Figures de la psychanalyse
érès

I.S.B.N.2-86586-976-8
240 pages

p. 17 à 18
doi: en cours

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no5 2001/2

2001 Figures de la Psychanalyse

Éditorial

Les textes présentés ont cette fois uniquement été choisis parmi les travaux des membres d’Espace analytique, et leur ensemble apparaît comme un chantier où la diversité des styles sera sensible, rassemblant une partie des recherches en cours sur les thèmes traités, poursuivant certaines questions abordées lors de notre dernier congrès. Nombre de ces interventions ont été prononcées à Paris lors des Journées d’automne 2000, et de printemps 2001, ou bien comme ce fut le cas durant l’été 2000, à l’étranger à partir des initiatives de l’Espaço Brasileiro de Estudos Psicanaliticos de Rio de Janeiro, membre du réseau d’Espace analytique, et celle de Convergencia en Argentine.
Il n’y a pas de jour où l’on ne découvre dans la pratique psychanalytique un remaniement massif des jouissances dans l’évolution des discours, des liens sexuels, des familles, de ce que l’on nomme l’autorité. Chacun ressent le lien de cela avec ce qu’il advient des fonctions du père dès lors que sa « figure », comme on dit, est durablement atteinte, ce qui provoque de toutes parts une sorte de perplexité où l’anxiété le dispute à la curiosité. Certains voudraient que la psychanalyse prenne là-dessus parti, qu’elle condamne ou qu’elle approuve ledit remaniement et l’ensemble de ses conséquences, ou bien fasse le tri, ce qui est bien de son point de vue, ce qui ne l’est pas, bref qu’elle dise son mot, et le fasse savoir. N’est-elle pas, dès lors qu’elle a, il y a un siècle, su voir ce que d’autres disciplines ne voyaient pas, celle qui doit voir désormais ce que les transformations actuelles nous réservent ! N’a-t-elle pas devant ce qui se passe, si elle est supposée savoir, la responsabilité de l’expert, de l’ex-père, disons-le ! En somme ne demande-t-on pas à la psychanalyse un compte rendu, façon de penser qu’elle a là-dessus à rendre des comptes, n’étant d’ailleurs pas pour rien, elle s’en est suffisamment vantée, dans cette évolution de la fin du millénaire. Peut-être s’y est-elle aussi parfois proposée, ici ou là, dénonçant les conséquences de la modernité au nom d’un père dont la vacance lui semblait récuser tout ce que Lacan, par exemple, nous a appris. Et peut-être y a-t-il eu dans une telle lecture une hâte qui omettait les renversements qu’il a progressivement imprimés à ses noms du père, jusqu’à se demander seulement comment se passer du Nom du Père à condition de s’en servir, ce qui impliquait de fait qu’on ait à s’en servir dans la mesure où l’on devait s’en passer.
La modernité, ou ce qui la suit, ne nous a pas attendus pour ce faire, elle s’en passe bien elle-même, tout en s’en servant d’ailleurs. Si la responsabilité de la psychanalyse y est engagée, et elle l’est, c’est de tenter de savoir, un peu avant les autres disciplines, le ressort de ce qui se produit dans son champ. Lacan n’a pas dérogé à produire ce pas, toujours un peu en avant des discours de son époque, afin de saisir, d’abord au temps où le phallocentrisme de la théorie freudienne était récusé alentour tout autant que sa préférence donnée au signifiant, qu’on n’avait pas encore assez compris les fonctions du père. Mais c’est aussi en cela que tournant bientôt le volant de sa machine théorique, il ajoutait peu à peu que ces fonctions se répartissaient maintenant autrement, que les noms de ce père étaient plusieurs, et que le phallus n’était qu’un universel en quelque sorte régional.
Dès lors, les psychanalystes sont engagés en effet dans la lecture de ce qui se produit, chacun à leur façon, selon leur style et leurs références propres, sans toutefois se demander si ce qu’ils ont à dire est que c’est bien ou que c’est mal, comme si on leur demandait leur avis. Ils déchiffrent les effets de ces remaniements dans les jouissances, dans le rapport des sexes autant que dans le rapport sexuel, dans la pulsion de mort et dans les fraternités, dans les fonctions du père redistribuées. Ils les accompagnent en sachant que leur efficacité possible exige d’en saisir le ressort, et d’avoir une idée de ce qui peut suppléer à ce qui est vacant, à ce qui a changé de place ou de nature.
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