- L'archipel de Molène et « l'Autre bord »
- Comment les enfants perçoivent-ils la mort à travers les médias ?
- L'ethnologie suédophone en Finlande
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S'inscrire Alertes e-mail - Ethnologie française Cairn.info respecte votre vie privéeLieux de loisir pour un nombre croissant d’usagers, espaces d’actions militantes pour les associations de protection de la nature, laboratoires pour les naturalistes, cadres privilégiés dans la mise en place de politiques publiques, les espaces « naturels »[1] [1] Besse [1997] débute son texte en adaptant au concept de...
suite sont au cœur de préoccupations hétérogènes et quelquefois inconciliables. Cette « naturalisation » [Chamboredon, 1985] imposée de l’extérieur ignore très souvent que les lieux en question ne sont pas vierges, mais au contraire se présentent sous la forme de territoires délimités, nommés, organisés par des communautés spécifiques qui y possèdent leurs racines, et qui y ont développé usages et systèmes de normes et valeurs. Ainsi, différents usages sociaux se superposent-ils. Cette coexistence est à l’origine de mécanismes de communication et d’échange, mais elle induit également des conflits d’usage issus des appropriations physiques ou symboliques des espaces. Ces oppositions sont d’autant plus marquées qu’il ne s’agit pas uniquement d’appropriations éparses et informelles d’espaces circonscrits, mais d’une volonté politique d’instituer et de réglementer des territoires afin de les protéger et d’organiser leur accès.
2 L’exemple du projet du Parc national marin en mer d’Iroise, qui baigne la pointe nord du Finistère, a valeur heuristique ; son analyse révèle les difficultés que rencontrent les insulaires, en l’occurrence les Molènais, face au projet d’une nouvelle modalité de gestion de leur territoire terrestre et surtout maritime sous la forme d’un Parc national. La confrontation entre cette société insulaire et « l’Autre bord », entre un « dedans » et un « dehors », est alors rendue visible par les différents protagonistes. Les attitudes des insulaires permettent de montrer en quoi cette nouvelle structure peut bouleverser et remettre en cause les éléments structurants de leur société et s’opposent à certains porteurs du projet. Les discussions autour de ce projet conduisent à la juxtaposition des usages et des systèmes de valeurs qui sont différents, si ce n’est contradictoires, notamment en ce qui concerne la relation au territoire, la construction identitaire, le rapport à la nature, mais également dans le cadre de l’exercice du politique.
3 Cet article[2] [2] Étude réalisée dans le cadre du travail de thèse en...
suite s’intéresse plus particulièrement à la question du territoire, objet de nouvelles dénominations, organisations et appropriations, lors de la gestion des espaces naturels, confrontées aux pratiques et représentations que les Molènais ont construites. Il pose ainsi les questions des liens entre le global et le local, de la double patrimonialisation des espaces « naturels », patrimoine naturel considéré comme un bien commun de l’humanité par opposition à un territoire support d’une société.
4 Après une traversée d’environ une demi-heure au départ du Conquet, le bateau fait un premier arrêt à l’île Molène, avant de poursuivre sa route vers la « grande » île : l’île d’Ouessant. Les passagers qui s’arrêtent sur ce minuscule bout de terre (95 hectares) découvrent ou retrouvent des maisons serrées les unes contre les autres autour d’une église. La vie de l’île est rythmée par les déplacements maritimes individuels et par les arrivées et départs des navettes qui emmènent ou ramènent des êtres chers ou inconnus. Sur le quai, deux fourgonnettes attendent les livraisons des gros éléments. Des Molènais avec leurs brouettes prennent les colis et paquets de leurs parents et amis. Le regard du visiteur est ensuite attiré par les nombreux îlots qui encadrent l’île principale. Des sentiments contradictoires d’étroitesse et d’immensité se mêlent.
5 Il y a deux manières d’aborder la délimitation de ce territoire insulaire. La première est administrative : elle définit la commune de Molène (l’île et son « ledenez », l’îlot adjacent), les îlots voisins appartenant tous à la commune du Conquet (située sur le continent). La seconde est indigène et ne tient pas compte de quelconques frontières administratives. Les Molènais préviennent leurs interlocuteurs : « Il existe un problème de dénomination. Tous les îlots sont dans le territoire du Conquet, mais cela constitue un archipel », « on devrait dire archipel de Molène et non pas île Molène ». Pour les îliens, l’archipel de Molène constitue de ce fait un territoire clairement délimité qui se différencie strictement de l’Autre bord – dénomination molènaise utilisée pour nommer le continent. Un jeune marin pêcheur illustre cette séparation stricte des espaces : « Je vais très peu sur le continent, je ne me déplace que tous les deux ans, juste pour la visite médicale… Je n’ai rien à faire de l’Autre bord… Pourtant, j’ai de la famille là-bas. » La frontière entre Molène et Ouessant est aussi clairement définie lors des promenades autour de l’île : « vous voyez, c’est là » en désignant par cet ample geste du bras un vaste espace maritime entre Ouessant et Molène pour le continental, mais qui se révèle être le Fromveur[3] [3] La topographie sous-marine génère un fort courant appelé...
suite pour les initiés.
6 La définition locale du territoire molènais se fait en fonction de l’appropriation physique ou symbolique des espaces et emprunte ses références au passé (les pratiques des ascendants), au présent (avec les nouveaux lieux investis en famille), et en fonction des possibilités de déplacement en canot. Les interlocuteurs molènais identifient leur territoire : « Les îlots sont à nous », et chacun décrit les usages passés ou présents. Ainsi, au hasard des rencontres, les espaces appropriés se précisent-ils. L’île Molène, lieu de résidence, est incontestée. Puis, les îlots sont présentés un à un. Ledenez le grand et le petit : « L’été, les goémoniers vivaient dessus avec leurs familles en vacances », « beaucoup mouillent des casiers juste derrière l’île de Ledenez » ; Kemenez : « Profiter de la plage à Kemenez », « Kemenez est bien pour la pêche à pied notamment les ormeaux » ; Balaneg : « À la misaine, on allait manger le pain des goémoniers », « Balaneg est l’île la plus prisée, car la plage est abritée et il y a la plus grande réserve d’oiseaux… on y fait de bonnes pêches de crevettes », « on peut aller en pique-nique sur l’île de Balaneg ou Banneg ou Trielen » ; « Trielen a moins d’attrait » ; « Banneg est plus éloignée et plus sauvage ».
7 L’île de Béniguet n’appartient pas au territoire des Molènais car la distance qui la sépare de Molène est trop importante en bateau, « certains y allaient toutefois car il y a du goémon autour ». Le statut de réserve de chasse associé à cette île n’est alors pas contesté : « les relations avec les gardes de l’Office national de la chasse sont bonnes ».
8 Pour les Molènais, le territoire a une composante terrestre mais également maritime : « Presque tout le monde a un bateau sur Molène », « Il y a environ 130 bateaux à Molène », « L’exception est celui qui n’a pas de bateau ». Pour un interlocuteur, la liberté des Molènais est de prendre son « canot » pour aller dans les îles proches. On peut ainsi observer, si les conditions météorologiques le permettent, le ballet incessant des canots dans le port de Molène. Un même bateau peut sortir trois à quatre fois par jour pour relever des casiers ou juste faire un « petit tour » d’une demi-heure dans l’archipel. Les insulaires pratiquent cet espace maritime, mais le connaissent également très bien : « Même si on n’a pas fait la pêche, on connaît tous les cailloux en les voyant de l’île. » Tout naturellement, les Molènais scrutent l’espace maritime avec une paire de jumelles, une longue-vue ou tout simplement regardent la mer. Au bout d’un certain temps passé sur l’île, le « passant » en vient aussi à épier les allées et venues des bateaux, à apprendre à les identifier et à commenter l’état de la mer depuis la vaste fenêtre du seul bistrot ouvert l’hiver.
9 Enfin, entre terre et mer, l’estran est également approprié. Sur le bateau qui assure la liaison entre Le Conquet et Molène, un insulaire insiste : « C’est la grande marée mardi, j’irai à la pêche, je ne manquerai jamais cela. » Ces lieux qui s’offrent à des moments précis rythment par leur périodicité les activités insulaires et sont le support de récits de pêches miraculeuses qui alimentent les conversations.
10 L’observation et l’analyse des discours des Molènais révèlent que cet archipel n’est pas seulement un espace géographique, un espace naturel, mais également un espace social caractérisé par des limites, des dénominations et une organisation indigène. Les éléments objectifs qui composent le territoire ne sont pas les seuls à le caractériser : il faut également prendre en compte les représentations qui lui sont liées. Des symboles sont associés à la libre circulation sur le territoire maritime. Celle-ci est attestée dans les références au passé : « Les Molènais n’aiment pas que l’on impose des choses. Le Molènais va là où il veut en mer. » La société molènaise, par l’intermédiaire de son représentant institutionnel, revendique cette liberté aujourd’hui menacée. Il rappelle que l’emblème de Molène est la sterne qui symbolise un oiseau marin libre et sans frontières.
11 Ainsi, le territoire molènais est-il un espace organisé sur lequel le groupe définit, en fonction d’éléments visibles ou intériorisés, un dehors et un dedans. À l’extérieur, il existe l’espace des autres, le continent et Ouessant, qui n’est pas approprié symboliquement, même si certains insulaires s’y rendent fréquemment. Cette délimitation claire et unanime du territoire s’accompagne donc, comme l’explique Georges (1984), d’une appropriation intangible : « La frontière marque le terme de la liberté d’user de l’espace, mais aussi le commencement du droit d’en disposer, et revêt implicitement ou explicitement un caractère sacré. Ce caractère est d’autant plus affirmé qu’elle est durable. »
12 La structure géographique en archipel, l’activité traditionnelle et identitaire de la pêche, la présence de nombreux bateaux accroissent l’importance du domaine maritime dans les processus de construction identitaire. La mer participe à la construction de l’insularité, et permet de se différencier de « l’Autre bord », mais également d’Ouessant. Les Molènais expriment nettement cette distinction : « À Ouessant on ne voit pas la mer », « Ouessant est une grande terre ». La perception visuelle de la mer de tous côtés identifie l’espace des Molènais. Il existe dans ce type de société un incessant dialogue entre espace et identité, le sentiment d’appartenance territoriale intervient dans la définition de l’identité individuelle ou collective. Le territoire dans toutes ses dimensions, terrestre ou maritime, approprié physiquement ou symboliquement, participe à l’ensemble des processus d’identification : les insulaires par opposition aux continentaux, les habitants de Molène par opposition aux Ouessantins, les Molènais par opposition aux « demi-Molènais »[4] [4] Ce terme dans sa même acception est utilisé dans plusieurs...
suite.
13 Le territoire permet d’identifier les membres de la communauté. Les Molènais (d’origine et leurs alliés) se différencient en fonction du lien total ou partiel qu’ils entretiennent avec l’île. La société est ainsi délimitée et il est possible de séparer clairement le « nous » des « autres ». L’appartenance à l’espace est totale lorsque les individus vivent à longueur d’année sur ce site[5] [5] Ce lien total peut avoir été entrecoupé de périodes...
suite, le terme employé pour désigner les individus est celui de « Molènais ». Cette appartenance est considérée comme partielle lorsque la résidence est épisodique – les variations peuvent être très importantes, cinq mois d’affilée ou seulement une journée – le plus souvent « en saison », « en juillet-août ou pour les beaux jours », on différencie ainsi les « demi-Molènais » ou les « secondaires ». Ces derniers sont d’origine molènaise : « Les secondaires sont d’anciens principaux. Ce sont les mêmes familles car les résidents secondaires sont issus de l’île. Ils sont partis à cause de la situation professionnelle du gars » (maire de Molène). Les relations entre les deux groupes ne sont pas toujours faciles. Un Molènais raconte : « Il y a des heurts en juillet-août entre ceux qui ne viennent que quelques mois dans l’année qui veulent apprendre à vivre aux autres, et ceux qui vivent là tout le temps. » Les oppositions s’expliquent par les différences de statut : « Les résidents secondaires sont instruits et riches… cela pose des problèmes avec les résidents principaux qui veulent conserver ce qu’ils ont connu et ne veulent pas qu’on les emmerde… Les anciens ont fait leur vie ici, ils veulent être tranquilles. » On observe également des usages et des systèmes de valeurs distincts : « Il y a une grosse différence entre une personne qui vit et travaille dans un endroit et une personne qui vient le week-end… On n’a pas la même vision des choses… Même si on a grandi sur l’île, on ne peut pas comprendre ce que c’est de vivre et travailler sur Molène » (Molènais). Les perspectives pour l’île s’opposent également : « Il y a souvent des heurts ou des coups de gueule entre nous… Certains privilégient l’image, le côté folklorique positif que les visiteurs ont envie de voir. Molène ne doit pas être que cela, il faut également y vivre » (conseiller municipal molènais). Ces termes de « Molènais » et « demi-Molènais » ponctuent les phrases prononcées à Molène[6] [6] Pour comprendre cette opposition, il est nécessaire de...
suite. Ainsi, lorsque les membres du conseil municipal sont nommés, chacun se verra affublé de sa caractéristique : « Le maire est Molènais, le premier adjoint est demi-Molènais… ». Ces termes, très utilisés par ceux qui se déterminent eux-mêmes comme Molènais, se retrouvent dans les tarifs de la compagnie de transport maritime ; il existe trois tarifs : « touriste », « insulaire » et « semi-insulaire ». Les instances extérieures légalisent ainsi cette ségrégation indigène ; derrière cette visibilité matérielle se donne à voir une appartenance symbolique. Les groupes d’âge, les catégories professionnelles n’interviennent pas pour classer la population en Molènais et demi-Molènais, seule l’intensité du lien avec l’île de Molène et les membres de la communauté est pertinente.
14 Les associations présentes sur Molène témoignent de la scission qui existe entre les personnes originaires de l’île et leurs alliés qui vivent à longueur d’année sur l’île et ceux qui y viennent occasionnellement : « l’Amicale molènaise »[7] [7] Le journal de l’Amicale molènaise conserve le lien avec...
suite regroupe les demi-Molènais et « Pébrenn »[8] [8] Du nom d’une plante qui ne pousse qu’à Molène et au...
suite accueille les Molènais. Les deux associations fonctionnent sur un mode très différent de celui que l’on connaît dans les espaces urbains. C’est ainsi que l’adhésion de demi-Molènais à l’Amicale les prive de relations avec l’autre groupe : « Les cousines ne disaient plus bonjour… Lorsqu’on a quitté l’Amicale, du jour au lendemain, elles nous ont adressé de nouveau la parole. » Les associations représentent des groupes aux frontières, aux usages et aux systèmes de valeurs clairement délimités, et revendiquent l’exclusivité de l’appartenance de leurs membres.
15 On le sait, l’identité territoriale et communautaire se construit dans les sociétés traditionnelles par rapport à un territoire, mais également par rapport à une communauté dont les membres partagent des usages, des systèmes de valeurs, des difficultés quotidiennes également. La vie des Molènais est en effet rythmée par les intempéries, le fait de vivre sur un espace exigu, le repli sur un groupe numériquement faible (271 habitants en 2002), des problèmes d’eau… Les observations montrent une société qui se caractérise par des pratiques communautaires propres. Sur l’île de Molène, il est d’usage de saluer toutes les personnes que l’on rencontre au cours de la journée et au besoin de s’arrêter pour entamer un brin de causette[9] [9] À la sociabilité de l’île Molène s’ajoutent les...
suite. On se rencontre à l’unique épicerie de l’île, au bistrot, sur les chemins, sur le pas de la porte, « ce qui fait que lorsque l’on a du travail à l’extérieur de sa maison (en façade), il vaut mieux le faire en juin sinon il n’avance pas ! » (un demi-Molènais). La communication est primordiale : « Je suis contre les panneaux d’indication dans Molène car on trouve toujours quelqu’un pour discuter et la parole est importante. » Elle permet d’établir des liens et devient un élément d’identification de cette société : « les Ouessantins [prétendent les habitants] n’ont pas de conversation comme à Molène. Ils parlent moins facilement ». La communauté molènaise s’ancre également dans les liens de parenté. Le sentiment communautaire est exprimé par de nombreux Molènais : « À Molène, la population est plus petite (qu’à Ouessant) ; c’est une famille, donc tout se sait très vite. » Les Molènais revendiquent alors un ensemble d’attributs que ceux de « l’Autre bord » leur reconnaissent également : « les Molènais sont une république à part » (un scientifique). Le plus souvent, il s’agit davantage de stigmatiser un comportement, le nombre de casiers très important des pêcheurs plaisanciers ou l’usage de l’heure gmt.
16 Sans adopter une position essentialiste, le fait d’habiter sur une île, comme d’habiter à la campagne ou en ville, entraîne des modes de vie spécifiques[10] [10] L’insularité est une donnée géographique qui s’appuie...
suite. Il n’empêche qu’il est difficile de parler d’insularité, de ruralité ou d’urbanité à cause des mouvements de population, des échanges de cultures. Ces termes ne désignent pas des faits immuables, les éléments qu’ils représentent étant en effet soumis à des dynamiques qui rendent difficile l’utilisation de ces notions. Les processus d’urbanisation ont atteint Molène dans les modes de vie ; plusieurs insulaires sont « reliés au monde » grâce au réseau internet et les paraboles sont largement visibles. Ce que défendent les Molènais, c’est une insularité qui existe comme une représentation idéalisée qui se traduit par la pérennité des relations communautaires. En cela, ils rejoignent les scientifiques qui ont fait de ces îles un lieu privilégié de leurs recherches, ainsi que les touristes qui voient en elles des lieux à part. On peut considérer Molène comme une société qui fonctionne encore sur le mode de la solidarité et de l’interconnaissance à l’intérieur d’un territoire délimité[11] [11] Cette société insulaire change. On observe une diminution...
suite. L’appartenance à cette société est valorisée par les individus en tant que ressource primordiale d’identification. Cette société est relativement stable. Mais, comme toutes les sociétés traditionnelles, cette communauté n’est cependant pas une société figée. Le changement existe, mais il est intégré et ne bouleverse pas la société : « Elle (la tradition) est dissociée d’avec la pure conformité, d’avec la simple continuité par invariance ou reproduction stricte des formes sociales et culturelles ; elle n’agit qu’en étant porteuse d’un dynamisme qui lui permet l’adaptation, lui donne la capacité de traiter l’événement et d’exploiter certaines des potentialités alternatives » [Balandier, 1989 : 36-37]. Il y a juste l’illusion d’une reproduction à l’identique que traduit l’exigence de pérennité. L’histoire intervient, mais les transformations subies ne mettent pas en péril son existence, la tradition les digère, « fait de l’ordre avec le désordre ». Ainsi en est-il de cette communauté ; en revanche, il est insupportable pour ces îliens de se voir imposer l’immobilisme, la folklorisation ou au contraire le changement imposé de l’extérieur. Comme toutes les sociétés traditionnelles, celle-ci n’est pas une société repliée sur elle-même ; les relations avec l’extérieur sont bien évidemment fréquentes. Le maire de Molène joue ce rôle fondamental, mais l’éloignement, l’absence de partage d’usages ou de valeurs lui rendent la tâche complexe. Les demi-Molènais jouent un rôle non négligeable, car ils possèdent à la fois les codes de la société molènaise, mais également ceux de « l’Autre bord », y vivant une grande partie de l’année. À ce titre, le premier adjoint joue un rôle important de shifter [Certeau, 1994], de passeur, dans les processus de concertation qui ont lieu dans le cadre des structures de gestion des espaces naturels. En effet, l’étude de la diffusion des messages montre que ceux-ci sont souvent relayés par des intermédiaires qui les commentent et les adaptent auprès des membres de leur groupe. Ces intermédiaires filtrent les informations et répercutent celles qui sont porteuses de sens pour la communauté. Ils sont également capables de traduire en termes indigènes les discours produits par des groupes distants. Ces shifters, cooptés au sein de la société et non définis statutairement, émergent lorsque l’on multiplie les contacts (formels ou informels) avec un groupe ou sous-groupe donné.
17 Clairement revendiqué par les Molènais, leur territoire contient des espaces « naturels » qui connaissent depuis de nombreuses années une attention toute particulière de la part des naturalistes auxquels se sont ensuite ajoutés les politiques. Les scientifiques, qu’ils soient écologistes marins, ornithologues ou botanistes, ont accumulé de nombreuses connaissances et ont montré la richesse faunistique et floristique de cet espace[12] [12] L’archipel de Molène forme un vaste plateau sous-marin...
suite, terrestre et maritime. L’archipel de Molène possède également des paysages insulaires grandioses. Ainsi, les phoques nonchalants sur de minuscules rochers, tout comme les îlots battus par les vents, ornent-ils la plupart des documents présentant Pen ar bed, le bout du monde. Ces qualités attribuées unanimement par les scientifiques et les élus du continent ont conduit à la mise en place de plusieurs structures de gestion des espaces naturels. Ces structures diffèrent par leurs superficies, leurs statuts, mais elles ont toutes en commun d’être promues de l’extérieur : les Molènais ne sont jamais les instigateurs de ces structures et n’ont participé que très partiellement à leur élaboration.
18 Dès la fin du xixe siècle[13] [13] De la part de Magaud d’Aubusson et Bureau. Cet intérêt...
suite est noté un intérêt ornithologique dans les îles de l’archipel de Molène. En 1960, parallèlement à la création de la « Société pour l’étude et la protection de la Nature en Bretagne » (sepnb)[14] [14] La sepnb, association de protection de la nature, a un poids...
suite, se constitue une réserve associative : la « Réserve biologique d’Iroise » (vingt roches et îlots de l’archipel de Molène et d’Ouessant). Puis en 1969, le parc naturel régional d’Armorique est créé, intégrant l’archipel de Molène et l’île d’Ouessant[15] [15] Puis, en 1972, acquisition par le Conseil général du Finistère...
suite. Il contribue également à la bonne santé de l’économie locale par des aménagements de l’espace, le développement d’activités et d’emplois, la création d’une image propice à un tourisme respectueux de l’environnement. Quelques années plus tard, en 1998, la « Réserve de biosphère d’Iroise » (« Réserve Man And Biosphère/unesco ») permet une reconnaissance internationale de cet espace. En 1991, la réserve associative se transforme en « Réserve naturelle d’Iroise »[16] [16] Rapport du comité de gestion : « La protection juridique...
suite, dont la gestion est confiée à la sepnb. La réserve naturelle s’appuie sur les îlots : Banneg, Enez Kreiz, Roc’h Hir, Balaneg et son Ledenez, et Trielen (ces trois îlots représentant 80 % de la zone centrale de la Réserve). L’accès des îles est réglementé : Banneg et son Ledenez sont totalement interdits ; Balaneg est interdite d’accès du 1er avril au 15 juillet en période sensible de nidification ; Trielen est accessible sans restrictions. 1997 correspond à la date de proposition du site Archipel de Molène et île d’Ouessant en tant que site d’importance communautaire (sic) dans le cadre de « Natura 2000 »[17] [17] La superficie est de 20 832 ha : 96 % font partie du...
suite. En 1998 s’opère le classement en « Zone de protection spéciale » (zps) du « Site Archipel de Molène (100 % de la superficie en domaine maritime). Cette liste de mesures visant à protéger la nature doit encore être complétée par le projet de Parc marin en mer d’Iroise. Après plusieurs années de discussion autour du projet de Parc national marin en mer d’Iroise, l’arrêté de prise en considération du projet de création de ce parc est pris par le Premier ministre en septembre 2001[18] [18] Le projet de pnm fait partie des objectifs du plan national...
suite.
19 Mais que pensent les habitants de la « Réserve de biosphère d’Iroise »[19] [19] Elle s’inscrit dans un réseau mondial, « Man and Biosphère »,...
suite ? Elle est associée à un label sans réglementation ni statut juridique et dispose de peu de subventions. Les insulaires, relayés par leur maire, n’ont pas manifesté de désapprobation lors de sa création[20] [20] Un scientifique confirme que le peu de curiosité que portent...
suite. Ils se disent contents, sans doute pour ne pas peiner les individus qui l’ont mise en place, qui s’investissent en temps, en argent et en réflexions ; mais ils s’en moquent : « On est plutôt flatté par l’appellation réserve de biosphère, on fait partie des 298 points de l’unesco » (un demi-Molènais). Le désintérêt est accentué par la difficulté d’appréhender cette structure : « On s’est retrouvé biosphéré, on était content, mais on ne comprend pas toujours » (un demi-Molènais), et par le peu d’actions réalisées dans ce cadre. Les réactions les plus importantes concernent le terme de « réserve ». Les mots possèdent, on le sait bien, des sens variés. Dans des conditions particulières, ils peuvent cristalliser les oppositions, les combats, les rancœurs. Le terme de « réserve » fait presque l’unanimité contre lui. Il évoque d’autres lieux, des peuples privés de leur territoire que l’on a parqués et dont on sait qu’ils ont perdu leurs modes de vie sans pour autant être intégrés à la société américaine. Alors, les Molènais ne veulent pas qu’il y ait « les Indiens d’un côté et les cow-boys de l’autre ». Ce terme évoque aussi la domestication d’une certaine sauvagerie, avec les Indiens bien sûr, mais également avec les réserves animalières : « On ne veut pas être traité comme des bestioles. » Certains acceptent cette mise en réserve, mais restent très vigilants : « On veut bien une réserve de biosphère, mais on ne veut pas être un musée mais des acteurs. » À part ce problème de dénomination, l’absence de réglementations associées à cette structure a entraîné le désintérêt des insulaires. Le maire de Molène se réjouit de cette inertie, manifestant ainsi son rejet des espaces réglementés : « Il s’agit d’un label de l’unesco… ce label n’a pas de pouvoir…… Il n’y a pas eu d’ennuis ni d’embêtements supplémentaires depuis 1989, c’est très bien donc il faut nous laisser comme cela. » Il rejoint en cela la population qu’il représente : « Les gens sont presque indifférents et disent : faites ce que vous voulez, mais laissez-nous en paix » (un demi-Molènais).
20 L’idée d’un Parc marin en mer d’Iroise est exprimée lors de l’inauguration de la réserve de biosphère en 1989[21] [21] « Ce projet est l’aboutissement d’une prise de conscience...
suite, elle est l’aboutissement d’une prise de conscience de la richesse du patrimoine naturel. Le projet de Parc marin est différent, à la fois de la « Réserve de biosphère » et de la « Réserve naturelle », que ce soit pour le territoire concerné (très étendu et essentiellement maritime), ou en ce qui concerne les réglementations et bénéfices associés à cette structure. Depuis 1991, un comité de pilotage réunissant sous la co-présidence du préfet du Finistère et du préfet maritime de l’Atlantique, élus, professionnels, scientifiques et administrations concernés, étudie la création d’un Parc marin. Le Premier ministre annonce en octobre 1995 l’intention du gouvernement de créer un Parc national pour conserver et mettre en valeur la mer d’Iroise. En 1996, une mission est mise en place à Brest pour animer les travaux de ce comité, en assurer la permanence et proposer la structure juridique la mieux adaptée aux objectifs poursuivis et au développement des activités locales. Selon la loi de 1960, des territoires peuvent être classés en Parc national par décret du Conseil d’État. Il délimite deux zones, dont une zone centrale qui admet des prérogatives réglementaires[22] [22] Le futur Parc marin viendrait renforcer la protection juridique...
suite et apporte un financement. S’y ajoute une zone périphérique[23] [23] La zone périphérique est instituée ou non, par exemple...
suite sans pouvoir réglementaire, mais dans laquelle l’État s’engage à financer le programme d’amélioration d’ordre socio-économique qui doit rimer avec environnement. L’élaboration du projet devient une période de grande tension où s’exercent différentes pressions et se mettent en place les stratégies. L’arrêté de prise en considération détermine la zone du Parc national marin qui inclut trois périmètres d’intérêt majeur (territoires insulaires), et déclare pour la première, lors de la création d’un Parc national, qu’il s’agit de concilier la protection de ce patrimoine reconnu (biodiversité et les paysages) comme exceptionnel et la pérennité d’activités économiques et sociales raisonnables. Le développement durable est alors au centre du projet de ce premier Parc national marin, ce qui impose la participation des élus et usagers. L’élaboration de ce Parc national marin est alors confrontée à la juxtaposition de cultures différentes et à la difficulté d’établir des consensus alors que des intérêts divergents existent. Les responsables de ce projet réclament, compte tenu de son caractère inédit, un droit à l’innovation, à l’expérimentation et à la progressivité lors de sa mise en place et de son fonctionnement.
21 Ainsi cet archipel de Molène est-il protégé, voire surprotégé, au sein d’une multitude de structures environnementales, qui, toutes, émanent de l’extérieur. L’on observe alors l’émergence de conflits portant sur les appropriations physiques et symboliques des espaces, les conflits se cristallisant entre ce que les Molènais perçoivent comme le dehors et le dedans, le « eux » et le « nous ». Le territoire est une production culturelle qui confère à chaque lieu des significations multiples données par les différents acteurs présents. Ces significations changent selon les périodes historiques et font l’objet de ré-interprétations successives, parfois contradictoires et donc objet d’oppositions.
22 Les procédures de gestion de l’environnement mises en place dans les espaces naturels relèvent de logiques qui bouleversent les pratiques et les éléments structurants de la communauté concernée. En effet, cette logique « environnementale » rencontre une autre logique : celle des insulaires, qui entretiennent une relation forte avec leur territoire. Les réglementations en cours ou à venir affectent le domaine terrestre et maritime, support de pratiques et de représentations et les sujets de mécontentement sont nombreux parmi les Molènais et demi-Molènais, qu’ils soient pêcheurs ou pêcheurs-plaisanciers[24] [24] Cette catégorie de pêcheurs-plaisanciers fréquentant...
suite, résidant toute l’année sur l’île ou uniquement pendant les vacances. En réglementant l’usage de l’espace, ces décisions contribuent à bouleverser le territoire molènais tant dans ses limites, que dans les éléments constitutifs de l’identité communautaire. En outre, l’intérêt porté aux espaces naturels pose la question de la gestion exogène d’un territoire dont les habitants se voient déjà envahis par des populations urbaines de plus en plus nombreuses à la recherche de nouvelles émotions. Se pose alors la question des rapports entre le dehors et le dedans, entre un territoire support d’une société et un espace considéré comme un patrimoine commun, ou plus généralement entre le local et le global.
23 La présence du « dehors » sur le territoire molènais est particulièrement sensible au plan des structures de gestion de l’environnement. La Réserve naturelle d’Iroise et la Réserve de biosphère d’Iroise ont été imposées de l’extérieur et ne sont pas appropriées par les insulaires, les Molènais ne participant pas ou peu à leur gestion. Par exemple, la gestion de ces îlots appartenant à la Réserve naturelle est assurée par une convention associant le département, la sepnb et la fédération des « Chasseurs du Finistère »[25] [25] Aujourd’hui, on observe l’amorce d’un changement,...
suite. Les structures de gestion sont en partie liées à des organismes internationaux[26] [26] L’environnement fut une affaire supranationale bien avant...
suite et s’intègrent dans des programmes nationaux d’aménagement du territoire qui concernent à plusieurs titres les collectivités territoriales. La gestion des espaces naturels est aujourd’hui soumise à des appréciations, des contrôles d’autres nations, que ce soit à l’échelle mondiale (conférence internationale de Rio, « Agenda 21 »[27] [27] Le développement durable est à la base d’un programme...
suite) ou européenne. Elle intègre donc de larges réseaux qui définissent des concepts, des méthodes, des moyens financiers et des critères d’évaluation spécifiques. Il existe alors une confrontation entre des projets pensés en dehors des frontières des États – la planète étant le seul niveau adéquat pour prendre en compte l’environnement – et des territoires locaux qui eux seuls sont pertinents pour traiter les problèmes rencontrés [Kalaora, 1997]. L’« Agenda 21 » porte toute son attention au littoral, partie du globe particulièrement menacée du fait de la forte concentration de population, de la richesse biologique et de la fragilité des écosystèmes : le projet de « Parc marin » s’inscrit dans la réflexion globale qui porte sur les espaces littoraux. Le « Parc marin » s’insère également dans le réseau mondial et national des parcs nationaux. La gestion des espaces naturels par les structures impose la création de nouveaux territoires avec de nouvelles limites, dénominations, organisation et représentations.
24 Mais, comme on l’a vu, le territoire prend un tout autre sens dans les sociétés traditionnelles. Les réglementations de l’espace terrestre sont une préoccupation forte des Molènais, mais l’espace maritime est tout aussi important. Les quarante hectares de la « Réserve naturelle » d’Iroise sont situés sur la commune du Conquet, mais intensément appropriés par les Molènais, et cette utilisation exogène (aussi bien symbolique que réelle), portant atteinte à leur territoire et à ses usages, a suscité des réactions de la part des Molènais qui ont pu être violentes, que ce soit dans les actes ou les paroles. L’occupation des îlots s’est d’abord faite par des scientifiques à des fins de recherche qui constituaient aussi des prétextes aux loisirs : « Ils venaient avec leur famille le week-end. » Les affrontements entre les scientifiques et les Molènais sont alors mis en scène dans des récits que l’on se plaît à raconter. Il s’agit de heurts anciens : « Mon père et son matelot sont allés à la bagarre avec eux » (Molènais) ; ou d’histoires « croustillantes », un interlocuteur racontant par exemple l’anecdote de la rencontre de sa fille avec un « Adam », sur la plage à Balaneg : « Elle voit arriver un gars entièrement nu qui descend la grève et qui lui dit : “Qu’est-ce que vous foutez là ? Vous savez que c’est interdit.” Elle lui rétorque qu’elle est de Molène, que la maison derrière lui est celle de sa grand-mère. Il lui répond qu’il y a des textes écrits et que les Molènais sont interdits. » Histoire vraie, légende ? Peu importe. Cette anecdote montre comment sont perçus les scientifiques, rejetant les autochtones pour mieux s’approprier l’usage exclusif d’un espace vierge de toute pollution humaine.
25 Les insulaires et leurs représentants politiques sont également très préoccupés par les possibles réglementations sur le territoire maritime qu’engendre le projet de Parc marin : « On ne sait pas ce que va devenir la pêche et la plaisance. On ne sait pas ce qui va être limité. On va voir ce qu’ils vont faire, c’est surtout ce qu’ils vont nous enlever. » À Molène, il règne une certaine inquiétude : « Les Molènais appréhendent cela, ils se demandent à quelle sauce ils vont être mangés. » Les éventuelles réglementations concernant les routes prises par les bateaux sont âprement discutées. Le maire de Molène précise les contraintes climatiques et maritimes qui définissent la navigation : « La météo dirige les gens sur les îles, elle implique de passer par ici ou par là. » Il résume ainsi ce qu’expriment nombre de Molènais. Un Molènais retraité et pêcheur plaisancier explique aux « terriens » : « Il ne peut pas y avoir de zone délimitée ici comme sur la terre : les routes de navigation sont différentes, suivant les vents, suivant le “clapot”… On coupe au courant et on tourne, on se met derrière une roche pour ne pas être bord sur bord. » Enfin, en dehors de toutes réglementations les concernant, ils récusent les contrôles maritimes (ils n’existent pas ou si peu sur terre) et affirment : « Ici, on a horreur de l’uniforme » et avec un large sourire, ils se comparent à une autre île turbulente : « Ici, c’est un peu comme en Corse. » Si ces différentes affirmations peuvent prêter à sourire, il ne faudrait pas pour autant oublier que ces réglementations ou contrôles affectent le territoire, soit dans son intégrité, soit dans son usage, ou encore dans les symboles qu’il représente. Elles sont interprétées comme des marques d’hostilité et constituent pour les insulaires un casus belli.
26 La crainte des réglementations se double d’une appréhension des « invasions » extérieures. Les réglementations et les contraintes extérieures paraissent suspectes pour les Molènais et cela « fait partie de l’identité insulaire », mais remettent également en cause des pratiques et une organisation du territoire[28] [28] Une des principales actions menées par la ccpi (Communauté...
suite. Les îles connaissent un fort développement touristique. Molène n’échappe pas à cette règle. À Molène, depuis 1988, « environ 10 à 15 % des résidents n’ont pas d’attaches insulaires » (maire de Molène). Les raisons d’installation sur l’île sont très variées ; deux nouveaux résidents rencontrés sur l’île ont une approche totalement différente de Molène. Il s’agit d’une passion pour Molène chez l’un, et de la perspective de réaliser un bon placement pour l’autre : « Nous venons depuis 1975… nous sommes tombés amoureux de Molène », « Nous avions un peu d’argent à placer et pourquoi pas ici ». Ces deux mobiles opposés sont aussi le support de pratiques distinctes, l’un adopte les pratiques de sociabilité et fréquente l’île sous tous les temps, tous les week-ends. Il n’en sera pas de même pour le nouvel arrivant qui pense venir une quinzaine de jours pendant les grandes vacances, si le temps lui convient. Au deuxième type de résident secondaire, on peut ajouter le tourisme à la journée qui est très présent. À ce sujet, le maire de Molène cite des chiffres : « En été, du 15 juillet au 15 août, il y a environ 1 200 personnes » et beaucoup de Molènais reconnaissent une forte augmentation du tourisme surtout depuis trois ou quatre ans. La publicité faite autour de Molène est dénoncée, car elle induit un rapport numérique qui peut être déstabilisant[29] [29] Un interlocuteur compare avec la Corse : « J’ai vu...
suite : « Trop c’est trop » (Molènais). Se pose alors la question de l’accueil des personnes et de la régulation de leur flux : « On ne va pas laisser 1 000 personnes qui tournicotent dans l’île » (premier adjoint). En effet, le tour de l’île est la première préoccupation des touristes, mais trois quarts d’heure y suffit ! Le taux de fréquentation élevé du tourisme – actuel et futur – est vécu comme une atteinte au maintien de cette communauté, même si parallèlement il permet à cette société en déprise de sortir d’une impasse économique. Les intrusions étrangères de toutes sortes, qui augmentent sensiblement avec l’importance accordée à Molène, sont durement ressenties. L’extérieur est alors stigmatisé : « On s’est fait avoir par le continent. Il vient avec plein de pacotille, cela brille mais maintenant méfiance », et font penser de manière métaphorique à des rapports de colonisation d’un autre âge.
27 Mais il ne s’agit pas pourtant pour les insulaires de se fermer sur l’extérieur. La difficulté vient d’une contradiction : l’extérieur est porteur de bouleversements, mais également de bénéfices, comme l’illustre le cas du « Parc marin » : « Il faut se préparer pour le Parc marin… L’avenir de Molène viendra de l’extérieur… » Le « Parc marin » est porteur de subventions, pour le premier adjoint de Molène (« Molène doit être le centre du Parc marin »), qui argumente sur le fait que le poids économique des subventions ne se sentira que sur une petite commune qui dispose de faibles revenus comme Molène. Le parc dispose d’un potentiel de développement économique pour ce territoire qui connaît un fort déclin des activités : « Le Parc marin fournirait, à ce qu’a dit le chargé de mission du Parc marin, 1 ou 2 emplois de guides sur l’île… Cela semble bien peu par rapport aux 20 ou 30 millions de budget qui est prévu pour ce Parc marin. » Ce parc pourrait stimuler l’installation d’artisans : « Il y a de l’avenir au niveau d’une crêperie pendant 3 mois, mais il faut faire autre chose… il faudrait aussi un coiffeur. » Les Molènais sont prêts à accepter des changements pour peu qu’ils puissent s’exprimer et qu’ils soient impliqués dans la prise de décision. Une autre voie de gestion s’avère alors nécessaire : le projet de Parc marin, également décidé par d’autres instances, souhaite mettre en place une concertation et jeter les bases de la gouvernance[30] [30] La « gouvernance » se caractérise comme un ensemble...
suite. Cette approche s’inscrit dans un type de gestion préconisée aujourd’hui : une gestion intégrée qui renvoie à un multi-usage des espaces, à une nature patrimoniale, au « développement durable »[31] [31] Le développement durable ou sustainable development devient...
suite, symbolisé par l’alliance harmonieuse entre l’homme et la nature [Picon, 1996].
28 Les différentes dimensions du territoire sont intériorisées et ne se dévoilent pas directement au regard des concepteurs du projet – politiques, techniciens ou scientifiques – d’autant plus qu’ils appartiennent tous à la société urbaine, à « l’Autre bord ». Le territoire est alors le support de certains conflits ou incompréhensions. Les tensions autour du territoire de Molène sont peut-être exacerbées par les enjeux actuels. Il pourrait y avoir un intérêt pour les Molènais à décrire un territoire qui dépasse largement les frontières administratives (c’est-à-dire l’île de Molène et son « ledenez »), afin de légitimer leurs interventions au plan de l’élaboration des réglementations. À l’inverse, certains continentaux le réduisent à la commune de Molène pour diminuer le poids des insulaires dans les discussions portant sur le projet de Parc marin. Les zones naturelles ne sont pas des espaces statiques, mais des espaces dynamiques en raison des transformations physiques que lui imposent les groupes qui l’occupent et de leurs représentations. Les raisons profondes de l’opposition entre les îliens et les acteurs extérieurs viennent sans doute du fait que ces derniers considèrent comme « naturel » un espace que les premiers ont socialisé depuis longtemps. À cela s’ajoute une patrimonialisation duale de ces espaces qui induit une dialectique difficile à résoudre : un bien commun à l’ensemble de la collectivité dont il faut faire « bon usage » [Larrère, 1997], afin de pouvoir le léguer aux générations futures, mais également le patrimoine d’une communauté, qui se transmet à l’intérieur du groupe à l’exclusion des autres membres. ■
Balandier Georges, 1988, Le désordre, Paris, Fayard.
Besse Jean-Marc, 1997, « Les sens de la nature dans les discours philosophiques », Environnement. Représentations et concepts de la nature, [dir.] J.-M. Besse, I. Roussel, L’Harmattan, coll. « Les rendez-vous d’Archimède » : 35-50.
Certeau Michel de, 1994, La prise de parole et autres écrits politiques, Paris, Seuil, coll. « Points ».
Chamboredon Jean-Claude, 1985, « La “naturalisation” de la campagne : une autre manière de cultiver les “simples” ? », in Protection de la nature. Histoire et idéologie. De la nature à l’environnement, L’Harmattan : 138-151.
Dron Dominique, 1995, Environnement et choix politiques, Paris, Flammarion, coll. « Dominos ».
Drouin Jean-Marc, 1997, « Les sens de la nature : une notion équivoque mais irremplaçable », in Environnement. Représentations et concepts de la nature, [dir.] J.-M. Besse, I. Roussel, L’Harmattan, coll. « Les rendez-vous d’Archimède » : 77-87.
Georges Pierre, 1984, « Identité de groupe, identité de territoire. Sur les rapports entre espace et population », Espace Population Sociétés, i : 13-16.
Kalaora Bernard, 1997, « Quand l’environnement devient affaire d’État », in Marc Abélès, Henri-Pierre Jeudy, Anthropologie du politique, Paris, Armand Colin, coll. « U » : 179-196.
Larrère Catherine, Raphaël Larrère, 1997, Du bon usage de la nature. Pour une philosophie de l’environnement, Aubier, coll. « Alto ».
Le Berre Ywan, 1997, Réserve de biosphère de la mer d’Iroise, carte de synthèse, ubo-iuem.
Picon Bernard, 1996, « Du bon usage de la menace. Chronique des représentations de la nature en Camargue », Études rurales, janv.-juin, no 141-142 : 143-156.
[ 1] Besse [1997] débute son texte en adaptant au concept de nature une citation de saint Augustin à propos du temps : « Quand on ne me le demande pas, je sais ce que c’est, mais dès qu’on me le demande, je ne sais plus. » Le concept de nature est complexe, mais il est admis que les espaces qualifiés de naturels sont anthropisés, aucun lieu n’étant totalement vierge de toute intervention humaine sur notre planète. La nature n’est pas définie ici comme ce qui est extérieur à l’homme, mais comme ce qui apparaît opposé à l’artéfact, où se « déploient massivement des processus écologiques, que ceux-ci soient ou non souhaités, provoqués ou utilisés par l’activité humaine » [Drouin, 1997].
[ 2] Étude réalisée dans le cadre du travail de thèse en ethnologie, sous le titre : Gouvernement, gouvernance et légitimité. Analyse comparée du Technopole Brest-Iroise et de la Réserve de biosphère d’Iroise, université de Bretagne occidentale, novembre 2000.
[ 3] La topographie sous-marine génère un fort courant appelé le « Fromveur ».
[ 4] Ce terme dans sa même acception est utilisé dans plusieurs îles de la mer d’Iroise et du Nord-Finistère. Ainsi, parle-t-on des demi-Ouessantins, des demi-Batzien, des demi-Senans.
[ 5] Ce lien total peut avoir été entrecoupé de périodes sur le continent, un interlocuteur âgé d’environ 35 ans raconte qu’il est resté sur l’île jusqu’à 15 ans. Après quelques années sur le continent « sans avoir jamais perdu de vue Molène », il s’est installé à Molène.
[ 6] Pour comprendre cette opposition, il est nécessaire de prendre en compte l’augmentation numérique des demi-Molènais : « Il y a eu une évolution et un basculement : il y a 137 maisons secondaires et 123 résidences principales » (maire de Molène). Ce changement a renforcé les clivages car il déstabilise la société traditionnelle.
[ 7] Le journal de l’Amicale molènaise conserve le lien avec les Molènais de l’extérieur, informe les adhérents. L’association est ouverte aux résidents principaux et secondaires, elle prend en charge le repas des anciens, l’animation estivale en juillet-août. L’adjoint est venu un week-end d’avril avec deux étudiants pour réaliser une fresque sur le port qui retrace un siècle sur l’île. Elle fut inaugurée pour les vingt ans de l’« Amicale ».
[ 8] Du nom d’une plante qui ne pousse qu’à Molène et au Japon. Cette association fonctionne surtout l’hiver auprès de personnes âgées.
[ 9] À la sociabilité de l’île Molène s’ajoutent les règles de la mer qui veulent que chacun se salue depuis son embarcation : « Un simple bonjour, ce n’est pas grand-chose et cela permet un contact. » Toute dérogation peut être relevée et sanctionnée : « En mer, la règle c’est le salut… les scientifiques ne le font pas… d’ailleurs les nouveaux venus de l’“Office national de la chasse” non plus, je leur dirai, car je ne veux pas continuer dans ce système » (marin pêcheur).
[ 10] L’insularité est une donnée géographique qui s’appuie sur la distance physique, sur l’isolement et l’exiguïté relative. D’un point de vue économique, cet isolement (ou périphéricité) entraîne des coûts spécifiques dans le cadre des transports, de l’équipement, du logement.
[ 11] Cette société insulaire change. On observe une diminution et un vieillissement des îliens, une augmentation du nombre de résidences secondaires, un quasi-abandon des activités agricoles traditionnelles. Avant les années trente plusieurs îles étaient cultivées : Ouessant, Molène, Trielen, Kemenez, Beniguet. Traditionnellement, chaque type de milieu était exploité au maximum de ses potentialités. Ainsi, les secteurs littoraux servaient de pâture pour le bétail, de zone de séchage du goémon récolté sur les grèves (amendement, combustible), de zone de récolte de mottes de pelouse ou de lande rase pour la cuisson des aliments. Les meilleures terres constituaient les terres labourables [Gestin et al., 1983, in Le Berre, 1997]. Cette organisation reste présente dans le paysage [Le Berre, 1997]. On observe également une chute des activités maritimes et une explosion du tourisme qui ont modifié les paysages.
[ 12] L’archipel de Molène forme un vaste plateau sous-marin favorisant l’émergence d’importantes zones intertidales (zones d’oscillations de la marée). Ce milieu maritime constitue un milieu privilégié pour les poissons, crustacés, mammifères marins (phoques gris, population estimée à environ 45 individus, grands dauphins avec un nombre d’individus variable de 2 à 35, loutres…). La « Réserve » abrite une flore sous-marine exemplaire : « regroupement d’espèces d’algues d’origine nordique et d’origine méridionale » [J.-Y. Floc’h, 1967, in Le Berre, 1997]. La mer d’Iroise abrite aussi la nidification de nombreuses colonies d’oiseaux marins, dont plusieurs sont des espèces menacées. Elle constitue une étape exceptionnelle dans le transit des oiseaux migrateurs. La flore terrestre des petites îles représente également une richesse considérable.
[ 13] De la part de Magaud d’Aubusson et Bureau. Cet intérêt se poursuit dans les années cinquante : inventaire ornithologique par le docteur Camille Ferry.
[ 14] La sepnb, association de protection de la nature, a un poids considérable sur le territoire de la Réserve du fait de la quasi-absence d’autres associations ayant un but comparable, de son poids régional et national et des nombreuses actions menées sur cet espace : « La voix de la sepnb est écoutée, on a une légitimité sur les questions écologiques, en fonction du poids de nos 40 ans de présence et de la pertinence de l’action » (un scientifique membre de la sepnb).
[ 15] Puis, en 1972, acquisition par le Conseil général du Finistère de Banneg, Balaneg et Trielen (redevance espaces verts). 1973 : établissement d’une réserve de chasse sur le domaine public maritime. 1976 : gestion de trois sites confiée à la sepnb. 1977 : classement des îles au titre de la loi de 1930. 1986 : début de la procédure de demande de label mab.
[ 16] Rapport du comité de gestion : « La protection juridique de la zone centrale (de la rbi) a été renforcée par un décret ministériel du 12 octobre 1992 portant sur la création d’une réserve naturelle de l’État en trois îlots. Un arrêté préfectoral en janvier 1993 a fixé la composition d’un comité de gestion, suivi d’un arrêté préfectoral en juillet 1994 fixant les modalités d’accès et les activités réglementées. »
[ 17] La superficie est de 20 832 ha : 96 % font partie du domaine maritime et 4 % appartiennent au Finistère.
[ 18] Le projet de pnm fait partie des objectifs du plan national pour l’environnement de 1990 qui prévoyait de compléter les dispositifs de protection des espèces marines et de créer deux parcs nationaux sur les eaux territoriales françaises.
[ 19] Elle s’inscrit dans un réseau mondial, « Man and Biosphère », émanant de l’unesco. Les réserves de biosphère s’organisent autour des trois fonctions suivantes : la conservation de la biodiversité, le développement économique durable et l’éducation en matière d’environnement.
[ 20] Un scientifique confirme que le peu de curiosité que portent les différents acteurs à la « Réserve » est lié aux déclarations initiales : « On a dit aux populations que cela ne changerait rien puisqu’il n’y avait pas de réglementation, à vouloir trop les rassurer, en fait, ils s’en sont désintéressés. »
[ 21] « Ce projet est l’aboutissement d’une prise de conscience de la richesse du patrimoine naturel de la mer d’Iroise reconnue par l’attribution du label de “zone de biosphère” attribué par l’unesco. Il s’agit également de la volonté affichée par divers acteurs, État, élus, pnra, scientifiques, de concilier le développement et la protection » [Avel Eussa, août 1998].
[ 22] Le futur Parc marin viendrait renforcer la protection juridique dont bénéficie l’archipel et sera à même de réglementer l’usage du domaine public maritime.
[ 23] La zone périphérique est instituée ou non, par exemple Port-Cros n’a pas de zone périphérique.
[ 24] Cette catégorie de pêcheurs-plaisanciers fréquentant l’archipel de Molène est très homogène si l’on met de côté la distinction entre Molènais et demi-Molènais ; en effet, l’archipel se situe à distance non négligeable du continent et les difficultés de navigation (engendrées par de forts courants) font que l’archipel n’est pratiquement pas fréquenté par d’autres pêcheurs plaisanciers.
[ 25] Aujourd’hui, on observe l’amorce d’un changement, le nouveau conservateur lorsqu’il s’adresse aux Molènais, leur affirme : « C’est votre réserve. »
[ 26] L’environnement fut une affaire supranationale bien avant les années quatre-vingt, que ce soit sur le plan international (dès 1948 est créée l’« Union internationale pour la protection de la Nature » : uipn), ou européen (en 1963, le Conseil de l’Europe crée le « Comité européen pour la sauvegarde de la Nature et des ressources naturelles : cesnrn) [Drouin, 1995].
[ 27] Le développement durable est à la base d’un programme d’action international à long terme intitulé « Agenda 21 », couvrant de nombreux domaines (ressources naturelles, déchets dangereux, questions juridiques et financières, etc.).
[ 28] Une des principales actions menées par la ccpi (Communauté de communes du Pays d’Iroise dont l’île de Molène fait partie) est l’installation d’un centre de transfert des déchets. Celle-ci est largement discutée car elle remet en cause des pratiques insulaires : « Le problème est qu’avant chacun gérait ses propres déchets, on paye donc les erreurs du continent au niveau du gaspillage. Les gens de Molène rentrent dans les systèmes du continent. »
[ 29] Un interlocuteur compare avec la Corse : « J’ai vu un reportage à la télé où ils expliquaient qu’un petit village s’est vu envahir par plein de gens, alors que rien n’est encore fait. » Des rumeurs comme celle d’un projet de faire un « Glénan 2 » sur le Ledenez en face de Molène affolent certaines personnes.
[ 30] La « gouvernance » se caractérise comme un ensemble de règles, de procédures, de conventions, de principes élaborés de manière implicite par des acteurs relevant de logiques différentes, en l’absence d’autorité unique. Comme le montre l’exemple du projet de Parc marin, la gouvernance associe des acteurs appartenant ou non au gouvernement, spécialistes et non-spécialistes qui obéissent à des logiques différentes. À l’uniformité et à la standardisation des modalités de gestion des affaires publiques succèdent la flexibilité et la nécessité d’inventer de nouvelles procédures pour prendre en compte la diversité des intérêts présents au sein d’une société.
[ 31] Le développement durable ou sustainable development devient incontournable ; il est défini comme un « développement qui répond aux besoins du présent, sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs ». En France, ces critères sont inscrits dans la loi : la loi no 95-101, promulguée le 2 février 1995, concerne le renforcement de la protection de l’environnement. L’article 1 de cette loi insère dans le code rural un article (L. 200-1) ainsi rédigé : « Les espaces, ressources et milieux naturels, les sites et paysages, les espèces animales et végétales et les équilibres biologiques auxquels ils participent font partie du patrimoine commun de la nation. Leur protection, leur mise en valeur, leur restauration, leur remise en état et leur gestion sont d’intérêt général et concourent à l’objectif de développement durable. »
Le projet de Parc national marin en mer d’Iroise révèle les difficultés des insulaires (les Molènais) à accepter une intervention étrangère sur leur territoire terrestre et maritime. Cet article analyse le double rapport au territoire (du fait de la nouvelle gestion des espaces naturels) : d’une part, l’appropriation de l’espace par une communauté ; d’autre part, la volonté de le léguer aux générations futures, à la manière d’un patrimoine. L’opposition existant entre îliens et gestionnaires continentaux vient de ce que ces derniers considèrent comme naturel et menacé un espace que les premiers ont géré eux-mêmes depuis longtemps.
The project of a national sea park in the Iroise reveals the difficulties of the islander (the inhabitants of Molène) to accept a foreign intervention on their land and sea territory. This article analyses the double relationship with the territory (resulting from a new management of the natural spaces) : on the one hand, the appropriation of space by a community, on the other hand, the will to transmit it to future generations, like a heritage. The opposition between islanders and mainland managers is due to the fact that the latter consider natural and threatened a space that the former managed themselves since long.Keywords
governance, environmental policy, national park, territory
Das Projekt eines nationalen Seeparks in der Iroisesee lässt die Schwierigkeiten der Inselbewohner erkennen, eine fremde Intervention auf ihrem Landes- und Meeresterritorium anzunehmen. Der Artikel analysiert das doppelte Verhältnis zum Territorium (das aus einem neuen Management der Naturräume resultiert) : einerseits die Raumaneignung durch eine Gemeinschaft, andererseits der Wille diesen Raum wie eine Erbe den zukunftigen Generationen weiterzugeben. Die Opposition zwischen Inselbewohnern und Festlandmanagern entsteht daraus, dass die letzeren einen Raum als natürlich und bedroht ansehen, den die ersteren seit lange selbst gemanagt haben.Stichwörter
Regieren, Umweltspolitik, Nationalpark, Territorium
Frédérique Chlous-Ducharme « L'archipel de Molène et « l'Autre bord » », Ethnologie française 1/2004 (Vol. 34), p. 113-122.
URL : www.cairn.info/revue-ethnologie-francaise-2004-1-page-113.htm.
DOI : 10.3917/ethn.041.0113.