Une scène à refaire : questions de cadrage et de montage dans A Streetcar Named Desire d’Elia Kazan
Serge Chauvin
L’adaptation cinématographique de A Streetcar Named Desire par Elia Kazan est contemporaine de la réflexion de la critique bazinienne sur la théâtralité au cinéma et sur l’usage de la profondeur de champ et du plan-séquence. À ces enjeux théoriques, le film apporte une réponse empirique : s’il respecte globalement l’unité de lieu de la pièce de Williams, il en morcelle l’espace, sans cesse réinventé par la multiplication d’angles de prise de vue et de valeurs de plans, et par la primauté du montage sur le plan-séquence. Quant à la profondeur de champ, elle est employée moins comme vecteur d’ambiguïté que comme procédé expressif. Kazan fonde ainsi un style hétérogène mettant en valeur la performance d’acteur avant toute chose, et développant une esthétique de l’éclat qui traite chaque plan comme un paroxysme autonome.
Elia Kazan’s direction in A Streetcar Named Desire tackles several aesthetic issues raised by postwar French film critics, notably those of theatricality and of the use of depth of field as a stylistic device. Yet Kazan’s film, while mostly respectful of the secluded setting described by Tennessee Williams in his play, eschews any spatially frontal or temporally continuous presentation of the stage material and opts for a shot-by-shot recreation making use of a number of camera angles and movements, and favoring editing over long takes. Such an empirical approach thus develops an heterogeneous yet influential rhetoric primarily showcasing the actors’ performances and establishing a paroxystic style that emphasizes expressivity above everything else and accordingly treats each separate shot as an autonomous climax.