Berque, 1995].
[2]Les habitants parlent des « ramiers » en général (au pluriel), ou désignent parfois des portions particulières des ramiers, situées sur tel ou tel territoire communal : « le ramier de Finhan », le « ramier de Mas-Grenier » (au singulier).
[3]Il s’agit de champignons, les pholiotes du peuplier, nommés « piboulerades » d’après le nom local des peupliers, « piboules ».
[4]« As we know it, dirt is essentially disorder. There is no such thing as absolute dirt : it exists in the eye of the beholder. If we shun dirt, it is not because of craven fear, still less dread of holy terror. […] Dirt offends against order. Eliminating it is not a negative movement, but a positive effort to organise the environment. » ; « Reflection on dirt involves reflection on the relation of order to disorder, being to non-being, form to formlessness, life to death » [Douglas, 1994].
[5]« I believe that some pollutions are used as analogies for expressing a general view of the social order. » [Douglas, 1994].
[6]Séminaire « Valeurs et représentations de l’environnement », ifen, cnrs-pevs, mate, nss-Dialogues ; Royaumont, 14-15 mai 2001.
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