Figures de la psychanalyse
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I.S.B.N.2-86586-976-8
240 pages

p. 211 à 214
doi: en cours

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Lectures

no5 2001/2

2001 Figures de la Psychanalyse Lectures

Michelle Moreau-Ricaud, Michael Balint : Le renouveau de l’École de Budapest

Dominique Caïtucoli
Pourquoi chercher à faire connaître Mihály Bergsmann à un public français aujourd’hui ?
C’est sans doute qu’il a paru d’une grande actualité à Michelle Moreau-Ricaud d’évoquer l’œuvre de ce psychanalyste hongrois tant pour son intérêt porté à la transmission de la psychanalyse que pour ses interrogations sur la relation patient-médecin. Après avoir traduit bon nombre des articles de Michael Balint, elle présente dans cet ouvrage sa rencontre de l’homme tout autant que du psychanalyste.
Son itinéraire commence en Hongrie, à Pest, le 3 décembre 1896. Mihály Bergsmann est le premier enfant d’« une femme douce » qui « savait vivre » et d’un père, médecin généraliste, « autoritaire, rigide et sans merci [1] ». Ses parents l’élèvent dans la religion juive comme sa sœur, d’un an sa cadette. Ses facilités intellectuelles et sa curiosité lui ont ouvert un champ de savoir scientifique vaste et éclectique. S’il se décide finalement pour la médecine, il suit parallèlement des cours de droit comparé, de religion, d’anthropologie, de mathématiques et est très attiré par la biologie. Docteur en 1920, il a cette soif de savoir qui fait de lui fondamentalement un chercheur à l’ouverture d’esprit très humaniste.
Le cloisonnement et ses conséquences morcelantes dans l’approche médicale, voilà ce qu’observe Balint. L’oubli de la globalité de l’être humain par la médecine guide sa réflexion et ses applications dans son travail avec les travailleurs sociaux et surtout les médecins.
Sa curiosité épistémophilique lui a permis de faire passerelle entre les disciplines, d’interroger la démarche médicale à l’aide de la psychanalyse dans le respect de ces deux disciplines.
Alice Székely-Kovács, anthropologue, en lui prêtant Totem et tabou et les Trois essais sur la théorie de la sexualité, éveille sa passion pour la psychanalyse. Elle devient sa femme et collaboratrice. Vilma Kovács, mère d’Alice, analyste reconnue à Budapest et qui a été analysante de Ferenczi, facilite également l’entrée de Balint dans le milieu psychanalytique.
Désir de magyariser son nom, difficulté de sa relation avec son père, Mihály Bergsmann devient Michael Balint et se convertit à l’unitarisme sans que Balint explique ces actes. Mais Michelle Moreau-Ricaud remarque que « cette “défiliation”, cette déchirure de son identité coïncide avec son adoption par le clan Kovács [2] ».
Le numerus clausus limitant l’accès des Juifs aux universités, Alice et Michael Balint quittent Budapest et s’installent en 1920 à Berlin. Ils y commencent le même jour, avec le même analyste, Hans Sachs, une analyse qui dure deux ans. Après un an de cure, Balint reçoit ses premiers patients, avec Max Eitingon comme contrôleur et peut-être Liebermann. Ces deux années de formation à la polyclinique de Berlin, son analyse et une conférence intitulée « Perversion ou symptôme hystérique » lui permettent d’être nommé membre de la Société de psychanalyse de Berlin. Alice y entre également. Puis c’est le retour à Budapest en 1924 et la naissance de János Sándor. Tous deux entreprennent alors, de nouveau simultanément, une analyse de deux ans avec Ferenczi, Balint s’installant comme médecin et psychothérapeute.
C’est aux côtés de Ferenczi et aidé de la famille Kovács qu’il se bat pour la création de la polyclinique psychanalytique de Budapest et pour qu’elle soit un lieu de formation en même temps qu’un lieu de soin parce que « ... la maladie n’est pas seulement dans le patient mais dans la relation médecin malade [3] ». Elle est d’abord dirigée par Ferenczi puis, à sa mort en 1933, par Balint. Celui-ci endosse alors le rôle de leader de l’École hongroise, publie et réhabilite avec passion et acharnement l’œuvre de son analyste ainsi que la correspondance Freud-Ferenczi. De Ferenczi il avait aussi adopté le style de vie, « mesuré dans [son] travail intellectuel » et menant une vie sportive, familiale et socialement animée.
C’est « la médecine de la personne totale », comme la nomme Balint, qui se trouve être l’originalité de la polyclinique, en réponse à sa dénonciation de la crise de la pratique médicale et avec cette préoccupation qui accompagne Balint de Budapest à Manchester puis à Londres : comment transmettre aux médecins le désir de cette place d’écoute du patient, sans en redouter les effets, en assumant le transfert ?
Fuyant le nazisme, les Balint cherchent refuge à Londres où Jones s’oppose, dans un premier temps, à l’installation du disciple de Ferenczi. Alice meurt, en août 1939, et sa mère la suit quelques mois plus tard. La vie et la carrière de Balint semblent s’arrêter pendant cinq ans. Il devient cependant membre de la Société britannique de psychanalyse en 1941 et est élu au Comité de formation de la SBP alors même qu’il venait de critiquer le système didactique en place. Il propose « la liberté du candidat assortie d’un contrôle égalitaire pour tout un chacun », fût-il didacticien, et adopte une position que l’auteur qualifie de « anti-passe [4] ».
Dans « On analytical training », Balint insiste sur le grave écueil de la formation que représentent les deux symptômes de l’inhibition de la pensée et de la tendance au dogmatisme.
Michelle Moreau-Ricaud nous guide chronologiquement dans les écrits et conférences de Balint, condensé précieux permettant au lecteur de pouvoir plus aisément aller y puiser par lui-même. Elle souligne l’originalité de ses thèses et la pertinence de la méthode de travail qu’il a inaugurée et expérimentée, le training cum research, que nous appelons aujourd’hui groupe Balint. Et pour donner la mesure vivante de la place de Balint, cette biographie est complétée par les portraits que font de Balint sa dernière femme, Enid Balint-Edmonds, son fils John et sa nièce, Judith Dupont. Enfin deux interviews de François Sacco et de Ginette Rimbault disent l’histoire et l’avenir possible des groupes Balint.
Lorsque Balint s’installe à Londres et entre à la Tavistock Clinic, c’est à la fois l’idéal de Ferenczi et sa propre « utopie médicale » qu’il va enfin pouvoir mettre en pratique à partir de 1949. Comment « apprendre aux médecins à écouter leurs malades » et les symptômes somatiques et/ou psychiques que leurs patients leur « offrent » ? Balint sait que « Toute maladie [est] aussi le “véhicule” d’une requête pour obtenir de l’amour et de l’attention » et qu’elle est source de bénéfices pour le patient [5]. Comment permettre aux médecins de supporter d’être eux-mêmes, par leur écoute et leur parole, « médicament » pour leur patient sans pour autant faire une psychanalyse ?
C’est aussi à la Tavistock Clinic qu’il rencontre Enid Flora Albu qu’il épouse après avoir divorcé de sa seconde femme, bref mariage malheureux. Enid, qui a fait une analyse avec J. Rickman puis avec D . W. Winnicott, prend une place de compagne de recherche comme Alice.
Enfin, Balint ouvre à la Tavistock son premier séminaire intitulé Training cum research, premier groupe associant formation et recherche. Si la personnalité du médecin est son seul instrument, encore faut-il qu’elle soit assez libre, bien intégrée et souple. Pour cela, il trouve un autre moyen que la cure analytique : le séminaire de discussion [6]. C’est la méthode du case work, venue des États-Unis et utilisée par Enid avec les travailleurs sociaux à la Tavistock, qui est à la base de ce séminaire. Balint, lui, demandera aux participants de présenter oralement leurs cas soumis à la discussion du groupe, afin de laisser place à l’inconscient. Toute la formation se fait à partir des rapports des médecins concernant leurs patients par un groupe de collègues, en mettant l’accent sur le contre-transfert du médecin [7].
Le groupe Balint vise une modification du comportement des médecins et a véritablement une fonction psychothérapeutique, nous dit Michelle Moreau-Ricaud, ce que confirme Ginette Rimbault [8], praticienne de groupe Balint dans l’interview que fait d’elle l’auteur. C’est dans Le Médecin, son malade et la maladie, qui paraît en 1957, que Balint évoque les débuts de ce travail de séminaire. Il rédige en compagnie d’Enid Balint, Robert Gosling et Peter Hildebrand, en 1966, un bilan de ces années de formation de médecins sous le titre Le Médecin en formation.
Et lorsque Balint parle de « compagnie d’investissement mutuel » entre le patient et son médecin en termes de « capital de données et de connaissances mutuelles [9] », cela n’interroge-t-il pas la confusion aujourd’hui des pouvoirs publics dans le domaine de la Santé qui comprennent la notion d’investissement au sens de stockage de savoir sur le patient dans des systèmes informatiques de plus en plus performants ? Michelle Moreau-Ricaud souligne la dimension actuelle du travail de Balint par la place qu’elle accorde aux groupes Balint ainsi qu’au problème de la formation des analystes. Amour primaire et technique psychanalytique, publié en 1952, est une somme d’écrits commencés avec Alice. Balint y rejette la théorie du narcissisme primaire. Son idée d’une relation d’objet libidinale dès l’origine, l’enfant ne pouvant exister sans cette relation, doit sans doute beaucoup à Ferenczi mais peut être aussi à la notion d’environnement chez D. W. Winnicott. Ce thème est repris dans Le Défaut fondamental. Balint y élabore une nouvelle topique de la psyché, distinguant trois zones : celle du défaut fondamental, le niveau œdipien et le niveau de la création.
En France l’enseignement de Balint ne prend pas vraiment, même si Mai 1968 a fait espérer l’entrée de la psychologie médicale dans les cursus de médecine. Quelques obstinés comme Ginette Rimbault ont créé des groupes Balint à l’hôpital. Leur intérêt semble évident et peut-être peut-on espérer une relance de l’intérêt des groupes Balint avec le Groupe de Recherche Analyse et Médecine pour les praticiens hospitaliers.
C’est sans doute ce que Michelle Moreau-Ricaud souhaitait proposer à notre réflexion par son travail et la façon dont elle l’a mené.
 
NOTES
 
[1]M. Moreau-Ricaud, M. Balint, Le Renouveau de l’École de Budapest, Toulouse, Érès, 2000, p. 48-49.
[2]Ibid., p. 63.
[3]Entretien de Balint avec B. Swerdloff cité par M. Moreau-Ricaud, M. Balint, Le Renouveau de l’École de Budapest, Toulouse, Érès, 2000, p. 83.
[4]Ibid., p. 125.
[5]Ibid., p. 181.
[6]Ibid., p. 187.
[7]M. Balint cité par M. Moreau-Ricaud, M. Balint, Le Renouveau de l’École de Budapest, Toulouse, Érès, 2000, p. 173.
[8]Ibid., p. 252.
[9]Ibid., p. 183.
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M. Moreau-Ricaud, M. Balint, Le Renouveau de l’École de Bud...
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Ibid., p. 63. Suite de la note...
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Entretien de Balint avec B. Swerdloff cité par M. Moreau-Ri...
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Ibid., p. 125. Suite de la note...
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Ibid., p. 181. Suite de la note...
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Ibid., p. 187. Suite de la note...
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M. Balint cité par M. Moreau-Ricaud, M. Balint, Le Renouvea...
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Ibid., p. 252. Suite de la note...
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Ibid., p. 183. Suite de la note...