Figures de la psychanalyse
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I.S.B.N.2-86586-976-8
240 pages

p. 215 à 218
doi: en cours

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Lectures

no5 2001/2

2001 Figures de la Psychanalyse Lectures

André Michels : Actualité de l’hystérie

Catherine Saladin
Actualité de l’hystérie, ce livre qu’André Michels a magnifiquement coordonné, regroupe des textes divers d’un grand intérêt. On peut gager qu’il fera date, qu’il deviendra un ouvrage de référence sur l’hystérie. C’est un pari courageux, car ce livre regroupe de nombreux auteurs d’horizons variés, psychanalystes de différents groupes, qui posent les questions actuelles de l’hystérie et des problèmes de notre société, autour de trois pôles géographiques, la France et les deux Amériques. Il enveloppe l’histoire, la transmission, la mémoire. On pourra juste regretter l’absence d’une petite note sur chaque auteur.
Pour André Michels, la question principale porte sur le statut de la clinique, à laquelle nous tenons, et qui est menacé. En effet, l’hystérie a disparu de la classification du DSM III. Pourtant c’est sur elle que repose l’édifice de la psychanalyse. C’est pour la clinique psychanalytique un point d’ancrage très actuel, comme en témoignent plusieurs textes de ce livre. C’est le point d’origine. C’est de lui qu’est parti Freud avec ses premiers travaux. L’invention de la clinique de l’hystérie n’a pas fini de nous étonner, ouvre André Michels dans la présentation de ce livre. Il questionne « les rapports multiples et variés entre hystérie et modernité. C’est le fondement même du discours freudien et sa transmission qui se trouvent ainsi interrogés. » André Michels décrit la « complaisance somatique de l’hystérique » dont parle Freud, qui ouvre un champ immense, celui de l’« entre-deux ». « Le somatique venant à la rencontre du psychique et va à son encontre, pour lui opposer une résistance et ne lui offrir qu’un bord, comme appui, qui, sous l’effet de la mise en jeu de la pulsion, délimite la zone érogène. » La découverte de la sexualité infantile et de l’« Autre », qui dépouille « l’enfant de son innocence » pour donner à son inconscient un « poids de réalité sexuelle ». L’hystérie permet de définir et d’articuler les autres structures. Le point d’ancrage de l’hystérie, c’est le corps.
La question de l’ordre, de la norme, se présente, mais d’une manière différente, de nos jours. Le médecin est-il pour autant mieux préparé « à reconnaître que le corps qu’il soigne est aussi habité par un sujet en souffrance ». Cela a pu aller si loin que, sous le régime nazi, de nombreux médecins participèrent à des expériences sur des personnes déportées, qu’ils prenaient comme des morceaux de corps, en se présentant comme « de simples exécutants ».
André Michel pose toutes les questions actuelles autour de la mort, de la pulsion, du statut du corps dans notre société, corps à modeler, à remodeler. Il souligne les dangers d’une psychothérapie qui mettrait exclusivement l’accent sur le versant psychique, négligeant le symptôme dans ce qu’il a de plus réel, comme disait Lacan, et fait repère pour le sujet. La notion de « constitution » pouvant être entendue comme une écriture du corps « d’un texte qui sert de référence à l’inconscient et à son interprétation ».
La question du traumatisme, dans une perspective actuelle, c’est ce qu’aborde Paola Mieli, reprenant l’enseignement freudien pour éclairer cette actualité sans la nier, mais avec l’éclairage du refoulement, du transfert, du fantasme et du désir de l’Autre.
Paul Verhaeghe, toujours dans cette perspective historique et de transmission, revient sur les découvertes de Freud : l’hystérie est une psychonévrose, elle tient au Wunsch (désir). S’il est vrai que l’hystérique souffre de « réminiscences » sous la forme de symptômes de conversion, c’est ce qui le distingue des autres névrosés. La conversion équivaut donc au retour du refoulé.
René Major fait élégamment le pont entre Freud et Lacan, de l’hystérie à la psychose, et Roland Chemama développe la position lacanienne, pour qui l’hystérie ne se « définit plus seulement comme une façon de dire, elle devient discours », l’hystérie constituant alors l’un des quatre discours.
Nicole Kress-Rosen nous présente fort bien comment le cas Dora fait charnière dans l’œuvre de Freud. Au-delà du roman, de la part d’histoire que chacun y reconnaît, elle fait une description de ce cas et du travail de conceptualisation qu’a produit Freud. Avec Henri Rey-Flaud, nous retrouvons la « jeune homosexuelle » de qui Freud affirme qu’elle n’est pas hystérique. Ces deux textes mettent au premier plan « la forme que peut prendre le rapport d’une femme à la féminité sous les traits d’une autre femme » et la question de l’amour.
Monique Schneider, pour sa part, étudie, à partir du rêve de « la belle bouchère », le désir de l’hystérique, exigé comme insatisfait.
Patrick Landman développe le thème qu’« être femme, c’est désobéir au surmoi et donc être folle », à travers une très intéressante observation clinique et une analyse très fine de la façon dont, encore et toujours, l’hystérique nous surprend et crée un « traumatisme » revigorant, tout n’est pas su une fois pour toutes, il y a la rencontre avec l’imprévu. Après la Shoah, la clinique hystérique ne peut plus se penser de la même façon, notamment autour de la question du père. Il y a une particularité actuelle de la clinique hystérique. Patrick Landman apporte une observation très pertinente à propos de la grande fréquence de la dépression, proche de la mélancolie, qu’il distingue de la tristesse hystérique. Les hystériques étant en quelque sorte porteurs du deuil de « l’entame faite à l’humanité par les nazis à l’aide des sciences et de la technique ».
Le point d’ancrage de la clinique se révèle également dans le très bel apport de Claude-Noële Pickmann. Freud laisse l’énigme ouverte et découvre la Vérité. C’est l’hystérique qui l’enseigne à Freud. À travers le déroulement de l’Œdipe féminin et la relation ravageante mère-fille, il y a quelque chose d’un absolu, marqué de la tromperie et de la castration de la mère, c’est la haine.
Quelle est la vérité de ce premier lien mère-fille ? est aussi la question que Catherine Mathelin aborde magistralement autour du pouvoir des mères. Dans la transmission de la féminité, la mère de la fille n’y est pour rien, elle en est le « porteur sain », c’est avec le père que cela se déclarera. Mais tout dépend quand même de l’attitude de la mère. Si la mère est rejetante, menacée par cette rivale, cela sera épouvantable pour la fille, à moins qu’elle ne fusionne avec cette mère dévorante, seul objet d’amour possible. On peut évoquer, en lisant cet article, ce qu’écrivait Joël Dor à propos de la dynamique identificatoire dans l’hystérie [1]. La transmission de la maternité est différente. Une mère peut quelquefois autoriser sa fille à être mère, sans référence à un autre homme, dans une « injonction à se reproduire ». Elle illustre ces propos par la très belle histoire de Jeanne, l’héroïne de Maupassant.
Avec Maria Teresa Orvananos, c’est du contre-don chez la femme hystérique qu’il s’agit. Le don, comme l’amour, c’est donner ce qu’on n’a pas.
Autre question passionnante abordée dans ce livre, celle de la structure, avec Joël Birman. Y a-t-il une structure invariable ? Quel est son lien à la modernité ? Il avance certaines hypothèses concernant l’hystérie et le masochisme en psychanalyse, sous l’angle de la problématique de la féminité. La façon dont est perçue l’hystérie dans la société brésilienne paraît très nouvelle, « l’hystérisation caractérisant généralement la manière d’être des Brésiliens… ».
Une question tout aussi actuelle avec Isidoro Vegh, pour qui « l’actualité des névroses nécessite l’autre pour que le sujet se rencontre avec lui-même ».
Christiane Lacôte note que la structure est sans doute la même, mais que les manifestations cliniques sont différentes et nouvelles.
Nestor A. Braunstein, traduit de l’argentin par Ignacio Gárate-Martínez, pose la question de la sincérité, de l’agressivité et de la recherche de l’antipathie comme source de jouissance.
Jean-Richard Freymann déroule la question de l’amour, Humphrey Morris et Roberto Harari, celle du désir, à travers de très beaux cas cliniques.
Avec Jean-Pierre Lebrun, nous arrivons à la dernière partie de ce livre. Nous retrouvons les questions essentielles liées à la modernité et aux nouvelles formes de la clinique. Il se réfère au travail de Guy Lérès sur l’errance, sur ces « hystéries postmodernes » où les sujets se privent de « Nom-du-Père ». Il pose la question de la redistribution des rapports entre jouissance et désir dans notre société, sous la mutation organisée « par la triple action de la science, du capitalisme et de la démocratie ».
Gérard Pommier enchaîne et l’on peut avec lui continuer à travailler sur la question de la structure invariable, liée à la modernité.
Owen Renik, à travers un exposé clinique passionnant, défend la cause de l’hystérie contre ses collègues qui sont tentés de poser un autre diagnostic à ce cas.
Le livre s’achève sur l’évocation de l’introduction de la psychanalyse en Suède, par Per Magnus Johansson.
Ce tour de monde de l’hystérie est complété par le très précieux « Index de l’hystérie… dans l’œuvre de Lacan », de Françoise Bétourné.
 
NOTES
 
[1] Dans Clinique psychanalytique, Paris, Denoël, 1994.
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Dans Clinique psychanalytique, Paris, Denoël, 1994. Suite de la note...