Etudes économiques de l’OCDE
Ed. de l’OCDE

I.S.B.N.92-64-01635-X
300 pages

p. 8 à 10
doi: en cours

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no 11 2004/11

Depuis la crise financière de 1998, la Russie a connu cinq années de croissance économique soutenue. Des doutes subsistent néanmoins quant à la capacité de ce pays à connaître une croissance durable en longue période, compte tenu notamment de son étroite dépendance à l’égard d’industries exportatrices fondées sur l’exploitation des ressources naturelles, et plus particulièrement du pétrole. Un tel développement tributaire des ressources naturelles ne va pas sans risques, notamment ceux d’une certaine fragilité face aux chocs extérieurs, de la menace du « syndrome néerlandais », et des pathologies institutionnelles qui vont souvent de pair avec une forte dépendance à l’égard des ressources naturelles. La Russie devra donc relever un double défi au cours des prochaines années. Premièrement, dans la mesure où les perspectives de croissance continueront de dépendre étroitement des secteurs fondés sur l’exploitation des ressources naturelles, les autorités devront veiller à encourager encore le développement de ces secteurs tout en atténuant les risques associés à une croissance tributaire de l’exploitation des ressources naturelles. Deuxièmement, afin de faciliter la diversification de l’économie russe en longue période et de réduire ainsi la dépendance à l’égard des ressources naturelles, les autorités devront procéder à tout un éventail de réformes structurelles visant à créer un climat propice à l’investissement dans les autres secteurs économiques.
 
La prudence en matière budgétaire doit rester la principale priorité de la politique macroéconomique
 
 
Étant donné la dépendance de la Russie à l’égard des ressources naturelles, et par là même sa vulnérabilité en cas de chocs extérieurs, la prudence en matière de politique budgétaire est absolument essentielle. Bien qu’une politique rationnelle ne puisse totalement éliminer la vulnérabilité extérieure de la Russie, elle peut grandement l’atténuer. En particulier, il est impératif que le budget reste équilibré sur l’ensemble du cycle des cours pétroliers. Il faut donc se féliciter de la création du nouveau fonds de stabilisation budgétaire, qui devrait aider les autorités à atteindre cet objectif tout en évitant d’importantes fluctuations des dépenses publiques. Dans le même temps, la vulnérabilité extérieure de la Russie pourrait être encore réduite en veillant à ce que la dette libellée en devises – tant publique et privée – demeure relativement faible par rapport au PIB, et en facilitant de nouveaux progrès sur la voie de la « dédollarisation » de l’économie intérieure.
Au cours des dernières années, les autorités monétaires se sont trouvées confrontées à deux objectifs concurrents : freiner l’inflation et limiter le rythme d’appréciation du taux de change effectif réel. Si cette seconde préoccupation est certes compréhensible, la poursuite de la désinflation exigera probablement de mettre plus clairement l’accent sur cet objectif de la politique monétaire. Les autorités devraient donc être prêtes à laisser le rouble s’apprécier un peu plus rapidement que dans le passé récent, tant en termes réels qu’en termes nominaux. Cela étant, les pressions à la hausse sur le taux de change lorsque les cours du pétrole sont élevés ou que l’on observe de fortes entrées de capitaux pourraient être partiellement neutralisées sans aggraver les tensions inflationnistes si l’on élargissait l’éventail des mécanismes de stérilisation non inflationnistes, par exemple en permettant à la banque centrale d’émettre ses propres obligations. Le fonds de stabilisation budgétaire nouvellement créé pourrait lui aussi largement contribuer à atténuer les fluctuations à court terme du taux de change, notamment si l’on alourdissait parallèlement l’imposition des bénéfices exceptionnels des secteurs exportateurs de ressources naturelles.
 
La réforme structurelle ne pourra progresser que si l’on améliore la qualité des institutions publiques
 
 
Sur le plan de la réforme structurelle, le principal défi sera de mettre en œuvre des politiques et de créer des institutions propres à réduire à long terme la dépendance de la Russie à l’égard des exportations de ressources naturelles. La politique budgétaire aura un rôle à jouer dans ce domaine. Un alourdissement de la charge fiscale imposée aux secteurs exploitant les ressources naturelles (et pas seulement le secteur pétrolier) afin d’alléger cette charge pour le reste de l’économie pourrait aider à favoriser une plus grande diversification de l’activité économique tout en atténuant les effets de l’appréciation du taux de change réel sur la compétitivité. La réforme du secteur financier pourrait également faciliter la diversification de l’activité économique. Malgré la rapide expansion récente du crédit au secteur privé, les mécanismes permettant une affectation efficiente des ressources d’investissement entre les secteurs économiques, et pas simplement à l’intérieur de chacun d’eux, restent sous-développés. Il est donc essentiel de poursuivre en particulier la réforme du secteur bancaire. Dans le même temps, il est capital d’améliorer les conditions dans lesquelles opèrent les entreprises, notamment celles de petites et moyennes dimensions. Un allégement du poids de la réglementation et des charges imposées par une administration souvent corrompue, conjugué à un renforcement du système financier, améliorerait les conditions de la concurrence pour les entreprises. Néanmoins, cet objectif ne peut être atteint sans amélioration substantielle de la probité, de l’efficience et de la transparence des tribunaux, de l’administration et des autres institutions publiques.
Une autre série de problèmes auxquels la Russie est confrontée concerne la restructuration des grands monopoles d’État dans les secteurs du gaz naturel et de l’électricité, parallèlement à la mise en place dans ces secteurs de cadres juridiques et réglementaires associant une véritable concurrence à une réglementation effective. La réforme du secteur du gaz en particulier devrait viser à élargir le choix des consommateurs et à assurer à tous les producteurs un accès équitable aux marchés et notamment aux infrastructures de transport. Dans le même temps, la réforme des secteurs du gaz et de l’électricité devrait accroître l’efficience, ne serait-ce qu’en réduisant les possibilités de recherche de rentes des monopoles en place et en mettant un terme aux subventions qui découlent implicitement de la fixation des prix à des niveaux inférieurs à la couverture intégrale des coûts. Le fait que les secteurs du gaz et de l’électricité devront être passablement réglementés même après les réformes rend d’autant plus pertinentes les questions touchant la compétence et l’intégrité des institutions publiques et met en lumière les difficultés à surmonter pour opérer une réforme de l’État.
Cette étude a été rédigée au Département des affaires économiques, par William Tompson et Rudiger Ahrend, sous la supervision de Silvana Malle.
Les annexes ont été rédigées par les consultants suivants : Svetlana Arkina (petites entreprises), Richard Hainsworth (nouveau cadre de supervision bancaire) et Vladimir Klimanov (fédéralisme budgétaire). Des contributions substantielles ont été apportées par Doug Cooke (AIE) sur la réforme de l’électricité, George Holliday (Directions des échanges) sur le nouveau code douanier, et Eva Thiel sur les institutions financières non bancaires. L’enquête auprès des entreprises sur la consommation du gaz naturel a été menée par l’Institut pour l’économie en transition, sous la direction de Sergei Tsukhlo.
Corinne Chanteloup et Anne Legendre ont apporté leur concours technique, le secrétariat étant assuré par Muriel Duluc et Lillie Kee.
L’étude a été réalisée dans le cadre du programme du CCNM concernant la Fédération de Russie et a été présentée le 25 mai 2004 au Comité d’examen des situations économiques et des problèmes de développement.
Cette étude est publiée sous la responsabilité du Secrétaire général de l’OCDE.
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