2005
Études économiques de l’OCDE
Résumé
La performance économique impressionnante de l’Islande a continué de montrer les bénéfices du reciblage des politiques vers la stabilisation financière et la libéralisation des marchés dans les années 90. La reprise la plus récente qui s’est engagée en 2003 a été plus vigoureuse que prévu car le dynamisme de la demande des ménages a été renforcé par l’effet stimulant des grands projets d’investissement en cours dans le secteur de l’aluminium. Les déséquilibres économiques – en particulier l’important déficit de la balance courante et des pressions inflationnistes – se sont accentués et – avec une croissance moyenne du PIB supérieure à 5 % en 2004-06 – ils risquent d’être aussi prononcés que durant la période de surchauffe de 2000-01, qui avait débouché sur une récession modérée. Il sera très difficile pour les responsables macroéconomiques de limiter l’instabilité ces prochaines années et les efforts en cours à cet égard doivent être renforcés. Des problèmes d’ordre structurel se poseront également dans les domaines suivants : l’évaluation des projets futurs d’investissement, qui devra être correctement conduite et la protection de l’environnement. Dans une optique à plus long terme, il faudra de nouvelles mesures pour maintenir la plus forte croissance de la productivité à laquelle ont abouti les réformes structurelles des années 90, cette action touchant en particulier l’éducation et la concurrence.
Une gestion macroéconomique habile est nécessaire pour maintenir la stabilité économique face à la forte expansion de l’investissement
Le ciblage de l’inflation a donné de premiers résultats très positifs, mais le nouveau dispositif sera mis à rude épreuve ces prochaines années. Après avoir été ramenées au niveau de l’objectif officiel, l’inflation et les anticipations inflationnistes ont de nouveau progressé et elles approchent la limite supérieure fixée par la Banque centrale. On voit donc que la crédibilité du nouveau cadre n’est pas totalement établie. Les autorités ont relevé très nettement le taux directeur depuis le milieu de 2004, mais l’évolution des marchés financiers et du marché immobilier a contrecarré les mesures initiales de durcissement. Il faudra encore relever les taux d’intérêt en 2005 pour empêcher le déclenchement d’une spirale salaires/prix.
Les autorités sont revenues en 2004 sur la forte stimulation budgétaire de 2003. Le projet de budget prévoit pour 2005 et 2006 un excédent qui pourrait être faible par rapport à ceux dégagés durant la période de surchauffe de la fin des années 90. Les baisses d’impôts ralentiront le resserrement budgétaire dans l’immédiat et y mettront presque fin en 2006, environ au moment même où les grands projets de construction atteindront leur rythme maximum. Il faudrait rechercher des excédents budgétaires qui soient plus importants que ceux prévus actuellement en redoublant d’efforts pour éviter les dépassements récurrents de crédits, en restreignant davantage les dépenses et en réduisant les avantages fiscaux en faveur du secteur du logement.
Il faudrait que les mesures structurelles visent essentiellement à assurer un apport suffisant de main-d’œuvre et à éviter les dommages à l’environnement
L’effort de stabilisation doit aller au-delà de la politique macroéconomique. Il est essentiel que la politique de l’immigration reste souple. Les projets d’investissement auront également un effet sensible sur l’environnement. Les études d’impact environnemental ont abouti à des modifications de la conception des projets, mais certains problèmes (notamment l’érosion) se manifesteront au fil du temps. Une surveillance constante est donc indispensable. De plus, il faudrait un cadre plus complet pour évaluer l’impact économique et environnemental des nouveaux projets à forte intensité énergétique, de façon à améliorer la transparence ainsi que l’efficacité et la cohérence des politiques.
Dans le même temps, il est important de renforcer la formation du capital humain pour assurer la compétitivité et le développement de nouvelles industries de haute technologie, en vue d’une diversification de l’économie vers ces activités à forte valeur ajoutée. Le gouvernement a augmenté ces dernières années les dépenses pour l’éducation, mais les résultats éducatifs et le niveau d’instruction de la population n’atteignent pas ceux observés dans un grand nombre de pays de l’OCDE. On constate en particulier des taux d’abandon comparativement élevés. Face à ce problème, le gouvernement prévoit un ensemble de réformes (notamment une durée plus brève pour le deuxième cycle de l’enseignement secondaire).
Il faudrait intensifier la concurrence dans plusieurs secteurs pour que la croissance de la productivité puisse s’accélérer
Les réformes du droit de la concurrence et des réglementations sectorielles qui ont été menées depuis le début des années 90, se doublant d’amples opérations de privatisation, ont contribué à l’accélération de la croissance de la productivité cette dernière décennie. Pour l’application du droit de la concurrence, la structure institutionnelle actuelle est globalement efficiente et les textes proposés récemment pour la simplifier et pour renforcer les activités de surveillance de l’Autorité de la concurrence et ses attributions paraissent judicieux.
La concurrence s’est installée dans la plupart des segments du secteur des télécommunications, mais il faudrait favoriser l’entrée dans les services de téléphonie fixe en modifiant la tarification actuelle de l’accès. Il conviendrait également d’achever dès que possible la privatisation de l’opérateur historique. En revanche, le secteur de l’électricité reste entièrement à capitaux publics, malgré un nouveau cadre juridique qui considère comme concurrentielles les activités de production et de distribution et qui impose la séparation comptable entre le transport de l’électricité et les autres opérations. Pour stimuler la concurrence, il faudrait simplifier la structure capitalistique du secteur de l’électricité. Il faudrait en outre envisager la privatisation des activités actuelles de production de la Société nationale d’électricité. Enfin, il faudrait réduire les aides agricoles et les restrictions aux prises de participation étrangères qui subsistent dans les secteurs de la pêche et de l’énergie, et l’autorité de la concurrence devrait se montrer vigilante à l’égard des soumissions concertées dans l’octroi des marchés publics.