Etudes anglaises
Klincksieck

I.S.B.N.sans
128 pages

p. 526 à 527
doi: en cours

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In memoriam Émile Delavenay

Tome 56 2003/4

2003 Études anglaises In memoriam Émile Delavenay

In Memoriam Émile Delavenay (1905-2003)

Robert Ellrodt Université de Paris III-Sorbonne Nouvelle
Émile Delavenay s’est éteint sereinement le 7 septembre 2003 au terme d’une vie vaste et diverse qui a embrassé le vingtième siècle. Tout angliciste lira avec intérêt son autobiographie : Témoignage. D’un village savoyard au village mondial (Diffusion Edisud). Premier émoi de ce fils d’un directeur et d’une directrice d’école : la mort de Jaurès. Très jeune il lit à la maison les classiques français, mais aussi, en traduction, l’Iliade et l’Odyssée, le Paradis perdu. Au collège de Bonneville, dès la quatrième, il apprend par cœur des pages des Mots d’anglais groupés d’après le sens de Beljame et Legouis, mais il récite aussi des poèmes romantiques. Qui n’éprouverait quelque nostalgie ? Ses maîtres le persuadent de se présenter au concours de la rue d’Ulm. Il le prépare à Louis-le-Grand et entre en 1925 à l’École Normale Supérieure où il rencontre Canguilhem, Lagache, Nizan et Sartre. Cazamian dirige son mémoire sur « les thèmes de sentiment dans l’œuvre de James Barrie », lui demande d’en extraire un article et le publie dans La Revue Anglo-Américaine. Reçu à l’agrégation en 1929, il subit « la séduction de Londres » et, pour y demeurer, enseigne à l’Institut français où Saurat l’incite à faire sa thèse sur D. H. Lawrence « qui vient de mourir » (condition nécessaire à l’époque !). Ses travaux avancent, mais en 1935 il accepte les fonctions de rédacteur diplomatique au Bureau de Londres de l’Agence Havas et suspend ses recherches. Pendant la « drôle de guerre » il est coopté par un cercle de réflexion animé par Julian Huxley : la charte des Nations Unies s’inspirera du projet élaboré. La BBC l’appelle en 1939 à diriger un service européen dont Asa Briggs soulignera le rôle capital dans son Histoire de la BBC en guerre. En 1944 il prend à Londres la direction de l’hebdomadaire France et traduit Darkness at Noon (Le Zéro et l’infini) de Koestler. L’ONU naissante lui confie la publication de son journal officiel en cinq langues. Dans ce milieu international s’aiguise sa « perception de l’unité de la race humaine et de la dignité de chaque individu ». En 1949 il est appelé à Paris pour diriger le Service des Documents et Publications de l’UNESCO. Il a souligné avec humour la complexité de la tâche, rappelant que, sur la suggestion de Jean-Jacques Mayoux, il fit un jour appel à Beckett pour retraduire en anglais une traduction de Cazamian. Ses fonctions l’amènent à envisager l’automatisation (partielle) de la traduction, projet qui suscite des contacts avec Benveniste, Gougenheim, Pottier, Martinet, Culioli, Bourquin... Son « Que sais-je » La Machine à traduire est mis en anglais pour Thames and Hudson par sa femme Katharine. Fondateur et président de l’association ATALA, il est nommé membre de la 22e section du CNRS au titre de la linguistique.
Dans ses dernières années à l’UNESCO, il reprend ses travaux sur sa thèse et la soutient sous le titre : D. H. Lawrence : L’homme et la genèse de son œuvre. Les années de formation (1885-1919). Publié par Klincksieck en 1969, le livre, traduit par Katharine Delavenay, paraît à Londres dès 1972. Conçue peut-être à l’origine sous l’influence de Lanson, Directeur à Ulm, cette interprétation biographique, psychologique et génétique de l’œuvre a été contestée par la nouvelle critique, mais on s’accorde à reconnaître sa richesse d’information sur l’arrière-plan idéologique et l’abondance des témoignages recueillis. Si l’on y ajoute la thèse complémentaire, D. H. Lawrence and Edward Carpenter. A Study in Edwardian Transition (Heinemann, 1971), on peut conclure avec Graham Hough que l’auteur a dressé « a map of the intellectual currents » de cette époque. Membre du comité de rédaction de la D. H. Lawrence Review, il sera appelé à participer à de nombreux colloques à travers le monde et il tiendra dans Études Anglaises la chronique des études lawrenciennes jusqu’en 1980.
Avec sa simplicité coutumière, il avait accepté d’entrer à la Faculté des Lettres de Nice avec le simple titre d’« assistant », mais il y devint bientôt Professeur. Il y connut, malgré les turbulences de 1968, ce « plaisir d’enseigner » dont témoignent les dernières pages de son autobiographie. On l’y voit aussi entrer dans des années de retraite toujours studieuse, cependant qu’à travers ses enfants, petits-enfants et arrière-petits enfants, par le jeu de mariages mixtes, le cercle de famille de ce Savoyard fidèle à son village « s’étend à l’échelle mondiale », à l’image de sa carrière exceptionnelle. Par ses multiples biographies, couronnées de prix littéraires, sa fille Claire Tomalin se montre fidèle à son esprit dans son goût de la diversité, sa documentation méticuleuse et son souci de retrouver l’homme — ou la femme — en ses écrits.
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