2002
Figures de la Psychanalyse
La fin de l'analyse
La fin du transfert
Patrick Landman
Freud, lorsqu’il comparait la cure analytique à une partie d’échecs – où tout
se joue le plus souvent au début et à la fin –, pensait sans aucun doute, entre
autres concepts, au transfert. Cette métaphore a donné lieu, alimenté de
multiples idées autour de la stratégie qui serait développée dans la direction de
la cure. Sans entrer dans le détail, il est intéressant d’en citer les images, les
concepts liés au champ lexical de la stratégie militaire : reddition, alliance, résistance, assaut, siège ; tous ces mots se retrouvent, épars dans le corpus textuel
freudien et celui de ses élèves, à propos des résistances du patient ou de l’alliance
avec la partie saine du moi.
Lacan, dès le début de son enseignement, a vivement critiqué ces conceptions
qu’il considérait uniquement centrées sur le moi et plus particulièrement sur la
dimension imaginaire.
Proche de l’idée de stratégie, on a également évoqué la notion de ruse à
propos des résistances qui viennent entraver le processus de levée du refoulement, particulièrement dans le cadre de la névrose obsessionnelle. Lacan a parlé
de feinte, de la feinte structurale du transfert ; de quoi s’agit-il ? D’une conséquence logique de la loi de la libre association sur laquelle repose la règle dite
« fondamentale ». L’analysant se doit de tout dire, sans rien omettre de tout ce
qui lui passe par la tête, tel est l’énoncé éventuel de la règle fondamentale. Or
chacun sait qu’il est impossible de se soumettre à une telle règle du fait du
fantasme qui impose au sujet de cacher des paroles, car c’est dans sa nature de
marquer une frontière entre ce qui peut se dire et ce qui ne doit pas se dire à
l’autre. On comprend alors l’intérêt de parler de feinte, car si le transfert s’établit sur un autre, la règle fondamentale met le dévoilement du fantasme à
l’horizon de l’analyse, mais pas au commencement de celle-ci. Autrement dit :
vous pourrez tout dire, mais vous n’en êtes pas tout de suite en mesure, malgré
votre volonté, d’obéir à cette règle, le fantasme y fait obstacle.
D’autre part, énoncer le principe selon lequel le sujet pourrait tout dire
implique logiquement que l’analyste pourrait tout entendre, ce qui est naturellement impossible. Là aussi réside une feinte : « Je ne peux pas tout entendre,
mais je suis supposé de ma place pouvoir tout entendre. » La feinte est structurale car elle tient compte de la structure du fantasme, de sa logique, de son caractère sexuel qui, par exemple, traduit l’opposition dire/ne pas dire en montrer/
cacher.
Il est faux de penser que le transfert s’établit au début de la cure. L’initium du
transfert ne coïncide pas nécessairement avec l’entrée dans le dispositif de l’analyse, il le précède parfois de plusieurs années, même si c’est le cadre analytique
proprement dit qui lui donnera consistance. Il est néanmoins très fréquent que
lectures, enseignements, ou encore une signification, toujours phallique dans son
essence, projetée sur l’analyste constituent un signifiant du transfert : « cela fait
trois ans que je pense à venir vous voir, d’ailleurs j’ai toujours gardé votre adresse
sur moi », comme s’exprime un futur analysant au cours des entretiens préliminaires.
Le temps que dure le lien transférentiel a été l’objet d’une polémique aussi
riche que celle à propos du temps des séances. Freud avait déjà remarqué que
chez certains patients la névrose de transfert induit une prolongation du temps
de l’analyse. Cette constatation l’a amené à certains aménagements dans sa
pratique – qui n’ont pas toujours été couronnés de succès, comme dans le cas
célèbre de « l’homme aux loups » où Freud a fixé autoritairement le terme de la
cure. En fait, le transfert est souvent réputé interminable dans un cas de figure,
celui où l’analysant s’engage dans la voie d’une analyse didactique, alors que
l’analyste occupe une place de maître. En effet, l’analysant va avoir tendance à
prolonger le transfert, pour être enseigné, et l’analyste aura du mal à déchoir, à
tomber comme objet a, comme abjection, du fait de son prestige, de l’influence
qui s’attache à la position de maître. Or cette chute est la marque de la fin de
l’analyse : c’est dire que dans ce cas la fin de l’analyse et la fin du transfert ne
pourront coïncider. Le temps, après l’arrêt de la cure, devra agir pour progressivement éroder le transfert.
On confond parfois ces deux moments, fin de la cure et fin du transfert. Or,
en voulant, malgré l’évidence des faits, les faire correspondre, on se trouve réduit
à comprendre en terme de symptômes les phénomènes transférentiels qui se
produisent. Ainsi, par exemple, on ironisera sur untel qui n’a pas fini son analyse
ou sur tel autre qui entretient le transfert de ses analysants, élèves ou disciples.
Certes ces phénomènes existent; ils ne doivent pas obscurcir le fait que le temps
du transfert obéit à une loi particulière.
En réalité, C. Melman le soulignait dans une interview, il peut exister au moins
deux conceptions du temps : le temps qui équivaut à de la valeur – de l’argent, du
travail, qui est un produit, le temps de l’industrie, le temps industriel – et puis
l’autre temps, celui qui nous fait ressentir la mort, le temps en relation avec la mort.
Dans le transfert, les deux temps existent, mais de manière ambivalente et
contradictoire : le transfert convoque le sujet à dénouer son symptôme comme
production de ce fameux transfert, alors que dans le même moment s’installe
une protection par le transfert, vécu à travers le fantasme comme invulnérabilité,
immortalité. Bien sûr, on peut toujours dire que tout peut s’analyser, y compris le
transfert, mais il semble bien nécessaire qu’entre en jeu un temps autre que celui
de la cure pour que puisse arriver la fin du transfert.
Il convient d’ajouter, toujours à propos du temps du transfert et surtout de sa
durée, que les psychothérapies non analytiques, pour ne pas dire antipsychanalytiques, se targuent d’être plus brèves et plus efficaces que la psychanalyse. Elles
obtiennent indiscutablement des résultats dans la réduction durable des
symptômes, on peut même affirmer qu’elles ont leur utilité. Elles sont, pour la
plupart, occupées à coller à ce temps industriel : le transfert est interminable, son
issue est aléatoire, son résultat discutable. L’efficacité thérapeutique exige une
méthode compatible avec le temps industriel; pour cela, passons-nous du transfert une bonne fois pour toutes. Il n’y a là rien de blâmable sur le plan éthique,
mais cette approche non analytique, refusant le transfert, doit nous éclairer a
contrario sur un autre aspect de ce concept.
Effectivement, il est possible de se passer du transfert, ou de sa prise en
compte, mais à une condition très particulière : désexualiser le symptôme. Freud
a posé l’affirmation suivante bien connue : « Le symptôme est d’origine sexuel, il
est du sexuel, le sexuel du névrosé ne doit pas se rechercher seulement dans son
activité érotique, mais dans son symptôme. » Lacan a parlé du symptôme en tant
que vraiment réel. Certes, le sexuel qui est dans le symptôme est organisé dans
le langage, est porté par le langage ; parler de désexualiser le symptôme, c’est
marquer l’opération qui réduit le symptôme à ses seules composantes symboliques et surtout imaginaires. La mobilisation de l’imaginaire dans le cadre structuré de l’analyse peut s’avérer efficace à atténuer la souffrance ou les comportements hors norme, mais l’approche de cette méthode ne se réduit pas à cette
mobilisation. Son ambition serait au mieux de dissoudre le symptôme dans le
réel, ou de déplacer une part de réel ou encore, dans la plupart des cas, de
permettre au sujet de « savoir y faire » avec le symptôme.
Il existe une polysémie du mot symptôme et son abord est différent selon que,
dans le langage analytique, on désigne un indice en référence à une pathologie
ou à un élément essentiel à la structure. Lacan emploie deux mots distincts :
symptôme pour la première acception, sinthome pour la seconde. Le transfert
crée une situation extraordinaire par rapport au symptôme : il est l’équivalent de
tous les symptômes, c’est selon le mot heureux de G. Pommier un équivalent
universel; le transfert guérit, il n’est pas si rare que quelque temps après l’établissement du transfert tous les symptômes disparaissent, ils sont remplacés par
le transfert.
Habituellement, quand un patient guérit vite ou miraculeusement, on a
tendance à y voir une résistance à l’analyse – en faisant disparaître les
symptômes, je fais disparaître la raison de l’analyse et donc la demande. Cette
proposition est juste, mais elle ne tient pas compte de la nature de la guérison :
c’est le transfert qui guérit, mais de quoi guérit-il ? Pour répondre à cette
question, il faut se souvenir de ce que Freud disait : l’analyse est l’analyse de la
névrose infantile.
Chez chaque patient coexistent une névrose infantile et une névrose adulte,
qui sont bien sûr articulées l’une à l’autre, un peu comme les deux plans d’une
bande de Möbius. Il arrive cependant qu’au cours de l’existence, la névrose infantile fasse irruption de manière excessive, éclipsant provisoirement la névrose
adulte. Autre cas de figure, il se peut que la névrose infantile soit si fixe, si tenace
que le sujet n’a pas pu véritablement construire une névrose adulte comme, par
exemple, dans les cas où la sexualité est réduite à l’auto-érotisme, à la masturbation avec des inhibitions sociales considérables. Dans ces cas, la fin du transfert
va permettre l’entrée dans un au-delà de la névrose infantile, dans une névrose
adulte.
Le transfert a pour charge de guérir de la névrose infantile et il arrive parfois
que dès la fin du transfert les symptômes de la névrose infantile réapparaissent
alors qu’ils avaient totalement disparu au cours de l’analyse. Peut-être faut-il voir
là une raison au fait que certains prolongent le transfert.
Le transfert c’est de l’amour, d’ailleurs il est impossible de différencier l’amour
de transfert de l’amour ordinaire, de l’amour tout court. Certes le dispositif de la
cure qui encadre le transfert est de l’ordre du semblant, mais cela n’implique pas
nécessairement que l’amour de transfert soit un semblant d’amour. Amour
véritable donc, mais amour médecin, amour qui guérit comme cela se passe
parfois dans l’existence commune des êtres humains. Pourtant la promesse incluse
dans le transfert est l’envers d’une promesse amoureuse ; dans l’amour ordinaire,
on se promet de ne jamais mettre fin à l’amour. Pourquoi ? Pour effacer la nature
éminemment révocable de l’amour – l’amour est un don, il est révocable, on peut
le constater tous les jours. Dans le transfert, on pose à l’avance que l’amour sera
révoqué à la fin de l’analyse, c’est une façon de dire qu’il y aura destitution du sujet
supposé savoir. Mais la révocation et la destitution ne sont pas contemporaines.
La destitution s’adresse à l’analyste en tant qu’opérateur qui fait, la révocation s’adresse à l’être de l’analyste en tant qu’il est. Parfois l’intrication des deux
opérations destitution-révocation est telle qu’il est difficile de les repérer dans
une différence, surtout quand l’analyste est un maître qui prodigue du savoir. On
va continuer à aimer l’être qui sait. L’analyste écoute les patients avec ce qu’il est,
mais il opère avec ce qu’il fait. L’amour de transfert vise l’être de l’autre et sa
révocation ne peut se faire comme dans la vie courante où l’amoureux se lasse,
son objet d’amour est désidéalisé, etc.
Dans la fin du transfert doit se dévoiler le manque à être de l’analyste, ce
manque à être renvoie le sujet à son propre manque à être, qui n’est pas du
manque, qui est plutôt du registre du vide. Il ne s’agit pas d’une désidéalisation
mais de ce que l’on pourrait désigner comme une décomplétude narcissique.
Dans la clinique ordinaire, on s’aperçoit que le vide est habituellement si difficile
à supporter, la confrontation avec le vide de l’être si douloureuse que le sujet
déplace le vide en manque, va s’intoxiquer à quelque produit ou va devenir
boulimique, sera dépendant de quelque chose, il ne sera plus question de vide
mais de manque.
Un patient me disait : « Ma vie est généralement découpée en trois phases
distinctes : la première j’arrive à supporter l’existence, la deuxième j’arrive à
supporter l’existence mais en m’alcoolisant, la troisième je n’arrive plus à
supporter l’existence du tout et alors je tente de mettre fin à mes jours. » Entre
chaque phase, il y avait le risque de la confrontation au vide de l’être.
En pratique, la destitution se fait en plusieurs étapes, parfois ponctuées par
des rêves qui entament le sujet supposé savoir, alors que la révocation est plus
insidieuse, il faut plusieurs tours, plusieurs déceptions « amoureuses » pour que
le processus de révocation progresse. Il arrive que l’analyste prolonge artificiellement le temps du transfert dans son refus d’être éjecté comme un objet abject,
dans son refus de la perte, il séduit pour recevoir l’amour de transfert comme un
objet anal, lui-même dans la position de l’Autre qui demande. Le patient peut
répondre aussi longtemps qu’il se sent phallicisé par le transfert.
Parfois le transfert se termine avant que l’analyse ne se termine. Je ne parle
pas ici d’incidents ou de griefs qui peuvent émailler le cours de la cure, mais d’un
cas bien particulier : celui où le transfert était instrumentalisé par le patient en
vue d’obtenir ce qu’il était venu demander (une histoire d’amour, une reconnaissance professionnelle, etc.). Il y a alors malentendu, l’analyste croit que le
patient a décidé de faire une analyse alors qu’en fait, malgré toutes les
apparences, il est venu pour obtenir ce qu’il demande. Une fois cet objet obtenu,
le patient se débarrasse aussitôt du transfert, sans se soucier de savoir si son
analyse est terminée ou pas.
Le transfert est loin de n’être que le domaine de l’amour, il est aussi un lieu
de mise en acte de l’inconscient. Freud définissait comme objectif à la cure de
venir à bout du refoulement ou tout au moins de l’entamer de façon importante
et durable. Le transfert a pour mission de défaire ce que le refoulement a fait.
Nous avons vu qu’il utilise l’amour, qu’il phallicise le sujet dans le but d’aboutir à
la levée du refoulement.
Ces considérations, issues de la clinique, ne nous permettent cependant pas
de décrire vraiment la façon dont opère le transfert ou, plus précisément,
n’éclaire pas sur le rapport nécessaire entre transfert et refoulement. Le
symptôme est issu du refoulement – c’est l’hypothèse de Freud –, hypothèse qui
rend impossible d’imaginer que le transfert soit sans effet sur le refoulement,
qu’il puisse n’être qu’un simple parasite de la cure, elle-même déterminée par un
autre processus concomitant.
Le transfert est au centre, au cœur de la cure. Freud pensait que la condition
pour devenir analyste était de supporter le transfert, condition bien plus utile
que tout titre ou diplôme exigibles. Cette position pose évidemment un
problème, c’est qu’il n’existe pas de méthode spécifique pour apprendre à
supporter le transfert. Certes il y a la cure, le contrôle, mais ce n’est véritablement
que la confrontation dans la pratique qui est indicative. On peut d’ailleurs
imaginer que l’on puisse remarquablement supporter le transfert sans être
analyste.
Je me souviens d’un patient qui avait consulté des dizaines d’analystes qui
l’avaient pratiquement tous mis à la porte, et qui rapportait que le seul lien
transférentiel qui ait duré était celui qu’il avait connu dans son adolescence avec
un éducateur. Ce dernier supportait incroyablement bien les accès paranoïaques
de ce patient. Il s’était établi une relation dans laquelle le patient allait le voir
dans son bureau, de façon informelle mais régulière, pour parler. Le mot d’analyse ou de psychothérapie n’avait jamais été prononcé, et l’éducateur ne prétendait à rien d’autre qu’un travail comparable à un service social de suite avec
soutien. Je ne sais pas s’il s’agissait d’une analyse, mais le transfert était très fort
et l’éducateur n’avait pas de formation analytique.
Dans d’autres cas, c’est la difficulté à supporter le transfert de certains patients
qui pousse des analystes même chevronnés à reprendre une tranche d’analyse. Les
embarras du transfert peuvent également entraîner certains professionnels qui ont
une pratique clinique à venir voir un analyste. Je pense à une patiente, assistante
sociale de formation, qui est venue me voir – et c’était la première fois qu’elle
consultait un analyste – tant elle se sentait interpellée par une personne qu’elle
suivait dans le cadre de sa profession ; il lui faudra parler de cette interpellation,
un peu à la manière d’un contrôle avant de poser une demande d’analyse.
Paradoxe du transfert qui peut inverser les étapes !… mais, après tout, les premiers
analystes prenaient des patients en analyse avant d’avoir eux-mêmes été analysés,
même si ceux-ci avaient un temps d’avance sur leurs patients, s’étant engagés les
premiers dans l’analyse – l’antériorité chronologique fabriquait du sujet supposé
savoir, car c’était une antériorité du désir, pas une ancienneté.
Alors comment le transfert s’articule-t-il au refoulement ? Le sujet infans
cherche une identification stable qui lui garantira l’amour de l’Autre, la mère en
général; or cette garantie ne peut venir que si l’Autre, ou plutôt celui qui est en
position d’Autre, accepte sa castration. Cela n’est pas le cas, par exemple, dans la
structure hystérique, où le sujet devra sans cesse évider, chercher du vide, pour
faire consister la castration de l’Autre, précisément parce qu’il le lui a refusé ; du
fait du refus de la castration. Le sujet craint d’être englouti dans une jouissance,
c’est la fameuse jouissance de l’Autre. Cette jouissance de l’Autre n’existe pas,
c’est pour cela qu’il faut parler de fiction, mais la fiction a structure de vérité, elle
ne s’oppose pas à la vérité. Cette fiction va entraîner une peur de l’inceste, une
angoisse de castration qui imposera le refoulement de cette identification. C’est
donc sous la pression de l’angoisse de castration que le sujet va refouler. À ce
propos, je rappellerai une distinction que fait G. Pommier dans son livre sur le
transfert : la distinction entre la pulsion et le signifiant. Cette distinction est
délicate car on ne peut pas concevoir que les pulsions et les zones érogènes dont
elles font le bord soient le pur effet du biologique, du physiologique ou même
de l’empirique, au sens des excitations produites par les soins maternels. Il est
préférable de considérer que les signifiants sont actifs dans l’affirmation et le
destin de ses pulsions. Cependant on peut tout de même distinguer un refoulement des pulsions et un refoulement des signifiants.
Pour illustrer cette différence, je prendrai un exemple clinique : le patient qui
dirait : « j’ai tout compris dans mon analyse, mais je n’ai rien changé dans ma
vie » nous donnerait une indication de ce qui crée le refoulement des signifiants
dont il est venu à bout. Cet autre qui dirait : « je n’ai rien compris, ou pas grandchose, mais tout a changé dans ma vie, dans mon comportement, dans mon
rapport aux autres », témoignerait plutôt de ce qu’est le refoulement de pulsion
qui a été entamé dans son analyse sans que les signifiants soient vraiment
apparus. Le transfert agit sur les deux refoulements, refoulement des signifiants
et refoulement de la pulsion.
L’analyste ne répond pas à la demande, il déçoit l’amour de transfert car il
accepte sa propre castration de la place où il est. Or, de même que l’angoisse de
castration, du fait du refus de la castration de l’Autre, avait produit le refoulement, c’est l’angoisse devant la castration de l’Autre, en l’occurrence incarnée
par l’analyste, qui peut lever le refoulement.
En conclusion, si l’on accepte ce schéma malgré son caractère hasardeux, on
peut estimer que la fin du transfert correspond à une limite, limite de ce que le
sujet peut supporter narcissiquement après ces confrontations répétées avec
l’angoisse de castration. Jusqu’où il peut aller dans la décomplétude narcissique
qui accompagne nécessairement la confrontation avec la castration de l’Autre.
Car aucune identification stable ne peut tenir, aucun objet ne peut obturer cette
castration puisque la jouissance identificatoire et phallique est entravée pour des
raisons éthiques, c’est le prix de la levée du refoulement.