« Here is a sight indeed » : L’ostension dans la comédie de la Restauration (1660-1700)
Denis Lagae
À partir du constat de l’importance du voyeurisme au cours du second xviie siècle, cette étude propose d’analyser quelques modalités de l’ostension telles qu’elles se manifestent dans la comédie de la Restauration, par essence théâtre de théâtre. Parallèlement à l’émergence du personnage voyeur sur la scène comique de l’époque est ainsi étudié l’usage courant du procédé scénique que constitue la « discovery scene » : cette ouverture d’une autre « scène » par l’agrandissement brutal de l’espace scénique induit la révélation frontale de ce qui était caché et donne souvent lieu à la monstration de scènes « érotiques ». En outre, le recours à l’ellipse et à l’hypotypose — qui ressortissent au déroulement — co-existe paradoxalement, dans les comédies de l’époque, avec les procédés visuels frontaux. Ainsi la « discovery scene » est-elle constamment parodiée, détournée ou évitée, rendant alors particulièrement sensible, pour le spectateur, l’artificialité du phénomène théâtral comme les limites de l’ostension. Il est possible de déceler, dans la dimension « voyeuriste » de la période considérée, ainsi que dans ses conséquences sur la « spectacularité » de ce théâtre comique, les prémices du triomphe de la comédie dite sentimentale du siècle suivant.
Based on the theatrical concept of “ostension” and on the scopophilic nature of the second half of the seventeenth century, this paper focuses on several Restoration comedies. Several facets of this two-fold premise are studied through the importance of the voyeuristic character and some specificities of the “discovery (erotic) scene.” Together with such frontal visual means of rendering “ostension” on the Restoration comic stage, other modes—such as ellipsis or hypotyposis—emerge, undermining the very nature of frontality and immediacy implied in ostension and the scopophilic visual interest of the time: the “discovery scene,” for instance, is more often than not parodied or delayed, making the audience aware of its artificiality along with the limitations of frontal ostension. The paper thus argues that the scopophilic trend of the day and its consequences on the spectacularity of the comedies might have been yet another cause for the gradual emergence and final prominence of the so called sentimental comedy of the eighteenth century.