2004
Études
Figures Libres
L’éthique des journalistes
Journaliste « dans la guerre »
Vincent Hugeux
Grand reporter au service « Monde » de L’Express.
Il faut, écrivit un jour André Malraux, « faire la guerre sans l’aimer ». II faut aussi, quand on prétend pratiquer la profession d’informer, la couvrir en la détestant. D’une aversion tranquille, résolue et méthodique. C’est la seule façon de s’affranchir de la trouble fascination que suscite un état de tension extrême, alimentée par la présence, parfois obsédante, de la mort, du danger et de la peur ; donc, de décrypter les enjeux masqués, les rivalités de pouvoir et les idéaux dévoyés qui sous-tendent tout conflit armé.
Bref prologue sémantique. Je ne crois pas au concept de « reporter de guerre ». Bien sûr, ce clan singulier de la grande tribu médiatique a ses codes, ses rites, ses manies, sa noblesse et ses travers. Mais le « journalisme de guerre » n’est rien d’autre que du journalisme dans la guerre. II requiert les mêmes qualités — le désir de comprendre, l’envie d’expliquer — que tout autre domaine du métier. Une familiarité excessive avec le fracas des armes éloigne le témoin de son lecteur, comme la connivence entre le « rubricard » politique et le ministre ou l’élu émousse l’acuité de son regard. Reste, dans les deux cas, à trouver la « bonne distance » : se tenir assez près pour saisir les ressorts d’une ambition, mais suffisamment loin pour ne pas en devenir l’instrument.
On dit encore du journaliste, comme de l’ancien combattant, qu’il a « fait » l’Algérie, le Kosovo, l’Irak, la Tchétchénie ou le Rwanda. Illusion d’optique, là encore. Le reporter ne fait pas un conflit ; au mieux, il le décrit. A l’inverse, le conflit, lui, fait ou défait le journaliste, tant il façonne sa vision du monde et son système de valeurs.
Aux lecteurs de la revue Etudes, on ne fera pas l’injure d’un sermon sur l’objectivité — chimère dans l’absolu et chimère absolue en zone de guerre. Dans le meilleur des cas, le reporter se borne à tendre vers l’équité, vers une forme d’honnêteté intellectuelle. Lors de l’éclatement de la Yougoslavie, une controverse un rien spécieuse a enfiévré quelques rédactions : elle opposait, grosso modo, les partisans d’une couverture compassionnelle, tournée vers les civils broyés par un carnage qui les dépassait, aux adeptes d’un traitement descriptif, quasiment clinique, des affrontements. Bien sûr, l’empathie qu’inspiraient les victimes, citadins de Sarajevo assiégés ou femmes avilies, a conduit maints reporters (à commencer par l’auteur de ces lignes) à sous-estimer les exactions perpétrées çà et là par les musulmans bosniaques ou le cynisme de leurs chefs. De là à soutenir — comme le font les gourous du révisionnisme instantané — que la presse bien-pensante aurait « satanisé les Serbes »… Il faut une âme de faussaire pour renvoyer dos à dos, en vertu d’une parité illusoire, l’assiégeant et l’assiégé, le bourreau et le supplicié, l’agresseur et l’agressé. Reflet d’un nouveau conformisme, la traque compulsive du « politiquement correct » conduit parfois à promouvoir, par dandysme ou par cécité, le « moralement obscène ». Qu’on se souvienne des portraits louangeurs du « poète » Radovan Karadzic ou de la laborieuse mise en doute, parfois teintée d’allusions égrillardes, de l’ampleur du recours au viol par les porte-flingues de la purification ethnique.
Il serait stupide de réduire l’exercice du journalisme à cette terrible formule : « Cinq minutes pour les Juifs, cinq minutes pour Hitler ». La juxtaposition d’affirmations contradictoires s’apparente à une reddition en rase campagne, sur le mode : « Untel soutient ceci. Tel autre objecte cela. Cher lecteur, démerdez-vous. » Le respect dudit lecteur ou de l’auditeur commande au contraire de lui livrer, au terme d’une enquête approfondie, un jugement éclairé. Le traitement de l’envoyé spécial n’est pas objectif ? La belle affaire ! La réalité ne l’est pas davantage. Reste, bien entendu, à ne pas se tromper de parti pris. Mesuré à cette aune-là, tout reportage se doit d’être engagé. A défaut, le reporter renonce à l’essence de sa mission : rendre intelligible la complexité du réel.
Au fil des ans, et des voyages, on peut ainsi être conduit à forger cette maxime : compassion pour les humbles, intransigeance pour les puissants, férocité pour les salauds. Que l’on y adhère ou non, les valeurs chrétiennes, dès lors qu’elles puisent aux sources du message christique, trouvent une évidente résonance dans le souci de rendre justice aux sans-voix et aux « gens de peu », comme dans la volonté de mettre en évidence l’arrogance des puissants, héritiers des « marchands du Temple ». En ce sens — et quitte à pécher par grandiloquence —, le reportage peut être vécu comme un étrange alliage d’ascèse et de plaisir, ou comme un art de l’effacement. Une ascèse, dès lors qu’il requiert une tension réfléchie mais permanente vers la compréhension d’un tumulte, d’une crise (du grec krisis, décision) ou d’un personnage. Un art de l’effacement, puisqu’il suppose que le témoin s’éclipse derrière celles et ceux dont il parle. Il est clair que, dans un univers télévisuel contaminé par les travers du show business, la starisation du journaliste entre en conflit avec un tel impératif. Reste que cette dialectique n’est pas l’apanage des médias audiovisuels. Le journalisme apparaît souvent comme une profession altruiste que pratiquent des égocentriques. Le reporter est en permanence guetté par le péril de glisser du statut de témoin à celui d’acteur. Il lui faut donc s’efforcer de garder à l’esprit les risques d’instrumentalisation inhérents à sa fonction de médiateur.
Une figure éminente de la presse française, personnage inventif et prolixe dont la charité confraternelle invite à taire le nom, tricota un jour ce postulat extravagant : dans une société surinformée, le reportage au long cours n’a plus lieu d’être, dès lors que les médias modernes — internet et télévisions satellitaires, notamment — relatent par le menu le moindre événement survenu dans la contrée la plus reculée de la planète. La notion même de « surinformation » paraît pour le moins sujette à caution. Elle suppose l’existence d’un seuil universel et arbitraire, que nul ne sait quantifier au demeurant, au delà duquel l’esprit humain ne saurait exercer son discernement. Mal informé, soit ; désinformé, sans doute ; mais surinformé… C’est précisément la profusion des « nouvelles » qui rend impérieusement nécessaire l’acte de témoigner. Recueillir, constater, vérifier, recouper, raconter : loin de fissurer les fondements de la démarche journalistique, la croissance apparemment anarchique de la matière première informative les consolide. Rien de nouveau sous le soleil : fabuleux outil, le web est aussi un formidable traquenard et une funeste invitation à la paresse. Il doit être soumis au même régime que les autres sources de renseignement, donc passé au tamis du doute méthodologique. Aucun enseignement du journalisme digne de ce nom ne saurait se passer d’un apprentissage critique de l’usage de la « toile ».
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La presse écrite, notamment périodique, ne survivrait pas au sabordage du reportage. Avec l’analyse et l’entretien de fond, celui-ci est générateur de « valeur ajoutée » au regard de l’offre d’information du journal télévisé de 20 heures, du bulletin radio, voire du quotidien. Par l’angle choisi, la thématique retenue, le personnage dépeint, la mise en perspective historique, le newsmagazine a vocation à fournir un éclairage original, la « profondeur de champ » chère au photographe. L’impression de « déjà vu » et de « déjà lu » lui serait à coup sûr fatale. Le fait que les quotidiens tendent à « hebdomadériser » leur couverture, comme l’attestent les pages « Horizons » du Monde ou « Grand Angle » de Libération, ne doit rien au hasard. Et que l’on ne vienne pas nous opposer les fadaises selon lesquelles, formaté par les biorythmes cathodiques, le lecteur, devenu réfractaire à l’écriture longue, exigerait un traitement bref, anecdotique et clinquant de l’événement. Pour s’en tenir aux réactions du lectorat de L’Express, tout indique qu’il reste demandeur de récits fouillés, pourvu que ceux-ci apparaissent bien charpentés, écrits d’une plume alerte et judicieusement illustrés.
Certes, tout envoyé spécial a tâté un jour de ce paradoxe : la proximité physique n’offre pas à elle seule une garantie de clairvoyance. Le reporter qui, au cœur du printemps de Pékin, côtoie vingt heures par jour les étudiants rebelles de la place Tien-Anmen, court le risque de surestimer l’audience d’un phénomène exclusivement urbain ; il mesure mal l’inertie de campagnes livrées à la seule propagande de la radio officielle, où ce mouvement, pourvu qu’on en soupçonnât l’existence, passe pour rébellion d’enfants gâtés ou de hooligans stipendiés par l’Occident. Dans son bureau parisien, le sinologue aguerri peut, à l’inverse, déceler cette faille. Une telle évidence ne suffit pas à disqualifier le reportage. Elle valide, au contraire, le besoin de recourir à la combinaison de deux antidotes : la parole d’expert, dès lors qu’elle est rendue accessible, donc délestée du jargon réservé aux initiés ; la préparation de l’envoyé spécial, conscient que seul le travail documentaire préalable le dotera de l’arsenal requis pour démêler l’écheveau des stratégies adverses, déjouer le piège des apparences et se prémunir contre les tentatives d’« intox ».
Reste à prévenir une dérive classique, rançon d’un besoin narcissique de reconnaissance : celui d’écrire moins pour ses lecteurs que pour ses sources et ses confrères. Une formule pour éloigner ce péril : expliquer les idées par les faits et les faits par les hommes. A ces conditions, le primat de la confiance à « celui qui voit » devrait prévaloir. Quoi de plus navrant, pour un « spécial », de constater, au lendemain d’un carnage terroriste dans la Mitidja algérienne, que sa hiérarchie a préféré le bilan établi par l’AFP — excellente agence de presse, au demeurant — à son propre décompte ? Pas une rédaction ne sortirait indemne d’un régime obtus de partage du travail. A l’envoyé spécial la description au premier degré ; au chroniqueur la réflexion, le recul, le « jus de crâne ». Il est d’ailleurs frappant de mesurer le fossé, parfois béant, qui sépare le « terrain » de la « pensée ». Un éditorialiste peut parfaitement exposer ses convictions sans jamais les frotter à l’expérience du praticien appelé depuis des années à labourer le domaine où il se hasarde. Soyons équitable : il arrive aussi que notre « laboureur » affiche une causticité hautaine, et parfois injuste, envers les « moralistes de salon ».
Le « grand reporter » — titre désuet qui incita un jour un confrère italien à s’enquérir ironiquement de la taille qu’il convient d’atteindre sous la toise pour le mériter — occupe au sein de la rédaction une position ambiguë. Les absences répétées et les risques encourus lui valent encore une forme de respect ou de prestige que certains « baroudeurs » cultivent avec une touchante obstination. En revanche, il exerce peu d’influence sur la ligne éditoriale. Le service « Etranger » ne constitue plus, à de rares exceptions près, l’aristocratie d’un journal. Il a été détrôné au fil des ans — et selon les choix stratégiques de la direction — par la politique intérieure, l’économie, puis, plus récemment, les sujets dits « de société ». Pour autant, le pouvoir de proposition du reporter reste entier. On voit rarement un patron de rédaction récuser un projet pertinent défendu avec conviction. Le journalisme a ceci de commun avec le patinage artistique qu’il alterne figures libres et figures imposées. Nul ne songerait à faire l’impasse sur l’arrestation de Saddam Hussein et ses conséquences. Mais il existe un espace d’initiative indépendant de l’actualité. On peut ainsi « vendre » une enquête sur la guérilla au Sud-Soudan ou les errements despotiques de Jean-Bertrand Aristide en Haïti. Même si, hélas, résonne encore parfois, au hasard des conférences préparatoires, la martingale des blasés : « Ça n’intéresse personne » ; ou — variante tout aussi navrante : « Dans ce coin-là, il ne se passe rien. » Voici une vingtaine d’années que je parcours le monde en quête d’un pays où il-ne-se-passe-rien. Je le cherche encore.
Il serait absurde de ne pas mentionner, à ce stade, les contraintes budgétaires. Spectaculaire depuis l’automne 2000, le déclin — sinon l’effondrement — des recettes publicitaires (publicité commerciale et annonces classées), qui peuvent procurer à un titre 40 à 70 % de ses ressources, contraint les directions à « resserrer les boulons ». Or, le reportage coûte cher. Il faut donc résister à la tentation — suicidaire — de tailler dans la dotation allouée à la production maison, qu’il s’agisse du texte ou de la photo.
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Toutes les enquêtes l’attestent : le crédit dont jouissent les médias ne cesse de s’étioler. Le prestige de l’écrit a longtemps conféré aux « papiers » une valeur sacrée : « C’est vrai, puisque c’est dans le journal. » En forçant à peine le trait, on pourrait soutenir que, trois Timisoara et deux guerres du Golfe plus tard, nous voici réduits au régime de la suspicion : « C’est peut-être vrai, bien que ce soit dans le journal. » La corporation ne mérite évidemment « ni cet excès d’honneur, ni cette indignité ». Deux facteurs, en partie contradictoires, ont contribué à cette démythification : d’abord, l’évolution du lectorat, doté désormais, de par son niveau de formation et ses pratiques culturelles, d’un outillage critique du système de l’information ; ensuite, l’écho que recueille la théorie du complot, dont la presse apparaît souvent comme un relais. Rien de tel, pour s’en convaincre, que de constater la fortune, à la Une des magazines, des formules du type : « Ce qu’on vous cache » ou « Ce qu’on n’ose pas dire ». Qui est ce « on » machiavélique ? Nul ne le sait, mais la thématique de la « manip’» porte.
En contrepoint de ce constat, il faut bien admettre que, en rechignant à reconnaître ses erreurs factuelles ou d’analyse, la presse française alimente la présomption de dissimulation : on a, sur les bords de Seine, le mea culpa honteux. Il est courant, hélas, d’imputer à « une regrettable erreur technique » ou « de transmission » ce qui relève d’un manque de rigueur au stade de l’enquête, de la conception ou de la relecture. Lorsqu’il est publié, le courrier contestataire peut se voir assorti d’une réponse sans appel qui en affaiblit la portée. Il arrive aussi que le journaliste incriminé répugne à répondre à l’abonné qui l’interpelle. Avec le lecteur, la « bonne distance », c’est la proximité. Même si les médias américains et britanniques suscitent souvent une vénération excessive, la comparaison entre les remèdes appliqués par le New York Times ou la BBC à leurs déviances internes et la crispation clanique du Monde, n’a rien de flatteur pour la tradition hexagonale. Le recours répété au plagiat par un rédacteur a coûté leur fauteuil aux deux plus hauts dirigeants du journal de référence de la côte-est. Outre-Manche, le traitement de l’affaire Kelly et les à-peu-près confessés de son chroniqueur militaire, Andrew Gilligan, plongent la « Bib’ » dans une douloureuse introspection. En revanche, dans les hautes sphères du quotidien vespéral parisien, on se borne à flétrir les procureurs et à congédier Daniel Schneidermann, le « traître » coupable d’avoir, dans un essai récent, déploré en termes corrosifs l’autisme de sa direction sous la critique et son refus obstiné de toute remise en question. Pourquoi persister à interdire au lecteur, partenaire adulte, l’accès aux cuisines ? Plus récemment, la direction de La Croix a licencié Alain Hertoghe, auteur chez Calmann-Lévy d’un essai intitulé La Guerre à outrance, dans lequel ce journaliste dissèque avec une implacable acuité la couverture de l’offensive américaine en Irak par divers titres, dont celui qui l’employait alors.
Quel que soit le soin que l’on apporte à sa conception, puis à sa confection, le reportage en terrain miné — conflit proche-oriental, terrorisme, guerres balkaniques, convulsions ethniques et religieuses — échappe à la sphère journalistique pour devenir l’enjeu ou la pièce à conviction d’un procès qui dépasse son auteur. Chacun sait que le choix du mot n’est jamais neutre. Mais la lecture du militant s’avère, quant à elle, intensément sélective. Celui-ci ne parcourt pas le récit pour satisfaire sa curiosité ou bousculer ses certitudes, mais, consciemment ou non, pour dénicher les preuves de la partialité de l’auteur ou de sa hiérarchie. Un adverbe, un adjectif, une citation — voire un nom — suffisent à discréditer la fresque de vingt-cinq feuillets. Le lecteur-inquisiteur tient son aveu. La cause est entendue.
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Il n’est pas, en la matière, de cas d’école plus probant que la tragédie israélo-palestinienne. Le phénomène, jusqu’alors latent, est devenu patent avec le déclenchement de l’intifada d’El-Aqsa, en septembre 2000. Depuis, l’évocation la plus factuelle d’une réalité observable déchaîne un déluge d’anathèmes. Injures, procès infamants, menaces : au fil de campagnes parfois orchestrées, le « coupable » se voit abreuvé de courriers électroniques incendiaires et d’appels téléphoniques vengeurs, qui en disent souvent plus long sur les engouements, les aversions et les fantasmes du récepteur, sûr de son fait, que sur le parti pris, réel ou supposé, de l’émetteur. Lecteur fidèle ou occasionnel, le procureur invoque l’héroïsme du grand-père serbe tombé aux côtés de nos Poilus dans les tranchées de Verdun pour vous dénier le droit de dénoncer les turpitudes des miliciens de Radovan Karadzic et Ratko Mladic — comme si l’héroïsme de l’aïeul pouvait absoudre la barbarie des fils. Il peut encore brandir l’abjection radicale de la Shoah pour justifier la sujétion des Palestiniens ; ou, à l’inverse, se prévaloir de cette dernière afin de disculper le kamikaze islamiste. Il ne reste, dès lors, aucun espace pour le débat. La virulence des réactions donne l’exacte mesure de l’impasse dans laquelle se sont embourbés Ariel Sharon et Yasser Arafat. Le temps est à l’imprécation, à la négation de l’autre et de son droit à l’existence, au primat des armes sur le verbe. Vu à travers le prisme de ce manichéisme stérile, la description des angoisses qu’alimente, chez les juifs d’Israël et d’ailleurs, la hantise de l’attentat-suicide passe pour un déni de la souffrance des Palestiniens. De même, faire état du calvaire que vivent ceux-ci dénoterait une subjectivité dictée par l’hostilité à la stratégie de Sharon, assimilée — au prix d’un raccourci inepte — à de l’antisémitisme. Au milieu d’un torrent d’insultes, un correspondant peut fort bien vous assimiler aux gestapistes qui ont livré ses grands-parents aux kapos de Auschwitz. Que faire, sinon s’obstiner à appeler chat un chat, terroriste un terroriste, colonie une colonie ? Quant aux Territoires palestiniens, ils sont — que cela plaise ou non — « occupés ». Là, comme ailleurs, la guerre de l’opinion se mène sur le front du lexique.
En zone d’affrontements armés, la métamorphose des pratiques guerrières complique l’exercice du reportage. Les conflits conventionnels ont souvent cédé le pas aux opérations de guérilla, les armées régulières aux milices. En Bosnie, au Rwanda, en Sierra Leone, en Côte-d’Ivoire ou au défunt Zaïre, le code appliqué hier aux journalistes ou aux acteurs humanitaires n’a plus cours. Pour preuve, l’assassinat à Abidjan par un policier en tenue de Jean Hélène, correspondant de Radio-France Internationale. Les volontaires de la Croix-Rouge ou les employés des agences onusiennes ont, eux aussi, vu régresser puis sombrer le « respect de l’emblème ». L’usage anarchique des mines et des pièges, l’arsenal confié à des « combattants » fébriles ou inexpérimentés contribuent également à accroître le danger objectif. De même, le sigle « PRESSE » ou « TV », dont on barre d’ordinaire le flanc ou le pare-brise de la voiture, a perdu le pouvoir protecteur (très relatif au demeurant) qu’il exerçait naguère. II peut même devenir facteur de danger dès lors que les médias sont pris pour cibles. Auprès d’une bande de soudards ivres de chanvre, d’alcool ou de rancœur, le reporter occidental passe aisément pour un espion à la solde de l’ennemi — sinon pour une monnaie d’échange. D’autant que les chefs de guerre savent que les services spéciaux recourent volontiers à ce type de couverture pour mener à bien leurs incursions. On en vient donc parfois à préférer circuler à bord d’un véhicule anonyme.
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Ce métier en est-il un ? Le choix d’aller voir de près les convulsions du monde peut plonger l’entourage dans la perplexité, surtout lorsque cet élan perdure. Passe encore de jouer les globe-trotters à 25 ans : iI faut bien que jeunesse se passe. Mais à 40 ou 50 balais… On peut admettre, y compris au sein même d’une rédaction, que le « grand reporter » s’emploie à conquérir, de campagne en campagne, les galons qu’il monnaiera, le moment venu, sur le marché de la promotion hiérarchique. En revanche, on s’étonne de le voir s’entêter. Après quoi court-il donc ? La gloire, ce « deuil éclatant du bonheur » selon Mme de Staël ? La méthode est incertaine. L’argent ? Il est des façons moins aléatoires de faire fortune. Comme tant d’autres aventures humaines, le reportage est à la fois une quête et une fuite.
Que fuit-on ? La routine, l’ennui, y compris celui de vivre avec soi-même. Que cherche-t-on, au risque de ne jamais trouver ? L’intensité et une autonomie voisine de la liberté du samouraï. Au fin fond de la Sierra Leone ou d’une province afghane, on peut éprouver le sentiment d’être seul maître à bord, après Dieu, le cas échéant. Au passage, cette insolite latitude rend parfois acrobatique le retour dans la stratosphère d’une rédaction corsetée par ses contraintes éditoriales, économiques et humaines, comme dans la cellule sociale et familiale jugée plus encline, par nature, au conformisme. Autre moteur, la curiosité s’exerce sur les autres, mais aussi sur soi. Comment vais-je réagir face à la mort, au danger, à la souffrance, à l’injustice ou aux scintillements du pouvoir ? Serai-je capable de mettre en mots l’indicible ? Reste que le désir de se connaître dans l’adversité ne saurait vous tenir en haleine trois décennies durant.
Hasardons, en forme d’épilogue, une réponse moins ambitieuse : le reporter, grand ou petit, est payé pour être un peu moins ignare le soir que le matin, pour aller à la rencontre d’êtres qu’aucune autre profession ne lui aurait permis d’approcher. S’il réalise un rêve de gosse, c’est parce qu’on lui octroie le pouvoir de raconter des histoires vraies.
« La faute aux médias »
François Ernenwein
Rédacteur en chef de La Croix et de la-Croix.com. — Cet article est la reprise et l’actualisation d’un texte paru dans la revue AGIR. Revue générale de stratégie, mai 2003.
Malgré les sommes théoriques qui y ont été consacrées, la controverse sur la responsabilité des médias ne sera pas tranchée de sitôt. De la prétention à l’innocence, souvent corporatiste, qui ne fait d’eux que de pâles reflets des sociétés dans lesquelles ils s’activent, jusqu’aux actes d’accusation qui les rendent coupables de tous les maux, il n’y a guère d’espace pour les nuances. Et le débat s’obscurcit encore un peu plus. Cette responsabilité peut pourtant s’évaluer à l’aune de la puissance et de l’influence, univers qui peuvent sembler a priori étrangers à la fonction d’informer.
Que les médias puissent tirer de la puissance de leur activité relève de l’évidence : même dans un monde ouvert, l’information reste une denrée précieuse et recherchée. A priori, cette conséquence, la puissance, n’est pas constitutive de leur projet initial. Qu’ils puissent aussi prétendre à l’influence relève, en revanche, de la perversion. En principe, l’influence est étrangère à l’ambition journalistique, qui ne se confond pas avec le travail de lobbyste.
Mais, avant toute immersion dans l’univers des médias, une clarification s’impose. Ce mot, médias, masque une réelle diversité de situations, de contraintes, d’ambitions — au point qu’il faut sérieusement se demander s’il a encore une signification. Est-on sûr que ce qu’il prétend recouvrir reste suffisamment unifié pour que le mot garde un sens acceptable ? Qu’y a-t-il, par exemple, de commun entre le projet de TF1 et celui d’un hebdomadaire départemental ? Peut-on évoquer dans les mêmes termes la puissance d’un titre en situation de monopole sur un segment de l’actualité et celui d’un quotidien généraliste en forte concurrence avec d’autres ? La réponse est, à l’évidence : non.
Problème de taille, mais que d’autres viennent redoubler. Les contraintes qui pèsent sur l’information télévisée ou radiodiffusée et celles qui pèsent sur la presse se sont à ce point différenciées, que le métier de journaliste n’est plus guère semblable selon que l’on travaille dans tel ou tel média. Et cet écart n’est pas non plus sans conséquences en termes de responsabilités.
A une question complexe, il est difficile d’apporter une réponse simple. Entre les procès crypto-sociologiques des dérives du journalisme, la dénonciation des tares du métier et l’angélisme (à base de bonne conscience et donc d’aveuglement des professionnels), il y a, bien sûr, place pour un travail critique. Il suppose, à la fois, une approche compréhensive du travail journalistique, une intelligence de ses contraintes comme la vitesse, la quête de l’exhaustivité pour autoriser une critique plus radicale quand il s’éloigne de ce qui le fonde : l’information honnête des citoyens.
Des médias divers, des responsabilités partagées. — Les médias ne sont plus — ils sont de moins en moins — un tout unifié. Même avec des nuances, la différenciation se fait de plus en plus à partir des questions essentielles auxquelles ils répondent. La première série (qui ? où ? quand ? quoi ?) constitue un registre : celui de la grande majorité des radios, des télévisions, de certains journaux. La seconde (pourquoi ? comment ?), sans faire l’impasse sur ces premières questions essentielles, en ouvre un autre. Là, on trouve la presse écrite, Arte, certaines radios…
La fièvre journalistique, telle qu’elle s’est développée ces dernières années, pousse à entrer dans le premier registre. L’information d’abord, dans un traitement de plus en plus nerveux… Sa dynamique invite au spectaculaire — voire à la mise en scène —, pousse à la dramatisation et aux titres sur-vendeurs. Cette logique veut aussi qu’il faille donner toute information disponible, en supposant que le tri est fait par ceux qui écoutent, regardent ou lisent. Elle s’inscrit souvent dans une course à l’audience qui, contrairement à ce que l’on croit un peu naïvement à propos de l’audiovisuel, ne porte pas seulement sur les magazines, les variétés, mais aussi sur l’information. Il faut lire le récit minutieux de l’affaire Grégory fait par Laurence Lacour, dans Le Bûcher des innocents (éd. Plon), pour comprendre quelle spirale infernale s’est ainsi peu à peu installée.
A partir de ce distinguo, il est difficile d’interroger les médias en formulant pour tous les mêmes exigences. Il existe pourtant un tronc commun de problèmes déontologiques qui les concernent tous. Malgré de fréquentes dérives et la suspicion croissante des publics, les avancées concrètes dans la régulation demeurent timides. Se dessinent, bien sûr, des pistes, mais jamais totalement explorées. Un consensus semble se dégager dans la profession pour que cette régulation ne soit pas mise en œuvre hors d’elle-même, qu’elle trouve son origine chez les journalistes eux-mêmes. Le point de vue le plus consensuel reviendrait à ce que chaque entreprise de presse se donne des règles explicites et les proclame — sorte de contrat de confiance passé avec ses clients.
Mais les questions déontologiques ne se résument pas à s’interroger sur la morale des journalistes. Les dérives sont aussi largement le produit des conditions de production de l’information, du format des entreprises de presse et du rôle qu’y jouent, à force de concentration, de très grosses entreprises industrielles et financières. Ces puissances nouvelles ont parfois du mal à éviter l’instrumentalisation des médias qu’elles possèdent pour servir des stratégies de groupe.
Or, la libre circulation des idées a besoin du pluralisme des entreprises de presse et de diffusion. La concentration croissante dans le domaine de la presse écrite et dans celui de l’audiovisuel appelle évidemment des mesures. Un contrôle est indispensable, ne serait-ce que pour rendre encore possible le développement de nouveaux projets.
Certes, la mise en place de nouvelles technologies et la concurrence internationale exigent des entreprises de taille suffisante. Mais le regroupement doit se faire dans la transparence financière.
L’information indépendante, un enjeu démocratique. — Analyser les médias et examiner leurs responsabilités concrètes ne peut se comprendre qu’à partir de la place qu’ils occupent dans le jeu des pouvoirs. L’utilisation des médias dans les stratégies politiques, économiques ou même guerrières est au cœur du débat sur leur responsabilité. Résister sans cesse est un enjeu majeur pour les journalistes. La tâche est rude et répétitive.
Actuellement, plus de gouvernement possible sans médias. L’existence d’une presse libre est consubstantielle à la démocratie. Jusqu’à récemment, leur développement respectif a d’ailleurs été parallèle. L’essor des médias a eu des conséquences profondes : l’usage du secret, jadis réputé indispensable dans la conduite des affaires et dans l’administration des hommes, a ainsi beaucoup reculé. Cette brèche a transformé la vie démocratique.
Les conséquences ont pourtant été variables. Certaines marquent un net progrès, comme la conscience de plus en plus partagée par les citoyens de l’existence d’enjeux qui dépassent leur pré carré ou une information plus complète sur les termes des débats : la transparence plus grande imposée à l’action des gouvernants a enrichi la démocratie. En la matière, il sera difficile de revenir en arrière, et tant mieux.
Mais il est aussi possible de repérer les effets pervers d’une hyper-médiatisation du jeu politique. Les plus notoires se trouvent dans sa personnalisation, la transformation du débat démocratique en joute que la présidentialisation des régimes politiques a encore exacerbé. Les médias, en sélectionnant les sujets qu’ils traitent, contribuent aussi à déterminer eux-mêmes les enjeux importants et à les imposer aux responsables politiques. Cette perte d’autonomie peut avoir des conséquences profondes. Prend-on toujours certaines mesures parce qu’elles sont nécessaires, ou bien parce que les médias les exigent ?
Le travail des médias, on l’a compris, s’il accompagne utilement le travail des responsables politiques, ne leur simplifie pas toujours la tâche. La tentation est alors forte, pour tous les gouvernements, d’essayer de s’en faire des alliés inconditionnels. Les voies et les moyens sont variables. La complicité du microcosme constitue un biais, mais il n’est pas le seul. Les pressions plus directes peuvent aussi être tentantes. Le piège principal qui guette les médias reste la volonté de s’installer eux-mêmes en acteurs du jeu politique. Cas typique de l’abus de pouvoir journalistique.
Dans le champ économique, le mouvement et les enjeux sont comparables à ceux du champ politique. Le sondage La Croix-Sofrès, qui existe depuis seize ans, permet de mesurer la clairvoyance des personnes interrogées sur la dépendance des médias à l’égard d’intérêts économiques et commerciaux. Elles sentent bien que cette dépendance est beaucoup plus forte que celle à l’égard des pouvoirs politiques. Il est vrai qu’elle est assez facilement repérable !
Mais, en ces temps troublés sur le plan international, au moment où la guerre a installé ses ravages en Irak, comment ne pas évoquer l’importance, pour la démocratie, d’une information indépendante ? Depuis longtemps, les stratèges savent que les guerres se gagnent autant dans les têtes que sur le terrain. Les Américains l’ont durement appris durant la guerre du Viêt-nam. Mots contre mots, images contre images : sur ce plan, informer honnêtement est devenu un exercice très difficile. La vérité est toujours l’une des premières victimes de toute bataille.
La tentation des belligérants consiste toujours à transformer l’information en propagande, en instrument des buts militaires poursuivis. Les positions s’arrachent dans les esprits comme sur les champs de bataille. Personne n’a douté que les Américains aient disposé des moyens de gagner la guerre en Irak. Mais, pour qu’elle ait pu s’engager dans les meilleures conditions, il eût fallu qu’elle ait obtenu une légitimité. Ce manque fait encore sentir ses effets. La Realpolitik et les raisons de la force ne suffisent plus ; il faut aussi mobiliser les forces de la raison. Dans les conflits de demain, notent les chercheurs américains John Arquilla et David Ronfeldt, « ce n’est plus celui qui a la plus grosse bombe qui l’emportera, mais celui qui racontera la meilleure histoire ».
Raconter la meilleure histoire ? Faut-il que les médias entrent dans ce jeu ? La réponse est évidemment négative. Résister au bourrage de crâne proposé au nom du patriotisme relève de la plus élémentaire hygiène démocratique. Le récit des bidonnages de la précédente guerre du Golfe reste un morceau d’anthologie. Les leçons en ont-elles été tirées ? Rien de moins sûr, malgré toutes les déclarations d’intention. Mais, à l’inverse, devant la menace terroriste, faut-il divulguer toute information et toute menace ? Sans doute pas. Il est évidemment raisonnable d’éviter de faire de la publicité aux chantages des tueurs. Dans cette guerre universelle à la vérité, les journalistes peuvent jouer un rôle de veilleurs. C’est difficile, plein de pièges, mais c’est aussi la noblesse du métier.
La tentation de l’influence. — La presse, si puissante, est-elle pour autant devenue ce quatrième pouvoir que certains ont cru voir émerger ? La question n’est pas inopportune. En tout cas, le procès est instruit en permanence à partir d’indices relevés çà et là. Lien entre le traitement de l’insécurité en France et vote pour l’extrême-droite à la dernière élection présidentielle, etc. Mais, loin de toute action mécanique, il semble que les médias n’aient d’influence que sur la longue durée, en installant un thème et à condition que ce thème soit repris par les leaders d’opinion, ceux qui la font à l’intérieur de groupes plus restreints, de communautés d’appartenance familiale, professionnelle, associative… L’influence est donc plus indirecte que directe. Jamais une campagne de presse, un thème développé par les médias ne peuvent s’imposer s’ils ne rencontrent pas l’adhésion de ceux qui, par cette influence au sein des groupes, convainquent les indécis, les incertains.
Mais, à l’inverse, nul angélisme n’est possible. C’est toute l’ironie du pouvoir des médias relevée par Francis Balle. Il est d’autant plus grand que les gens le croient faible ; il est d’autant plus restreint que les gens le pensent illimité. Dialectique terrible de l’innocence qui postule leur neutralité et de la paranoïa qui les croit coupables de tout. En fait, les médias agissent sur le climat de l’opinion et ils le forgent d’autant plus que les points de vue qu’ils présentent sont donnés comme ceux de la majorité ou des gens compétents : les fameux experts. C’est particulièrement vrai en matière de mœurs.
Cela ne suffit pas à en faire un quatrième pouvoir, sauf lorsqu’un média en situation dominante prétend agir directement dans le jeu politique ou économique, et transforme la confiance en sa déontologie supposée en instrument d’exercice d’une influence en faveur de tel ou tel intérêt particulier. Le pouvoir légitime qui découle de la capacité à distiller l’information est alors transformé en pouvoir d’influence, parfaitement condamnable.
Cette dérive repérable dans certains titres, à partir d’exemples, n’est pas une fatalité. L’exigence professionnelle, la distance imposée aux médias, le refus de l’engagement en faveur de tels ou tels intérêts particuliers qui devraient guider toute morale de l’information, ne ressemblent pas à une tiède neutralité. Ces ambitions restent compatibles, par exemple, avec la promotion d’une citoyenneté active au service de l’intérêt général.
Le travail des médias en général, et de la presse écrite en particulier, devrait être de mieux hiérarchiser l’information, de distinguer, d’expliquer les enjeux, de ne pas prendre toujours pour argent comptant l’économisme dominant. Il peut s’agir aussi, en période de crise, de veiller à ne pas exacerber les tensions internationales ou nationales, ou de renforcer les passions identitaires. La fonction sociale d’un journaliste et sa dignité même sont de contribuer à tisser des liens, à faire en sorte que, proches ou éloignés, les uns comprennent mieux les raisons des autres. Il peut ainsi être conduit à promouvoir des valeurs douces comme la tolérance, la défense de la dignité, l’ouverture au monde, la patience — qui fondent en fait les valeurs fortes de résistance, de justice, de réforme…
C’est souvent une question de respect de soi, journaliste, mais surtout de respect de ses lecteurs, auditeurs, téléspectateurs. Ceux-ci ont droit à une information, à des services, à une réflexion déontologique de qualité. Mais ils doivent aussi pouvoir être bousculés dans leurs conformismes. Les journalistes peuvent se faire un devoir de leur proposer des problématiques nouvelles, même si elles sont dérangeantes.
Cela permet de renvoyer chacun à ses responsabilités. Lorsque des lecteurs, des auditeurs ou des téléspectateurs se plaignent des insuffisances des médias, est-on sûr qu’ils en ont exploré toute la diversité ?
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Bibliographie : —
Liberté d’information et protection du citoyen face au développement des médias. Rapport présenté au nom de la section du cadre de vie du Conseil économique et social par Claude Chambonnaud, rapporteur. — Roland Cayrol,
Médias et démocratie, la dérive. Presse de Sciences Po, 1997. — Francis Balle,
Les Médias, Domino/Flammarion, 1999 (épuisé).