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S'inscrire Alertes e-mail - Études sur la mort Cairn.info respecte votre vie privéeVous consultezLes enfants en deuil par suicide
Approches individuelle et systémiqueAuteurCécile Paesmans du même auteur
Psychologue clinicienneServices de soins palliatifs, maternité et cardiologie
CHU-Bruyères (Liège-Belgique)
18 rue de Paris
B - 4020 Liège
Belgique
Introduction
Si la littérature consacrée au deuil est abondante, le deuil après suicide, en particulier chez l’enfant, est un sujet à ce jour peu abordé dans la littérature scientifique, voire même inexistant, au vu de nos recherches, dans la littérature systémique. Cette constatation a renforcé notre motivation à investiguer le domaine de l’après-suicide chez l’enfant. En effet, ce dernier étant un être en pleine évolution et l’épreuve de deuil interférant sur son processus de développement, il nous paraissait important d’étudier les conditions favorables qui permettent à un enfant de pouvoir continuer son développement personnel malgré le suicide d’un de ses parents.
2 De plus, il nous paraissait insuffisant de nous limiter à l’étude du deuil de l’enfant de façon individuelle. En effet, l’enfant calque son deuil sur celui de son entourage ; de ce fait, la prise en compte des aspects interrelationnels du processus de deuil et donc de l’implication de l’entourage dans celui-ci, nous semble avoir des impacts sur les caractéristiques, le type et la durée du deuil. C’est pourquoi notre propos s’inscrit dans une perspective systémique.
3 Nous ne pouvons parler de l’enfant en deuil après suicide sans auparavant évoquer brièvement les particularités du deuil dans l’enfance. Ensuite, dans un second point, nous aborderons les réactions spécifiques que peuvent éprouver les enfants endeuillés après suicide, ainsi que les attitudes de l’environnement à leur égard et l’accompagnement que nous pouvons leur proposer. Notre réflexion s’inscrivant dans une perspective systémique, notre troisième point permettra d’élargir le champ du deuil individuel au deuil du système tout entier. Nous terminerons en explicitant l’objet et les résultats de notre recherche concernant les conditions favorables qui permettent à un enfant de pouvoir continuer son développement personnel malgré le suicide d’un de ses parents.
I - Le deuil chez l’enfant
4 L’enfant comme l’adulte est confronté, un jour ou l’autre, d’une manière ou d’une autre, à la mort ; qu’il s’agisse d’images de médias, de la perte d’un animal familier, d’un ami, d’une personne de son entourage ou d’un membre de sa famille. Mais perdre sa mère ou son père durant son enfance est une lourde épreuve dont il est difficile d’apprécier les effets à moyen et à long termes ainsi que la charge traumatique, même lorsqu’on connaît bien l’enfant.
5 De nombreux auteurs, dont Deutsch (cité dans Hanus, 1998, p. 267), se sont opposés pendant longtemps à l’idée que l’enfant puisse vivre un processus de deuil. Aujourd’hui, la plupart des auteurs contemporains affirment que les enfants font un deuil et que celui-ci ne se différencie pas sensiblement de celui des adultes. En effet, il est toujours principalement conditionné par la nature de la relation préexistante à la perte et principalement par la nature de la relation première et précoce à la mère. Le travail de deuil chez l’enfant diffère cependant de celui chez l’adulte en ce sens « qu’il est plus progressif, cheminant parallèlement à l’évolution de ses acquisitions intellectuelles, affectives et cognitives » (Hanus, 1998, p. 299).
6 Perdre la personne aimée est donc un phénomène réel pour l’enfant. Ce phénomène possède cependant des particularités propres à son statut d’enfant. Hanus et al. (1997) les envisagent dans les trois perspectives suivantes :
7 - Le deuil survient chez un être en pleine évolution mobilisant beaucoup d’énergie psychique. Mais, lors de la perte d’un être cher, le deuil requiert des forces et de l’énergie qui ne sont dès lors plus disponibles pour le processus de croissance de l’enfant. Cette épreuve de deuil interfère donc irrémédiablement avec le processus de développement de l’enfant.
8 - Face à la mort, situation à la fois inhabituelle et étrange, l’enfant, dépendant des adultes, se dirige vers eux et s’identifie immédiatement à leurs attitudes et réactions.
9 - Un deuil important durant l’enfance entraîne des changements dans les conditions d’existence. Ces changements peuvent par exemple être de l’ordre d’un déménagement, ce qui aura comme conséquence d’éloigner l’enfant de son cadre de vie habituel, perdant ainsi ses repères et ses amis. L’enfant en deuil doit alors faire face à des difficultés supplémentaires.
10 Le deuil nous apparaît donc comme un facteur de risque pour l’enfant. De fait, suite à la perte d’un être aimé, et plus particulièrement d’un parent, l’enfant se retrouve seul tout en devant à la fois gérer son processus de deuil et continuer à vivre alors que son système familial va se modifier en s’appuyant sur le parent restant qui souvent est ébranlé aussi par le décès de son conjoint. De plus, la perte d’un de ses parents va apparaître d’autant plus difficile à gérer pour l’enfant que son développement cognitif et sa façon de penser la mort ne sont pas encore entièrement élaborés.
II - L’enfant en deuil par suicide
2.1 - Réactions spécifiques
11 Le suicide d’un proche, déjà très difficile à supporter pour l’adulte, l’est encore davantage pour l’enfant en raison notamment de l’intensité de son ambivalence, et particulièrement lorsque c’est un de ses deux parents qui disparaît de cette manière. Du point de vue le plus commun, le suicide d’un parent constitue donc un événement susceptible de traumatiser l’enfant. Ce dernier va alors réagir à cet événement de différentes manières (Lachal et al., 1988).
12 Leur processus de deuil et notamment les réactions de choc, déni et refus se vivront de façon beaucoup plus intenses que lors d’« un deuil ordinaire ». La disparition souvent inattendue, précoce et violente d’un parent provoque en effet chez eux des réactions de déni plus longues et une acceptation particulièrement difficile de la réalité les empêchant même parfois de pouvoir intérioriser le défunt ; à cela s’ajoutent des sentiments de colère face au geste du parent et de la culpabilité qui fait suite à la recherche d’une cause et d’un sens.
13 En effet, l’enfant qui perd un de ses parents s’en estime généralement responsable. Lorsqu’un des parents meurt par suicide, cette situation s’en trouve davantage renforcée et plus spécialement encore lorsqu’il s’agit du parent avec lequel l’enfant se trouvait en rivalité œdipienne. L’enfant endeuillé va prendre en lui l’agressivité du message du suicide ainsi que la violence et l’ambivalence que son parent disparu n’a pas réussi à porter. Les destins de ces charges sont cependant difficiles à pronostiquer dans l’avenir de l’enfant.
14 Lachal et al. (1988) se sont penchés sur la question et ont analysé, au cours de leurs consultations, les réactions d’un groupe de 29 enfants ayant perdu un de leurs parents par suicide entre l’âge de 2 et de 20 ans. Au moment de la consultation, ceux-ci avaient entre 6 et 20 ans et un laps de temps de maximum neuf ans s’était écoulé entre l’acte suicidaire du parent et la consultation. Les chercheurs ont constaté que certains de ces enfants manifestaient un état dépressif caractérisé ou un tableau anxio-dépressif. D’autres présentaient des manifestations anxieuses avec des préoccupations pour la santé du parent suicidant ou d’un autre membre de l’entourage. Chez d’autres encore prédominaient des troubles du caractère et du comportement accompagnés d’une forte agressivité envers l’entourage et notamment envers le parent survivant.
15 Les troubles du comportement peuvent également se manifester de façon différée par rapport à l’événement. Ceux-ci seront cependant souvent mal compris et minimisés par l’entourage qui avait été surpris, au contraire, par l’indifférence de cet enfant ou la brièveté de sa réaction au moment du décès.
16 La scolarité était aussi généralement perturbée et, chez de nombreux enfants, l’évolution se faisait sur le mode psychopatique. Enfin, certains enfants, bien que souffrant de troubles anxieux, se montraient très attentionnés vis-à-vis du parent survivant. Cette préoccupation excessive fait cependant passer au second plan leur propre difficulté, et leur devenir, d’apparence hyper mature, est inquiétant.
17 On peut aussi voir apparaître ultérieurement chez l’enfant des conduites suicidaires. Ceci est confirmé par Philippe et Choquet (cité dans Lachal et al., 1988, p. 357) selon qui le risque relatif de tentative de suicide est multiplié par 3,5 lorsqu’il y a eu tentative de suicide ou suicide d’un des parents.
18 Il nous faut cependant préciser que tous les enfants ayant perdu un parent par suicide ne présentent pas des perturbations psychiatriques ou autre ; en effet, ceux-ci sont plus à risque mais ne développent pas nécessairement ces troubles.
19 Les perturbations psychiatriques, distinguant les troubles de l’affectivité (anxiété, dépression) et les troubles du comportement, semblent donc plus fréquentes chez les enfants dont un des parents s’est suicidé que dans la population générale ; et cela d’autant plus que ces enfants vivent dans un contexte de pathologie familiale grave (Lachal et al., 1988) et que les conséquences concrètes qui ont découlé de ce suicide sont particulièrement perturbantes pour leur vie ou engendrent chez eux une plus forte culpabilité (Hanus et al., 1997). Il semble également que l’impossibilité totale du parent survivant de parler à l’enfant de ce qui s’est passé puisse favoriser l’apparition de troubles de la personnalité.
2.2 - Attitudes de l’environnement et accompagnements
20 Nous insistons sur l’importance d’une attention toute particulière, et notamment sur la nécessité de ne pas cacher la vérité aux enfants ; les explications précises et concrètes des adultes endeuillés de l’entourage concernant la mort facilitant l’acceptation de la réalité de celle-ci par l’enfant. Il semble en effet qu’ils aient besoin de cette attention pour faire face à leur deuil et continuer leur développement. A cela nous voudrions ajouter que, s’il semble important de dire la vérité aux enfants et aux adolescents, il faut cependant s’y prendre avec tact et utiliser des mots qui conviennent au développement de ceux-ci, à leur âge et à leur capacité de compréhension. Et, si dans certains cas, la vérité ne peut pas être dite telle qu’elle, l’important est de ne pas mentir à ceux-ci mais de leur donner une information cohérente du décès pour qu’ils puissent s’en faire une représentation cohérente, à leur rythme.
21 « Dire la vérité » n’est cependant pas toujours facile à réaliser pour le parent restant qui lui aussi est en deuil. Si nous ajoutons à cela que le deuil de l’enfant ne se déroule pas de la même façon que celui de l’adulte – leurs manières d’exprimer leur souffrance passant davantage par leur corps et leur comportement – nous pensons qu’il est alors parfois préférable que les personnes qui vont aider l’enfant aient une connaissance, même limitée, du deuil des enfants.
22 C’est pourquoi, en plus de l’accompagnement naturel de proximité de l’entourage, un suivi peut être mis en place en faisant appel à des intervenants professionnels, soignants ou travailleurs sociaux et à des structures associatives qualifiées, dans le but d’offrir à ces enfants un espace d’échanges de paroles et d’émotions.
23 Dans cette optique, pour certains enfants, une prise en charge associative est demandée. Au cours de celle-ci, différentes techniques sont utilisées telles que les mandalas, le psychodrame ou les génogrammes qui permettront de dessiner les anciens et les nouveaux liens qui existent, d’après l’enfant, dans sa famille (de Broca, 1997). Ces techniques prennent du temps mais rendent aux différents membres de la famille une place dans celle-ci. Elles permettent également, en écoutant les endeuillés en famille, de mettre en exergue les prises de pouvoir et les coalitions entre les différents protagonistes et de les persuader ainsi que c’est ensemble, et non séparés les uns des autres, qu’ils sauront résoudre et cicatriser leur deuil.
24 A côté de ces entretiens familiaux existent aussi des groupes de soutien pour les enfants en deuil après suicide où, pendant trois ou quatre après-midi, quelques enfants expriment, avec l’aide d’animateurs, leur vécu et leurs émotions de deuil en commun via divers moyens d’expression. Ces groupes existent depuis de nombreuses années au Saint-Christopher’s Hospice de Londres. En Belgique, de plus en plus d’associations se penchent sur la problématique du suicide, et plus particulièrement sur les « survivants », de sorte que quelques groupes pour adultes endeuillés après suicide commencent à se mettre en place. Par contre, nos recherches ne nous ont pas permis de découvrir l’existence de groupes similaires pour enfants existant actuellement sur notre territoire.
25 Comme nous l’avons dit précédemment, le deuil après suicide est un facteur de risque pour l’enfant. En effet, le jeune dont un des parents s’est suicidé a plus de « chance » de commettre une tentative de suicide ou de se suicider. Il est donc indispensable d’offrir à ceux-ci de l’aide en matière de prévention du suicide et de tentatives de suicide.
26 C’est pourquoi des programmes de prévention du suicide, sont également mis en place pour ces enfants, et plus particulièrement pour ceux dont les familles ne sont plus en état d’être leur milieu naturel de protection (Hanus et al., 1997). Dans ce cas, les intervenants se montrent très vigilants à tout changement notable dans le comportement de l’enfant car c’est à ce niveau que la souffrance dépressive des plus jeunes s’exprime.
27 Des programmes se mettent donc en place petit à petit pour aider ces enfants mais malheureusement une grande partie de ceux-ci refusent cette aide, ne voulant pas passer pour malade ou fou.
III - Le deuil familial
28 Afin que le lecteur puisse mieux saisir la dynamique de réflexion dans laquelle nous avons analysé les données de notre recherche, que nous vous exposerons dans le point suivant ; il nous a semblé pertinent de définir brièvement quelques notions du deuil familial.
29 Jusqu’à présent, nous nous sommes intéressée uniquement, tout comme la plupart des auteurs, à la réaction individuelle du deuil, ne prenant pas en compte les aspects interrelationnels de ce processus qui jouent pourtant un rôle important dans les caractéristiques, le type et la durée du deuil.
30 En effet, le deuil est aussi « un processus qui affecte de manière fondamentale le réseau de relations du défunt qui le plus souvent, est constitué essentiellement de la famille » (Pereira, 1998, p. 31). Le processus de deuil se joue donc à plusieurs niveaux : individuel, familial et social.
31 De plus, si le deuil au niveau individuel correspond à une crise dans le parcours individuel, le deuil au niveau familial comprend une autre dimension car il fait davantage référence à une crise prévisible dans un système familial où les générations se succèdent les unes aux autres et où le deuil se rencontre donc régulièrement. Cet événement entraîne par la suite une réorganisation du système familial dans le but de permettre la survie de la famille en maintenant son identité malgré les changements survenus suite au décès.
32 Si nous avons choisi d’élargir notre étude sur le deuil chez l’enfant à une perspective davantage familiale, c’est également parce que le maintien de la seule optique individuelle dans ce cadre a pour conséquence la désignation d’un seul membre de la famille comme « endeuillé » (Pereira, 1998). Ce choix d’un « patient désigné » a pour risque de compliquer la résolution du deuil des autres membres de la famille en empêchant ces derniers de pouvoir manifester librement leur affliction et de recevoir l’aide utile pour améliorer l’évolution de leur propre deuil.
33 Ceci se traduit notamment au niveau du suivi thérapeutique. En effet, lorsque celui-ci n’est offert qu’à un seul membre de la famille endeuillée, il aide celui-ci à évoluer positivement mais risque de laisser de côté les autres membres de la famille ne supprimant alors pas nécessairement le dysfonctionnement familial. Ces derniers ne commenceront alors à manifester leurs problèmes que lorsque, en vertu des propriétés homéostatiques du système, le premier patient aura résolu les siens.
3.1 - Définition
34 Le deuil familial est décrit par Pereira (1998) comme étant « un processus familial qui se déclenche à la suite de la perte de l’un de ses membres » (p. 39).
35 La perte ou la menace de perte d’un membre est, du point de vue systémique, la plus grande crise que doit affronter un système (Bowen cité dans Pereira, 1998, p. 39). A partir de cette perte, le système familial va subir une réorganisation structurelle au cours de laquelle les canaux de communication et les rôles qu’occupait le défunt vont être redistribués entre les autres membres de la famille ; si le système possède les ressources suffisantes, il réagira par un changement adaptatif ; sinon, il peut disparaître. Cette réorganisation du système familial prend un certain temps, pendant lequel le risque de disparition est toujours présent. C’est pourquoi la famille va mettre en place une série de mécanismes de défense – conduites protectrices du système familial renforcées et dictées par le contexte socioculturel – afin de renforcer son intégrité.
3.2 - Le travail de deuil
36 Si, dans la perspective du deuil familial, le travail de deuil apparaît toujours comme étant la condition sine qua non de la réalisation du deuil, il ne fait cependant plus référence à un travail psychique individuel mais davantage à un travail dans lequel les différents membres de la famille sont impliqués. D’après Pereira (1998), ce travail de deuil familial se subdivise en quatre étapes :
37 1. L’acceptation familiale de la perte permet à tous les membres de la famille de pouvoir exprimer leur tristesse. A cette étape, les rituels tels la veillée funèbre et l’enterrement jouent un rôle important. En effet, ceux-ci annoncent la perte, favorisent son acceptation et crée un cadre adéquat pour l’expression des émotions.
38 2. Le processus de réorganisation familiale implique la redistribution de la communication interne et des rôles familiaux.
39 Chaque famille possède son propre modèle de communication ; chacun de ses membres jouant un rôle différent lors de la transmission de l’information, que ce soit au sein de la famille ou avec le monde extérieur. Lorsque l’un des canaux de communication vient à disparaître, il faut alors mettre en place des alternatives afin de maintenir une relation adéquate. La réorganisation des systèmes de communication est loin d’être simple et dépendra de plusieurs facteurs tels que les aptitudes et les capacités de communication de la famille, l’importance du disparu dans la communication intra-familiale, et la brutalité avec laquelle se produit la mort.
40 La redistribution des rôles que détenait le défunt entre les différents membres du système familial est, quant à elle, souvent source de conflits. L’issue de ces derniers dépendra, une fois de plus, de la fonction qu’occupait précédemment le défunt au sein de la famille ; la disparition de quelqu’un occupant une position centrale dans son fonctionnement pouvant produire un déséquilibre intense dans le système. Les rôles précédemment attribués au défunt seront donc soit répartis entre les membres survivants ou assumés par l’un d’entre eux, soit maintenus « en réserve » en attendant la venue et l’incorporation dans la famille d’un nouveau membre qui les assume.
41 3. Après la phase de réorganisation interne et, lorsque la famille commence à se sentir plus stable et à se tourner vers l’extérieur, une réorganisation de la relation avec l’environnement extérieur commence à être possible. Celle-ci implique également la redistribution des rôles ainsi que la redéfinition de nouveaux canaux de communication. De fait, le processus de deuil sera également facilité par le fait que le système familial maintient des canaux de communication avec l’environnement extérieur rendant ainsi plus facile l’accès aux réseaux de soutien extérieur. Contrairement à cela, la suppression de canaux de communication avec l’environnement extérieur menace l’intégrité du système.
42 A cela vient s’ajouter la réorganisation des règles de fonctionnement du système. Lors de la réorganisation des règles face à ces changements, la flexibilité de la famille ainsi que sa capacité à maintenir une structure définie détermineront le fonctionnement et la viabilité du système familial. La réorganisation des règles de fonctionnement du système prend du temps et dépend du nombre de règles qui doivent être modifiées, de la brutalité avec laquelle survient le décès et du cycle vital de la famille.
43 4. La fin du travail de deuil familial est définie par la réaffirmation du sentiment d’appartenance à la nouvelle structure familiale née de l’ancienne, mais organisée de façon différente.
44 Les canaux de communication et les rôles qu’assumait le défunt ont été redistribués entre les autres membres de la famille et de nouveaux canaux de communication ont été créés. Les survivants cherchant parfois de nouveaux appuis après le décès, certaines alliances se verront modifiées. Ceci ne veut pas dire qu’on oublie le défunt mais plutôt qu’on essaye petit à petit de le resituer émotionnellement de façon adéquate afin que sa figure fasse toujours partie de l’histoire de la famille mais qu’elle cesse d’avoir une influence directe sur le fonctionnement de celle-ci.
IV - Recherche et résultats
4.1 - Objet de la recherche
45 Notre objectif était d’étudier, dans une perspective systémique, les conditions favorables qui permettent à un enfant de pouvoir continuer son développement personnel malgré le suicide d’un de ses parents.
46 Pour ce faire, nous avons sélectionné certains concepts du deuil familial qui nous paraissaient particulièrement pertinents pour notre recherche et les avons appliqués, sous forme d’hypothèse, au niveau du deuil après suicide chez l’enfant.
47 Ces concepts du deuil familial sont :
- La « base familiale de sécurité » (Byng-Hall (1995))
- Les scripts (Byng-Hall (1995))
- La notion de tiers pesant (Goldbeter (1994))
- Byng-Hall (1995) définit la « base familiale de sécurité » comme étant « une famille qui offre un réseau fiable de relations d’attachement, lequel permet à tout membre quel que soit son âge, de se sentir suffisamment en sécurité pour explorer ses relations avec chacun des autres et avec des personnes extérieures à la famille ».
48 - Les scripts (Byng-Hall (1995)) sont des modèles intériorisés implicites propres à la famille. Ils indiquent la façon dont on peut mener un deuil et analysent la manière dont la famille va donner sens à la perte d’un membre ainsi que sa capacité à vivre ses émotions dans le soutien mutuel.
49 - La notion de tiers pesant (Goldbeter (1994)) se préoccupe de la fonction qu’occupaient précédemment les morts dans la famille. Cette fonction rendra plus ou moins facile le deuil des autres membres du système, selon que le défunt apparaît comme un tiers léger ou un tiers pesant au sein du système familial.
50 Dans notre troisième point, nous avons explicité l’intérêt d’élargir le champ du deuil individuel et de ses différents facteurs au deuil du système tout entier ; ceci nous permettant alors de reformuler les différents éléments du deuil au niveau familial. Cette nouvelle formulation permet, dans ce quatrième point, d’émettre l’hypothèse que :
- l’enfant qui vit dans un milieu lui offrant une « base familiale de sécurité » suffisante, c’est-à-dire, selon nous, un milieu où
- soutien et solidarité existent entre les membres
- rôles, règles et canaux de communication sont réorganisés, assurant la viabilité du système
- l’enfant a à sa disposition des scripts lui permettant de donner un sens cohérent à cette mort
- pourra continuer son développement personnel malgré la souffrance occasionnée par le suicide de son parent.
A l’aide des entretiens individuels que nous avons menés auprès d’adultes ayant perdu un parent par suicide dans leur enfance, nous avons tenté de vérifier cette hypothèse au travers de questions construites à partir des concepts de « base familiale de sécurité » telle que décrite par Byng-Hall (1995), de scripts et de tiers pesants, concepts explicités précédemment.
51 Après avoir étudié les entretiens, il ne nous a pas été permis d’aboutir à des conclusions généralisables. Néanmoins, nous espérons avoir pu dégager des idées intéressantes qui serviraient de tremplin pour de futures recherches.
4.2 - Résultats de la recherche
52 Dans un premier temps, nous nous sommes arrêtée à l’analyse de la qualité du soutien et de la solidarité au sein des familles afin d’étudier, au niveau émotionnel, ce que chacune d’entre elles avait mis sur pied pour favoriser le deuil de ses membres.
53 Cette analyse a notamment confirmé l’importance de la présence d’une « base familiale de sécurité », au sens où Byng-Hall (1995) la définit, comme condition favorable pour aider un enfant ou un adolescent à continuer son développement malgré le suicide d’un de ses parents. En effet, ceci s’illustre par les familles où les différents membres se sont fort rapprochés les uns des autres suite au décès et ont chacun à leur manière su collaborer au soutien de l’autre tout en acceptant l’aide extérieure proposée par des amis et/ou en recrutant un psychologue lorsque c’était utile ; ce réseau fiable d’attachement permettant à l’enfant de se sentir suffisamment en sécurité pour explorer ses relations avec chacun des autres et avec des personnes extérieures à la famille.
54 Nous devons cependant signaler que le rapprochement des différents membres d’une famille suite à un décès n’est pas un critère suffisant pour pouvoir parler de « base de sécurité » au sein d’une famille, au sens où l’entend Byng-Hall (1995). De fait, dans une des familles que nous avons rencontrée et où la maman était décédée, bien qu’on ait perçu un resserrement des liens entre l’enfant, son père et son frère, il ne fut pas synonyme d’une « base familiale de sécurité » suffisante pour que les différents membres de cette famille puissent se passer de la figure d’attachement morte, que l’on pourrait qualifier ici de tiers pesant, et intérioriser ainsi leur attachement à la maman de façon à pouvoir explorer et développer de nouveaux attachements. Ceci s’explique par l’impossibilité du père, fragilisé par le suicide de son épouse, d’offrir un réel soutien affectif.
55 De plus, la présence d’un resserrement des liens entre les différents membres d’une famille à la suite d’un décès n’apparaît pas toujours comme un élément positif au déroulement futur du deuil d’une famille, s’il se prolonge trop. En effet, elle peut devenir synonyme de fermeture du système familial. Une analyse détaillée en est donc indispensable pour pouvoir en déterminer l’apport positif ou non au niveau de la « base familiale de sécurité ».
56 Nous avons aussi pu remarquer que le soutien entre les différents membres d’une famille ne s’exprimait pas uniquement par des paroles ou par des gestes concrets mais aussi, dans certains cas, par un mouvement de protection, sorte de soutien silencieux qui amène chacun des membres de la famille à ne pas trop parler à l’autre de la mort afin de le protéger.
57 Après avoir envisagé les différentes formes de soutien et de solidarité, nous sommes arrivée, dans un second temps, à l’analyse de la réorganisation des rôles, des règles et des canaux de communication au sein de la famille après le décès. Nous désirions étudier comment les familles continuaient, de façon concrète, à fonctionner au quotidien après le suicide d’un des leurs.
58 L’analyse de plusieurs familles nous a permis de constater que la flexibilité d’un système familial - malgré la crise qu’il traverse aussi bien au niveau des rôles, des règles que des canaux de communication, ainsi que sa capacité à garder un environnement relativement stable par rapport au précédent – permet d’en maintenir la viabilité, le parent décédé apparaissant alors comme un tiers léger dans ce système. En effet, si la réorganisation des rôles, des règles et des canaux de communication permet à la famille de se maintenir en vie, elle permet aussi à chacun de ses membres, non pas d’oublier le défunt, mais de le resituer émotionnellement de façon adéquate afin que sa figure fasse toujours partie de la famille mais cesse d’avoir une influence directe sur son fonctionnement, permettant ainsi à tout un chacun de pouvoir réaliser son processus de deuil. Une telle réorganisation nous paraît pouvoir aider l’endeuillé, en l’occurrence ici l’enfant, à vivre son deuil de la meilleure façon possible et à pouvoir ainsi continuer son développement malgré le suicide de son parent.
59 Par contre, certains systèmes familiaux ne possèdent pas une flexibilité suffisante pour pouvoir réorganiser rôles, règles et canaux de communication en son sein suite au décès. La redistribution des rôles dépend de la fonction qu’occupait précédemment le défunt au sein de la famille. En effet, au sein d’une famille rencontrée, la réorganisation des rôles est restée incomplète, les enfants et le père refusant que la figure maternelle soit remplacée par d’autres. De plus, au niveau des canaux de communication, nous constatons qu’une augmentation uniquement quantitative ne suffit pas à leur réorganisation, ceux-ci doivent également pouvoir s’ouvrir à des discussions chargées émotionnellement et faisant notamment référence au suicide.
60 Une dernière réflexion au niveau de ce deuxième point nous amène à attirer l’attention du lecteur ainsi que des professionnels de la santé sur les systèmes familiaux présentant un manque de déstabilisation à la suite de la perte, et plus particulièrement du suicide d’un de leur membres. En effet, bien que certaines familles endeuillées par suicide, ayant développé des mécanismes de défense notamment de l’ordre du déni du suicide, continuent à poursuivre leur cycle vital comme si rien de dramatique n’était arrivé ; une étude plus approfondie des différents membres de ces familles permet parfois néanmoins de mettre au jour chez ceux-ci un refoulement des émotions douloureuses et/ou une incapacité à « penser » le suicide, prix à payer pour continuer à vivre « comme si rien n’était arrivé ».
61 Dans un troisième temps, nous nous sommes dirigée vers l’analyse du sens que pouvait donner l’enfant à la mort, à partir des scripts mis à sa disposition. Celle-ci nous a permis d’étudier comment, au niveau cognitif, l’endeuillé (autrement dit l’enfant) a pu intérioriser et comprendre avec son entourage le suicide de son parent.
62 Au fil de nos analyses, nous avons vu confirmée l’idée que les scripts familiaux avaient un impact sur les représentations familiales et sur celles de l’enfant. En effet, nous avons pu constater que les scripts de deuil guidaient la façon dont les différents membres des familles se soutenaient (ou non) mutuellement, ainsi que la manière dont ils exprimaient (ou non) le désespoir qui faisait suite à la perte du parent. L’impact de ces scripts de deuil semble jouer un rôle particulièrement important sur la façon dont l’endeuillé va gérer son deuil. Ceci s’illustre notamment par le cas d’enfants qui, bien que s’étant opposés à la conception familiale du suicide, ont néanmoins calqué leur processus de deuil sur celle-ci.
63 De plus, le fait que la famille puisse donner à l’enfant un sens cohérent de la mort est apparu comme une condition favorable au bon développement futur de celui-ci. Cette hypothèse de départ s’est vue confirmée par l’analyse de familles où nous avons pu constater que les scripts concernant le décès et le suicide offerts par ces systèmes familiaux, avaient permis aux enfants de construire un récit cohérent du suicide ; récit leur ayant donné une bonne image d’eux-mêmes et les ayant protégés tout au long de leur processus de deuil.
Conclusion
64 L’étude sur le deuil chez l’enfant a permis de mettre au jour les particularités propres à leur statut d’enfant quant à la façon de mener leur deuil. Nous avons en effet constaté que le deuil pouvait interférer dans leur processus de développement et d’identification ; le deuil apparaissant alors comme un facteur de risque pour ceux-ci.
65 Cette affirmation s’est vue étayée par notre étude sur le deuil après suicide où ce dernier est apparu comme un facteur de risque supplémentaire pour leur développement ; les réactions de colère, de culpabilité ainsi que la recherche de sens étant nettement plus intenses dans ce cas précis.
66 Ces différentes étapes ont permis à notre questionnement d’émerger et de cerner ainsi l’intérêt de rechercher quelles étaient, pour l’enfant, les conditions favorables lui permettant de continuer son processus de développement malgré le suicide d’un de ses parents. Notre troisième chapitre traitant du deuil familial, est venu préciser le domaine de notre question de recherche en montrant l’intérêt d’élargir le champ du deuil individuel au deuil du système tout entier. En effet, l’enfant ne vit pas seul et son processus de deuil nous semble influencé par celui de son entourage familial. Ce dernier nous est donc apparu comme un facteur important à prendre en compte car contribuant au processus de deuil de l’enfant. C’est pourquoi, nous avons décidé de réaliser notre recherche dans une perspective systémique. Nous avons donc sélectionné certains concepts du deuil familial qui nous paraissaient particulièrement pertinents pour notre recherche et les avons appliqués au niveau du deuil après suicide chez l’enfant et l’adolescent.
67 Notre recherche a donc mis à l’épreuve l’hypothèse suivante : un enfant qui vit dans un milieu lui offrant une « base familiale de sécurité » suffisante, telle que nous la définissons dans cet article – c’est-à-dire un milieu où il existe du soutien et de la solidarité entre les membres, où les rôles, les canaux de communication et les règles sont réorganisés assurant ainsi la viabilité du système familial, et où l’enfant a à sa disposition des scripts lui permettant de donner un sens cohérent à cette mort – pourra continuer son développement personnel malgré la souffrance occasionnée par le suicide de son parent.
68 L’ensemble des données recueillies dans nos études de cas nous a donc permis non seulement de répondre et même de confirmer notre hypothèse de départ, mais aussi d’y introduire des ouvertures.
69 Plusieurs études de cas nous ont en effet permis de constater qu’un enfant, qui vit dans un milieu lui offrant une « base familiale de sécurité » suffisante (cf. supra) pourra continuer son développement personnel malgré la souffrance de la perte par suicide de son parent. Cette condition remplie a permis à ces enfants tout comme à leur famille de ne pas faire un deuil compliqué et de mettre en place une nouvelle structure familiale née de l’ancienne mais organisée différemment à laquelle ils réaffirment toujours un sentiment d’appartenance.
70 Cette hypothèse se voit cependant élargie de perspectives :
71 Bien que les critères cités ci-dessus puissent ne pas être remplis par certaines familles endeuillées par suicide et donc ne pas permettre au deuil familial de se terminer, nous émettons l’hypothèse que ceci ne signifie pas automatiquement que les enfants de ces familles vivront mal leur processus de deuil.
72 En effet, bien que n’ayant pas pu bénéficier de leur famille tant au niveau du soutien que de la réorganisation du système, certains pourront à force de volonté élaborer la perte de leur parent et faire un travail de deuil au sens de Freud, c’est-à-dire se terminant par de l’apaisement. Ces processus de deuil peuvent cependant être qualifiés de « compliqué » du fait de leur durée. Cette constatation, nous amène aussi à émettre l’hypothèse que le deuil individuel ne se calque pas complètement sur le deuil familial. Nous supposons cependant l’existence d’un lien certain entre les deux : le travail de deuil individuel de certains enfants resté en suspens ne nous semble pouvoir aboutir que lorsqu’il est partagé par les autres membres de la famille.
73 Par contre, d’autres enfants ne parviendront pas à régler leurs deuils à ce moment-là, ceux-ci se transformant alors en deuils compliqués (différés). Ceci ne signifie pas pour autant que ces deuils resteront inachevés. En effet, certains, avec le temps, parviendront à élaborer leur processus de deuil et à accepter parfois certaines choses qui leur étaient interdites par leur famille auparavant, comme par exemple accepter de l’aide.
74 Nous ne pouvons que nous réjouir des prochaines études qui seront engagées dans le domaine du deuil après suicide et plus spécifiquement au niveau des enfants endeuillés, espérant, dans un avenir proche, pouvoir donner à un grand nombre de ceux-ci un accompagnement adéquat qui leur permettrait de surmonter cette épreuve et de construire un fondement solide à leur vie future.
Bibliographie
BIBLIOGRAPHIE
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Résumé
Cet article aborde le thème du deuil de l’enfant après le suicide d’un de ses parents et tente d’étudier, dans une perspective systémique, les conditions favorables qui permettent à un enfant de pouvoir continuer son développement personnel malgré le suicide d’un de ses parents.
Tout d’abord, nous nous attardons sur les spécificités du deuil chez l’enfant, ce qui nous permet de mettre au jour combien le deuil est un facteur de risque chez ces êtres en pleine évolution. Cette affirmation se voit étayée par notre étude sur le deuil après suicide où ce dernier apparaît comme un facteur de risque supplémentaire pour le développement de l’enfant. De plus, dans une perspective systémique, nous élargissons le champ du deuil individuel au deuil familial en prenant en compte les aspects interrelationnels du processus de deuil. Enfin, plusieurs entretiens menés auprès d’adultes ayant perdu un de leur parent par suicide durant l’enfance mettent en évidence qu’un enfant qui vit dans un milieu lui offrant une « base familiale de sécurité » – c’est-à-dire un milieu où il existe du soutien et de la solidarité entre les membres, où les rôles, les canaux de communication et les règles sont réorganisés assurant ainsi la viabilité du système familial, et où l’enfant a à sa disposition des scripts lui permettant de donner un sens cohérent à cette mort – pourra continuer son développement personnel malgré la souffrance occasionnée par le suicide de son parent.
Mots-clés
deuil, enfant, suicide, parent, systémiqueThis paper considers the mourning mechanisms of a child following the suicide of one of his parents. It attempts to study, in a systemic way, the favorable conditions that will allow such a child to complete his or her personal upbringing.
First, we delineate the specificities of mourning in children. Based on our study on post-suicidal mourning, we outline the developmental risk of this process on these developing beings. Second, in a systemic perspective, we approach the relational aspects of mourning processes within the whole family, thus broadening the ground of our study to the familial mourning field. Several interviews of adults who as a child lost one of their parents from suicide point to the fact that children who live in a « familial basis of safety » are better able to continue their personal development than others. Such a « familial basis of safety » involves the existence of supportive mechanisms and of solidarity between family members. It also requires a clear organization of the channels of communication, functioning rules and scripts that will allow the child to give a coherent meaning to the death of his or her parent.Keywords
mourning, child, suicide, parent, systemic approach
PLAN DE L'ARTICLE
- Introduction
- I - Le deuil chez l’enfant
- II - L’enfant en deuil par suicide
- III - Le deuil familial
- IV - Recherche et résultats
- Conclusion
POUR CITER CET ARTICLE
Cécile Paesmans « Les enfants en deuil par suicide », Études sur la mort 1/2005 (no 127), p. 101-115.
URL : www.cairn.info/revue-etudes-sur-la-mort-2005-1-page-101.htm.
DOI : 10.3917/eslm.127.0101.




