Etudes économiques de l’OCDE
Ed. de l’OCDE

I.S.B.N.92-64-00683-4
260 pages

p. 8 à 11
doi: en cours

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no 15 2004/15

2004 Études économiques de l’OCDE

Résumé

La Turquie est à la croisée des chemins. Après avoir connu la crise la plus grave de son histoire récente en 2000-01, l’économie s’est redressée et affiche aujourd’hui l’un des taux de croissance les plus élevés parmi les pays de l’OCDE. L’adoption d’un nouveau cadre institutionnel pour les politiques monétaire et budgétaire, les marchés des produits, du travail et des capitaux, les secteurs des infrastructures et les aides agricoles ouvre une brèche qui devrait permettre au pays de se libérer des trois pièges interdépendants que sont le manque de confiance, les lacunes de la gouvernance et l’extrême informalité qui ont sous-tendu la succession de coups de frein et d’accélérateurs du passé. Pour que le pays s’engage durablement sur un sentier de croissance plus forte, il faudra que ce nouveau cadre d’action soit intégralement mis en œuvre et complété.
Vive croissance, forte décrue de l’inflation, importants gains de productivité et création d’emplois relativement faible caractérisent la reprise en cours. Pourtant, il est trop tôt pour déterminer à ce stade dans quelle mesure la reprise reflète la transition vers un sentier de croissance plus rapide à moyen terme. Des politiques monétaire et budgétaire strictes ont affermi la confiance, réduit les primes de risque et stimulé par là même la croissance ; cependant, le déficit de la balance des opérations courantes s’est creusé. La politique macroéconomique devrait continuer de s’appuyer sur un important excédent du budget primaire pour améliorer la viabilité de la dette, et sur de strictes conditions monétaires pour que le processus désinflationniste se poursuivre à un rythme accéléré. Étant donné le dynamisme de l’économie et le risque de voir se creuser encore le déficit de la balance des opérations courantes, les autorités devraient résister à la tentation d’assouplir la politique budgétaire et affecter à la réduction de la dette les recettes supplémentaires découlant de l’accélération de la croissance. La politique monétaire devrait rester axée sur les conditions à réunir pour poursuivre la désinflation et lisser les fluctuations erratiques du taux de change.
La qualité de l’assainissement budgétaire doit être améliorée par une réorientation des dépenses vers les postes prioritaires et de nature à renforcer la croissance. Un nouveau système de gestion des dépenses publiques a été mis en place, fondé sur une budgétisation pluriannuelle fonctionnelle et l’établissement de comptes intégrés des administrations publiques. Il faudrait que ce dispositif soit intégralement mis en œuvre, ce qui implique de diffuser rapidement le savoir-faire technique nécessaire dans les ministères dépensiers et de mettre en place une véritable infrastructure d’audit qui devrait contribuer à assurer la crédibilité du nouveau système et à faire connaître les pratiques optimales en matière de gestion des dépenses. Dans les services publics de base, qui jouent un rôle particulièrement important pour la croissance, tels que la justice, l’enseignement et les secteurs d’infrastructure, il est nécessaire de mettre en œuvre des mesures plus volontaristes pour améliorer rapidement la qualité des services. Face aux problèmes récurrents de manque d’efficience par rapport aux dépenses engagées et de faible réactivité de l’administration publique aux besoins individuels et aux contingences locales, une décentralisation ambitieuse du système budgétaire est aujourd’hui engagée, qui transférera d’importantes responsabilités en matière de services et de dépenses aux administrations infranationales. La réforme séparera en outre intégralement le financement public de la fourniture privée des services, et de nouveaux organismes de développement régional coordonneront le renforcement des infrastructures et les initiatives de développement économique fondées sur le secteur privé. Les principes de ces réformes sont conformes aux pratiques optimales de l’OCDE, mais des risques de dérive budgétaire, de déséconomies d’échelle et de qualité insuffisante des services décentralisés pèsent sur leur mise en œuvre. Les autorités doivent veiller à ce que la discipline budgétaire, l’efficience par rapport aux coûts et la qualité des services soient garanties.
L’ environnement des entreprises s’est amélioré et révèle de nombreux atouts. Toutefois, un problème majeur tient à l’ampleur des activités non déclarées, lesquelles représentent plus de 50 pour cent de l’emploi total et ont pour effet de réduire la base d’imposition. Une stratégie axée sur la mise en conformité et les incitations économiques est nécessaire pour réduire l’importance du secteur informel. À cet effet, il convient d’alléger le coût des réglementations sur les marchés du travail et des produits et de déplacer les charges fiscales et sociales qui pèsent sur le travail. La privatisation devrait être accélérée de façon à renforcer l’efficience économique. Il serait également souhaitable d’attirer les entrées d’IDE. Grâce à la restructuration des banques qui a suivi la crise de 2001, la réglementation et la surveillance de ce secteur se sont sensiblement améliorées et l’on observe les premiers signes témoignant d’une plus large disponibilité de fonds pour l’investissement. Néanmoins, les réformes des structures du gouvernement d’entreprise qui sont actuellement engagées devraient être poursuivies afin d’améliorer encore l’intégrité du système bancaire, et la privatisation des banques publiques serait un pas important dans cette direction. Malgré les efforts de libéralisation des secteurs d’infrastructure, la concurrence et l’investissement privé dans l’électricité, le gaz naturel et certains segments des télécommunications restent sous-développés et les services sont offerts à des coûts élevés, notamment pour les utilisateurs industriels et commerciaux. Les organes indépendants de régulation sectorielle et les autorités de la concurrence devraient être pleinement opérationnels pour faire respecter le jeu de la concurrence ainsi que l’application de règles adéquates pour la formation des prix et l’entrée sur le marché dans les secteurs dominés par les opérateurs monopolistiques.
Pour que la Turquie mette véritablement en place un nouveau «   régime économique  » pour la croissance , fondé sur une refonte des politiques macroéconomiques et structurelles, il est capital que la confiance dans l’action du gouvernement reste intacte. Jusqu’à présent, la convergence avec l’acquis de l’UE et l’étroite coopération avec le FMI et la Banque mondiale ont contribué de manière décisive aux progrès de l’action menée. La récente recommandation de la Commission européenne d’entamer les négociations en vue de l’adhésion à l’UE – si elle est confirmée par le Conseil européen en décembre – laisse augurer un renforcement des points d’ancrage internationaux et pourrait appuyer la transition de la Turquie vers un nouveau régime économique.
Cette étude est publiée sous la responsabilité du Comité d’examen des situations économiques et des problèmes de développement, qui est chargé de l’examen de la situation économique des pays membres.
La situation économique et les politiques de la Turquie ont été évaluées par le Comité le 29 septembre 2004. Le projet de rapport a ensuite été révisé à la lumière de la discussion et finalement approuvé par le Comité plénier le 13 octobre 2004.
Le projet de rapport du Secrétariat a été établi pour le Comité par Rauf Gönenç, Peter Walkenhorst et Erdal Yilmaz sous la direction de Willi Leibfritz.
L’étude précédente de la Turquie a été publiée en décembre 2002.
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