Etudes sur la mort
L’Esprit du temps

I.S.B.N.2913062857
180 pages

p. 9 à 25
doi: en cours

Veille sur la revue
Veille sur l'auteur
Vous consultez

no 121 2002/1

2002 Études sur la mort

La mortalité en France au cours des cinquante dernières années

Alfred Nizard chargé de recherche,institut national d’études démographiques (i.n.e.d.)133, boulevard Davout 75980 Paris Cedex 20
De 1946 à 2000, l’espérance de vie a progressé de 62,5 à 79 ans. Le nombre annuel de décès n’a cependant guère varié, s’élevant chaque année à quelque 550 000. La population a augmenté de 50 %, tandis que l’effectif des «85 ans ou plus» est multiplié par 6. La faible variation du nombre de décès résulte d’une compensation entre l’effet de la baisse de mortalité et ceux de l’augmentation et du vieillissement de la population.
En 1946, moins de 1 décédé sur 5 avait 80 ans ou plus. C’est le cas de 1 décédé sur 2 en 2000.
Le lieu du décès s’est déplacé du domicile (3 décès sur 4 en 1950) à l’hôpital (1 sur 2 en 1995).
Entre 1950 et 2000, l’espérance de vie a progressé de 13 ans tandis que le risque de décéder, tous âges confondus, a diminué de plus de 50 %.
Au cours du dernier demi-siècle, la chute de la mortalité a d’abord été fondée sur le recul des maladies infectieuses. Un nouveau cours s’est installé vers 1970 avec la baisse de la mortalité cardio-vasculaire pendant que les risques liés au mode de vie et à l’environnement ont évolué diversement (diminution de l’alcoolisme, poursuite de l’ascension du tabagisme, surtout masculin, limitation de la mortalité routière par la réglementation).
La mortalité adulte est encore très forte, mais en recul. Depuis 1988, la baisse de la mortalité masculine par cancer est en baisse. Le sida décline rapidement depuis 1996. La mortalité routière, encore très élevée, diminue pas à pas. Les suicides, liés à la crise économique et à une structure sociale peu favorable aux jeunes, ont reculé depuis 1996. La montée du tabagisme féminin rapproche la mortalité des deux sexes.
From 1946 to 2000, the life expectancy increased from 62.5 to 79 years. The annual number of deaths however hardly varied, rising each year with some 550 000 deaths. The population increased by 50 %, while the number of the «85 years or more» group was multiplied by 6. The weak variation of the number of deaths results from a compensation between the effects of the fall of mortality and those of the increase and the ageing of the population.
In 1946, less than 1 death out of 5 was 80 years old or more. It is the case of the 1 death out of 2 in 2000.
The place of the death moved from the home (3 deaths out of 4 in 1950) to the hospital (1 out of 2 in 1995).
Between 1950 and 2000, the life expectancy increased by 13 years while the risk of death, all ages considered, decreased by more than 50 %.
During the last half-century, the fall of mortality initially was based on the retreat of the infectious diseases. A new trend was established about 1970 with the fall of cardiovascular mortality while the risks related to life style and the environment evolved in different ways (reduction in alcoholism, continuation of the rise of the nicotinism, especially male, limitation of road mortality by the regulation).
Adult mortality is still very strong, but in retreat. Since 1988, the fall of male mortality by cancer is falling. The AIDS has declined quickly since 1996. Road mortality, still very high, is gradually decreasing. Suicide, dependent on the economic crisis and a social structure unfavorable to young people, had fallen since 1996. The rise of the female nicotine addiction has brought mortality levels in the two sexes closer.
 
I. L’espérance de vie des femmes et des hommes depuis 1946
 
 
Pour rendre compte de l’évolution de la mortalité, le meilleur indicateur synthétique est l’espérance de vie (à la naissance). Celle-ci mesure la durée moyenne de vie des femmes et des hommes dans les conditions propres à chaque année civile ou à une période pluriannuelle.
L’espérance de vie a considérablement augmenté depuis deux siècles et demi. Vers 1750, elle était encore de l’ordre de 25 ou 27 ans, soit à une valeur très proche de celle qui a prévalu depuis l’origine de l’humanité. Au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, en 1946, on était à 65 ans pour les femmes et à 60 ans pour les hommes en France métropolitaine. En près de deux siècles, l’espérance de vie a gagné 38 ans pour les premières et 35 ans pour les seconds.
La figure 1 trace son parcours pour chaque sexe depuis 1946. La progression est très rapide jusque vers 1960, progression surtout fondée sur le traitement des maladies bactériennes par les antibiotiques. Après un ralentissement, presque une pause, durant les années 1960, l’ascension reprend. Celle-ci repose alors sur le recul des maladies cardio-vasculaires, recul essentiellement dû à une nouvelle classe de médicaments – les bêtabloquants – et à un nouvel usage de l’aspirine [2]. Elle porte l’espérance de vie en l’an 2000 à 82,7 ans pour les femmes et à 75,2 ans pour les hommes, soit à 79 ans pour l’ensemble. En guère plus d’un demi siècle, l’accroissement est égal à une petite moitié du gain des deux siècles précédents, avec une avancée de 17 ans et demi ou de 15 ans, selon le sexe.
Figure 1
Espérance de vie a la naissance en France métropolitaine de 1946 à 2000
IMGIMGEspérance de vie a la naissance en France métropol...IMGIMF
On aura observé sur la figure 1 que la longévité des femmes est supérieure à celle des hommes. Ce phénomène a un fondement biologique: le sexe fort est féminin. Mais, plus encore que la loi naturelle, ce qui écarte l’espérance de vie masculine de la féminine, c’est un mode de vie qui expose plus l’homme: alcool, tabac, drogues illicites, accidents, violence, risques professionnels, moindre accession aux soins médicaux, et plus généralement une vie moins protégée, moins régulière et plus risquée que celle de la femme [5, 6]. En revanche, le rapprochement du mode de vie des femmes de celui des hommes, notamment dans le domaine du tabagisme, tend à diminuer l’écart des espérances de vie depuis 1993. Celui-ci, qui était de 5,3 ans en 1946, s’élevait à 8,2 ans en 1984-1992; il a ensuite été réduit à 7,5 ans en 1999-2000, réduction qui semble destinée à se poursuivre [7, 11].
Depuis 1946, à la montée de l’espérance de vie, n’a correspondu aucune baisse du nombre de décès. Ce paradoxe mérite quelques explications.
 
II. Nombre de décès, population et vieillissement
 
 
1. Le nombre de décès et ses facteurs de variation
Le nombre de décès en France métropolitaine a peu varié depuis 1946 (figure 2 – échelle à droite). On observe, certes, des minima de 500 000 en 1961 et de 501 000 en 1958, et des maxima de 574 000 en 1949 et de 573 000 en 1969, mais le nombre de morts est généralement resté proche de 550 000 de 1946 à 2000. Comme la population est passée de 40 à près de 60 millions dans le même temps – presque 50 % d’augmentation en 54 ans! – (figure 2 – échelle à gauche), on imagine aisément que le chiffre de décès aurait diminué si la population n’avait pas varié. La stabilité du nombre de décès depuis 1946 dissimule une réduction de la mortalité.
Figure 2
Population et décès en France métropolitaine de 1946 à 2000
IMGIMGPopulation et décès en France métropolitaine de 19...IMGIMF
Pour éclairer ce phénomène, constatons d’abord que le nombre des décès est presque le même au milieu et à la fin du xxe siècle: 530 000 en 1997 contre 534 000 en 1950 (figure 2).
Cependant, si la population n’avait pas varié depuis 1950, si son effectif était constamment égal à 41 830 000 depuis 1950 et si sa répartition par sexe et âge était restée identique, le nombre de décès n’aurait alors varié que sous le seul effet de la baisse de mortalité. Il aurait baissé de 534 000 en 1950 à 237 000 en 1997 (figure 3, courbe inférieure). Le nombre de décès aurait alors diminué de 56 %. Autrement dit, entre 1950 et 1997, le risque annuel de décéder a été divisé par deux – et plus encore –, tous âges confondus.
Figure 3
Nombre de décès de 1950 à 1997
IMGIMGNombre de décès de 1950 à 1997IMGIMF
Comme la population augmente au fil du temps – et a même fortement augmenté –, il convient de majorer chacun des points de la courbe inférieure de la figure 3 dans une proportion qui tienne compte de cette augmentation; on obtient alors la courbe centrale de la figure 3, avec 534 000 décès en 1950 et 334 000 en 1997. Avec la baisse de la mortalité et l’accroissement de la population observés, mais en l’absence de toute variation de la répartition par âge de la population, on aurait assisté à la réduction du nombre de décès de près de 40 %.
Reste la variation de la répartition par âge de la population, caractérisée par la montée de la proportion de personnes âgées, montée appelée vieillissement de la population. Celui-ci a eu pour effet depuis le lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, de pousser à la hausse chaque année le nombre de décès, ou plutôt de neutraliser la chute qui serait survenue sous l’effet de la baisse de la mortalité, chute que l’accroissement de la population aurait seulement ralenti. Au total, avec le vieillissement de la population, le nombre de décès n’a guère varié: 534 000 en 1950, 530 000 en 1997 (figure 3, courbe supérieure). C’est ainsi que le nombre de décès s’est maintenu autour de 550 000 depuis un demi-siècle.
En résumé, entre 1950 et 1997, le nombre de décès aurait diminué de 534 000 à 237 000 (moins 56 %) en France métropolitaine sous le seul effet de la baisse de la mortalité, en l’absence d’accroissement et de vieillissement de la population. En tenant compte de l’accroissement de la population, la diminution de ce chiffre aurait été encore conséquente avec 334 000 en 1997 (moins 38 % relativement à 1950). Le vieillissement de la population porte le nombre à 530 000 en 1997 (variation quasi nulle relativement à 1950). Le vieillissent de la population, bien plus que son accroissement, est le principal facteur de rétention de la chute du nombre de décès sous l’effet de la baisse de la mortalité.
2. Aspects du vieillissement de la population
La proportion de personnes du troisième âge a augmenté d’un tiers entre 1950 et 1997: les «65 ans et plus» représentent 12 % de la population à la première date et 16 % à la seconde. L’importance des «75 ans et plus» a presque doublé: 4 % en 1950, 7 % en 1997. Quant au poids des «85 ans et plus», il a quadruplé, allant de 0,56 % à 2,20 %. Les pourcentages de personnes âgées dans la population paraissent modestes, mais leur poids est déterminant sur le nombre de décès, comme on a pu le constater ci-dessus.
Une claire vision de l’évolution de la population par groupe d’âge est présentée par les figures 4, 5 et 6. Ces graphiques donnent une image de l’évolution de la population des diverses tranches d’âge sur la base d’un effectif égal à 100 en 1950.
Figure 4
Population tous âges et par tranche d’âge de 0 à 64 ans en France métropolitaine de 1950 a 1997, sur la base d’un effectif égal a 100 en 1950
IMGIMGPopulation tous âges et par tranche d’âge de 0 à 6...IMGIMF
Avant 65 ans, l’évolution est chahutée en raison des irrégularités de la pyramide des âges (figure 4). En 1997, l’effectif des 15-34 ans et des 35-54 ans avait progressé autant que la population tous âges (indice égal à 140, soit plus 40 % depuis 1950). Quant au groupe des plus jeunes, 0-14 ans, il se trouve majoré de moins de 20 % en 1997. Le groupe le plus âgé de la figure 4, 55-64 ans, se trouve en 1997 dans une situation intermédiaire avec un accroissement de moins de 30 % en 1997. Au total, entre 1950 et 1997, les effectifs de toutes les tranches d’âges inférieures à 65 ans ont augmenté en pourcentage moins que l’ensemble de la population, ou, au plus, autant.
Au-dessus de 65 ans, l’accroissement des effectifs des groupes d’âges est toujours supérieur à celui de l’ensemble de la population (figures 5 et 6), même si l’évolution est irrégulière à 65-74 ans et à 75-84 ans (figure 5). En 1997, le nombre des 65-74 ans a augmenté de 60 % relativement à 1950 (indice égal à 160), et celui des 75-84 ans a presque doublé.
Figure 5
Population tous âges et par tranche d’âge de 65 a 84 ans en France métropolitaine de 1950 a 1997, sur la base d’un effectif égal à 100 en 1950
IMGIMGPopulation tous âges et par tranche d’âge de 65 a ...IMGIMF
Au-dessus de 85 ans, on assiste à un véritable envol (figure 6). De 1950 à 1997, l’effectif de l’ensemble des «85 ans ou plus» est multiplié par 5,5; l’augmentation est de 450 %, sans commune mesure avec l’accroissement de 40 % de la population tous âges. Et la multiplication des effectifs est d’autant plus importante que l’âge est plus élevé: multiplication par 4,6 à 85-89 ans, par plus de 8 à 90-94 ans, et par 15 à 95 ans ou plus.
Figure 6
Population tous âges et par tranche d’âge supérieur en France métropolitaine de 1950 à 1997, sur la base d’un effectif égal à 100 en 1950
IMGIMGPopulation tous âges et par tranche d’âge supérieu...IMGIMF
Cette fantastique multiplication du nombre de vieillards mérite une explication.
3. Origines du vieillissement de la population
Historiquement, la baisse de la mortalité a d’abord concerné les jeunes, et singulièrement les nouveau-nés, durant deux siècles. Aussi, jusqu’au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, la baisse de la mortalité n’a aucunement favorisé le vieillissement de la population. Ce dernier phénomène, qui progressait depuis deux siècles, était alors dû uniquement à la chute de la fécondité. Cette chute retranchait en quelque sorte des vies à la base de la pyramide des âges, ce qui avait pour conséquence d’augmenter le pourcentage des effectifs à son sommet.
Cependant, à partir de 1950, et plus encore à partir de 1970, la baisse de la mortalité entre dans une nouvelle phase fondée sur sa réduction aux grands âges (chute de la mortalité infectieuse par les antibiotiques, puis recul de la mortalité cardio-vasculaire). Auparavant, en raison même de la forte mortalité des vieillards, leur chance de survie était faible: jusqu’au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, les vieillards subissaient un très fort risque de mourir et n’avaient qu’une très petite chance de survivre. Dès lors que le risque de mourir connaît un recul sensible, dans les années 1950 et suivantes, et plus encore dans les années 1970 et suivantes, ce recul, appliqué à la chance de survie, est beaucoup plus sensible [2, 3].
Un exemple tiré d’une publication antérieure [2]: entre 1946 et 1991, pour le sexe féminin, le risque de mourir entre 75 et 90 ans a diminué d’un quart en passant de 893 à 662‰. Quant à la chance de survie, complément à 1 du risque de mourir (ou plutôt le complément à 1000 puisque la mesure du risque est ici faite pour 1000 personnes), elle a triplé en s’élevant dans le même temps de 107 à 338‰! Et cette escalade dans la multiplication des effectifs ne s’arrête pas au triplement entre 75 et 90 ans puisque l’effectif des survivants à 75 ans a lui-même augmenté entre 1946 et 1991. La multiplication des effectifs concerne toutes les personnes âgées, et ce, d’autant plus que l’âge est plus élevé.
4. Répartition des décès suivant l’âge
L’importance croissante des vieux dans la population trouve un écho dans la répartition des décès par tranche d’âge (figure 7).
Figure 7
Répartition des décès par tranche d’âge en France métropolitaine de 1950 à 1997
IMGIMGRépartition des décès par tranche d’âge en France ...IMGIMF
Les 0-14 ans réunissaient 10 % des décès en 1950; ils ne sont plus que 1 % en 1997. La proportion des 15-34 ans, des 35-54 ans et même des 55-64 ans a relativement peu varié: ensemble, ils représentent 29 % des décès en 1950, et encore 20 % en 1997. À ces âges, les accidents, les suicides, l’alcoolisme ou le tabagisme ont peu ou pas baissé, et de nouvelles maladies sont apparues (sida, hépatite C, légionellose).
Les personnes âgées de 65 ans ou plus comptaient déjà plus de 60 % des décès en 1950. En 1997, la mort survient à ces âges dans près de 80 % des cas. On observe une accumulation des décès aux âges les plus élevés: de 1950 à 1997, la proportion des 65-74 ans a baissé de 24 à 18 %; celle des 75-84 ans a quelque peu diminué en allant de 27 à 25 %; mais elle augmente fortement à 85 ans ou plus avec 10 % des décès (pour 0,56 % de la population) en 1950, et 36 % des décès en 1997 (pour 2,2 % de la population). De manière complémentaire, le décès est de plus en plus tardif, et la vie est de plus en plus longue.
Le vieillissement de la population a eu tout à la fois pour conséquence d’empêcher la baisse du nombre annuel de décès et de concentrer en grande partie ceux-ci aux plus grands âges. Ce vieillissement va se poursuivre parce que les phénomènes qui l’ont provoqué perdurent – notamment la diminution du risque de mourir aux grands âges –, mais aussi avec l’arrivée progressive des générations du baby boom aux troisième et quatrième âges. On verra alors le nombre de décès augmenter.
 
III. Le lieu du décès
 
 
Depuis les années 1950, on a assisté à une révolution dans l’environnement de l’individu qui décède. Les progrès médicaux ont été considérables tandis que l’urbanisation, les migrations et le relâchement des liens familiaux ont modelé un nouveau paysage social. En 1950, trois décès sur quatre survenaient au domicile. Ce n’est plus le cas que d’un décès sur quatre en 1995 (figure 8).
Figure 8
Répartition des décès selon le lieu en France métropolitaine de 1950 à 1995
IMGIMGRépartition des décès selon le lieu en France métr...IMGIMF
C’est d’abord l’hôpital qui est devenu le principal lieu de mort avec un décès sur cinq en 1950 et un sur deux en 1995. Cliniques et maisons de retraite constituent de plus en plus des lieux de décès: un sur cent pour chaque catégorie d’établissement en 1950, un sur dix en 1995. Le décès sur la voie ou dans un lieu public, certes peu fréquent (0,9 en 1950, 2,2 % en 1995), a doublé.
L’hôpital est devenu un lieu essentiel de soins jusqu’à la mort, notamment parce que l’individu décède de moins en moins d’une maladie aiguë de courte durée, et de plus en plus d’une longue maladie, souvent chronique; à l’approche de l’issue fatale, c’est à l’hôpital qu’on tente de la retarder par des soins intensifs. À côté de l’hôpital, on trouve la clinique, qui n’est pas toujours cantonnée aux soins «légers» ou aux interventions bénignes, et qui peut même se spécialiser dans l’accueil des patients en fin de vie. La fréquence des décès en maison de retraite renvoie tout à la fois au vieillissement de la population, à la diminution de l’autonomie des personnes âgées et à la fin de la cohabitation des générations les plus anciennes avec leurs enfants (enfants eux-mêmes parfois déjà dans la vieillesse). Le doublement du nombre de décès sur la voie ou dans un lieu public évoque la montée des accidents de la circulation, mais aussi celle des suicides, ainsi que l’accroissement du nombre des personnes sans domicile fixe (SDF) ou vivant en marge de la société.
 
IV. Taux brut de mortalité, taux comparatif et espérance de vie
 
 
Avec l’espérance de vie, on utilise souvent un autre instrument de mesure de la mortalité, le taux comparatif. Celui-ci est fort utile pour analyser les variations des causes de décès.
La mesure la plus simple est le rapport du nombre annuel de décès à la population, ou taux brut de mortalité, mais celui-ci n’est pas véritablement un indicateur de la mortalité: le nombre de décès dépend notamment de la répartition par âge de la population, et il en est de même du taux brut (figure 9). Celui-ci a diminué d’un tiers de 1946 à 1994, malgré le vieillissement de la population, passant de 13,5 à 9,0‰. Il ne baisse guère depuis 1995, et cette résistance à la baisse témoigne d’une forte progression du vieillissement de la population avec l’avancement en âge des générations du baby boom (les générations 1946-1955 ont 40 à 49 ans en 1995). Le nombre de décès a été contenu jusqu’ici à quelque 550 000, mais on voit poindre son inéluctable montée au cours des prochaines années.
Figure 9
Taux brut et taux comparatif de mortalité pour 1000 personnes en France métropolitaine de 1946 à 2000
IMGIMGTaux brut et taux comparatif de mortalité pour 100...IMGIMF
Au contraire du taux brut, le taux comparatif de mortalité est affranchi de l’effet de la variation de la répartition de la population; son parcours permet ainsi de décrire fidèlement l’évolution de la mortalité. Il résulte de l’application des taux de mortalité par âge à une population fictive, appelée population-type, aux effectifs par âge invariables. La population-type utilisée pour le calcul des taux comparatifs représentés sur la figure 9 (courbe inférieure à droite) est la population-type européenne anciennement en usage dans les annuaires de l’O.M.S. Le taux comparatif baisse de 13,9 à 6,4‰ de 1950 à 2000, ce qui révèle une baisse de la mortalité de 54 % en un demi-siècle.
Le chiffre de 54 % de baisse de la mortalité, tous âges confondus, entre 1950 et 2000, se compare à celui de 56 % pour la période 1950-1997 annoncé plus haut, lorsqu’on a présenté les facteurs de variation du nombre annuel de décès. La discordance des chiffres ne doit pas surprendre car la mesure de la baisse de la mortalité par le taux comparatif dépend quelque peu du choix de la population-type: la baisse est d’autant plus ample que la population de référence compte une moindre proportion de vieux; elle est d’autant plus réduite dans le cas contraire. Lorsqu’on a présenté les facteurs de variation du nombre de décès, la population de référence est celle de la France métropolitaine en 1950, et pour la mesure de la mortalité par le taux comparatif, la population de référence – la population-type européenne – est plus «vieillie». Au demeurant, les résultats sont du même ordre et il faut retenir qu’au cours de la seconde moitié du xxe siècle, le risque de mourir, tous âges confondus, a été divisé par un peu plus de deux.
Dans le même temps, l’espérance de vie pour l’ensemble des femmes et des hommes est passé de 62,5 ans en 1946 à 66 en 1950 et à 79 en 2000; le gain est de 16,5 ans depuis 1946 et de 13 ans en un demi-siècle (figure 1).
 
V. Mortalité selon l’âge
 
 
La mort est fatale mais, sauf dans le cas des personnes en fin de vie, elle n’est à un aucun moment inéluctable. Le taux tous âges est une mesure approximative du risque de mourir de l’homme «moyen» au cours d’une année civile, quel que soit son sexe ou son âge. En se référant au taux comparatif, ce risque était de 0,014 (ou de 14 pour 1000 personnes) en 1950, et de 0,007 (7 pour 1000) en 1997. Il varie cependant considérablement suivant l’âge. Il est relativement élevé à l’âge de 0 an, au cours de la première année de vie, diminue rapidement jusqu’à un minimum vers 10 ans; il augmente ensuite en doublant tous les 7 ou 8 ans, jusqu’à atteindre une valeur proche de 1 (1000 pour 1000) au-dessus de 100 ans. Les taux de mortalité par âge donnent une image de cette évolution. Sur la figure 10, l’échelle des taux est logarithmique, ce qui permet tout à la fois de représenter des valeurs très éloignées et de bien rendre compte du rythme de variation du taux selon l’âge.
Figure 10
Taux de mortalité par âge en France métropolitaine (pour 1000 personnes) de 1950 et en 1997
IMGIMGTaux de mortalité par âge en France métropolitaine...IMGIMF
En 1950, près de 60 nouveau-nés sur 1000 disparaissent avant d’atteindre le premier anniversaire; ils ne sont plus que 5 dans ce cas en 1997. La fréquence annuelle des décès diminue dans l’enfance jusque vers l’âge de 10 ans; elle descend alors à 0,5‰ en 1950 ou 0,1 en 1997. Le risque de mourir s’accroît ensuite rapidement: il retrouve celui de la première année de vie vers 75 ans en 1950 et vers 50 ans en 1997. En 1950 comme en 1997, c’est vers 60 ans que la fréquence des décès est égale à la fréquence moyenne tous âges. On observe un palier autour de 25 ans en 1997, palier dû à un surcroît de mortalité traumatique (accidents de la circulation, suicides) chez les jeunes adultes et chez les adolescents.
L’ample baisse de la mortalité observée ci-dessus s’est notamment accompagnée par sa concentration aux grands âges (supra), ainsi que d’un bouleversement des causes médicales de décès.
 
VI. Les causes de la mort
 
 
Au cours de la seconde moitié du xxe siècle, les infections aiguës et les maladies de l’enfance ont été en grande partie remplacées par des maladies chroniques ou de longue durée liées au vieillissement de la population, aux conduites addictives (alcool, tabac, drogues illicites), à l’environnement, ainsi qu’au mode de vie de nos contemporains (risques professionnels, voiture, vacances, sexualité…) [2, 5, 6, 7, 8, 10, 11].
1. Évolution chronologique du nombre et de la proportion de décès suivant la cause
De 1950 à 1996, le nombre et la proportion de décès dus aux tumeurs, ou plutôt aux cancers, ont doublé, passant de 77 000 à 148 000, et de 14 à 28 % (figure 11). L’accroissement de la mortalité par tumeurs a résulté, en dépit de réels progrès thérapeutiques, de l’augmentation de l’incidence, c’est-à-dire de la fréquence des personnes nouvellement atteintes chaque année. Le tabagisme des hommes puis celui des femmes, l’alcoolisme, des risques professionnels (en particulier l’amiante) et des facteurs environnementaux mal connus sont à l’origine de cette évolution [7]. Le nombre de décès tend à plafonner depuis 1988. En fait, depuis cette date, le risque de mortalité par cancer diminue; cette baisse n’a pas entraîné de retrait du nombre de décès, mais seulement un quasi arrêt de sa montée, en raison du vieillissement de la population. Dans les années 1990, la diminution du tabagisme masculin a conforté la baisse de la mortalité des hommes par cancer tandis que l’accroissement du tabagisme féminin contracte la baisse de la mortalité des femmes par cancer.
Figure 11
Décès par cause en France métropolitaine de 1950 à 1996
IMGIMGDécès par cause en France métropolitaine de 1950 à...IMGIMF
Les maladies cardio-vasculaires provoquaient en 1950, 177 000 décès, soit le tiers du total. Ce nombre s’est accru jusqu’aux années 1970 en raison de l’accroissement et surtout du vieillissement de la population, et ce, malgré une régression modeste, mais réelle, du risque de mortalité par maladies cardio-vasculaires. Les années 1970 voient la fin de l’accroissement puis le recul du nombre de morts dus à ces affections, recul qui s’est ensuite poursuivi, en sorte qu’on retrouve pratiquement les chiffres de 1950 en 1996 (174 000 décès, 33 % du total). La forte baisse du risque de mortalité par maladies cardio-vasculaires durant les 30 dernières années du xxe siècle a permis le recul du nombre de décès.
La fréquence des maladies infectieuses, respiratoires, génito-urinaires et périnatales a été divisée par deux entre 1950 et 1996, tant pour le nombre (128 000 contre 64 000) que pour la proportion de décès (24% contre 12%). Cette évolution a été quelque peu contrariée par la présence du sida dans ce groupe d’affections, avec 3500 en 1996. La sida a provoqué plus de 5000 décès en 1993-95; en chute depuis 1996 grâce aux multithérapies, il fait désormais chaque année plusieurs centaines de victimes.
Les autres maladies avaient en 1950 approximativement la même importance que le groupe précédent (124 000 décès, 23 % du total). Elles ont relativement peu reculé même si le nombre de décès a baissé jusqu’à 99 000 en 1991 et en 1992. Une trop faible diminution du risque de mortalité par ces affections, conjuguée au vieillissement de la population, a ensuite porté le nombre de décès à la hausse: 106 000 en 1996, 20 % du total.
Quant aux décès par traumatismes, partis de 28 000 en 1950, ils sont montés jusqu’à 50 000 ou plus de 1972 à 1984, avant de redescendre à 44 000 en 1996. Les morts violentes ont enregistré jusqu’en 1972 l’extension de la mortalité routière, puis, à partir de 1975, la hausse des suicides [1, 4, 9]. Depuis 1973, la mortalité routière recule peu à peu; il en est de même pour la mortalité par suicide depuis 1987.
Finalement, au cours des cinquante dernières années, un fort accroissement des tumeurs, le maintien des maladies cardio-vasculaires (correspondant à une chute de la mortalité compensée par le vieillissement), un formidable recul des maladies infectieuses et périnatales ainsi que des affections respiratoires et génito-urinaires, un modeste retrait des autres maladies et une remarquable poussée des morts violentes caractérisent l’évolution des causes de décès.
2. Les causes de décès selon l’âge en 1996
Les causes de décès ne sont pas également réparties selon l’âge (figure 12). À la naissance, les enfants sont surtout victimes de maladies infectieuses, d’anomalies congénitales ou d’affections périnatales – toutes causes comprises dans le groupe des maladies infectieuses, respiratoires, génito-urinaires et périnatales – ainsi que de mort subite, cause comprise dans les autres maladies. Après avoir beaucoup augmenté, la mort subite du nourrisson est en déclin.
Figure 12
Répartition des décès par cause suivant l’âge en France métropolitaine en 1996
IMGIMGRépartition des décès par cause suivant l’âge en F...IMGIMF
La proportion de morts par tumeurs est importante dès l’enfance (leucémies), 25 % des décès à 7 ou 8 ans, 20 % vers 12 ou 13 ans. Mais c’est entre 45 et 75 ans que les cancers causent 40 à 50 % des décès (cancers liés à la consommation d’alcool et de tabac et aux déséquilibres hormonaux féminins). Aux âges plus élevés, cette cause de décès perd de l’importance, même si certaines formes tardives deviennent alors plus fréquentes (prostate, partie inférieure du tube digestif).
Sur la figure 12, le couloir des maladies cardio-vasculaires, très étroit chez les enfants et les jeunes adultes, s’élargit progressivement jusqu’à atteindre plus de 40 % des décès à partir de 80 ans et sans doute plus de 50 % au-dessus de 90 ans.
Les maladies infectieuses (et les autres affections incluses dans le même groupe) sont surtout des maladies de l’enfance et de la vieillesse. Elles provoquent en effet une proportion décroissante de décès de la naissance à l’âge adulte: 66 % chez les nourrissons, 5 % vers 20 ans. Entre 25 et 45 ans, on observe un surcroît de morts par maladies infectieuses; il s’agit en fait du sida, encore important en 1996, mais en très forte régression depuis. Au-dessus de 60 ans, la proportion de décès dus à ces affections s’élargit et elles causent 15 % de la mortalité vers 90 ans.
Les autres maladies forment un groupe composite, très important chez les nourrissons et chez les enfants, ainsi que dans la vieillesse, parce qu’il comprend les troubles du système nerveux, les maladies endocriniennes et les causes mal définies, très présentes chez les plus jeunes et chez les personnes âgées.
Enfin, les traumatismes constituent une cause majeure de mortalité dès l’âge de 1 ou 2 ans; ils causent la majorité des décès de 15 à 30 ans et plus de 20 % vers 45 ans. Ce n’est qu’au-dessus de 60 ans que la proportion de décès devient inférieure à 10 %.
En résumé, les jeunes meurent par traumatismes, les vieux succombent par maladies cardio-vasculaires, et les personnes d’âge intermédiaire décèdent par cancers.
3. Variation du taux de mortalité par cause suivant l’âge
Pour une dernière vision de l’évolution due la mortalité par cause au cours des cinquante dernières années, retenons la variation du taux de mortalité suivant l’âge (figures 13 et 14).
Selon la figure 13, la baisse de la mortalité générale (toutes causes) entre 1950 et 1996 est de 90 % ou plus avant 5 ans, de 80 % entre 5 et 10 ans et de 75 % de 10 à 15 ans. De 15 à 85 ans, elle est de 50 % ou plus. Ce n’est qu’au-dessus de 85 ans que le recul de la mortalité devient inférieur à 50 %.
Figure 13
Variation (en %) du taux de mortalité par toutes causes, par maladies infectieuses, respiratoires, génito-urinaires et périnatales, et par autres maladies selon l’âge en France métropolitaine de 1950 à 1996
IMGIMGVariation (en %) du taux de mortalité par toutes c...IMGIMF
La mortalité par les maladies infectieuses et les affections associées a diminué de 90 % ou plus avant 30 ans; et, pourrait-on dire, de plus de 80 % avant 60 ans, s’il n’y a le sida qui limite la baisse entre 25 et 45 ans (le sida est devenu beaucoup moins létal depuis 1996).
La mortalité par les maladies cardio-vasculaires a également beaucoup reculé dans l’enfance et à l’âge adulte. On observe une résistance à la baisse entre 35 et 45 ans, peut-être liée à l’épidémie du sida.
Les autres maladies, groupe composite, ont évolué comme l’ensemble toutes causes. Seule différence remarquable, une baisse de mortalité par les autres maladies amplifiée au-dessus de 60 ans. Comme le groupe comprend les causes mal définies, ce phénomène est simplement dû à l’amélioration des déclarations de cause de décès par les médecins certificateurs.
Sur l’ensemble de la période 1950-1996, la mortalité par tumeurs a baissé au-dessous de 50 ans (figure 14). L’accroissement est de l’ordre de 10% jusqu’à 75 ans, et s’élève aux grands âges. Quant à la mortalité par traumatisme, elle a diminué avant 15 ans et entre 30 et 75 ans.
Figure 14
Variation (en %) du taux de mortalité par toutes causes, par tumeurs et par traumatismes en France métropolitaine selon l’âge, de 1950 à 1996
IMGIMGVariation (en %) du taux de mortalité par toutes c...IMGIMF
Ce formidable bilan ne doit pas nous incliner à l’optimisme. Le ralentissement de la baisse de la mortalité observé ces dernières années, malgré les évolutions bénéfiques soulignées ci-dessus, pourrait se prolonger. La chute de la mortalité cardio-vasculaire se heurte à la loi des rendements décroissants. La consommation de tabac, en baisse de 1992 à 1997, ne diminue plus ou peu; la consommation d’alcool est sur un palier depuis 1993. Quant aux femmes, la progression de leur espérance de vie est plus menacée que celle des hommes en raison de la montée de la mortalité tabagique féminine [11].
 
BIBLIOGRAPHIE
 
1
·  BOURGOIN N., NIZARD A. (1994), «Mortalité violente: la France mal placée», Population et Sociétés, 289, 4 p.
2
·  BOURGOIN N., NIZARD A. (1994), «Sur l’évolution de la mortalité au 3ème âge et aux âges antérieurs», Gérontologie et Société, 71, pp. 42-65.
3
·  BOURGOIN N., NIZARD A. (1995), «La survie des personnes âgées», Population et Sociétés, 302, p. 4.
4
·  BOURGOIN N., NIZARD A. (1995), «Mourir jeune. Les accidents de la route en France depuis 1953, Autour d’Alain Girard», Paris, L’Harmattan, Collection Utinam, pp. 55-72.
5
·  MUNOZ PEREZ F., NIZARD A. (1993), «Alcool, tabac et mortalité en France depuis 1950. Essai d’évaluation du nombre de décès dus à la consommation d’alcool et de tabac en 1986», Population, 3, pp. 571-608.
6
·  MUNOZ PEREZ F., NIZARD A. (1993), «Alcool, tabac et mortalité en France depuis 1950. Incidence de la consommation d’alcool et de tabac sur la mortalité», Population, 4, pp. 975-1104.
7
·  NIZARD A. (1997), «La mortalité par tumeur en France au tournant des années quatre-vingt-dix, tabl.», Population, 3, pp. 665-698.
8
·  NIZARD A. (1997), «Les trois révolutions de la mortalité depuis 1950», Population et sociétés, 327, 4 p.
9
·  NIZARD A. (1998), «Suicide et mal-être social», Population et sociétés, 334, 4 p.
10
·  NIZARD A. (1999), Du sida et d’autres risques émergents, Population et Sociétés, 349, 4 p.
11
·  NIZARD A. (2000), «Les effets sur la mortalité de quelques maux contemporains: sida, hépatite, alcool et tabac», Population, 3, pp. 503-564.
© Cairn 2007 Vie privée | Conditions d’utilisation | Conditions générales de vente
À propos | Éditeurs | Bibliothèques | Aide à la navigation | Plan du site | Raccourcis
Espérance de vie a la naissance en France métropolitaine de 1946 à 2000
Population et décès en France métropolitaine de 1946 à 2000
Nombre de décès de 1950 à 1997
Population tous âges et par tranche d’âge de 0 à 64 ans en France métropolitaine de 1950 a 1997, su...
[suite]
Population tous âges et par tranche d’âge de 65 a 84 ans en France métropolitaine de 1950 a 1997, s...
[suite]
Population tous âges et par tranche d’âge supérieur en France métropolitaine de 1950 à 1997, sur la...
[suite]
Répartition des décès par tranche d’âge en France métropolitaine de 1950 à 1997
Répartition des décès selon le lieu en France métropolitaine de 1950 à 1995
Taux brut et taux comparatif de mortalité pour 1000 personnes en France métropolitaine de 1946 à 20...
[suite]
Taux de mortalité par âge en France métropolitaine (pour 1000 personnes) de 1950 et en 1997
Décès par cause en France métropolitaine de 1950 à 1996
Répartition des décès par cause suivant l’âge en France métropolitaine en 1996
Variation (en %) du taux de mortalité par toutes causes, par maladies infectieuses, respiratoires, ...
[suite]
Variation (en %) du taux de mortalité par toutes causes, par tumeurs et par traumatismes en France ...
[suite]