Etudes sur la mort
L’Esprit du temps

I.S.B.N.2913062865
180 pages

p. 77 à 84
doi: en cours

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no 122 2002/2

2002 Études sur la mort

Un mort n’a pas besoin d’être tué deux fois (Antigone)

L’équipe de l’aumônerie de l’Institut Médico-Légal de Lyon2 rue Abbé Remillieux69008 Lyon 2 rue Abbé Remillieux69008 Lyon
Qui sont les défunts déposés à l’Institut Médico-Légal? Ceux qui ne sont inhumés ou incinérés qu’après autorisation du Procureur de la République. Cette autorisation est donnée après avis d’experts et éventuellement après autopsie. La loi protège les individus, exigeant que soient connues les causes des décès quand un médecin n’a pu affirmer qu’il s’agissait d’une mort naturelle.
Depuis 20 ans, notre équipe d’aumônerie catholique de cet Institut, est à la disposition des familles et amis pour organiser une célébration d’adieux dans les salles polycultes de l’Institut ou des différents cimetières de la Courly.
Le plus souvent, nous rencontrons un ou plusieurs membres de la famille ou des amis du défunt, et, ensemble, au cours de cet entretien, nous organisons un rite d’adieux dont les formes varient selon les situations, les désirs des familles et éventuellement selon les convictions du défunt.
La spécificité de l’Institut Médico-Légal nous amène à préparer des cérémonies pour des personnes que nous pourrions qualifier «d’exclus» de la société.
Exclus de leurs familles, de leur entourage, vivant dans la solitude, ou vagabondant, plus ou moins rattachés à des structures d’accueil ou de protection telles les associations de tutelles, les «Sans Abris» etc… Exclus au point d’être retrouvés dans un bois, en bas d’une falaise, dans une grotte et cela sans être recherchés par quiconque.
Cinquante à soixante pour cent de nos célébrations ont lieu pour des personnes qui se sont exclues de la vie par le suicide, et un nombre non négligeable pour des personnes découvertes décédées chez elles depuis plusieurs jours, semaines… Le voisinage s’en inquiétant lorsqu’il est incommodé par l’odeur.
Moins fréquemment, l’exclusion est le fait d’un meurtre, règlement de compte ou geste de folie.
Les exclus…? Nous en rencontrons bien sûr. Il suffit de choisir parmi beaucoup de défunts, quelques visages, quelques noms que plusieurs membres de notre équipe d’aumônerie évoquent et commentent ci-après.
Jean-Claude [1] vivait dans un coin du hall d’une grande gare. Il avait volontairement rompu avec sa famille depuis des années, ne voulait pas voir ses parents âgés qui pourtant venaient régulièrement regarder leur fils, en pleurant, mais de loin, pour ne pas le gêner. Nous serons quelques-uns autour de lui, le jour des obsèques, ses parents d’un côté, son ex-épouse, un de ses enfants, et une grand-mère de l’autre côté… Chacun est convaincu que l’autre est responsable de l’échec de la vie de Jean-Claude, de son enfoncement progressif dans la déchéance. Ainsi l’exclusion l’a atteint jusque dans la mort, même si les siens sont présents.
On rencontre souvent une réelle solidarité humaine au-delà de l’exclusion vécue. Je me souviens, enfant dans les années 30, avoir été impressionné par ces convois funéraires, le corbillard tiré par un cheval parcourant les rues de la ville. Même si l’assistance était réduite à presque personne, les passants s’arrêtaient, les hommes soulevant chapeau ou casquette par respect pour celui qui a terminé son parcours terrestre. Mystère des comportements humains qui peuvent ignorer quelqu’un sa vie durant et s’arrêter pour saluer son dernier passage… Cette solidarité se retrouve encore aujourd’hui. Bernard, dont la vie a basculé à la mort de son père s’est retrouvé à la rue à vingt deux ans et on ne sait plus rien de lui pendant des années… Il avait été finalement relogé en studio, avait rencontré des psychologues, enfin n’était bien que dans son squat avec son copain, le chien, sa pipe… et le vin. Le copain a été hospitalisé puis admis dans un hospice. Et Bernard est resté seul, faisant la manche à l’entrée d’un supermarché et retrouvant son squat le soir avec sa pipe et sa bouteille. À la fin, il ne se nourrissait plus, il est mort seul de malnutrition, de froid, d’alcool. La police a été prévenue par téléphone: «allez donc voir dans telle rue, à tel numéro». Il était là, le visage et les mains très abîmés, l’assistante sociale qui le voyait régulièrement est convoquée par la police puis téléphone: «Voulez-vous me remplacer pour la mise en bière. Je ne peux pas revoir ce visage». La cérémonie s’est déroulée simplement, chaleureuse. Nous sommes trois, deux assistantes sociales et moi. Bernard a terminé sa vie de galère, de solitude, de misère, de souffrance. Tous les trois, nous nous sentons profondément heureux, proches de notre frère Bernard, ce frère rencontré trop tard, mais qui désormais ne souffre plus.
Un commissaire de police, convoque Yvette, il a trouvé son nom sur un bout de papier. Il a fallu la trouver, elle n’a ni téléphone, ni voiture. On est samedi et le commissaire lui annonce qu’une de ses tantes vient d’être découverte, décédée à son domicile depuis plusieurs jours. Étonnement de sa part, elle n’a plus aucune famille.
On lui demande d’aller quand même à l’Institut Médico-Légal pour reconnaître cette vieille dame. Elle habite une lointaine banlieue et doit décaler son travail chez les personnes âgées dont elle a la charge. Son salaire est modeste.
Non, cette dame ne lui est rien. Il s’agit d’erreur. Cependant, Yvette décide de suite qu’elle ne peut laisser cette pauvre femme seule pour le dernier parcours de son chemin terrestre. Elle va donc effectuer les formalités administratives. L’Institut Médico-Légal nous contacte et nous indique le numéro de téléphone de la personne chez qui Yvette travaille ce matin. Je finis par la joindre et lui explique que j’aimerais bien connaître cette personne décédée. Alors, Yvette va revenir en ville samedi après-midi, essayer de rencontrer les voisins, de les interroger. Personne ne la «fréquentait» dans l’immeuble. Yvette me dit au téléphone «cette Madeleine est devenue presque ma tante depuis hier, je ne suis qu’une pauvre fille, mais je serai là mardi matin à 8 h 30». À l’heure dite, Yvette m’attend. C’est une femme, célibataire, une quarantaine d’années. Elle a travaillé avec ses parents ouvriers agricoles. Après leur décès, ne possédant rien au village, elle est venue en ville où, sans métier, elle a fait ce qu’elle a pu.
Yvette est venue avec une belle gerbe de fleurs. Comme les scellés étaient posés sur la porte de l’appartement de la défunte, elle a acheté une jupe et un corsage blanc, un joli pull blanc et une broche pour que cette vieille dame soit convenablement habillée. Elle avait même fait passer une annonce sur le journal, «Elle avait bien le droit que sa mort soit annoncée comme pour tout le monde». Nous sommes deux, seulement deux. J’ai chaud au cœur de sa présence. Nous nous quittons à la fin de la célébration, Yvette va accompagner la vieille dame solitaire au cimetière «on ne peut pas la laisser partir seule». Elle monte dans le fourgon des Pompes Funèbres, puis redescend, et me glisse une enveloppe dans la main. Dans l’enveloppe, il y a deux cents francs.
Suivent les obsèques de Josépha, une très vieille dame qui avait mis fin à ses jours. Elle n’a plus d’amis, plus de familles, les Petits Frères des Pauvres seront seuls avec moi, trois sur les quatre qui sont venus ne la connaissent pas. Ils sont bénévoles et se trouvent libres ce matin-là pour l’accompagner encore un peu.
La beauté des gestes spontanés d’Yvette est venue illuminer cette semaine particulièrement dure. Qui d’entre nous n’aurait pas dit à la police: «Non, il ne s’agit pas de ma tante, je ne peux rien pour vous». Yvette n’a écouté que son cœur, pensant à tout, même à la broche.
Voici deux vieilles dames, oubliées de tous, déjà sorties du monde, rattrapées par la tendresse d’inconnus, aux cœurs simplement fraternels.
Solidarité que savent exprimer les pensionnaires du foyer des sans abris, de ceux de la Bouée… On les a seulement avertis qu’un ancien de chez eux, était mort une nuit, violemment, et ils sont venus dix, douze, ils ont chanté! Michel le solitaire est parti entouré. Avec ses anciens copains, il y avait aussi la présence de deux ou trois bénévoles du foyer dont on sent la connaissance, le respect, la délicatesse qu’ils manifestent pour leurs hôtes.
Solidarité que l’on retrouve pour les obsèques de Françoise. On demande des obsèques civiles «faites court et minimum». – «je réagis, ce sera digne et on prendra le temps qu’il faut». La défunte avait fait l’objet d’un fait divers avec photo dans le journal. Il avait fallu qu’un huissier vienne réclamer les loyers impayés pour découvrir son corps desséché, momifié… Françoise était discrète, si discrète que personne dans son immeuble n’avait remarqué son absence depuis quatorze mois. Personne ne semble rien savoir sur elle. Un mot manuscrit sur la table de la cuisine légué ses très modestes biens aux pompiers et policiers qui découvriront son corps. Elle s’est laissée mourir de faim.
Deux personnes, anonymes et inconnues, ont envoyé des fleurs. L’IML a demandé: «Vous êtes des voisins?» – «Non, on a vu dans le journal». Pour les obsèques, surprise, nous nous retrouvons à six dont cinq femmes de l’Union Féminine Civique et Sociale qui se sont émues à la lecture de l’article du journal. Françoise avait été employée en contrat emploi solidarité pendant un an, il y a douze ans de cela. Elles n’ont pas voulu qu’elle quitte le monde seule, sans un geste humain et fraternel.
Il arrive que nous soyons seuls aux obsèques mais quand nous avons demandé à l’ordonnateur des Pompes funèbres présent s’il voulait bien rester, il a toujours accepté de le faire. À plusieurs reprises, ce sont les services de la ville qui demandent un accompagnement. Ces services municipaux ont conscience de la nécessité d’apporter le témoignage d’une solidarité humaine.
Comment ne pas évoquer aussi ces corps qui nous sont confiés le temps d’un adieu, ignorés, inconnus de tous, sans nom, on les inhume sous l’inscription: «Masculin ou Féminin sous X n°…». Telle celle qui s’était jetée sous un train. Des recherches sont faites, personne ne signale leur disparition, qui en effet, ne dérange personne.
Ces lignes sont le reflet de rencontres avec des vies difficiles qui se terminent brutalement, rencontres où le rôle de l’écoute est important, rencontres bouleversantes, signes de la fraternité humaine.
Relatons encore l’histoire de cet homme, histoire douloureuse d’un père, seul aux obsèques d’un fils retrouvé pendu. Un autre fils, 40 ans a déjà fait deux tentatives de suicide. Il dit avec tristesse: «pourquoi la vie s’est-elle acharnée sur moi? Toute ma vie a été un échec, j’ai tout raté». Depuis leur retour d’Algérie en 1961, sa femme a quitté son travail d’enseignante et vit prostrée dans sa chambre obscure, endormie ou extrêmement agressive vis-à-vis de son mari. Il ne connaît personne, vit seul avec ses soucis, solitaire par la force des choses, avec un fils malade et les cris de son épouse, «oui, mais c’est ma femme». Ce père âgé, retraité, solitaire et enfermé dans sa misère, c’est aussi lui, l’exclu!
Un célibataire de plus de quatre-vingts ans, refusait toutes les visites, tous les téléphones et toutes sortes de communications depuis plus de quinze ans. Trouvé mort chez lui, ses neveux ont été rejoints par la police. L’un d’eux est venu préparer la célébration. Très peiné par la distance, l’exclusion dans laquelle s’était enfermé son oncle, il a cependant voulu honorer cette vie dans la dignité. Au cours de l’entretien, il a parlé de la passion de cet homme pour la spéléologie.
Au moment de la cérémonie, le célébrant a évoqué cette passion, et un membre de la famille qui n’était pas à l’entretien, a raconté la dernière exploration d’une grotte faite avec son oncle, il y avait plus de trente ans. Ce récit rappelait un temps de partage, et même de communion et a jeté un pont sur l’espace de silence des années d’exclusion familiale, dans laquelle Joseph s’était enfermé. L’histoire de cette famille déchirée, s’est retissée en quelques instants.
Nicole, soixante deux ans veuve depuis dix ans est à l’Institut, c’est un décès suite à des sévices sexuels et blessures. Son unique fille n’a pas vu sa mère depuis des années. Prévenue par la police, elle s’occupe des funérailles, mais ne veut pas revoir sa mère ni assister à la célébration, ni à la dispersion des cendres. Notre aumônerie est contactée. Cette fille refuse de parler au célébrant et fait dire qu’elle n’a rien de bon à dire de sa mère. Nous finissons par avoir les coordonnées d’un cousin éloigné. Ce dernier resté en relation avec Nicole, veut des funérailles dignes et qui rendent hommage a une vie marquée par le rejet des siens dés les premiers mois de sa vie. En fait sept personnes seront présentes à la célébration, et visiblement affectées. Ensemble, ils ont retissés quelques fragments de la vie de Nicole et feront en sorte que ses cendres rejoignent celles de son mari.
André a été accueilli par Claude qui serait lui-même un «sans domicile fixe», si des membres de sa famille ne veillaient à la propreté de son petit logement et à garnir le frigo.
André n’a jamais donné son nom de famille, ni révélé d’où il venait. Il rendait de petits services ici ou là moyennant un peu de nourriture. Il était admis par les voisins, calme, sobre, il faisait partie du quartier.
André est décédé, alors que Claude avait disparu pour un temps indéterminé, selon une habitude que tout le monde respectait.
Les voisins ont prévenu les pompiers, puis se sont inquiétés de ce qui allait se passer. Certes, la ville inhume les «indigents» dans ce que l’on appelle le terrain général. Mais qui accompagnerait ce départ? C’est ainsi que ses voisins ont alerté l’aumônerie et ont organisé une célébration avec la famille de Claude – en l’absence de ce dernier.
Il y a été dit, entre autre, «tout homme est une histoire sacrée».
Un neveu de Claude a recueilli les textes lus, les signatures des participants et s’est promis d’essayer de connaître l’identité d’André, de rechercher sa famille pour leur faire part du décès d’André et de la manière dont il a été inhumé.
Ce neveu a senti le besoin d’accompagner dignement André sur le dernier bout de chemin sur la terre, et de le réinscrire dans son histoire humaine et familiale.
En prison pour avoir tué sa femme et ses deux enfants, Jacques s’est donné la mort. Il nous a été demandé une célébration. Tout le personnel des Pompes Funèbres est scandalisé et s’étonne que l’on puisse accompagner un tel criminel.
Pour nous, de quel droit refuser? L’homme est-il définitivement exclu par sa faute?
Lors de la célébration, une amie de cette famille a évoqué l’horreur des actes de cet homme, mais en même temps, elle a convoqué la très petite assemblée à ne pas juger. C’est un homme, c’est un membre de la famille humaine, nous l’accompagnons jusqu’au bout de sa vie d’homme, le reste ne nous appartient pas. Notre rôle n’a-t-il pas consisté à permettre qu’une parole puisse être dite en vérité et que les participants ne s’enferment pas dans l’horreur de cet événement.
Il y a donc de nombreuses formes d’exclusions:
Les exclusions socioprofessionnelles, plus ou moins voulues ou désirées, les exclusions dues au chômage, à l’isolement familial, les séparations, les échecs de toutes sortes. Les suicidés qui s’excluent de la société des vivants, les alcooliques et les malades psychiatriques incompris et rejetés, difficiles au point de rendre tout échange impossible. Il existe encore l’exclusion «morale» de l’assassin que tout le monde rejette.
Quelle que soit la forme d’exclusion, la demande des personnes encore en lien avec le défunt est une demande timide, méfiante, empreinte de culpabilité. Ce qu’ils désirent, c’est accompagner avec décence, celui ou celle qui est parti. Il faut quelque chose de simple, de court, sans discours, mais respectueux. Souvent, nous entendons «on ne veut pas l’enterrer comme un chien».
À la célébration, il n’y a que deux, trois ou cinq personnes. Mais ce moment est assez souvent chaleureux, vrai et profond. Une parole se partage entre proches, dans des mots simples qui expriment la grandeur et la profondeur de l’homme. C’est, comme les exemples le montrent, un étranger, un inconnu, un voisin, un agent des pompes funèbres qui se déplacera uniquement pour que ne parte pas un de leur semblable sans une présence qui témoigne de son humanité. Cet acte d’accompagnement parfaitement gratuit et spontané révèle alors la proximité et la fraternité de l’homme pour son semblable. Il témoigne de la valeur intrinsèque de toute vie humaine, de toute histoire humaine. Ces gestes simples, merveilleux de solidarité et d’humanité célèbrent la transcendance de l’homme.
La mort questionne. Elle révèle des valeurs insoupçonnées. Nous sommes témoins que la mort de personnes exclues peut être source de retrouvailles. C’est une occasion tardive – mais il n’est jamais trop tard – de renouer des liens parmi les vivants. Les relations anciennes négligées, oubliées, effacées, reniées se refont, se retissent entre ce mort et les vivants. Occasion de renouer allant même jusqu’à pardonner. Et la vie du défunt reprend place dans la vie des hommes.
Cet accompagnement, au titre de l’humanité s’intègre naturellement et fondamentalement dans l’expression de notre foi chrétienne qui affirme le respect, l’amour et la valeur sacrée de toute histoire humaine dans la droite ligne de l’amour du Dieu sauveur de tout homme et particulièrement de l’homme meurtri, blessé, exclu… dont Jésus s’est fait proche et se fait aujourd’hui si proche.
Parfois, il n’y a personne, le cercueil est là. Et la mort peut être advenue depuis des semaines ou des mois. Pour manifester cet accompagnement relationnel humain dans la mort, le célébrant choisit des textes ou des musiques qui sont fraternels et respectueux des convictions inconnues de la personne décédée. Notre foi en cet homme ne repose sur aucun témoignage, aucune marque d’affection, aucun lien social, aucune parole autre que celle qui sera dite, celle d’un autre homme qui – dans la pure gratuité – se fait proche de son semblable, de son frère, parole qui se fonde dans la parole de Dieu, parole d’homme à homme, parole de communion ouverte à la vie, à l’espérance, reconnaissance que la vie de cet homme est sacrée.
Ces vies, ont-elles eu leur part de bonheur? Ces vies qui semblent être un échec complet sur le plan relationnel, affectif; vies qui du fait de la maladie psychiatrique grave ou de l’alcoolisme sortent de la vie humaine habituelle ne semblent devoir leur valeur et leur sens profond que grâce au respect que nous leur accordons nous-mêmes; à cette reconnaissance intrinsèque de leurs valeurs innées et inaltérables quelles que soient les circonstances objectives et vécues.
Face à la mort, il n’y a plus de barrières ou de catégories sociales. La mort rapproche et rend les hommes semblables et frères, nous nous retrouvons avec notre fragilité et notre vulnérabilité commune. Appartenance à la même humanité avec ses valeurs et ses limites. L’homme se distingue de l’animal par le respect qu’il se porte à lui-même et à son semblable dans la mort. N’était-ce pas le message d’Antigone dont nous reprenions les propos dans notre titre?
À l’aumônerie de l’Institut Médico-Légal, nous sommes là pour tous, mais plus particulièrement pour les gens qui meurent seuls et n’ont personnes pour les entourer le jour de leurs funérailles, et pour ceux qui sont seuls auprès de leur défunt. Nous y sommes par ce que nous croyons en l’homme, nous y sommes par ce que la valeur de l’homme a sa source en DIEU.
Ce temps de recueillement où l’on affirme son appartenance à l’humanité, est un temps où se libère une parole:
Parole de vérité sur ce qu’a été la vie du défunt,
Parole qui retisse les liens entre le défunt et ceux qui sont présents,
Parole qui peut être message, témoignage laissé aux survivants,
Parole qui ouvre une brèche d’espérance dans l’enfermement de la douleur,
Paroles et gestes qui ouvrent à l’inconnu du lendemain, qui affirment que l’homme dépasse l’homme, que la mort n’est pas la fin de tout, et qu’elle peut être l’événement d’où surgit la vie!
 
NOTES
 
[1]Les prénoms utilisés ne sont pas ceux des situations vécues.
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