2004
Études
Carnets d’Études : Livres
Notes de lecture
Inhumaine humanité
[yy*]
Les Récits de la Kolyma de Varlam Chalamov ne sont pas seulement un témoignage sur un passé funeste. Ils témoignent pour l’homme, sur ce qu’il peut, sur le pire et, parfois (rarement), le meilleur dont il est capable. Lire ces textes devrait être une tâche, un passage obligé, douloureux, nécessaire. « Le fond de la sauvagerie et de la haine » (Soljenitsyne) a été touché pendant dix-sept années par un homme qui ne sut jamais pourquoi il fut invité à partager ce destin avec des centaines de milliers d’autres compagnons d’infortune. S’il y a une première certitude sur quoi fonder nos vies, c’est bien celle-là : l’enfer existe, le reste n’est que littérature pour ignorants. Quant au paradis, il ne peut être que rêve versant ses illusions imaginaires sur des plaies réelles qu’il avive. L’enfer : le froid cuisant, la faim, la crasse, la fatigue, l’absence totale d’horizon, la misère physique, morale, la détresse. Comment vivre dans de telles « inconditions » ? Comment survivre ? Car les questions posées ne relèvent plus des qualités possibles d’une existence, mais de la simple subsistance. Chalamov, à travers ses récits secs et cassants comme le froid glacial, à la mesure de ce qu’il partagea, opère ce que l’on pourrait appeler une véritable « réduction » de la condition humaine à son expression la plus simple. Le non-monde décrit, scruté dans tous ses replis les plus sordides et les plus sordidement humains, est comme l’envers, non du paradis mais de ce que chacun, même le plus contraint à des conditions difficiles, peut modestement souhaiter : « L’homme vit par les mêmes principes qui font que vivent un arbre, une pierre, un chien. » La forme humaine, qui a perdu tout de son humanité, surgit comme tumescence sensible d’un chaos primordial indistinct. Les portraits de victimes, ceux des bourreaux et ceux des « braves gens » — ni tout à fait victimes, ni encore bourreaux —, sont tissés à partir d’un même matériau. Tuer par jeu — jeu populaire — un écureuil est comme viser une cible humaine : les mêmes pulsions meurtrières font innocemment leurs œuvres, dont seuls les objets diffèrent. Pas de moralisme : les camps ont leurs lois, comme la société qui les a engendrés ; comme le milieu de la pègre, qui règne hors et dans les camps, a ses lois. Qui saura tirer les leçons de ces expériences ? Dans L’Ingénieur Kisseliov, Chalamov, peu enclin aux gloses moralisatrices, écrit ces lignes : « La détention en camp est une chose atroce qu’aucun homme ne devrait jamais connaître. L’expérience du camp est à chaque instant absolument négative. L’homme n’y fait que devenir plus mauvais. [...] Au camp, il se passe des choses dont un homme ne devrait jamais être témoin. Mais voir la fange de la vie n’est pas le plus effroyable. Le pire, c’est quand l’homme commence à sentir cette fange s’infiltrer dans sa propre vie — et pour toujours —, quand il emprunte ses repères moraux à son expérience du camp, quand son existence est réglée par la morale des truands. » Quelles leçons retenir ? Celle-ci : « Le pouvoir, c’est la corruption. L’ivresse que donne le pouvoir sur autrui, l’impunité, le sadisme, l’art de manier la carotte et le bâton, voilà l’échelle morale d’une carrière de chef. » Chef aujourd’hui, demain victime de ceux que l’on aura soumis : la leçon est sans pitié. Inhumaine humanité ! L’étrange promiscuité entre victimes et bourreaux qui règne dans les camps est la plus paradoxale des leçons que l’on peut tirer de ces expériences. La dialectique hégélienne du « maître et de l’esclave » perd son sens. Les besoins vitaux ont raison de toute humanité lorsque les conditions réduisent l’homme plus bas que l’animal. Autrui mort devient une ration de plus à se partager. Pour simplement survivre. Survivre pourquoi ? Tout bonnement parce que cela ne fait pas question. Les camps que subit Chalamov, contrairement à ceux, d’extermination, inventés et mis en pratique par les nazis, n’ont pas pour but l’anéantissement direct de ceux qui y entrent. La mort y est plus lente, non programmée en tant que telle. Produire est le dernier mot pour caractériser la nature de l’homme. Toute production entraînant nécessairement pertes, déchets, dont les plus faibles feront les frais. Qu’importe, pourvu que le système fonctionne. Mais si le système fonctionne, c’est tout bonnement pour fonctionner, sans finalité autre, habillé seulement des oripeaux d’une phraséologie à laquelle personne n’aura pu sincèrement croire. Construire une route sur un marécage en y jetant des pierres, c’est oublier que les quelques mois de dégel rendront la piste impraticable et que tout sera à recommencer. Il faut imaginer Sisyphe endurant, sans espoir. Réduite à un présent qui n’a d’autre signification que celle de pouvoir parvenir au lendemain, la vie devient insensée : « Prévoir sa vie plus d’un jour à l’avance n’avait aucun sens. » Les mélèzes de la Kolyma mettent trois cents ans pour parvenir à maturité. Leur survie à toute épreuve témoigne : une petite branche envoyée à Moscou, conservée, devient la relique du passé, le mémorial des souffrances endurées, le témoin de l’avenir : « Six cents ans de vie pour un mélèze, c’est presque l’immortalité pour l’homme ; il ne savait pas que les gens de Moscou allaient toucher de leurs mains cette branche dure, austère et rugueuse, qu’ils allaient contempler ses aiguilles d’un vert éblouissant — sa renaissance, sa résurrection — et qu’ils trouveraient dans son odeur non pas le souvenir du passé, mais le souffle de la vie. »
Ecrire aura été la grande passion de Chalamov. Les particularités de son style — phrases brèves, cassantes, économes d’adjectifs, tendues, aux aguets, soucieuses de cerner au plus près la réalité, de ne rien trahir — tirent peut-être leur origine des conditions matérielles extrêmes de la Kolyma. Devant écrire une requête pour un gardien auprès des autorités (ce qui lui vaudra une bordée de coups), Chalamov note ceci : « J’avais été incapable d’extraire de mon cerveau desséché un seul mot inutile. Je n’avais pas réussi à étouffer ma haine […] ma réserve d’adjectifs pathétiques s’était tarie, il n’y avait plus rien que la haine. » Cette haine n’est pas tournée vers les hommes, mais vers l’inhumanité des conditions qu’ils sont capables de s’infliger. Les mains meurtries, déchirées, ne peuvent écrire qu’entourées de chiffons pour pouvoir tenir le bout de crayon. Le stylet devient pic, pioche, gratte la terre gelée, égratigne, retourne les éléments où se confondent corps et terre, éléments naturels et esprit, mort et vie. Souvenirs et espoirs, tristesse sans bord, désolation infinie, sans consolation aucune.
Cette nouvelle édition des Récits de la Kolyma rend caduques toutes celles qui l’ont précédée. Elle restitue l’ordre des textes, ajoute de nombreux récits (un livre entier, essentiel : Le Gant ou KR2), tient compte des éditions récentes faites à Moscou, révise et unifie les traductions, offre les variantes, un appareil critique (notes, lexique, tables, préface et postface). Très scrupuleusement publiée (sur papier bible), sans coquille, cette édition constitue un véritable monument. L’un des très grands livres à lire, relire, méditer, contre tout espoir.
Francis Wybrands
La Prison juive
[yy**]
Si l’Eternel a bien voulu faire des Juifs le « peuple à la nuque raide », en voici un qui, de quelque façon qu’il veuille se définir ou se situer, répond à son attente.
Mieux peut-être que par l’appartenance nationale, religieuse ou idéologique, les hommes se distinguent par leur aptitude — ou non — à la dissidence. Il y a ceux qui acquiescent et ceux qui objectent. Ceux qui s’inclinent et ceux qui contestent. Comme celui-ci.
Nulle communauté humaine, depuis que fut proclamée la Loi et ses Commandements, n’aura été plus riche en objecteurs. Isaiah Berlin, qui fut l’un d’entre eux, a parlé de « Juifs non juifs » à propos de Spinoza ou de Freud. Est-ce bien dire ? « Non juifs », ces dissidents, ou bien sont-ils entrés dans une diaspora intérieure fertile en génie ?
L’observant d’assez près depuis bientôt un demi-siècle, et dans des circonstances trop dramatiques pour laisser place à la comédie, j’ai toujours vu Jean Daniel envoûté par la dissidence — tant à propos de sa communauté socio-culturelle d’origine que par rapport aux pressions politiques et idéologiques, hormis, peut-être, le fascinant épisode mendésien. Mais comment sombrer dans le conformisme à propos d’un homme qui rejetait avec dégoût tout ce qui pouvait faire de lui un fondateur de secte ?
C’est de cette attitude d’esprit, puisée chez son maître Gide — et avant lui Renan —, que Jean Daniel fait la trame de son dialogue intime avec le judaïsme, dans lequel il est né et avec lequel il n’a jamais eu de ces querelles qui ont exalté le génie de Spinoza, de Freud ou de Hannah Arendt, mais auquel il applique tout naturellement son esprit de libre examen.
Fallait-il, pour cela, remonter vers la source et s’interroger sur l’origine et la nature de l’« élection » ? Bien sûr, dût-on n’avoir pas soumis, au feu systématique de sa propre critique, les dizaines de milliers de pages dont elle fait l’objet, et choisir ici pour référence Emmanuel Levinas.
Cette élection-là est avant tout un appel, voire une sommation, une exigence (impliquant quelque enfermement, clôture dans une citadelle ?). Le fait est qu’il y a là, sublime et implacable, une structure qui a permis au judaïsme de survivre à 2000 ans de persécutions et de violences, et qui présente, au regard du dissident-né, l’un de ces systèmes auxquels il est rétif.
On peut s’étonner qu’il l’ait nommée « prison », lui qui n’a pas reçu de ces stigmates qui ont chassé tant d’autres de la maison du Seigneur. De son enfance, de sa jeunesse juive, il ne garde que les souvenirs bibliques d’une famille nombreuse groupée autour d’un patriarche heureux. Beaucoup de jeunes chrétiens pourraient, sur ce point, l’envier. Il se trouve que c’est moins une rébellion que d’autres appels qui ont fait de lui un évadé — appels de Gide, de Camus, d’Albert Cohen aussi. On le voit moins échappé d’une prison qu’en quête de risques d’abord inconnus, à l’occasion des grands conflits, des défis relevés : sommation du marxisme, Algérie, Palestine.
Lui qui a longtemps cru, avec Sartre, que le Juif ne se définit que par ou dans le regard de l’Autre, a su aller au delà de cette opération dialectique élémentaire et reconnaître la redoutable positivité de l’Alliance. Il sait ce que solidarité, compassion, fraternité signifient, s’agissant des Juifs comme des non-juifs — ceux-ci fûssent-ils même en conflit avec des Juifs.
N’est-ce pas un personnage de Sartre qui assure que c’est entre les murs d’une prison que s’affirme, au plus profond, l’esprit de liberté ? C’est celui qui vibre à travers les pages de ce livre-défi — qui n’est pas, à coup sûr, un manifeste de rejet.
Jean Lacouture
Science et foi, à nouveau
[yy***]
Les débats entre « science et foi », qui avaient connu leur heure de gloire dans les années 1950-60, retrouvent de nos jours une nouvelle vigueur. La parution d’ouvrages ou de revues, surtout dans le monde anglo-saxon, la multiplication de groupes et de rencontres sur ce thème, et, sur l’autre « bord », la dénonciation d’un retour du religieux par quelques tenants d’un scientisme persistant, sont des signes d’une situation relativement nouvelle. Quelques causes peuvent être présentées rapidement. Du côté scientifique, l’émergence de nouvelles théories renforce le questionnement philosophique, où les grandes questions portant sur l’origine, le temps, la causalité, la logique, l’esprit, sont prises en compte. Un certain scepticisme actuel sur la capacité du discours scientifique à lever les énigmes du monde peut aussi, par contrecoup, provoquer la réflexion. Du côté théologique, le renoncement à une démarche trop systématique, au profit d’un retour à l’historicité biblique, apaise les conflits de représentation. Reste le risque d’une certaine « privatisation » du sentiment religieux, au cas où la foi chrétienne renoncerait à une véritable prise en compte de la raison, et donc de la science, dans son expression. Cela est conjuré par les fréquents appels du magistère à ne pas déserter le champ scientifique.
C’est à la fois pour prendre en compte la nouvelle donne du présent et conjurer ce risque que Jean-Michel Maldamé, spécialiste reconnu de ce domaine, présente Science et foi… Solidement documenté, passant en revue l’ensemble des principales questions, le livre mérite de devenir une référence, en particulier pour le théologien qui ne se désintéresse pas du devenir de sa discipline dans le contexte contemporain.
La construction est historique, puisqu’il s’agit de contrecarrer « les refus intégristes de toute historicité » (p. 13). Les différents dossiers présentés sont une source d’informations, mais s’inscrivent surtout dans une thèse d’ensemble : à toutes les époques, la tradition chrétienne a cherché ce dialogue avec les rationalités « scientifiques ». La démonstration commence par la littérature biblique, en valorisant le moment de « sagesse », figure médiatrice qui permet la croissance humaine (cf. p. 33). Malgré sa critique de la culture antique, la première génération chrétienne intègre la raison dans son expression religieuse, en particulier dans la formulation d’une création
ex nihilo (cf. p. 62). La première partie s’étend jusqu’aux débats médiévaux, qui font la transition avec l’époque moderne. Celle-ci est l’objet de la deuxième partie, ce qui souligne la prise au sérieux du seuil de la modernité, à l’encontre de toutes les entreprises de retour à une philosophie « éternelle » (critique d’une « philosophie de la nature » dans la ligne néo-thomiste : cf. p. 310). Sans doute la modernité scientifique n’est-elle pas si homogène qu’on le dit parfois. Ces diverses sensibilités (Descartes et Pascal, par exemple) ouvrent la porte au dialogue. La troisième partie aborde les débats actuels, selon quatre champs, indissociablement scientifiques et philosophiques (et, par contrecoup, théologiques). La cosmologie soulève la question de l’origine, l’évolution celle de la singularité humaine, la théorie quantique celle de la logique, et les neurosciences celle de l’esprit
[****].
Les débats restent ouverts, sans qu’aucun nouveau système puisse les enclore. Mais, contre les démarcations frileuses, l’auteur plaide pour l’unité d’une recherche, que manifestent, non sans ambiguïté, les croisements récents de questions. Il en va, en fin de compte, de la reconnaissance de la cohérence de l’œuvre de Dieu. C’est une invitation vigoureuse à une intelligence de la foi, dans la grande tradition thomiste, où la « doctrine sacrée » accepte de soumettre au débat ses expressions. « La foi suppose un exercice de la raison et un effort pour accéder à l’objectivité dans une relation qui suppose un décentrement de soi » (p. 164). Paraît plus évidente l’influence des sciences sur la théologie, invitée à les prendre en compte. Mais la réciproque est aussi vraie. C’est, en particulier, sur l’usage de la puissance que la tradition chrétienne peut être conduite à intervenir. Il est important de le rappeler, à une époque où la science, associée à une technique de plus en plus efficace, est fréquemment tentée de prendre sa propre puissance pour une fin en soi, s’enfermant dans le piège de la « technoscience ». Sur ce registre critique, le livre est plus discret. C’est une direction où un prolongement est possible, dans la ligne que l’auteur a engagée avec bonheur.
François Euvé s.j.
Actualité politique de la sexualité
[yy*****]
Ce livre est la publication d’entretiens entre une journaliste, Clarisse Fabre, et un sociologue, Eric Fassin, à propos de la sexualité en France et de son passage de l’espace privé à l’espace public. Quelle réponse le discours politique donne-t-il à ce passage ? Ces entretiens font part des conflits de l’opinion publique à ce sujet.
La sexualité est envisagée selon deux significations : le sexué et le sexuel. Qu’en est-il du sexué, c’est-à-dire du genre, soit masculin, soit féminin ? Sur ce point, il y eut tout d’abord la naissance de la parité, avec la révision de la Constitution française favorisant la représentation des femmes en politique. La loi du 8 juillet 1999 « favorise l’égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et fonctions électives ». Ainsi, en 2001, il y eut 33% de femmes élues conseillères municipales et, en 2002, 12,30% de femmes députées élues à l’Assemblée Nationale.
Le genre féminin écarte le rideau posé sur la vie privée et s’engage devant tout le monde. Mais, il y a débat. Pour les uns, la proportion obtenue est trop faible : la loi devrait instituer un quota déterminé donnant place aux femmes ; pour les autres, au contraire, c’est au peuple de décider, en fonction de l’autorité reconnue de telle ou telle femme.
Le deuxième passage au public du sexué est le vote, en 1992, du Pacte civil de solidarité entre deux personnes de sexe différent ou de même sexe. C’est la réussite du coming out, de la « sortie du placard » commencée aux Etats-Unis. Ainsi, le nom d’homosexualité, d’origine psychiatrique, est remplacé par ceux de gays et lesbiennes. Mais le conflit éclate avec l’homophobie croissante de certains : de quoi la loi se mêle-t-elle donc ? Pour d’autres, au contraire, c’est une première victoire de la parité reconnue, en attendant la venue d’une loi reconnaissant enfin l’homoparentalité par adoption ou par aide médicale à la procréation.
Mais, ces entretiens ne se limitent pas au sexué ; ils abordent l’actualité politique du sexuel, selon ses diverses modalités. Il y a tout d’abord le phénomène dit de harcèlement sexuel. En France, depuis 1991, les plaintes et les procès se multiplient au sujet du harcèlement sur les lieux de travail ou à l’Université — et même entre collègues. Les victimes sont des femmes de différents milieux, soumises à des abus d’autorité de la part d’hommes en vue d’obtenir des faveurs d’ordre sexuel. Or, cette judiciarisation est contestée par ceux qui ne voient dans ce prétendu harcèlement que la nature même du désir humain depuis toujours. Tout désir est par nature violent, actif, entreprenant — par la parole, l’attouchement ou l’embrassade ; et il est un appel au consentement du désir de l’autre. Donc, l’Etat n’a rien à savoir de ce qui est d’ordre privé et intersubjectif ; il a pour fonction ce qui est de l’ordre du bien et non du désir.
Une tout autre interprétation vient du féminisme, qui a inventé le mot harcèlement pour politiser la discrimination de l’ordre du genre sexué. Ce fut le cas aux Etats-Unis, avant la France. Le sexuel n’est pas le but du sexué, il en est seulement l’effet éventuel. Le vrai but est la domination masculine, c’est-à-dire ce qui est à contester politiquement de manière urgente.
Une autre modalité de l’actualité politique du sexuel est la violence en général, d’ordre psychologique et physique, au sein du couple moderne. La modernité a mis en cause l’ordre patriarcal par la promotion féminine à la liberté et à l’égalité. C’est pourquoi, en réaction contre cette promotion-là, est née une nouvelle violence masculine pour retrouver une tradition perdue. Ainsi, pour certains, les violences sexuelles sont une juste réponse à « l’escroquerie féminine » et au « pouvoir exorbitant des femmes sur la procréation » (p. 146). Contre ce pouvoir, s’affirme la violence sexuelle des pères sur leur enfant.
Quant à la prostitution, le passage au politique a été extrêmement lent, en raison d’un conflit entre abolitionnistes (qui parlent d’esclavage) et libertaires (qui réclament le droit des femmes à disposer de leur corps à leur gré). Ce n’est que le 18 mars 2003 qu’entra en vigueur la notion légale de délit de racolage public d’autrui, en vue de l’inciter à des relations sexualisées contre de l’argent. Pourquoi cette décision ? En raison de l’arrivée massive de femmes venant des pays de l’Est ou d’Afrique noire. Les entretiens de ce livre en donnent une interprétation : la prostitution a augmenté comme compensation des hommes, en contrepartie de l’égalité sexuée de leur femme, épouse ou compagne. Ainsi, la domination masculine se réaffirme contre le progrès social du féminisme.
Cette interprétation concerne également une autre modalité du sexuel : avec la pornographie à la télévision ou au cinéma. Un garçon sur deux regarderait habituellement des films « porno ». Or, la visualisation n’est pas sans conséquence à partir de la puberté : les violences de la jeunesse masculine ne cessent de croître, alors que la censure officielle de films ou de romans est plutôt rare.
En conclusion, on peut dire que ce livre est extrêmement précieux par sa documentation sur la France et les Etats-Unis en ce qui concerne le sexué et le sexuel dans le champ social et politique. Cependant, il fait silence sur un point capital : au delà de la lutte de pur prestige entre deux genres sexués, il y a la loi du désir, qui fait lien entre un homme et une femme, et inversement. Or, cette loi ne naît pas à partir de règles publiques, mais à partir de sa propre famille, c’est-à-dire de ce que transmet la conjugalité des parents à la génération suivante. Ce livre n’en tient pas compte. Pourtant, il n’y a pas de sphère privée fondée sur la loi du désir sans cette transmission entre générations.
Philippe Julien
Psychanalyste
Les guerres de la Vierge
[yy******]
Une première série d’observations et de réflexions s’attache, dans cet ouvrage, aux actuels pèlerins de Medjugorge, à leurs pratiques et attentes, comme à celles d’autres acteurs, en particulier le père Laurentin, qui s’est fait un soutien actif du mouvement, et le groupe de franciscains d’Herzégovine, devenus les organisateurs du pèlerinage et orientant celui-ci dans un sens favorable au nationalisme croate.
Une autre série, entrelacée à la première dans l’exposé, est constituée par l’histoire des événements et comportements des voyants et de leur entourage, depuis l’origine en 1981, en lien avec les débats, luttes armées et massacres qui ont marqué la région toutes ces années, jusqu’à maintenant, dans le prolongement des années de l’Occupation allemande, puis du régime communiste. Ces liens sont peu perçus par les pèlerins, mais il était important de les prendre en compte.
Une troisième partie du livre est consacrée à une analyse de l’évolution des doctrines christologiques, depuis la rédaction des évangiles jusqu’à l’interprétation, par le concile de Chalcédoine (en 451), du titre de « Mère de Dieu » donné à la Vierge Marie.
L’étude (p. 267-345) vise à montrer la racine lointaine des images qui sont attachées à la Vierge des apparitions, à sa puissance mystérieuse, perçue par les pèlerins dans leur majorité comme un secours à leurs misères corporelles et spirituelles. Cet exposé d’histoire doctrinale est soigneux, mais on peut regretter que la rédaction n’ait pas clairement distingué (p. 277, 285, 316) entre le récit apocryphe de la naissance miraculeuse de Marie et la doctrine catholique actuelle — en principe disponible pour les pèlerins (comme elle l’est à Lourdes) — de la suspension exceptionnelle, pour la Vierge Marie, de la condition humaine « maculée » issue du « premier Adam ».
Malgré son intérêt et sa valeur historique indéniable, cet exposé me semble n’avoir qu’un rapport lointain avec les particularités du rôle de Medjugorje dans le monde catholique actuel. L’auteur a cependant bien montré que le titre de « Mère de Dieu » joint la figure de Marie à celle du salut opéré en Jésus, puissance de salut qui peut recevoir ensuite des connotations diverses, ce qui expliquerait — c’est-à-dire rendrait possible — que la Vierge des apparitions, Mère de miséricorde pour les pèlerins, puisse être aussi une Reine des combats, patronage des nationalistes.
Quant au projet d’ensemble du livre, Elisabeth Claverie n’entend pas faire une « sociologie critique » du phénomène, ni donner une « construction sociale » des apparitions (p. 365) ; elle vise une « sociologie de la critique », c’est-à-dire à rejoindre, autant que possible, les jugements internes décelables chez les acteurs eux-mêmes : leurs convictions et leurs doutes, leurs motivations conscientes ou implicites, leurs interrogations — le cas de ce pèlerinage pouvant être considéré comme typique (le conflit des interprétations demeure particulièrement vif) d’une condition anthropologique générale. Selon ce projet, la recherche pourrait se distinguer à la fois d’une observation participante (recherchée par certains anthropologues) et d’une distanciation objectivante (souvent prétendue neutre). La recherche ne se refuse donc pas à un jugement ; ici, du moins, elle ne peut se résumer en prises de position simples. Les résultats ont un statut en quelque sorte interne et ils demeurent immanents à la construction des récits et à leur organisation littéraire dans le plan d’ensemble de l’ouvrage.
Cet ouvrage ambitieux, qui couronne de longs travaux d’approche, a souvent une belle qualité rédactionnelle ; c’est aussi une œuvre qui ne concède pas au spectaculaire.
Pie XII, diplomate et pasteur
[yy*******]
A la différence de ses successeurs, le pape Pacelli n’a laissé, semble-t-il, ni notes personnelles, ni correspondances, familiales ou amicales – et ce, à aucune époque de sa vie. La tâche biographique se trouve ainsi désarmée quant à la reconstitution d’un itinéraire intime qui puisse éclairer les autres comportements. Cependant, Eugenio Pacelli a beaucoup écrit et, comme pape, donné d’innombrables discours, soigneusement préparés et édités, en général, sous son contrôle.
Ces enseignements pontificaux ont souvent eu une réelle importance dans l’histoire du catholicisme. Ainsi, pour ne prendre qu’un point particulier, c’est à Pie XII que l’on doit, pour la première fois dans l’histoire du Saint-Siège, une option clairement développée (à partir de 1942-1943) en faveur des formes démocratiques de la vie politique (il restait réticent en face du processus moderne de Déclaration des Droits de l’Homme). Cependant, cette production intellectuelle, si elle met en lumière tel point particulier et manifeste une cohérence globale (Philippe Chenaux en propose une synthèse dans son chapitre 10, « Le magistère de la parole »), laisse dans l’incertitude quant aux inspirations originales, fondatrices, qui auraient pu être celles du diplomate (né en 1876, prêtre en 1899, fonctionnaire dans les services du Saint-Siège à partir de 1901, particulièrement engagé dans les relations avec l’Allemagne), puis du pasteur (comme pape, de 1939 à 1958). L’analyse de Philippe Chenaux portera donc essentiellement sur les attitudes publiques, gestes ou discours, et sur les documents de travail touchant aux relations de la papauté avec les mouvements et partis politiques, ou avec les Etats. Dans cette ligne, la carrière du diplomate est présentée de façon neuve, profitant de l’ouverture récente de fonds d’archives.
Cette étude devrait permettre de porter un nouvel éclairage sur les options qui appartiendront aux années du pontificat, notamment celles de l’époque de la guerre, davantage connues et discutées, telles que les décisions, en face du système hitlérien, à propos des attaques contre la Pologne et pour ce qui concerne le programme d’extermination des Juifs européens. L’état des informations et hypothèses quant à ces options est bien dressé par Philippe Chenaux. Il est difficile de résumer cela — et tout autant les propositions explicatives avancées par l’auteur à partir de ses propres recherches dans la carrière du serviteur du Saint-Siège. Je retiens, pour ma part, une orientation dominante : l’attachement du diplomate et du pasteur à une promotion de la paix entre les Etats européens ; en opposition au bolchevisme, mais sans qu’un appui ait été donné aux campagnes ou propositions de violence armée contre l’URSS. Pendant longtemps, le diplomate, voire le pape, a espéré que l’Allemagne pourrait se protéger des excès nazis. Certes, il ne s’agissait pas de la recherche d’une paix à tout prix, qu’auraient accompagnée seulement des rappels de principe quant à la justice et au droit ; le combat pour la paix était envisagé sérieusement. Mais, est entrée en jeu la crainte que des rappels de principe, qui désigneraient nettement des coupables et seraient susceptibles d’un large écho, n’aient des résultats négatifs, provoquant les nazis à des représailles contre des populations, et contre les catholiques (voir la conclusion de Philippe Chenaux, p. 416). La survie institutionnelle de l’Eglise romaine avait un grand prix pour le Souverain Pontife, dont l’encyclique Mystici Corporis (29 juin 1943) était orientée vers l’exaltation de l’Eglise comme « société parfaite » ; ce qui ne signifiait pas seulement, comme dans la tradition théologique moderne, une revendication d’indépendance vis-à-vis des autres pouvoirs, mais tendait désormais (précision qu’on peut joindre à ce qu’écrit l’auteur sur cet aspect de l’Encyclique) à magnifier, dans la société catholique, une réalité humaine sociologiquement sans égale.
L’ouvrage retiendra à coup sûr l’attention, sans qu’il puisse mettre fin aux polémiques. On comprendra sans doute mieux les attitudes du « diplomate » et du « pasteur », mais sa personnalité demeure mystérieuse, objet d’interrogation plutôt que d’admiration.
Pierre Vallin s.j.
Salah Stétié, une vie pour la poésie
Il est des découvertes
rafraîchissantes. D’une « fraîcheur » qui va de pair avec une obscurité amie, celle que l’on trouve à parcourir, sens en éveil, les sous-bois de l’expérience intime, dans la
présence d’un monde tissé de cris ou de murmures, en
ouverture radicale aux hommes et au cosmos entier — mystère d’une destinée dans le mouvement étale qui relit (relie) les phases d’une vie sous l’égide de « l’enfant de la nuée », dont le compagnonnage exigeant tient en éveil tous les « angles ouverts » d’une vie : « Timide enfant effrayant les rosiers/Et voilé par la neige/L’archange du sourcil aimé du rossignol//Dévoilé par violence/Défigurant l’herbe et l’esprit, l’épée/Retirée de ce qui fut brume//Afin que fût l’enfant d’une nuée/Par le vœu de l’épée/Devenu le vieillard étrange des rosiers
[1]. »
Salah Stétié, poète de langue française
[2], né au Liban, dont il fut longtemps l’ambassadeur à l’UNESCO avant de remplir ce poste de « représentant » dans divers pays d’Europe et du Maghreb, n’est connu en France que d’un public de spécialistes. Peut-être le temps est-il venu que son œuvre abondante trouve une audience qui lui vaut ailleurs — au Canada particulièrement — une notoriété attestée par nombre d’études et de colloques qui lui furent consacrés. La moisson à engranger vaut bien le peu de peine — un plaisir, en réalité — que requiert une plongée dans cette œuvre. Promesse d’un mystère caché dans la plus proche des « sensations » : car « Un diamant est fait de beaucoup d’herbe. Mais peu le savent
[3] ».
Salah Stétié excipe volontiers d’une double « originellité », un mot créé par lui et qui, mieux qu’une banale « originalité », en réfère à ce qui constitue le secret d’une
origine radicale : musulman, racines solidement plantées dans ce terreau irrigué par une culture millénaire opulente et généreuse, il a su faire sien l’héritage linguistique et culturel de la France, où il poursuivit ses études tout en fréquentant nombre de personnalités littéraires qui furent et restèrent ses amis : Pierre-Jean Jouve, Saint-John Perse, Pierre de Mandiargues, Yves Bonnefoy, tant d’autres encore, au milieu desquels s’imposa sa vocation d’écrivain et de poète. Option austère et comblante, qui l’autorise à dire aujourd’hui ce qui constitue l’unité de sa vie : « A la poésie j’ai confié mon destin spirituel », affirme-t-il — avec autant de simplicité que de profondeur — dans un livre d’« Entretiens » qui sera publié au printemps prochain
[4]. La poésie ? « mise en alerte », « travail de retrait », « ouverture sur le monde », « expérience de l’exil », pour reprendre telles de ses expressions éparses dans cet ouvrage qui, du lieu secret où s’entend la pulsation du monde de l’esprit, fait retour aux questions culturelles, politiques ou religieuses qui secouent notre planète. Où le poète et le diplomate, dans la dualité de leurs « vocations », échangent avec bonheur leurs potentialités respectives : certaine façon d’apprivoiser les choses, en somme d’être vraiment soi-même en donnant toute sa place à « l’autre ».
Occasion prochaine de se tourner vers une écriture flamboyante et profondément intériorisée, cette œuvre déjà abondante vient de s’enrichir de deux nouveaux livres
[5]. Ils recouvrent assez bien les deux composantes de la production de leur auteur : une prose gonflée de sève, prenant la forme du récit, de l’essai, voire de l’aphorisme ; et une forme poétique plus explicite, qui s’attarde sur l’
intuition du réel le plus banal dans la splendeur d’une
lecture d’esprit. Ainsi de la
Méditation sur la mort d’une figue, tendue aussi bien vers la proximité de « l’Ange de la Mort » que de l’oiseau qui « a chanté au matin de la figue
[6] ». Qui voudrait
entendre non point ce « message » — un terme trop dogmatique au regard de la liberté dont ruissellent ces pages —, mais une
invite à revenir à l’essentiel, pourrait tester sa propre capacité d’écoute en abordant, sans autre préalable, ces deux derniers ouvrages.
Carnets du méditant, un livre de pensées et d’apophtegmes, ne quitte pourtant pas le champ de la poésie, mais fait briller ses facettes dans le quotidien d’une vie. Chaque phrase, dans la pureté de son rythme, est comme la rencontre, au coin d’une rue, avec l’étranger que nous sommes à nous-même et qui apparaît tout à coup sous des traits inattendus et pourtant si proches, en leur insondable reflet : car « le mystère est le don du visiteur » ; mais, le visiteur parti, « le don reste
[7] ». Après un porche d’entrée bellement intitulé
L’odeur du bois, l’auteur déploie
Cinq carnets, comme des « copeaux du menuisier » — autant de réflexions en marge d’un journal de voyage —, les quatre premiers
(Signes et singes, L’oreille du mur, Se noyer en eau sèche, Fourmilière détraquée) repris de publications antérieures, et le cinquième inédit, sous un titre énigmatique :
La plus pauvre des fées… Dernière étape, qui ne dément pas mais illustre la délicatesse et la force du verbe : car « Ce qui manque, ce n’est pas l’eau, c’est la rosée
[8]. » Et cette note moins désabusée que tournée vers un désir ultime : « Je ne suis plus qu’un vieux chameau fourbu, ayant traversé cent villes et mille mirages, et qui n’aspire plus qu’à sa petite part de désert où s’agenouiller et déposer enfin. Quant à la caravane, elle est depuis longtemps perdue
[9]. » A quoi fait écho cet autre « vœu » : « Chacune de nos infirmités nous désespère. Leur somme nous console
[10]. »
L’on ne forcerait guère le ton en suggérant que cet ouvrage, œuvre d’un poète, l’est aussi d’un « moraliste », au sens noble que ce terme revêtait dans la littérature française d’il y a trois siècles. Pour ce faire,
porteur et
voleur de feu, selon le titre d’un de ses premiers ouvrages, Salah Stétié ne quitte jamais les régions de l’obscur :
l’avertissement que sa poésie adresse prend le contre-pied du « divertissement » et de la « distraction » ambiante ; elle est aussi inquiète que rassérénée, comme il appert dans l’autre ouvrage ici évoqué,
Fiançailles de la fraîcheur. La sérénité y naît d’un retour vers les choses simples — il est vrai jamais délaissées — qui évoquent un geste d’offrande nourri de cette symbolique : « Et plus rien à donner à la bouche fermée/Que ce linge et cette lampe obscure/Comme un peu de vin noir que les oiseaux ont bu/Oiseaux entrés rentrés dans l’invisible/Et du vin est resté non bu//Mais la grappe entre deux silex, l’odeur de l’eau,/L’aube de lune avec le trèfle blanc/Et quoi cette folie ? C’est quoi cette folie ?/Et qui nous donnera le corbeau frais et blanc/Ou ces semblants de fruits dans le jour respiré/(Le souffle exténué)/Le cœur exonéré, les olives, les arbres
[11] ? »
Qui s’étonnera alors que les références privilégiées de Salah Stétié soient des artistes « maudits » qui surent faire leur salut de cette malédiction même : « Pour beaucoup de ceux qui n’ont pas su y faire (Rimbaud, Van Gogh, Artaud), “être fini” sera poser le pied sur la première marche de l’infini
[12] » ?
Pierre-Jean Labarrière s.j.
[*]
Varlam
Chalamov,
Récits de la Kolyma. Traduit du russe par Sophie Benech, Catherine Fournier, Luba Jurgenson. Préface de Luba Jurgenson. Postface de Michel Heller. Ed. Verdier, 2003, 1 520 pages, 45 €.
[**]
Jean
Daniel La Prison juive, Odile Jacob, 2003, 260 pages, 21, 90 €.
[***]
Jean-Michel
Maldamé,
Science et foi en quête d’unité.
Discours scientifiques et discours théologiques. Cerf, 2003, 358 pages, 30 €.
[****]
Du même auteur, voir : « Faut-il avoir peur des sciences cognitives ? »,
Etudes, janvier 2002, p. 162. Signalons aussi : « Le face-à-face Eglise et Science au
xxe siècle », dans
Les Grandes révolutions de la théologie moderne, Bayard, 2003.
[*****]
Clarisse
Fabre et Eric
Fassin,
Liberté, égalité, sexualités. Ed. Belfond, 2003, 274 pages, 16 €.
[******]
Elisabeth
Claverie,
Les Guerres de la Vierge.
Une anthropologie des apparitions. Gallimard, 2003, 452 pages, 25 €.
[*******]
Philippe
Chenaux,
Pie XII, diplomate et pasteur. Cerf, 2003, 404 pages (+ deux cahiers de documents photographiques), 28 €.
[1]
Salah Stétié,
Fiançailles de la fraîcheur – Les enfants 2, Imprimerie Nationale, 2003, p. 52.
[2]
Critiquant l’expression courante de « poète francophone », où le qualificatif pourrait restreindre le travail du poète — qui ne se limite pas à l’agencement de « sons » —, il préfère se définir, ainsi qu’il est dit ici, comme « un écrivain de langue française ». Car la poésie, pour lui, est un travail sur la
langue, ou plutôt un
travail de la langue elle-même, qui se propose à l’écrivain dans l’immémorialité de sa structure et de ses harmoniques.
[3]
Salah Stétié,
Carnets du méditant, Albin Michel, 2003, p. 175.
[4]
Salah Stétié,
Du singulier à l’universel. Un poète d’Islam en Occident. Entretiens avec Gwendoline Jarczyk, à paraître aux éditions Albin Michel : un ouvrage où s’entend l’écho d’une « destinée » embrassée de façon lucide, et qui constitue une
méditation — encore un mot qu’il affectionne — sur ce que l’on peut nommer « l’acte de poésie ».
[5]
Salah Stétié,
Carnets du méditant, op. cit., et
Fiançailles de la fraîcheur, op. cit.
[6]
Fiançailles de la fraîcheur, op. cit., p. 133 sq.
[7]
Carnets du méditant, op. cit., p. 174.
[8]
Id., p. 207.
[9]
Id., p. 206.
[11]
Fiançailles de la fraîcheur, op. cit., p. 77.
[12]
Carnets du méditant, op. cit., p. 175.