Les historiens anglais et le schisme d’Henri VIII. Un siècle d’historiographie (1900-2004)
Jean-Pierre Moreau
Si tous les faits relatifs au schisme sont connus, les historiens n’ont pas cessé de s’opposer à propos de leur interprétation, y compris depuis la fin du xixe siècle, depuis que les a priori confessionnels sont censés avoir disparu dans une discipline intellectuelle devenue scientifique. Les différences sont alors largement méthodologiques bien qu’aussi, insidieusement, idéologiques.
Au risque de schématiser, quatre « écoles » ont tour à tour dominé au xxe siècle. D’abord celle de Pollard et de ses successeurs, préoccupés de politique, souvent dans une perspective whig. Ensuite, A. G. Dickens a donné priorité aux facteurs religieux et souligné l’essor d’une vigoureuse religion endogène sur les ruines du catholicisme. Puis les revisionists ont inversé l’image de l’Église à la veille du schisme et contesté le succès d’un protestantisme imposé « d’en haut ». Enfin les post-revisionists recherchent comment les mentalités ont évolué vers l’acceptation — pas obligatoirement contrainte — d’une nouvelle religion.
If all the facts about the Break with Rome are well-known, historians have never stopped disagreeing about how to interpret them even though religious prejudice is supposed to have disappeared since the end of the 19th century, when history claimed scientific status. Differences then have mainly come from diverging methodological approaches although ideological bias also crept in.
Four historical “schools” have successively prevailed since 1900. First A. F. Pollard’s political and largely “whig” conception. Then A. G. Dickens gave priority to religious factors; he described the birth of a strong national religion easily outstripping a discredited Roman Catholic Church. A revisionist reaction later denied any decline of the medieval church: Protestantism was forced “from above” upon a reluctant nation. Recently “post-revisionists” have insisted on a slow “inculturation” of Protestant beliefs.