2001
Figures de la Psychanalyse
Distribution des jouissances
La Joie et sa fonction, limite à la jouissance
[*]
Ignacio Gárate-Martínez
« L’amour est une joie qu’accompagne
l’idée d’une cause extérieure »
(Spinoza, Éthique, III, déf. 6 des affections)
Parler de la joie et, même, élever cette humeur ou cet affect au rang d’une fonction
telle la loi, fonction de limite, implique de séparer deux dimensions de la joie au moins.
Nous ne parlerons pas de la « narcose de l’affect » qui nous rend parfois maniaques, de
cette joie qui consiste à mépriser notre
scène quotidienne ou notre réalité, au nom d’une
bulle imaginaire qui rabaisse la valeur de la vie et déforme, de façon délirante, l’image du
monde réel. Il ne s’agit pas – pour emprunter la formule heureuse d’un roman récent – de
faire passer la communauté psychanalytique tout entière « au mode de vie franciscain,
tendance
ravie
[1] ». Nous tenterons d’en dégager une autre, plus durable, si elle constitue
l’un des sillons du fleuve qui nous mène.
Si la joie, qui n’est pas la gaieté, ne se limite pas à la manie
[2], le bonheur n’est pas une
forme d’exaltation hystérique ou sectaire. Il peut aussi être la manière la plus commune
et universelle de manifester le
but ultime des aspirations humaines
[3], nous dit Freud, et,
pour cela, une alternative nous est posée :
soit éviter douleur et privation de joie, soit
rechercher des fortes jouissances
[4].
Freud semble situer une
dimension de la joie, consistant à éviter d’en être privé,
comme un au-delà de la recherche de jouissance. Ce serait donc une manière de vivre au
quotidien, dans une harmonie relative entre la personne et les événements ou, comme le
dit la définition lacanienne du bonheur, « un agrément sans rupture du sujet à sa vie
[5] ».
Mais, autant pour Freud que pour Lacan, cette dimension de la joie, comme continuité
relative, passe par un renoncement, une domestication du désir.
En effet, pour le premier, le principe de réalité aura bridé l’assouvissement sauvage de
nos instincts, pour le deuxième, l’homme devra renoncer à la voie de la jouissance.
Dans le champ de la psychanalyse, cette dimension de la joie comme trace d’une limite
opposée à la jouissance reste fort peu explorée, sans doute parce qu’il est plus aisé de
parler de la « deuxième jubilation » du petit d’homme, conséquente à l’identification,
même si, du coup, nous risquons de réduire la fin d’une cure à la confrontation à un
« roc », qui donnerait naissance à l’intégration de la Loi, sans pour autant montrer la joie
que peut produire le renoncement à la jouissance.
Dans sa quête biaisée, voici le sujet bridé, dompté, interdit, interloqué aussi parfois,
lorsque les vociférations de son désir lui ramènent une nostalgie d’objet perdu, qu’il
devrait de nouveau dompter, dans une sorte de volonté éduquée dans le renoncement.
Il est très difficile d’entamer une réflexion au point exact où elle se pose, aux confins
mêmes des certitudes acquises. Ce genre de pensée nous vient d’un coup, au-delà du
champ théorique et des constructions qui donnent, à la pensée, une certaine aisance. Cela
arrive sous forme de question : Pourquoi avons-nous, souvent, l’air si triste ? Comment se
fait-il que d’une pratique qui se rapporte à la vérité du désir inconscient, ce soit la douleur
d’exister qui se manifeste comme constante, et la joie, comme humeur, en dents de scie ?
N’y a-t-il pas assez de vérité qui se dégage de l’acte analytique, ou alors, avons-nous
complètement perdu le sens de l’humour ?
Je vous propose de partager avec moi ce début de réflexion qui, sans creuser uniquement dans la direction de la sublimation, dont je ne prétendrai pas faire aujourd’hui
« métapsychologie », veut explorer la dimension de la joie, dans le domaine de l’amour et
du travail, comme complément parallèle à l’intégration de la Loi dans les buts de la
psychanalyse.
Il a envie de ce dont il est dépourvu
[6]
« L’objet du désir, pour celui qui éprouve ce désir, est quelque chose qui n’est pas à sa
disposition et qui n’est pas présent… [7] »
Dans la pensée freudienne, telle que Lacan en fait lecture, cette absence, cette indisposition de l’objet du désir, est le propre du système inconscient qui régit le désir de
l’homme en tant qu’« être parlant ». Il croit que son bonheur tient à une réponse que
l’autre ferait à sa demande pour l’exaucer, et sa demande se perd dans un défilé répétitif
qui, à tourner sur lui-même, dessine un trou et, par là, le lieu de la demande de l’Autre et
son asymétrie.
Pas de réponse, «
la demande, par essence, reste toujours inadéquate à signifier l’objet
du désir qui la cause. Par voie de conséquence, le désir ne saurait se déployer de demandes
en demandes successives, que selon une structure métonymique en représentant le tout
(l’objet perdu) par l’expression du désir de la partie (l’objet substitutif)
[8] ». Faut-il en
conclure à la manière de Shopenhauer que la destinée du sujet «
oscille, comme un
pendule, de droite à gauche, de la souffrance à l’ennui
[9] » ?
Qu’est-ce qui est en jeu, alors, dans cette « jubilation première » dont parle Lacan, qui,
nous faisant nous reconnaître au miroir, nous fait nous réjouir à l’idée de quelque chose ? Ce
« quelque chose d’autre » dont le sujet se réjouit, se précipite très vite dans un « lui-même »,
et cette jubilation première sera confondue, ultérieurement, avec la deuxième dans le champ
de l’Autre, où il s’objective dans la dialectique de l’identification
[10] », pour dépendre de l’existence de cet Autre, qui lui donne reconnaissance et aliénation en même temps.
Lacan situe en cet instant une
ligne de fiction, le je-idéal, collée de manière asymptotique
[11] au devenir courbe du sujet, sa discordance d’avec sa propre réalité. La jubilation
au miroir précède, chez l’enfant, l’intelligence instrumentale
[12]. C’est cette jubilation
d’avant l’être qui fait une trace pour des trouvailles d’autant plus sublimes qu’elles sont
insensées :
« Une lettre a suffi à donner à la jaculation la plus vulgaire en français {merde],
la valeur joculatoire
[13] {merdre], allant au sublime, de la place qu’elle occupe dans
l’épopée d’Ubu : celle du Mot d’avant le commencement
[14]. » La jubilation que le sujet
tisse pour faire couverture de son manque est différente et ultérieure. Elle bâtit, certes,
mais ne crée rien, se limitant à construire l’effacement d’un manque et remplacer l’impossibilité de soutenir un acte par le comblement d’un trou.
Si les deux jubilations se confrontent à un manque, elles ne l’instrumentent pas forcément de la même manière. La première, comme trace perdue, pousse à la
création dans
l’enthousiasme, éventuellement religieux
[15]; la deuxième entraîne à la
sanctification, qui
n’est pas l’équivalent du sacré ou du religieux
[16], et à la négation du manque par la
gestion du pouvoir.
Homo sum : humani nihil a me alienum puto
En effet, reconnaître le manque et la douleur d’exister peuvent conduire à cette affirmation que la comédie de Térence rendit célèbre : « Je suis homme, tout ce qui intéresse
les hommes ne saurait m’être indifférent. »
Pensée fort admirable, diront certains
[17], mais, à nous arrêter un instant sur l’énoncé
latin :
humani nihil a me alienum puto, une autre traduction nous vient : « Rien de
l’humain ne peut m’être étranger (autre). »
Du coup l’autre devient mon semblable, celui que je dois aimer comme moi-même et
de la meilleure des manières encore : en voulant son bien, comme je le veux pour moi.
Ainsi, aimer n’est rien d’autre que vouloir le bien de l’autre ( velle bonum alicui, dira saint
Thomas).
Voilà que la réponse de Chrêmes, le païen que nous venons de citer, constitue la justification sanctificatrice du pourquoi ce voisin curieux se mêle des affaires de Ménédème
qui pourraient lui être indifférentes.
Eh bien, mais parce que en tant qu’humain cela le regarde quand même : il aurait un
droit d’ingérence « humanitaire » parce que, comme humain, il devrait vouloir le bien de
ses semblables.
Bien sûr, il ignore que ces semblables-là ne lui ressemblent pas tant que ça, sauf,
évidemment, s’ils sont colonisés.
L’enthousiasme d’un engagement, ce que l’on appelle couramment le « feu sacré »,
devient, s’il est soumis à la raison sanctificatrice, dogmatisé en quelque sorte, une manière
de réduire l’autre en l’assimilant.
C’est sans doute en rapport avec cela que Michel De Certeau s’intéressait à une
croyance sans objet, une passion sans objet dont on puisse sanctifier la relique pour l’idolâtrer.
De la jubilation première réitérer la trace
Mais, alors que peut-on vouloir lorsque la douleur d’exister, même dans la Loi, risque
de nous mener à une sorte d’esthétique expectante, d’observateur hors de jeu, acceptant
tout au plus de répéter son acte pour ne pas répéter son symptôme ?
Il ne s’agit pas d’instaurer une esthétique de la douleur de soi, contemplative et
sereine, mais, au contraire, de prendre en compte les formulations nouvelles de ces analysants qui viennent aujourd’hui nous parler, sans parvenir à exprimer leur parole en
souffrance autrement qu’en exposant leur douleur d’exister, mais à la troisième personne,
comme s’ils n’arrivaient pas à se considérer sujets de leur douleur, mais plutôt spectateurs
d’une réalité virtuelle qui les mettrait en jeu, à leur insu et dont le rapport au phallus
ferait office de Joystick.
L’inversion
quadrangulaire de l’amour courtois : «
… celle dont je jouis n’est pas celle
que j’aime, celle que je fais jouir est celle qu’un autre homme désire et aime
[18] », ne peut
pas se confondre avec le
triangle du mari, de l’épouse et de la maîtresse qui signe la
résignation puritaine de l’amour bourgeois. Dans un double renversement, la joie se
ressource dans la tristesse même où se suspend la jouissance et le discours du maître se
déplace au profit d’un féminin créatif : « ma seigneur
[19] ». C’est ainsi que nous pourrions
comprendre le Psaume : 147,16 :
« Il dispense la neige comme laine, répand le givre
comme cendre
[20]. » Qui déplace l’idéal de la vigueur et la force vers un temps de renouveau qui gèle le rapport à la jouissance : « Ni la vigueur du cheval ne lui agrée, ni le jarret
de l’homme ne lui plaît
[21]. »
Comment articuler, sinon, dans notre histoire cette trace jubilatoire qui permet,
instant sublime, la jaculation joculatoire, ou, pour le dire autrement, la trouvaille
insensée, porteuse d’une joie non signifiante et pourtant consistante ?
Au fond, l’instant de jubilation, qui soutient aujourd’hui ma réflexion, est une joie de
se reconnaître autre, comme recherche de vérité dont l’instrumentation consiste à démasquer les plénitudes successives, au profit de la vérité d’un manque qui m’apporte, certes,
la douleur d’exister
[22], mais aussi la
jubilation que l’autre existe. Telle serait, du moins de
mon point de vue, la fonction de la joie par rapport au manque.
Ainsi – pour comprendre autrement l’expression de Freud sur l’être normal : celui qui
est capable
d’aimer et de travailler – , l’amour et le travail, s’ils mettent leur joie dans la
vérité
[23] plutôt que dans l’objet, peuvent se rejoindre dans la dimension de l’acte : dans la
consistance plutôt que dans
l’être.
Il renonce à la possession de l’objet, comme il renonce au terrassement du manque, à
son comblement, à sa saturation, à sa suture.
Tel fut le cas de cet analysant qui s’était marié fort jeune et, découvrant l’amour pour
la première fois, avait quelque difficulté à retarder le moment de s’abandonner à
l’orgasme. Son épouse de dix ans son aînée lui en faisait amèrement reproche, ce qui
n’arrangeait pas beaucoup ses affaires, car à chaque fois qu’il voulait l’honorer, il se
demandait avec angoisse « combien de temps il allait tenir cette fois-ci ». Inutile de dire
que la chose tenait de moins en moins et que c’est de cette sorte que son couple semblait
tenir. Très vite, l’analysant se mit à fréquenter d’autres femmes, sans éprouver d’ailleurs la
moindre culpabilité ; il apprenait ainsi à prendre davantage son temps avec d’autres, sans
pour autant abandonner cette angoisse qui l’envahissait dès qu’il était question de l’acte
sexuel… Une rencontre allait curieusement en finir avec sa crainte obsessionnelle ;
écoutons ce qu’il en dit :
« J’ai rencontré une femme ; enfin, vous voyez, ce n’est pas comme les autres, ce n’est
pas ma maîtresse, c’est plutôt une femme qui m’intéresse, nous parlons, nous nous faisons
confiance, il n’y a pas d’enjeu, de toute façon, il est hors de question que je quitte ma
femme, et de son côté, elle est prise, elle aussi, dans deux histoires d’amour qui ne lui
laissent pas de place. Quand nous avons fait l’amour pour la première fois, cela a été très
curieux, on dirait que je la désirais moins que les autres femmes que j’ai connues, je la
trouvais belle et attrayante aussi, désirable comme on dit, mais j’avais moins de désir, je
ne sais pas, elle était différente, j’étais étonné par la force et l’affirmation de sa féminité.
En revanche, je me suis senti moins angoissé, je ne pensais pas à mes difficultés sexuelles,
j’avais envie de rire, et lorsque nous avons joui ensemble, je crois que nous avons fini dans
un grand éclat de rire : cette femme me fait peur. »
À la place de la crainte de ne pas être sexuellement compétent, suffisant ou puissant, cet
analysant exprime sa joie comme corollaire d’une rencontre avec une femme qui lui fait peur.
Il ne s’agit plus d’une femme comme complément ou exutoire de sa jouissance, elle n’est
pas réductible à un
manque ou à un
moins: lui-même en moins viril, par exemple, ou un peu
autre, mais qui ne serait surtout pas marquée par sa féminité dans la radicalité de sa différence. Elle est différente à faire peur cette femme, et sa différence, insondable, le
condamne, lui, à se faire femme, au lieu même de son boitement
[24], pour pouvoir l’aimer.
L’amour vient alors en lieu et place du a manquant, mais non pour boucher ce manque
ou prétendre le remplacer, plutôt, au contraire, pour marquer une voie au désir en
prenant dans sa valeur propre la dérobade de l’objet face à la conjugaison du sujet avec
l’Autre. C’est en ce sens que je prétends que l’amour constitue le cadre nécessaire à
l’ensemble vide du non-rapport sexuel : « Seul l’amour permet à la jouissance de condescendre au désir. »
Lorsque la peur remplace l’angoisse, l’amour est l’un des médiateurs d’un rapport
impossible à l’Autre.
La peur, le gel, le givre, comme une laine qui protégerait du froid… Question difficile
lorsque l’ensemble du social s’ingénie à promettre la réduction du manque : l’immortalité
à long terme, et, en attendant, la multiplication sans cesse du virtuel et de manière de plus
en plus vraisemblable ; le Joystick, ce merveilleux outil, mi-pistolet mi-sceptre, que l’on
tient, dans les jeux d’ordinateur, comme un sexe d’homme, mais en érection constante, et
dont la puissance imaginaire semble illimitée.
Ce qui est grave n’est pas que l’imaginaire acquière une consistance de plus en plus
trompeuse, ce qui est grave c’est que, du coup, on est tenté de confondre la réalité avec
le réel, et le symbolique avec la vérité.
Ce
stick dont j’attends le
Joy n’est que l’une des formes modernes de la masturbation,
comme négation d’un rapport au manque. Il substitue l’imaginaire d’une toute-puissance
virtuelle, au symbolique d’une fonction paternelle. Mais ce n’est pas l’imaginaire qui gêne,
c’est la projection de sa virtualité qui vient obérer un rapport au symbolique : il n’y a pas
de distance, pas de possibilité de lecture. Nous sommes ici à la frontière du politique et du
psychanalytique, à cette ligne, si importante dans nos institutions
[25], où le psychanalytique
peut fonctionner avec son statut d’ambassadeur de l’absent qui rappelle, au règne du
consommable, la fonction de l’amour en tant que
consumable.
Quoi d’étonnant à ce que le politique, le social, soient convoqués à propos de la
fonction de la joie ? Que promet le politique si ce n’est la virtualité d’un bonheur pour
tous en échange d’un vote ? Que promeut aujourd’hui le politique si ce n’est la déification d’un marché, qui plus est « global ».
C’est dans la mesure exacte où, pour sortir d’une crise, le corps social inverse l’ordre
des valeurs – par exemple le projet politique ne commande pas le rapport au marché, c’est
le marché qui limite le projet politique – qu’il instaure un rapport à la consommation, dans
une « culture d’assistance
[26] » à la place d’un rapport à la consomption dans un projet
d’amour.
C’est un fonctionnement pervers, en ceci que l’autre est réduit à sa consommation,
c’est-à-dire qu’il est virtuellement reconnu par le corps social comme objet de jouissance
légitime (la perversion tenant à ce « légitime »). Son altérité, sa différence radicale est
anéantie, ce qui fait que l’amour ne préserve plus la fonction du « rien » qui m’empêche
de consommer et me consume en échange d’un partage créatif.
Du rapport sexuel qui n’existe pas, parce qu’il n’y a pas de complémentarité dans le
rapport à l’autre, je garde le plaisir (parfois triste après coup), mais en interrogeant son
statut d’ensemble vide. Du rapport à la création qui naît précisément de cette inexistence,
je retiens la fonction de la joie, réjouissance du fait qu’il y ait de l’autre, parce que nous
nous consumons dans notre trajet : nous sommes mortels.
Si la jouissance consiste en un aller-retour manqué de la
demande à
l’Autre, de
l’Autre
manqué à la
demande, il est, néanmoins, possible de mettre en place une structure de
refus
[27]. Il peut renoncer : la fonction de la joie se limite alors au constat que, ce trou –
dont je ne puis que parcourir le contour, dégager la limite, désigner le bord – il faut le
récurer, le nettoyer, le maintenir béant, pour que naisse encore l’ouverture, toujours
renouvelée, par où se forge, se construit, tout ce qui fait, de l’humain, la fondation.
En psychanalyse, il serait à mon avis trop romantique, et en ce sens dangereux, de
cultiver l’errance de la douleur d’exister. Il ne s’agit pas non plus d’être la dupe de son
inconscient, mais d’en être, si on veut, son amoureux
[28].
Ainsi, l’intégration de la Loi peut permettre dans un deuxième temps l’intégration de
la joie, parce que l’impossibilité de m’adonner à la jouissance laisse la place ouverte qui
transforme, par le travail et l’amour, le vide de l’être et le convertit en creuset de l’autre,
joie de la différence qui renouvelle la vie.
[*]
Cet essai a été élaboré à partir des notes qui ont orienté mon intervention orale lors du
colloque franco-brésilien réalisé à Rio de Janeiro le 27 août 2000, intitulé « L’Actualité de la
psychanalyse » et organisé par l’Espaço Brasileiro de Estudos Psicanalíticos.
[1]
L. Cossé,
Le Coin du voile, roman, Paris, Gallimard, 1996, p. 110.
[2]
S. Freud,
Malaise dans la civilisation, Paris, PUF, 1973.
[3]
Ibid., p. 20 :
« Quels sont les desseins et les objectifs vitaux trahis par la conduite des hommes,
que demandent-ils à la vie, et à quoi tendent-ils ? On n’a guère de chance de se tromper en
répondant : ils tendent au bonheur ; les hommes veulent être heureux et le rester. »
[5]
J. Lacan,
Écrits, «
Kant avec Sade », Paris, Le Seuil, 1966, p. 785 :
« … si le bonheur est agrément
sans rupture du sujet à sa vie, comme le définit très classiquement la Critique
, il est clair qu’il se
refuse à qui ne renonce pas à la voie du désir ».
[6]
Platon,
Le Banquet, 200
a, in
O.C., t. IV, 2
e partie, trad. Léon Robin, Paris, Les Belles Lettres,
1981, p. 48.
[7]
Ibid., 200 e.
[8]
Cf. J. Dor, in
Introduction à la lecture de Lacan, t. II, La structure du sujet, Éditions Denoël, coll.
« L’Espace analytique », Paris, 1992, le chapitre 9,
Dialectique de la demande et du désir entre le
sujet et l’Autre. La topologie du tore, p. 139-172, et, pour cette citation, la p. 150.
[9]
A. Schopenhauer,
Le Monde comme volonté et comme représentation, trad. Burdeau-Roos,
Paris, PUF, 1966, p. 57.
[10]
J. Lacan,
Écrits, «
Le stade du miroir », Paris, Le Seuil, 1966, p. 94 :
« se précipite en une forme
primordiale, avant qu’il ne s’objective dans la dialectique de l’identification à l’autre ».
[11]
L’
asymptote est une droite liée à une courbe dont elle s’approche indéfiniment sans pouvoir
l’atteindre.
[12]
J. Lacan,
Écrits, «
L’agressivité en psychanalyse », Paris, Le Seuil, 1966, p. 113 :
« … ce sont les
signes de jubilation triomphante et le ludisme de repérage qui caractérisent dès le sixième mois
la reconnaissance par l’enfant de son image au miroir. Cette conduite contraste vivement avec
l’indifférence manifestée par les animaux mêmes qui perçoivent cette image, le chimpanzé par
exemple, quand ils ont fait l’épreuve de sa vanité objectale, et elle prend encore plus de relief de
se produire à un âge où l’enfant présente encore, pour le niveau de son intelligence
instrumentale, un retard sur le chimpanzé, qu’il ne rejoint qu’à onze mois. »
[13]
Cf. F. Perrier,
La Chaussée d’Antin, t. II, 10/18, Paris, 1978,
Le Joy, p. 235, et la référence à
joculatores du latin
joculum (petit jeu).
[14]
J. Lacan,
Écrits, «
Remarque sur le rapport de Daniel Lagache », Paris, Le Seuil, 1966, p. 660.
[15]
Cf. I. Gárate-Martínez,
Le Duende, jouer sa vie, Paris, Gemme Éditions, 1996, la conférence de
F. García-Lorca,
Jeu et théorie du Duende, p. 55 : « … avec cette qualité de chose qui vient d’être
créée, de miracle, qui arrive à produire un enthousiasme presque religieux ».
[16]
Cf. I. Gárate-Martínez et J. M. Marinas,
Lacan en castellano, tránsito razonado por algunas
voces, Quipú ediciones, Madrid, 1996, p. 18 :
« Dans une perspective qui […] maintienne une
ouverture critique au sacré non ritualisée par le saint. Non ritualisée par les institutions […]
lorsqu’elles tombent dans l’unicité de la raison sanctificatrice ou, ce qui revient au même, instrumentale. »
[17]
Térence,
L’Heautontimoroumenos, GF Flammarion, Paris, 1991, Marie-Dominique Porée-Rongier, dans une note en bas de page (p. 52) qui, d’ailleurs, cite la lettre 51 de saint Augustin,
sans que nous soyons parvenu à trouver le rapport (dans nos éditions, la lettre 51 est une lettre
à un évêque
Donatien et il n’est nullement question de cette phrase…).
[18]
Op. cit., F. Perrier,
La Chaussée d’Antin,
Le Joy, p. 240.
[19]
Je dois cette idée à Gisèle Chaboudez qui m’a fait l’amitié de lire mon texte.
[20]
Bible de Jérusalem; Ps. 147,16.
[21]
Ibid., Ps. 147,10.
[22]
J. Lacan, Le Séminaire, Livre V,
Les Formations de l’Inconscient, 1957-1958, leçon du 9 avril
1958. Cité par J.-D. Nasio, dans
Le Livre de la douleur et de l’amour, Paris, éditions Payot, 1996,
p. 264 :
« C’est cette excentricité du désir par rapport à toute satisfaction qui nous permet de
comprendre […] sa profonde affinité avec la douleur. C’est dire qu’à la limite ce à quoi confine
purement et simplement le désir […] c’est à cette douleur d’exister. »
[23]
Cf. saint Paul, 1
re aux Corinthiens, 13/6 « l’amour met sa joie dans la vérité ».
[24]
Pour rapprocher le sens de la
côte dont la femme est fabriquée, à la limite costale du fils de
la terre, et le
boitement qui marque le processus de nomination, dans l’aboutissement du chemin
de Jacob. Côte et boitement se disent, en hébreu, par le même signifiant (tsale, tsole). Voir Bible
de Jérusalem, Genèse 2,21 & 32,32.
[25]
Cf. I. Gárate-Martínez,
L’institution autrement,
pour une clinique du travail social, Paris,
Gemme éditions, 1996. Chapitre 3,
Éthique et institutions, encore…, p. 65.
[26]
Cf. I. Gárate-Martínez et L. Gautier,
La Fonction cadre, vers une éthique de l’engagement,
éditions du SUNFOREP, Université Bordeaux I, Bordeaux, 1992. Chapitre V,
Un cadre pour vivre les
espaces éthiques, p. 155,160,175.
Conclusion, p. 194.
[27]
Op. cit., F. Perrier,
La Chaussée d’Antin,
Le Joy, p. 240.
[28]
J. Lacan, Le Séminaire, Livre XV,
Les non-dupes errent, inédit, leçon du 11 juin 1974.