Etudes sur la mort
L’Esprit du temps

I.S.B.N.2913062865
180 pages

p. 85 à 91
doi: en cours

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no 122 2002/2

2002 Études sur la mort

L’exclusion : un processus mortel

Jean Maisondieu Psychiatre des hôpitauxMédecin chef de secteur au centre hospitalier intercommunalde Poissy-Saint-Germain-en-LayeCentre clinique de psychothérapie10 rue du Champ Gaillard78303 Poissy cedex
L’exclu n’a pas l’utilité de l’exploité: il est en trop. Comme on ne peut pas le tuer et qu’il ne veut pas se suicider, il se trouve condamné à disparaître en s’effaçant comme sujet pour pouvoir vivre sans exister au milieu des inclus. Néanmoins sa vie se trouve raccourcie: il meurt de honte.Mots-clés : exclusion, mort, honte, déni fraternité. The excluded man has not the usefulness of the exploited people. He is in the way. As people do not want to kill him and as he does not want to commit suicid, he finds himself condamned to disappear by stepping aside as a subject in order to live without existing among included people. Nevertheless, his life is shortened: he is ashamed to death.Keywords : exclusion, death, shame, disavowal, fraternity.
Dans le préambule de la loi du 1er décembre 1988 instituant le Revenu Minimum d’Insertion (R.M.I.), le législateur affirmait: «la lutte contre l’exclusion est une priorité nationale». Un peu plus d’une décennie plus tard, il est difficile de croire que cette lutte a été vraiment prioritaire à en juger par ses résultats. Tous les observateurs s’accordent à penser que plusieurs millions d’habitants de notre pays, l’un des plus riches du monde, vivent en dessous du seuil de pauvreté dans des conditions matériellement et psychologiquement difficiles. Et, malgré le recul du chômage, le nombre des allocataires du R.M.I. dépasse largement le million. Bref, l’exclusion reste florissante.
S’il en est ainsi c’est qu’au lieu de nous battre réellement contre elle, nous nous sommes contentés de solutions socio-politiques palliatives, au même titre que l’on parle de soins palliatifs en médecine pour les maladies réputées incurables. Nous avons très rapidement et trop facilement admis que l’exclusion était un mal inévitable des sociétés modernes avec lequel il fallait faire, au lieu de la voir pour ce qu’elle est réellement: un scandale d’autant plus insupportable en démocratie où il ne devrait pas exister qu’il est parfaitement évitable. Cette erreur d’appréciation est grave et elle nous concerne tous. Au pire, qui est douteux, elle est délibérée, au mieux qui est le plus vraisemblable, elle est à peu près inconsciente en rapport avec un déni collectif de la réalité intrinsèquement mortifère de l’exclusion. Nous n’arrivons pas à voir la vérité en face car elle nous choque: négation de la place de l’autre exclu au sein de la famille humaine, l’exclusion comporte inéluctablement sa mort en germe.
 
L’exclu: un homme condamné à disparaître
 
 
Au cours des siècles, toutes les grandes luttes sociales ont été peu ou prou centrées par la question de l’exploitation de l’homme par l’homme, qu’il s’agisse de l’abolition de l’esclavage, de l’affranchissement du sous-prolétariat ou encore de la défense de la classe ouvrière, pour ne citer que ces exemples. Or, cette exploitation ne peut se produire que s’il y a quelque chose à exploiter chez l’homme. S’il est inique, l’exploiteur n’est pas idiot. Il use et abuse de son pouvoir pour son profit, mais il doit le faire assez subtilement pour ne provoquer ni la mort ni la révolte des exploités qui le priveraient des fruits de leur travail et pour que le coût de la contrainte à exercer sur eux afin de les soumettre à ses exigences ne dépasse pas les bénéfices qu’il peut attendre de leur exploitation. De ce fait, si l’exploité vit mal, voire très mal, sa vie n’est pas fondamentalement en danger dans la mesure où il est utile et tant qu’il est utile. À défaut d’intéresser par lui-même, il intéresse par sa force de travail.
L’exclu moderne n’a pas cette chance (!). Sa force de travail est superflue. Si, en plus, il n’intéresse pas en tant que personne, il est en danger de mort. Non seulement il est inutile, mais il devient encombrant dès qu’il n’a plus de ressources. L’interdit du meurtre étant le fondement de la vie en société, il n’est évidemment pas question de le tuer pour s’en débarrasser. Par contre, rien n’empêche de souhaiter sa disparition et de le pousser lui aussi à la souhaiter. Pour y parvenir, il suffit de procéder à sa dévaluation, ce qui est très facile.
Avant qu’il soit exclu, il pouvait être, et il était souvent, un citoyen normal, normalement travailleur, normalement intégré et, non exceptionnellement, en bonne santé. On a donc en général rien à lui reprocher en dehors du fait qu’il est en trop. Mais comme on n’a plus besoin de lui, on peut l’exclure des circuits économiques [*], puis cesser de l’apprécier comme un être humain digne d’intérêt pour la seule raison qu’il est un être humain. De ce fait, il se retrouve également exclu du champ du langage et des échanges symboliques avant de disparaître de celui des échanges affectivo-sexuels et de n’être plus rien aux yeux des autres, puis aux siens.
Toujours vivant, mais mort à la relation parce que ne présentant plus aucun intérêt, l’exclu reste présent au milieu de ses concitoyens inclus qui n’ont rien à lui dire faute d’avoir envie d’échanger avec lui dont ils n’attendent rien parce qu’il n’a rien à leur offrir. Ils ne font pas attention à lui qui attire d’autant moins leur regard qu’il se fait discret parce qu’il est gêné d’être dans la gêne et qu’il ne veut pas gêner par sa présence. Si néanmoins ils prennent parfois conscience de son existence, ils détournent (pudiquement?) les yeux pour ne pas être gênés par sa gêne. Blessé par leurs regards qui glissent sur lui sans le voir, l’exclu se fait tout petit pour disparaître du champ de vision des inclus. Si jamais il arrivait à devenir complètement invisible, il serait complètement exclu. S’il était complètement exclu, il deviendrait complètement invisible et personne n’aurait réellement conscience de son exclusion. Il serait littéralement inexistant bien que vivant.
Pur manque de considération à l’égard de celui qu’elle exclut, l’exclusion n’est en effet réussie que si elle s’ignore autant qu’elle l’ignore. Ce que Martine Xiberras explicite de la façon suivante: «une exclusion réussie, par définition, ne peut s’appréhender puisqu’elle supposerait que la population d’exclus soit rejetée si loin de notre univers mental et de nos frontières spatiales qu’elle en soit devenue hors de notre portée, hors de notre ligne d’horizon, hors de notre pensée…» [4]
Se cacher, ne pas voir: à l’origine du processus d’exclusion, il y a toujours cette recherche d’invisibilité imaginaire à laquelle inclus et exclus collaborent plus ou moins à leur insu pour éviter une rencontre qui les dérangeraient. Mais ce sont les exclus qui doivent en payer le prix fort, c’est-à-dire de leur personne, puisqu’ils n’ont pas les moyens de se cacher faute d’avoir une place personnelle. Pour faire oublier leur présence, ils doivent s’effacer en tant que sujets. C’est dire que si elle est manifestement liée à des mécanismes économiques qui l’inscrivent dans la réalité, l’exclusion naît fondamentalement de processus imaginaires de négation du sujet humain. Je les ai décrit comme des processus d’abjection. C’est-à-dire: «des processus d’avilissement et de mépris par lesquels les individus cessent de se reconnaître et/ou d’être reconnus comme des sujets à part entière, et à ce titre dignes de respect. Qu’il s’agisse de processus intra psychiques ou de processus interindividuels.» [1] D’autant plus pathogènes qu’ils sont plus inconscients, ces processus renvoient tous peu ou prou à ces formules imagées que tout le monde connaît et que chacun a pu utiliser dès qu’il a été en âge de parler: «je ne peux pas le voir en peinture»; «je ne peux pas le sentir»; «je ne lui parle plus».
À la limite du sensoriel et du sens, à la limite également du dit et de l’agit, ces formules rendent compte au mieux de cette exclusion imaginaire de l’Autre exclu qui accompagne toujours son exclusion matérielle ou symbolique, dont elle fait le lit. Celui que nous souhaitons exclure de nos relations est «mal vu» et il ne nous dit rien qui vaille. Nous n’arrivons pas à le considérer comme un semblable digne d’intérêt et nous ne cherchons pas à prendre langue avec lui. Bien qu’il soit inévitablement un être humain comme nous, il n’est pas des nôtres parce qu’il n’appartient pas à notre (petit) monde. Imaginairement, nous le tuons d’un simple regard qui glisse sur lui sans s’arrêter pour que, sortant de notre champ de vision, il disparaisse comme par magie de nos préoccupations. Quand c’est fait, l’exclusion est réussie. Bien que vivant, parfaitement visible et capable d’impressionner notre rétine, l’exclu est mort à nos yeux. Pour nous, il n’existe pas.
 
Mort de l’exclusion ou mort de l’exclu?
 
 
Si cette exclusion imaginaire fait le lit de l’exclusion réelle, c’est elle aussi qui subvertit la lutte contre cette dernière pour la mettre en échec. Dans une société comme la nôtre, incapable de faire place à tous ses membres dès lors qu’elle admet que certains d’entre eux peuvent être sacrifiés sur l’autel de l’Économie au nom des lois du Marché, l’exclu ne peut être exclu sans vergogne que s’il n’est plus considéré véritablement comme un être humain à part entière. Inversement, il est difficile de le réinclure s’il n’est pas perçu véritablement comme un être humain à part entière, ce qui est le cas tant qu’il est exclu. C’est dire que s’il est tout à fait nécessaire de lutter contre l’exclusion par la réinsertion, il ne faut pas oublier que la volonté d’exclure sans laquelle il n’y a pas d’exclusion, se manifeste la première et qu’elle ne peut que saboter sournoisement la volonté d’inclure qui n’est que seconde. Selon que les souhaits de voir vivre les exclus l’emportent ou non sur les souhaits de mort à leur égard, deux stratégies opposées se développent.
La première: faire disparaître concrètement l’exclusion en transformant les exclus en inclus pour leur permettre d’exister. C’était clairement la visée de la loi sur le RMI qui posait le principe d’un droit de tous les citoyens à «des moyens convenables d’existence»…
La deuxième: faire disparaître les exclus tout en gardant l’exclusion. Pour cela, il suffit de les éloigner pour ne plus les voir: un arrêté anti-mendicité par exemple et il n’y a plus d’exclus… à l’horizon.
RMI d’un côté, arrêté anti-mendicité de l’autre ne sont que des exemples parmi d’autres de l’ambivalence de nos attitudes vis-à-vis de l’exclusion et des exclus. Parce que l’exclusion nous choque, surtout si elle peut nous menacer personnellement, nous souhaitons la voir disparaître. Mais parce que l’exclu nous dérange de nous rappeler que l’exclusion est une menace réelle et que lui faire une place parmi les inclus nous fait courir le risque sinon de perdre la nôtre, du moins de réduire nos ressources, nous avons très envie d’ignorer son existence en rompant tout lien avec lui: pas d’exclu, pas d’exclusion, pas de problèmes.
Dans cette perspective, l’exclusion m’apparaît comme le symptôme d’un déni de la fraternité définie par le dictionnaire comme le «lien existant entre les hommes considérés comme membres de la famille humaine» et le «sentiment profond de ce lien» [3]. Déni qui entraîne inéluctablement le reniement de l’autre exclu, puisque non reconnu comme frère, il cesse d’être un semblable. Ce déni et ce reniement qui président aux processus d’abjection ont un fort pouvoir pathogène sur ceux qu’ils atteignent car ils les vouent à la solitude terrifiante et suicidogène de ceux qui ne comptant plus pour rien ni pour personne sont condamnés à vivre hors de la famille humaine dans un no man’s land… inhumain entre mort sociale et fosse commune.
 
La mort de l’exclu, c’est la honte !
 
 
En fait, les exclus s’accrochent à la vie et les inclus ne parviennent généralement pas à nier totalement leur parenté avec eux. S’ils s’évitent soigneusement, ils ne parviennent pas à s’ignorer complètement. Ils se croisent et ils se voient. Et, malgré leurs efforts, ils ne peuvent se leurrer totalement sur leur communauté d’appartenance à la famille humaine, car c’est impossible. Il nous faut en effet reconnaître que si le lien inter humain de fraternité n’est pas rompu mais seulement (!) dénié, ce n’est pas par grandeur d’âme, c’est parce que c’est un lien naturel qui s’impose à tous les hommes. À ce titre, il est fondamentalement insécable et seule la mort peut le briser [**]. Comme on ne veut pas la mort de l’exclu qui ne veut pas mourir, le déni d’une quelconque parenté avec lui s’impose comme la solution pour réduire l’exclu à l’inexistence sans le tuer.
Cependant, après avoir constaté l’inutilité de sa force de travail et pris la mesure de son échec à être apprécié uniquement par lui-même, cet exclu qui veut vivre et qui n’a plus la possibilité de gagner sa vie, se retrouve obligé plus ou moins rapidement d’interpeller les inclus en même temps qu’il veut se faire oublier par eux. Pour résoudre ce paradoxe, il s’efforce de faire pitié puisqu’il sait qu’il ne peut plus faire envie. Dans ses rapports avec les autres, il ne s’inscrit plus dans le champ du désir, du côté de la séduction et de l’envie de plaire. Il établit ses quartiers dans le champ de l’abjection, là où règnent le dégoût et le rejet. N’ayant rien d’autre à offrir en partage que sa souffrance, c’est elle et elle seule qu’il offre.
Malheureusement, l’élan de générosité qui pousse parfois l’inclus vers l’exclu est tout aussi ambigu que son attitude vis-à-vis de l’exclusion. Quand il prend la souffrance de l’exclu en considération pour la faire cesser: est-ce pour que l’exclu cesse de souffrir? Ou est-ce pour que lui, inclus, ne souffre plus du spectacle de la souffrance de l’exclu?
Dans le premier cas l’exclu rencontre la compassion qui va jusqu’à la reconnaissance du fait qu’il est un humain et qu’on ne peut pas laisser en dehors de l’humanité dans le no man’s land de l’exclusion. On retrouve l’utopie directrice de la loi sur le R.M.I.
Dans le second cas, l’exclu ne rencontre vraiment que la pitié et ses soins palliatifs. Suffisante pour donner bonne conscience à l’inclus et soulager l’exclu d’un peu de sa misère. Elle est insuffisante pour faire cesser son exclusion. Pire, elle la rend chronique, puisque l’exclu doit rester dans le malheur pour qu’on continue à avoir pitié de lui et donc à s’occuper de lui. C’est ce qui se produit lorsque l’exclusion n’est traitée que sur le mode de l’urgence sans jamais s’attaquer aux racines du mal. Mal qui tue selon le scénario suivant:
Lors qu’il est exclu, l’exclu perd ses moyens. D’abord les moyens matériels d’assurer sa subsistance et de garder sa place, puis ses moyens psychiques d’affirmer son existence. Appauvri, il fait connaissance avec la précarité. Peu sûr de lui faute de savoir où se mettre car il n’a plus sa place, peu apte à trouver sa place faute d’être assez sûr de lui, il se vit comme étranger parmi les siens qui ne le reconnaissent pas comme l’un des leurs et qui le lui font sentir. Il manque d’aisance à la fois sur le plan matériel car il devient pauvre, à la fois sur le plan relationnel car, faute d’être accepté par les autres comme un semblable digne d’intérêt, il ne se sent pas à la hauteur. Avec la suppression de ses moyens d’existence, c’est son droit de vivre qui est concrètement mis en cause par la précarité et la pauvreté. Avec sa non reconnaissance comme semblable, c’est son humanité qui est imaginairement contestée. Humilié, mais interdit de révolte car il n’a pas son mot à dire faute d’être d’une quelconque utilité et qu’il doit se taire s’il ne veut pas se faire rejeter, il connaît la honte, ce «sentiment pénible de son infériorité, de son indignité ou de son abaissement dans l’opinion des autres (sentiment du déshonneur)» [3]. Il n’a rien fait de mal, encore une fois, mais comme il n’est pas accepté, il se sent mal, comme en faute. Du coup, il ne sait plus où se mettre. Il a envie de disparaître. «Mort de honte», il voudrait «rentrer sous terre».
S’il y a d’abord parfois de la révolte à son début, la honte est très vite présente après le déclenchement du processus d’exclusion car l’exclu vit son exclusion comme un reproche à son existence. Ce qu’elle est de fait.
S’il ne veut pas se suicider pour mettre fin à la situation, ce à quoi le pousserait volontiers la honte surtout qu’elle s’accompagne rapidement d’une pesante désespérance du fait de l’apparition d’un sentiment d’impuissance face à l’adversité. Il ne lui reste plus qu’à s’enfermer dans son malheur en ajoutant l’inhibition affectivo-cognitive à la honte et à la désespérance pour se protéger de ces dernières, ce qui réalise le «syndrome d’exclusion» [2]. La paralysie de la pensée et l’anesthésie des sentiments que réalise l’inhibition affectivo-cognitive soulagent sa souffrance d’exclu, mais lui interdisent de se mobiliser pour sortir de l’exclusion. À terme, n’ayant plus aucun moyen tant sur le plan concret que sur le plan psychologique, l’exclu se retrouve à la rue. Il devient un Sans Domicile Fixe qui, toute honte bue, dénie sa souffrance en même temps qu’il exhibe sa misère pour essayer de survivre en mendiant de la pitié. Marcher et boire à en crever pour ne pas souffrir des conséquences de l’exclusion quitte à s’exclure davantage, tel est son unique programme. Démuni de tout, déconsidéré par tous, au-delà du désespoir, il part à la dérive dans la galère, tandis que l’alcool et les drogues complètent le travail de destruction de son intelligence des choses et que le froid et la faim qui sont son quotidien malmènent son corps jusqu’à ce que mort s’ensuive.
Quand l’exclu devenu le S.D.F. est mort, le processus d’exclusion est terminé. C’est la honte, mais personne ne le sait car sa mort est anonyme. Il disparaît sans laisser de trace dans le caveau à décomposition rapide des indigents.
 
BIBLIOGRAPHIE
 
1
·  MAISONDIEU J., (1995), L’idole et l’abject, Paris, Bayard, 226 p.
2
·  MAISONDIEU J., (1997), La fabrique des exclus, Paris, Bayard, 264 p.
3
·  ROBERT P., (1995), Le nouveau Petit Robert, Paris, les dictionnaires le Robert, 255 p.
4
·  XIBERRAS M., (1993), Les théories de l’exclusion, Paris, Méridiens Klincksieck, 204 p.
 
NOTES
 
[*]Naturellement les choses ne sont pas aussi tranchées: il n’y a guère d’exploitation sans exclusion (il n’y a qu’à penser à la condition des femmes et aux vicissitudes de leur lente libération qui n’est pas achevée pour s’en convaincre aisément). Mais la nouveauté avec l’exclusion moderne est que, susceptible de toucher n’importe qui, elle peut être appréhendée par elle-même, indépendamment des conditions de sa survenue et de ses liens habituels avec la pauvreté, la précarité ou la déviance.
[**]La fraternité qui s’impose à nous est donc nettement différente de la solidarité qui résulte d’un choix.
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