Etudes sur la mort
L’Esprit du temps

I.S.B.N.2913062865
180 pages

p. 7 à 8
doi: en cours

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no 122 2002/2

2002 Études sur la mort

Éditorial

Michel Hanus Psychiatre, psychanalystePrésident de la Fédération Européenne Vivre son Deuilet de la Société de Thanatologie
Y a-t-il une mort avant la mort? Existe-t-il dans notre vie humaine des situations où la mort s’installe en nous avant qu’elle ne se réalise complètement, définitivement? Nous pensons bien sûr à la maladie grave et au deuil où nous naviguons, pendant un temps – éventuellement long – entre la vie et la mort. Mais la mort n’est pas que la fin de notre existence en tant qu’individus, elle est aussi, elle est autant et peut-être plus l’autre versant du grand processus de la vie qui sans cesse construit et sans cesse détruit afin de pouvoir reconstruire. Alors des processus létaux sont présents dans notre vie qui, peu à peu, vont la subvertir et finir par la submerger. L’épuisement physiologique de la vieillesse, en dehors même de toute maladie déclarée – nous signifie que la mort est progressive même si elle viendra à terme dans son dernier acte. Mais la mort psychologique, l’épuisement du vouloir-vivre?
Les exclus de la société dont tous les articles de ce numéro parlent prennent de l’avance dans ces deux dimensions: ils s’épuisent précocement, ils sont malades, ils meurent plus souvent et plus jeunes et ils s’épuisent moralement, désespérés ils n’attendent bientôt plus rien de la vie.
Une des difficultés dans la compréhension de cette mort sociale qu’est l’exclusion réside dans la tentation de dichotomiser abusivement la signification collective et la ou les implications subjectives alors que leurs dimensions sont complémentaires et que leurs effets concrets se potentialisent pour conduire cette personne à la rue. Les dimensions sociales vont apparaître tout au long de cette revue tout comme elles sont clairement exposées dans l’ouvrage récent de Patrick Declercq (Les Naufragés, Plon, 2001). Les implications subjectives sont plus difficiles à saisir du fait de leurs dimensions personnelles qu’il serait hasardeux de vouloir généraliser. Cependant c’est avec une relative fréquence que sont retrouvées dans l’histoire de vie de ces sujets des pertes répétées. Exclusion, histoire de vie, histoire de deuils, histoire de mort.
Chaque deuil important est vécu dans la solitude; il exclut, habituellement de manière temporaire mais parfois longue. Les endeuillés se sentent et se vivent différents des autres; ils ne sont plus dans le même monde et le leur se trouve entre la vie et la mort. La vie d’ordinaire finit par l’emporter au bout d’un temps variable. Mais le deuil, en ses débuts, durant la période de choc, met toujours celui qui le vit en danger; c’est la tentation de s’anéantir plus ou moins gravement, plus ou moins longuement. Chaque perte devient intolérable pour celui qui a déjà trop perdu à la fois matériellement accroissant son dénuement et affectivement augmentant son isolement.
Alors tentons ici une hypothèse qui trouvera peut-être des échos dans toutes les pages qui vont suivre: ces pertes qui s’accumulent chez ces personnes qui n’ont pas les capacités de les surmonter et vont devenir des exclus ne réveillent-elles pas un deuil, des deuils de l’enfance qui n’ont pas pu être intégrés? Les deuils précoces ont cette particularité d’entraîner chez l’enfant une intense culpabilité qui peut perdurer dans la vie lorsqu’elle n’a pas pu être apaisée par l’entourage. L’issue de ces deuils précoces dépend également beaucoup de la qualité de la relation qui existait avant la perte. Si bien que ces pertes précoces sont sans doute liées davantage à la déprivation, à la carence affective qu’à la mort d’un proche dans l’enfance.
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