Etudes anglaises
Klincksieck

I.S.B.N.9782252035443
128 pages

p. 373 à 375
doi: en cours

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Notes de lecture

Volume 59 2006/3

BETSY BOLTON. — Women, Nationalism and the Romantic Stage: Theatre and Politics in Britain, 1780-1800. (Cambridge: Cambridge UP, 2001, 272 pp., £ 40.)

Le contenu de cet ouvrage n’entretient pas un rapport étroit avec son titre : s’il propose des analyses de pièces de Hannah Cowley et Elizabeth Inchbald, il consacre aussi un chapitre à Emma Hamilton (sans pour autant analyser ses fameuses « attitudes ») et un autre à Mary Robinson, non en tant qu’actrice mais en tant que maîtresse du prince de Galles. Certes il y a mise en scène du rapport amoureux, mais cela suffit-il à donner une unité intellectuelle à l’ouvrage ? Le nationalisme évoqué par le titre n’est pas défini, et il n’y a pas de justification du recours à ce concept à propos de la vie politique de la fin du xviiie siècle ; les notions politiques et littéraires utilisées de façon récurrente — ainsi nation et romance — ne sont pas explorées. La théorisation proposée semble souvent en porte-à-faux par rapport au matériau analysé. Le nombre de résumés de ce qui va être dit, et de ce qui l’a déjà été, suggère que l’argumentation ne se suffit pas à elle-même. — Isabelle Bour (Université de Tours).

HEATHER WORTHINGTON. — The Rise of the Detective in Early Nineteenth-Century Popular Fiction. (Basingstoke: Palgrave Macmillan, 2005, X + 203pp., £ 45.00.)

Ce livre fait partie d’une collection appelée « Crime Files Series ». Son auteur, Heather Worthington, a beaucoup et bien lu. Elle retrace la naissance et l’évolution d’un genre devenu important (d’autant plus qu’il alimente aujourd’hui la télévision). Le point précis qui l’intéresse est « the intellectual appropriation of crime », phénomène dans lequel De Quincey joue son rôle, et aussi la création d’un « discursive space » où puisse exister et grandir un certain type de narration.
Worthington parle d’œuvres connues de tous, comme les romans de Dickens et de Collins, mais aussi de publications célèbres et surtout populaires en leur temps, mais bien oubliées aujourd’hui. Elle attire l’attention sur les « broadsides » relatant les exécutions capitales (sans toutefois évoquer l’épisode de The Heart of Mid-Lothian qui met en lumière ce phénomène). Un début de respectabilité est conféré à la littérature du crime par la place que lui accorde Blackwood dans son Magazine lu par un public bourgeois. On peut être reconnaissant à Heather Worthington de nous dispenser de lire nombre d’écrits médiocres ; elle l’a fait pour nous et nous livre l’essentiel de leur contenu.
On voit ainsi se dessiner plusieurs phénomènes fascinants. L’ouvrage met en lumière la nature et l’intensité de l’intérêt porté par les différentes classes sociales au crime et à sa détection. Elle définit les diverses conceptions du rôle de la police que se font l’opinion publique, les écrivains plus ou moins éclairés, et les policiers eux-mêmes. Des trois fonctions possibles de ce corps, prévention, protection et détection (en vue du châtiment, mais aussi de la prévention de récidives, donc de la protection de victimes éventuelles), c’est la détection qui l’emporte et l’emportera de plus en plus, à mesure que la littérature cessera de vouloir informer et moraliser pour se soucier surtout de divertir. Ainsi se fortifie peu à peu un genre qui fait appel à l’intelligence et au raisonnement chez le lecteur.
Les grandes figures du livre sont : Samuel Warren, auquel Worthington consacre un magnifique chapitre et qui invente un investigateur, médecin d’abord, puis avocat et enfin magistrat, avant d’abandonner les histoires de crimes et d’enquêtes ; puis William Russell, qui publie sous le pseudonyme de Waters les souvenirs d’un officier de police. Joue aussi un grand rôle Charles Dickens, non seulement pour son détective Bucket, mais grâce à ses Sketches by Boz et à ses articles dans Household Words (Worthington ne parle pas de Nadgett dans Chuzzlewit, ni des Bow Street Runners dans Oliver Twist, alors que la disparition de leur corps au profit des hommes de Scotland Yard est le fait majeur dans l’histoire des institutions policières au xixe siècle).
La conclusion du livre souligne que le chemin ouvert par ces pionniers conduira, mais beaucoup plus tard, au triomphe de Doyle/Holmes. En attendant on voit déjà se former quelques habitudes caractéristiques, telle que celle d’avoir une paire d’investigateurs (le subordonné servant à la fois de soutien et de faire-valoir) et celle d’opposer l’inefficacité du policier public au génie du privé (habitude que conservent soigneusement les séries télévisées).
Le livre de Heather Worthington est informé, réfléchi, riche en sous-titres inventifs, et d’autant plus agréable à lire qu’il est très bien écrit et imprimé. — Sylvère Monod † (Université de Paris III).

MICHAEL DIAMOND. — Victorian Sensation or, the Spectacular, the Shocking and the Scandalous in Nineteenth-Century Britain. (London: Anthem Press, 2003, 6 ill. couleurs, 31 ill. noir et blanc, 328 pp.)

L’auteur de cet ouvrage a longtemps travaillé pour le World Service de la BBC. Armé d’un solide bon sens, il montre que, loin d’être une espèce curieuse à observer avec des précautions d’entomologiste, les Victoriens sont nos contemporains : « Between the Victorian era and our own day, everything has changed, and nothing has changed » (6) ; « This book … has attempted to redress the balance, to show how like us thy were in their love of sensation, scandal, melodrama and excess » (286). Diamond propose en effet une histoire du xixe siècle britannique par le petit bout de la lorgnette, en ne retenant que les moments de violence et d’excitation, les procès, les crimes et les mariages princiers. Son étude s’appuie sur une connaissance approfondie du répertoire du music-hall et de la chanson populaire. Le lecteur universitaire s’intéressera peut-être plus particulièrement aux chapitres consacrés au Sensation Novel et au Sensation Drama ; l’auteur identifie notamment en G.W.M. Reynolds un précurseur du roman à sensation (191-94). On aurait aimé quelques pages consacrées à ce qui est très rapidement évoqué sous le vocable artistic sensation (le succès phénoménal du Derby Day peint par Frith, 232). Enfin, une relecture plus sérieuse aurait dû permettre d’éviter les nombreuses coquilles, dont une phrase comme « He was a 50-year-old grandfather aged fifty ». — Laurent Bury (Université de Paris IV).

GÉRARD HUGHES. — Une théorie de l’État esclavagiste : John Caldwell Calhoun. (Aix-en-Provence : P de l’U de Provence, 2004, 201 pp., 20 €.)

Livre clair et bien informé sur la vie, la carrière et l’œuvre de John Calhoun, subtil porte-parole de l’idéologie sudiste pendant la première moitié du xixe siècle. L’ouvrage contient une esquisse biographique du personnage, une analyse de sa pensée politique et, pour finir, une traduction inédite du fameux traité de Calhoun : A Disquisition on Government, publié en 1853. Au total, un volume utile qui aide à déchiffrer la grande cassure qui s’annonce alors : celle de la guerre de Sécession. — Bernard Vincent (Université d’Orléans).
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