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Études anglaises

2001/4 (Tome 54)



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Anny Sadrin, née le 13 février 1935, s’est éteinte le 28 septembre 2001, au terme de longues années de cruelles épreuves. Ce n’est pas ici qu’il convient d’évoquer ses souffrances qu’elle subit avec un admirable courage, tout comme le deuil qui la frappa un an avant sa propre disparition. Notre revue n’ignorait pas sa personnalité rayonnante et tous les traits qui faisaient d’elle une amie incomparable. Mais c’est surtout à notre collègue disparue, à son œuvre de chercheur et de critique, à ses publications que nous souhaitons rendre un chaleureux hommage.

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Anny Sadrin fait partie de la petite phalange des anglicistes français dont le travail et l’apport ont été reconnus à l’étranger autant que chez nous. Son domaine d’élection, les études dickensiennes, était depuis un bon demi-siècle l’un des plus peuplés, et il n’était pas facile de s’y affirmer. Anny Sadrin y parvint avec un éclat particulier : celui de sa vive intelligence et de son style lumineux. Elle fit toute sa carrière à Dijon, dans sa Bourgogne natale à laquelle elle était profondément attachée. Elle avait commencé sa thèse de doctorat sur Dickens sous la direction d’un professeur de Dijon, Henri A. Talon, lui-même esprit distingué et fin critique, et lui aussi disparu prématurément. Il m’incomba alors de prendre la suite de cette direction de travail ; je le fis volontiers, et je ne tardai pas à subir l’enchantement de la pensée et de la prose d’Anny Sadrin. Elle m’a certainement appris beaucoup plus que je ne lui ai enseigné. Cette thèse brillante fut brillamment soutenue le 9 octobre 1980 ; elle fut publiée en 1985 avec pour titre L’Être et l’avoir dans les romans de Charles Dickens. Malgré sa forme modeste (Atelier de reproduction des thèses, PU de Lille, Didier Érudition), le livre ne manqua pas d’attirer l’attention. Mais, quand les presses de Cambridge demandèrent à quelques anglicistes français de proposer des ouvrages méritant à leurs yeux de paraître en traduction anglaise, je posai sans hésiter la candidature d’Anny Sadrin ; elle fut acceptée, et la publication de son livre en anglais (Parentage and Inheritance in the Novels of Charles Dickens, 1994) élargit considérablement le public capable de l’apprécier et d’en tirer profit. Son ouvrage sur Great Expectations (Unwin Critical Library, 1988) est une autre publication majeure à laquelle se réfèrent avec admiration tous les spécialistes. Il fit l’objet d’une nouvelle édition en 1999 quand ce roman fut inscrit au programme des concours de recrutement : Lectures d’une œuvre. Great Expectations (Éditions du Temps) : le titre est en français, mais le livre reste en anglais, dans le superbe anglais d’Anny Sadrin.

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Il est inutile de citer tous les articles, essais et comptes rendus qui jalonnent la carrière d’Anny Sadrin. On n’oubliera pas non plus sa participation à de nombreuses rencontres ; on la vit à Boulogne-sur-Mer, à maints colloques de la S.F.E.V.E. ; elle fut invitée à Santa Cruz, en Californie, où elle conquit toute l’équipe du Dickens Project. À Dijon même, elle fut l’organisatrice et l’âme d’un colloque mémorable en 1996 et elle en édita les communications chez Macmillan en 1999 (Dickens, Europe and the New Worlds). Elle s’était sans conteste affirmée comme une des grandes figures des études dickensiennes. On la rencontrait dans des jurys de thèse et partout où il y avait un service universitaire à assurer, un travail parfois ingrat mais nécessaire à accomplir.

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La personne d’Anny Sadrin était menue, mais c’est une grande dame des études anglaises que nous venons de perdre. Études Anglaises partage le chagrin de la famille de notre collègue prématurément disparue et dont l’œuvre exemplaire, fruit d’un immense travail et de dons exceptionnels, reste bien vivante. Anny Sadrin était une étoile de première magnitude ; je suis tenté de paraphraser les dernières lignes écrites par Joseph Conrad avant de laisser Suspense inachevé : “Where is her star now?” said Cosmo; after looking down in silence for a time. “Signore, it should be out,” said Attilo with studied intonation. “But who will miss it out of the sky?” Inutile de lever les yeux ; la lumière d’Anny Sadrin demeure parmi nous.

Pour citer cet article

Monod Sylvère, « In Memoriam Anny Sadrin », Études anglaises 4/ 2001 (Tome 54), p. 511-512
URL : www.cairn.info/revue-etudes-anglaises-2001-4-page-511.htm.


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