2002
Figures de la Psychanalyse
Documents d'archives
Une critique de « l’analyse terminable et interminable » de Freud
[1]
Otto Fenichel
Quand Freud publiait un très long texte, nous tenions des séminaires pendant
des semestres. Et son nouveau travail, de plus de 31 pages, n’est pas moins riche
en profondeur et en réflexion que ses textes classiques. Maintenant, si nous
voulons discuter de ce travail (Freud, 1937) au cours d’une soirée, il en restera
beaucoup dont nous ne nous rendrons pas entièrement compte et beaucoup que
nous ne comprendrons probablement pas.
Ce texte traite des problèmes les plus courants de la pratique analytique et,
peut-être en raison de ce détail – c’est-à-dire du fait que les considérations sur la
pratique dominent la réflexion –, il lui manque quelque chose du style harmonieux et irrésistible des travaux cliniques plus anciens.
Freud écrit :
« Au lieu d’étudier la façon dont la guérison par la psychanalyse s’effectue (un
sujet qui, je pense, fut suffisamment élucidé), il faudrait poser la question de
savoir quels obstacles gênent une telle guérison » ( 1937, p. 221) et, en conséquence, il poursuit l’investigation de ces obstacles. D’une part, il semble que
« l’élucidation suffisante » de l’effet thérapeutique de l’analyse ne soit pas
encore assez claire, du moins pas pour les analystes – voir par exemple la contribution de Bergler ( 1937) au symposium de Marienbad. D’autre part, la méthode
par laquelle quelqu’un aborde les problèmes de l’échec de l’analyse dépend
complètement de la façon dont il explique ses succès dans les autres cas. Ainsi, il
deviendra évident que les passages où je ne peux pas entièrement suivre le
raisonnement de Freud dans son nouveau travail sont ceux dans lesquels sa
conception théorique de la nature de la thérapie analytique semble contredire
les idées que j’ai présentées en 1936.
Bien que des obstacles nombreux et différents gênent la cure analytique, il
semble que Freud ait entièrement compris les causes principales de ces obstacles,
puisqu’il discute la convergence et l’action contraire des influences traumatiques,
les forces absolues et relatives des pulsions instinctuelles et les changements du
Moi qui rendent l’analyse plus difficile.
Le problème de l’accélération du traitement, point de départ pour Freud, est
bientôt remplacé par un autre parce que la tentative de Rank, analogue à
d’autres, était totalement insatisfaisante. Et la détermination d’une date pour la
fin d’une analyse – souvent un dispositif nécessaire dans le traitement de
névrosés obsessionnels pour qui l’analyse elle-même est devenue une obsession
qui maintient l’équilibre névrotique – est en principe une procédure à double
tranchant. Nous serions tout à fait disposés à accepter même des durées de traitement assez longues si seulement nous pouvions être certains d’atteindre le but.
Mais quel est le but ? Nous augmentons constamment nos exigences. Je suis
convaincu que l’on peut expliquer un grand pourcentage des succès rapides de
beaucoup de psychothérapeutes par le fait qu’ils ont des exigences différentes et
marquent comme « des succès » ce que nous aurions à peine remarqué comme
des changements provisoires. J’ai observé aussi, à plusieurs reprises, que si l’on est
insatisfait du succès et du progrès d’une analyse et que l’on réfléchit sur les
plaintes que le patient avait exprimées lors de son premier entretien comme
raisons de son recours à l’analyse, on doit reconnaître que ces plaintes – par
exemple l’impuissance – ont été guéries depuis longtemps, mais qu’entre-temps
l’analyse a acquis des buts tout à fait différents. Mais alors, à quel point pouvons-nous être ambitieux dans la détermination de nos buts ? Pouvons-nous exiger la
certitude qu’il n’y aura aucune rechute dans l’avenir ? Freud écrit que les rechutes
sont fréquentes dans les cas où des événements traumatiques jouent une part
relativement négligeable dans leur étiologie comparée à la part plus importante
jouée par des remaniements dans le Moi et la disposition des pulsions à se
rebeller contre leur apprivoisement par le Moi. Mais même ceci est une constatation équivoque car à quel moment le Moi est-il le plus remanié ? À quel
moment les pulsions sont-elles plus indociles ? Tandis que tous deux dépendent
de facteurs constitutionnels, ils sont fréquemment le résultat direct de conflits
pulsionnels et spécifiquement des premiers traumas. Dans une névrose traumatique « pure », l’expectative d’une guérison totale peut être grande parce qu’une
fois déchargées les masses d’excitation précédemment endiguées, il ne devrait
rester aucune excitation excessive et donc aucune base pour une névrose.
Cependant, des traumas sexuels infantiles ont fréquemment pour effet, du fait
qu’on les a éprouvés, de bloquer les canaux de décharge naturels de toute excitation sexuelle. C’est pourquoi les pulsions endiguées acquièrent un caractère
rebelle d’une part, et, d’autre part, le Moi doit s’adapter pour faire face à ces
rebelles.
Pour élucider les problèmes de résistance aux rechutes, Freud cite deux cas
dans lesquels cette résistance ne pouvait pas être atteinte : ( 1) le cas d’un
candidat qui reprocha plus tard à l’analyste de ne pas avoir remarqué et analysé
le transfert négatif latent, parce que ce dernier avait été seulement latent durant
le traitement ; ( 2) celui d’un patient qui subissait une rechute suite à des événements traumatiques après l’analyse. De telles rechutes peuvent-elles être évitées
et, si oui, comment ?
Freud pense que cette question peut être traitée de différentes façons. Mais
ce qu’il considère comme les présuppositions, « pas précisément évidentes »,
des « espérances des optimistes » (p. 223), ne me semble pas du tout injustifié,
à savoir « qu’il existe vraiment une possibilité de se débarrasser d’un conflit
pulsionnel (ou, plus correctement, d’un conflit entre le Moi et une pulsion
[2])
définitivement et pour toujours ; deuxièmement, que pendant que nous
traitons quelqu’un pour un conflit pulsionnel nous pouvons, pour ainsi dire,
l’immuniser contre la possibilité de tout autre conflit similaire ; et troisièmement, que nous avons le pouvoir, pour des buts prophylactiques, de provoquer
un tel conflit pathogène qui ne se trahit à ce moment-là par aucun indice »
(p. 223).
Parce que toutes les pulsions que le Moi n’approuve pas communiquent
entre elles et avec les pulsions sexuelles normales dont elles sont collatérales. Si
l’analyse réussit à établir des possibilités pour la satisfaction de la sexualité, les
conflits restants sont tellement affaiblis dans leur impact économique que,
pratiquement, cela revient à une disparition des conflits. Cependant, l’établissement de la possibilité de satisfaction est décisif. Encore que, pour atteindre
ce but, il soit nécessaire dans de nombreux cas de « remuer un conflit pathogène… dont aucune indication ne trahit l’existence à ce moment-là », et il
faudra en dire davantage. Reste le fait que, dans le développement psychique,
les étapes précédentes persistent toujours les unes à côté des autres et au-dessous des niveaux plus élevés, et que le passé ne peut jamais être défait. Une
bonne analyse permettra probablement aussi au Moi d’affronter les traumas
ultérieurs, ce qui semble prouver que les vieilles angoisses infantiles, même
après avoir été rendues conscientes dans l’analyse, étaient néanmoins justifiées. Cette probabilité, cependant, ne deviendra jamais une certitude. Si le
patient dont la rechute fut causée par un trauma sévère – par exemple une
hystérectomie radicale après des désastres familiaux et des pertes financières –
devait se plaindre à l’analyste, je considérerais cela comme moins justifié
qu’une plainte exprimée par un collègue dont l’empressement à détester les
figures paternelles n’a pas été traité dans l’analyse parce qu’il ne s’est pas
manifesté à ce moment-là.
Dans sa discussion détaillée de ces questions, Freud sépare les problèmes de
la force (absolue et relative) des pulsions de ceux des altérations du Moi qui
rendent l’analyse plus difficile.
En ce qui concerne la force des pulsions, la chose la plus saisissante est qu’il
n’y a aucune mention de la périodicité physiologique d’intensités pulsionnelles et de leur disparition provisoire après avoir obtenu satisfaction, bien
que cela semble être le point de vue économiquement décisif dans la discussion de ces questions. Tandis que Freud dit explicitement que la force des
pulsions est non seulement un facteur constitutionnel, mais dépend fréquemment des expériences, il me semble qu’il ne le rapproche pas ici de ce qu’il a
écrit dans le chapitre remarquable sur « L’explication de l’apparente prédominance de la sexualité perverse dans les psychonévroses » dans Les trois
essais ( 1905), à savoir l’idée que les pulsions deviendront insurmontablement
fortes si elles sont interdites de décharge et deviennent en conséquence
endiguées.
D’autre part, nous serions d’accord avec l’explication de Freud du concept
d’une « disposition permanente d’une demande pulsionnelle » : « cela veut dire
que la pulsion est complètement intégrée dans l’harmonie du Moi, devient accessible à toutes les influences des autres tendances dans le Moi et ne cherche plus
à prendre un chemin indépendant vers la satisfaction
[3] » (p. 225).
Mais c’est précisément ce que la pulsion fera de moins en moins, plus elle est
endiguée. C’est seulement quand la pulsion, exclue du Moi et de la motilité, doit
mener son existence dans l’inconscient d’où elle envoie continuellement des
dérivés vers des décharges motrices à des endroits non appropriés et à des
moments inopportuns, c’est seulement quand la pulsion est complètement
dominée par le processus primaire qu’elle devient entièrement inaccessible à
tous moyens de « l’apprivoiser ».
Bien entendu, « la disposition permanente d’une demande pulsionnelle » ne
signifie pas que des demandes pulsionnelles peuvent être faites pour disparaître
toutes ensemble. Elle peut seulement signifier la création de possibilités pour la
décharge de la partie principale des énergies pulsionnelles, avant tout la satisfaction sexuelle, afin d’éviter d’endiguer des pulsions pour que « la suppression »
des demandes pulsionnelles restantes exige seulement relativement peu
d’énergie. Cela signifie le règlement économique de la relation entre la pression
des pulsions et les fonctions exécutives du Moi. Ainsi nous avons affaire non à la
force absolue, mais plutôt à la force relative des pulsions, qui sont réduites par la
satisfaction et indirectement par l’analyse, rendant la satisfaction possible.
L’explication de Freud est en accord avec la formulation selon laquelle le
danger de rechute augmente si le Moi devient relativement plus faible et si les
pulsions deviennent relativement plus fortes –à savoir, au moment de la puberté
et de la ménopause.
Il est étrange que, dans ce texte, Freud se réfère à maintes reprises au
contrôle des pulsions
[4] comme le but à être réalisé, comme si le Moi était naturellement hostile aux pulsions et à l’origine pas seulement intéressé par leur
satisfaction
[4]. Si le Moi réussit à admettre cette satisfaction et à la réaliser là où et
comme il le désire, il devient donc nécessaire de supposer que le Moi a la capacité
de contrôler des pulsions indésirables ou des pulsions qui s’annoncent dans des
intensités indésirables. En conséquence, il me semble essentiel qu’une analyse
soit conduite correctement dans la sphère économique. Cela est nécessaire parce
que, comme Freud le souligne, il n’est jamais possible de résoudre complètement
tous les résidus non résolus du passé dans l’analyse (le passé ne peut pas être
défait). Ce qui est important, c’est que la part la plus essentielle soit résolue, mais
cela me semble de nouveau dépendre de la manière dont l’analyse est conduite
quant aux considérations économiques qui rendent d’abord nécessaire d’aborder
et de résoudre toutes ces instances dans lesquelles les résidus non résolus du
passé – et ce sont eux qui mènent aux rechutes – furent figés dans des formations
latentes relativement stables comme les traits de caractère. L’analyse doit intervenir là où l’énergie pathogène, qui est rigidement liée dans l’inconscient et
retirée de la vie, est vraiment localisée – et c’est très souvent précisément dans le
domaine des remaniements du Moi que diminuent les capacités du Moi. L’analyse
permettra alors toujours à ce Moi remanié de satisfaire les pulsions indociles et
non apprivoisées au moins à un certain degré (nous en dirons plus sur les
remaniements dans le Moi ultérieurement). Mais l’analyse doit intervenir là
indépendamment du fait que le domaine dans lequel la pulsion pathogène est
localisée est « activement vivant » ou doit d’abord être « dégelé ». Et c’est le
premier endroit où nous croyons devoir contredire Freud.
Freud explique d’une façon convaincante et avec une clarté extraordinaire
que ce que l’analyse peut réaliser est toujours incomplet (quelque chose de ce qui
fut surmonté dans le développement mental persiste toujours à côté ou au-dessous du niveau plus élevé qui a été réalisé). Il cite Nestroy : « Chaque pas en
avant est moitié moins grand que ce qu’il semblait au départ. » Et Freud dit que
nous traitons toujours avec le facteur
quantitatif
[4] que nous négligerions volontiers (p. 228). Nous renforçons le Moi – et je veux ajouter ici que le travail essentiel pour maîtriser quantitativement ce qui a été reconnu comme un facteur
qualitatif est fait en « perlaborant ». Mais nous ne sommes pas aussi bons pour
renforcer le Moi que l’hypnose, que nous devons discréditer pour d’autres
raisons. Mais ces mêmes arguments apportés par Freud mènent à la conclusion,
il me semble, que la tâche de conduire correctement une analyse dans la sphère
économique se trouve précisément dans l’attaque de ces secteurs qui contiennent les conflits essentiels, qui à ce moment-là sont représentés d’une façon
latente. À notre surprise, cependant, Freud écrit qu’à cette fin, l’on doit transformer « un possible conflit futur… en un conflit présent » (p. 230), mais cela ne
peut être fait : « Autant que notre ambition thérapeutique puisse être tentée
d’entreprendre de telles tâches, l’expérience rejette catégoriquement cette
notion » (p. 231). Car, pour transformer « un conflit pulsionnel qui est à l’heure
actuelle latent en un conflit qui est… actuellement actif, nous ne pouvons faire
que deux choses. Nous pouvons provoquer des situations dans lesquelles le
conflit devient actuellement actif ou nous pouvons nous contenter d’en discuter
dans l’analyse » (p. 231).
La première option n’est pas faisable parce que « pour provoquer une
souffrance nouvelle » dans la vie d’un patient « nous avons laissé jusqu’ici, à juste
titre, faire le destin » (p. 232). (Freud raisonne : « Pourrions-nous, pour la prophylaxie, prendre la responsabilité de détruire un mariage satisfaisant ou faire
renoncer un patient à un poste duquel son gagne-pain dépend ? » Comme
analystes, « nous ne possédons pas le pouvoir absolu » (p. 232) pour prendre de
telles décisions.) Nous ne pouvons pas non plus opter pour la seconde parce que
le simple fait de discuter de quelque chose ne le résout pas vraiment, aussi peu
que la lecture des écrits de Freud guérira des névroses.
La réfutation de ces deux méthodes est certainement convaincante, mais
l’affirmation que ces deux méthodes sont les seules possibilités ne l’est pas. Il y
en a une troisième. Le problème, après tout, n’est pas de créer de nouveaux
conflits qui manquent complètement, mais plutôt de mobiliser des conflits
latents. Des conflits latents ne sont jamais complètement latents. Le Moi se
comporte seulement comme s’ils l’étaient. L’analyste est employé pour conjecturer de grands conflits sur la base des indications les plus minimes. C’est alors sa
tâche de confronter le patient avec l’actualité de ses conflits de telle façon que
le Moi du patient puisse prendre quelque distance par rapport à ces indications
et commencer ainsi à remarquer les rationalisations, les percées et dérivés du
conflit plus grand qui est caché derrière elles. C’est précisément « le transfert
négatif latent » qui est le meilleur exemple pour cette situation.
Quelle est l’utilité de discuter avec le patient seulement des problèmes qui le
préoccupent consciemment, si en même temps quelqu’un néglige de voir que les
énergies qui l’ont rendu malade sont sans qu’il le sache « toniquement » liées à
un domaine où le patient lui-même n’éprouve pas de conflit actif ? Il me semble
que nous devons alors vraiment activer le conflit pulsionnel – qui est latent à ce
moment-là – si nous voulons le résoudre en rendant la partie essentielle de
l’énergie pulsionnelle rigidement gelée disponible pour la décharge, et en
rétablissant ainsi la santé. Autrement dit, nous devons provoquer des situations
dans lesquelles les conflits deviennent « actifs en ce moment ». Mais nous ne le
faisons pas en jouant le destin et en intervenant dans la vie réelle du patient, ni
en satisfaisant les désirs de transfert du patient – c’est-à-dire en adoptant artificiellement une certaine attitude forcée. Nous le faisons plutôt en analysant ces
situations dans lesquelles les conflits latents peuvent être discernés, c’est-à-dire
en étiquetant leurs dérivés et en incitant le Moi observateur à prendre quelque
« distance » par rapport à elles.
On pourrait objecter ici que Freud ne s’oppose pas à cela ; il doit avoir eu
quelque chose d’autre en tête que les exemples de détruire un mariage ou de
renoncer à une position. Cela serait satisfaisant, mais je ne suis pas du tout sûr
qu’il en soit ainsi. En tout cas, il rejette explicitement l’idée de mobiliser des
conflits latents – que nous considérons comme une présupposition indispensable.
Dans ce contexte, je voudrais souligner encore une autre phrase. Freud dit :
« Le travail d’analyse avance au mieux si les expériences pathogènes du patient
appartiennent au passé, pour que son Moi puisse se situer à distance d’elles
[5] »
(p. 232). C’est certainement un avertissement très approprié pour ceux qui
admirent l’activité et « les percées affectives ». Mais ce qu’implique cette
« distance » est tout autre chose. La distance du Moi par rapport aux conflits
latents peut être réalisée seulement s’il est temporairement diminué ou
suspendu, parce qu’il ne doit jamais s’accroître de façon à ce que le patient ait le
sentiment «
mea res agitur
[6] ». Cela signifie que nous ne voulons pas remplacer
le sentiment du patient « je dois traiter avec mon passé parce qu’il dérange et se
heurte à mon présent » par « je peux sans risque parler de tout cela parce que
cela se trouve à une grande distance de moi et ne me concerne plus ».
Freud commence sa discussion sur les changements dans le Moi qui rendent
l’analyse difficile en nous rappelant que pour le travail analytique nous avons
besoin du Moi raisonnable du patient. Notre travail est fondé sur sa coopération
et un Moi intact est un préalable indispensable pour effectuer une analyse,
comme Freud l’a exposé précédemment ( 1913-1914) dans « Conseils aux
médecins dans le traitement psychanalytique ». Maintenant il s’avère que le Moi
est intact seulement dans les cas les plus rares. Il est possible, comme Freud le
remarque, qu’existent des particularités constitutionnelles dans le Moi qui
rendent l’analyse plus difficile. Il est plus fréquent, cependant, que les conflits
pulsionnels infantiles aient créé des changements dans la structure et les
fonctions du Moi qui se manifestent eux-mêmes seulement dans certaines situations (des attitudes par exemple phobiques et leurs nouvelles extensions) ou se
soient fixés dans « des attitudes de caractère » et des traits réactifs. Nous traitons
avec des systèmes de défense qui fonctionnent automatiquement plutôt que
comme une réponse appropriée à une situation particulière. De tels mécanismes
automatiques sont dus au fait que, dans le système de défense, ce qui fut paré
par le Moi fut exclu de son développement ultérieur. C’est pourquoi les pulsions
méconnues par le Moi peuvent néanmoins si fréquemment faire une percée.
Forcée par les circonstances, l’analyse dut souvent traiter avec des problèmes « de
l’analyse de caractère ». En réalité, elle dut procéder ainsi à partir de la simple
considération dynamique que dans l’analyse nous devons défaire des résistances
mais pas renforcer des pulsions inconscientes. Tout à fait récemment, le livre
d’Anna Freud ( 1936), que Freud cite, démontra les voies principales par lesquelles
nous réalisons cela. Nous clivons le Moi en deux parties, c’est-à-dire nous démontrons la partie d’observation raisonnable qui est toujours présente, nous lui
permettons de s’éprouver comme tendancieux et auto-engendré, nous vérifions
ses intentions et finalement nous le réduisons à la situation historique de son
origine. Ainsi notre approche ne diffère pas de la manière dont nous traitons les
symptômes qui constituent plutôt une expression déformée du Ça.
Freud est relativement sceptique en ce qui concerne les perspectives thérapeutiques « d’une réduction historique » des remaniements dans le Moi. Le Moi,
qui, sous l’influence de l’éducation, fut habitué à déplacer l’arène de la lutte de
l’extérieur vers l’intérieur, ne sera souvent pas capable de se débarrasser des
« fantômes » qu’il a engendrés et leur fait appel aussi dans l’analyse, où ils dérangent. Freud admet bien sûr : « Cela ne signifie pas qu’ils rendent l’analyse impossible. Au contraire, ils constituent la moitié de notre tâche analytique
[7] » (p. 238).
Mais cette moitié du travail, dit-il, est très difficile. Pourquoi ? Parce que l’on doit
en premier lieu provoquer le clivage dans le Moi mentionné ci-dessus. Tandis que
la pulsion éludée, luttant seule pour la motilité et pour la conscience, est notre
alliée dans le travail analytique, la partie éludée du Moi est notre ennemie. Cette
dernière est seulement intéressée par le maintien des résistances et le Moi raisonnable qui pourrait nous soutenir est pour l’instant impuissant vis-à-vis de cette
partie éludée. C’est dans la nature de la résistance de ne pouvoir être découverte
sans résistance.
Permettez-moi de rappeler que c’était ce fait que Freud avait pris comme
point de départ de ses réflexions dans « Le Moi et le Ça » ( 1923) et qui le força à
mettre le point de vue structurel du Moi et du Ça à la place de l’ancien point de
vue topographique des systèmes rigides, Conscient, Préconscient et Inconscient.
Le vif du sujet est que le Moi ne sait pas normalement quand il est en train de
développer une résistance et qu’il ne veut rien en savoir non plus. C’est pourquoi
il est surprenant que Freud écrive : « nous ne devons pas nous attendre à rencontrer une résistance à la découverte de résistances
[8] » (p. 239) et qu’il décrive l’attitude du Moi résistant comme une surprise.
Que quelqu’un puisse surmonter ces difficultés ou non dépend encore de
conditions quantitatives. De plus, l’attitude du Moi est également déterminée
par un facteur constitutionnel qui n’est pas accessible à notre influence. En outre,
nous devons nous attendre à ce que Freud ( 1926) appela « la résistance du Ça ».
Chez certaines personnes, la libido semble être tellement adhésive qu’elles ne
peuvent pas lâcher leur attitude habituelle. D’autres changent facilement, mais
les changements qui ont été réalisés ne durent pas : « nous avons l’impression de
ne pas avoir travaillé dans l’argile mais d’avoir écrit sur l’eau » (p. 241).
Mais Freud pense que toutes les difficultés à surmonter les remaniements
dans le Moi sont accompagnées par une autre difficulté qu’il déduit de son
concept de l’authenticité biologique de la pulsion de mort. Ce qui est en jeu ici
n’est pas seulement le fait que la force des sentiments inconscients de culpabilité,
et ainsi les tendances inconscientes autodestructrices, font échouer l’analyse dans
quelques cas (j’ai exprimé à de nombreux endroits mon avis et son fondement,
que fréquemment Freud et d’autres analystes ont trop rapidement recours à
l’existence de telles tendances autodestructrices qui subissent en fait un développement psychologique – et je ne veux pas répéter mon argument ici. D’autre
part, je ne voudrais bien sûr pas nier que c’est le domaine où beaucoup d’analyses échouent). Il y a un facteur supplémentaire. De nombreuses personnes dont
les pulsions sont simultanément dirigées vers des buts contradictoires ne seront
pas du tout troublées par cela et permettront simplement à de telles contradictions d’exister simultanément ou chronologiquement. D’autres souffrent de ces
contradictions qui deviennent alors la base d’un conflit psychique sévère et le
conflit est alors traité par la tentative d’éviter une des deux pulsions opposées.
Qu’est-ce qui détermine si une personne a une inclination pour les conflits ou
non ?
Il me semble qu’il est facile de répondre à cette question à la lumière des
considérations cliniques et théoriques. J’ai donné cette réponse à une autre
occasion déjà, dans mon argument contre les points de vues d’Alexander ( 1933)
qui voulut diviser les névroses en névroses basées sur « un conflit structurel »,
c’est-à-dire un conflit entre le Moi et le Ça, et en névroses basées sur « un conflit
pulsionnel », par exemple un conflit entre les deux pulsions jouant un rôle dans
la bisexualité. Je maintenais ( 1938) que dans tous les cas les névroses sont basées
sur des conflits structurels. Il est caractéristique pour le Ça que dans son royaume
des contradictions puissent facilement coexister. En ce qui concerne « des conflits
pulsionnels », nous constatons régulièrement qu’une des pulsions conflictuelles
est relativement plus syntone par rapport au Moi, l’autre relativement plus en
défense. L’erreur est entièrement due au fait que l’on prend les concepts du
« Moi » et du « Ça » de manière trop rigide et que l’on oublie que des demandes
pulsionnelles résultant du Ça peuvent être employées par le Moi pour éviter
d’autres demandes pulsionnelles, momentanément rejetées.
Il me semble donc que les problèmes soulevés par Freud peuvent être résolus
de la façon suivante : une inclination plus grande pour le conflit existe chez les
personnes dont le conflit pulsionnel exprime simultanément un conflit structurel.
Puisque les personnes qui ont plus de conflits structurels sont aussi celles qui
emploient des énergies pulsionnelles pour la suppression d’autres demandes
pulsionnelles – c’est-à-dire qu’elles les retournent contre le Moi –, il est compréhensible que les mêmes personnes qui montrent une inclination intensifiée pour
les conflits aient aussi une inclination plus grande à l’autodestruction.
Contrairement à cela, Freud n’explique pas l’inclination pour le conflit en
faisant des investigations sur la quantité et l’histoire du développement de l’activité défensive du Moi. Au contraire, il la considère comme une preuve d’une
quantité d’énergie destructrice existante plus grande et ainsi comme un facteur
supplémentaire responsable de l’échec d’analyses. À cet égard, je suis d’accord
avec la critique d’un collègue qui écrivait :
« Je ne peux pas comprendre comment on peut parler d’une inclination pour
le conflit qui surgit de manière indépendante. Je n’ai jamais compris en quoi cette
inclination doit être indépendante (je présume du monde externe et du Moi).
Nous supposons, après tout, qu’un conflit existe quand une partie de la personnalité devient opposée à une autre. Nous avons compris l’inévitabilité de conflits
en termes d’intérêts opposés qui correspondent entièrement aux tendances
opposées existant partout dans la nature. Nous ne devons donc pas introduire, en
plus, un facteur inconnu qui possède l’inclination d’arranger de tels conflits. »
La discussion de Freud sur la quantité de la pulsion de mort comme un
élément intervenant dans l’analyse est suivie par une parenthèse dont la
longueur s’oppose à la portée pour le problème en cours de discussion. Dans
cette discussion, Freud se réfère aux théories d’Empédocle qui essayait d’expliquer l’univers comme le résultat d’un combat éternel entre l’amour et la
discorde, exprimant ainsi la même pensée qui incitait Freud à poser en principe
Éros et Thanatos.
Cela est suivi par un complément important au problème de « l’analyse interminable », à savoir des remarques sur la psychologie de l’analyste. Au vu de
l’importance de ce sujet et de la résistance compréhensible montrée par les
analystes, il est regrettable que Freud ne le traite pas de façon plus détaillée. Il
explique pourquoi la situation est plus compliquée pour l’analyste que pour le
spécialiste des maladies organiques dont les capacités ne seront mises en doute
par personne quand il tombe malade. La raison en est que son propre inconscient
est l’outil de travail de l’analyste et qu’il ne peut travailler tranquillement avec
lui que quand il est en accord avec lui. Mais d’où devrait-il obtenir cet accord ?
La réponse sera : de son analyse didactique
[9]. Mais Freud est étonnamment
sceptique sur les possibilités qu’elle offre :
« Pour des raisons pratiques, cette analyse ne peut qu’être courte et incomplète. Son objet principal est de permettre à son enseignant de juger si le
candidat peut être accepté pour continuer la formation. Elle a atteint son but si
elle donne à l’élève la ferme conviction de l’existence de l’inconscient, si elle lui
permet, quand du matériel refoulé apparaît, de percevoir en lui-même des
choses qui, autrement, lui sembleraient incroyables, et si elle lui montre un
premier échantillon de la technique qui s’est avérée être la seule efficace dans le
travail analytique
[10] » (p. 248).
Ce concept de l’analyse didactique diffère considérablement de celle
habituellement menée dans les instituts analytiques. Là aussi l’on essaye de
reconnaître et d’éliminer le plus tôt possible des candidats inaptes, par exemple
des névrosés sévères ou des personnes totalement dénuées de talent psychologique. Les instituts ne sont pas non plus particulièrement optimistes en ce qui
concerne « l’analyse de caractère ». En général, on est de l’avis que le candidat
conservera certaines particularités même après une longue analyse de formation
et l’on ne voudrait même pas aplanir de telles particularités pour créer « une
normalité analytique ». Mais on croit qu’une analyse assez approfondie et
longue peut suffisamment influencer des particularités et des attitudes névrosées
pour permettre au candidat d’employer son propre inconscient comme un outil
de travail lorsqu’il est libéré de ses propres obstacles libidinaux dans l’analyse.
Pour cette raison, nous croyons que des analyses didactiques doivent être particulièrement approfondies et – si nécessaire – aussi particulièrement longues. Je
voudrais ajouter que, selon mon avis, l’expérience soutient plutôt ce point de vue
que celui de Freud. Je connais un certain nombre de collègues qui fonctionnent
très bien et qui, aujourd’hui, n’analyseraient pas aussi bien qu’ils le font s’ils
avaient eu une analyse moins approfondie.
De plus, Freud lui-même revient de nouveau sur sa piètre opinion de l’analyse
de l’analyste dans ce qui suit. Nous le savons tous (mais nous ne l’avons jamais
exprimé) à quel point il a raison quand il écrit :
« Il semble qu’un certain nombre d’analystes apprennent à se servir des
mécanismes de défense qui leur permettent de détourner les implications et les
demandes d’analyse d’eux-mêmes (probablement en les adressant à d’autres),
pour qu’eux-mêmes restent comme ils sont et soient capables de se retirer de
l’influence critique et corrective de l’analyse
[11] » (p. 249).
Qu’est-ce qui peut être fait à ce sujet ? Freud rejoint Eitingon qui, au Congrès
de Marienbad, proposa
[12] que « chaque analyste doive périodiquement – par
intervalles de cinq ans environ – se soumettre à l’analyse encore une fois, sans se
sentir honteux de faire ce pas » (p. 249). Si Freud attend beaucoup de l’analyse
postérieure de l’analyste, pourquoi n’en attend-il pas autant de la première
analyse didactique ? Si de cette façon l’analyse de l’analyste transforme une
tâche terminable en une tâche interminable, ce n’est nullement le cas dans une
analyse thérapeutique de patients – même pas dans de prétendus « désordres de
caractère ».
L’idée que l’analyse viendra à une fin naturelle si on n’y impose pas de
demandes extrêmes et qu’il ne faut pas aspirer à atteindre des buts tels qu’une
normalité « schématique » ou la suppression de toutes les passions chez les
patients – ces notions sont ouvertes à une interprétation potentiellement
malveillante à laquelle Freud, bien sûr, ne pensait pas, à savoir qu’une analyse qui
continue durant une si longue période doit en fin de compte mener précisément
à une normalité aussi schématique et à une « absence de passion ».
Au dernier chapitre, Freud déclare que le plus difficile à surmonter sont les
résistances qui s’étendent dans le champ biologique, citant la bisexualité comme
un exemple. Chez les hommes et les femmes, les tendances sexuelles opposées
succombent à la répression. Le rejet de la féminité passive-homosexuelle de
l’homme et le désir masculin de pénis chez la femme constituent les deux
obstacles au succès thérapeutique les plus difficiles à éliminer, quoique les deux
ne soient pas, selon Freud, analogues. Chez l’homme, la difficulté provient de la
persistance de sa crainte d’être féminin. Il ne peut pas réaliser les attitudes
passives exigées par la vie parce que dans son inconscient elles représentent la
castration qu’il craint. Chez la femme, la difficulté provient de la persistance du
plaisir dans la masculinité. Elle ne peut pas réaliser les attitudes passives exigées
par la vie parce qu’elle préfère être active. Cette différence semble être fortement significative. Sans doute contient-elle une indication de prudence dans le
recours à des explications biologiques aussi longtemps que des facteurs d’expérience et des facteurs sociaux peuvent toujours être au travail. Quand une femme
est convaincue que l’analyse ne peut rien faire pour elle, « nous pouvons seulement reconnaître qu’elle a raison », écrit Freud, « quand nous apprenons que son
motif le plus fort pour venir au traitement était l’espoir qu’après tout elle
pourrait toujours obtenir un organe masculin dont le manque était si douloureux
pour elle
[13] » (p. 252). Mais alors, la plupart des patients entrent en traitement à
cause de leur espoir que de vieilles impulsions infantiles libidinales et hostiles (la
vengeance) seront satisfaites – en général, l’espoir qu’on leur donnera de
meilleures béquilles, mais pas que les béquilles seront entièrement superflues. À
cet égard, l’envie de pénis ne semble pas avoir une position essentiellement
différente. Il faut essayer de découvrir le désir inconscient le plus tôt possible
pour le rétablissement afin d’éliminer cette source abondante de résistances. Il
est vrai, cependant, que cette tentative échoue souvent – particulièrement en ce
qui concerne l’angoisse de castration masculine et l’envie de pénis féminine
[14].
[1]
Ce manuscrit fut écrit pour une diffusion privée et récemment découvert parmi les
biens de Madame Frances Deri. La critique fut d’abord écrite en allemand et la
traduction de la
Standard Edition a été employée pour tout le texte. Il faut noter que
le manuscrit n’était pas, à l’origine, destiné à la publication.
Traduction de l’allemand et des notes par Gabriele Rein.
[2]
NdT : Par rapport au texte original de Freud, «
einen Konflikt des Ichs mit einem
Trieb » (
G.W. XVI, p. 67), la traduction anglaise employée par Fenichel, «
a conflict
between the ego and an instinct », se traduit par « un conflit
entre le Moi et une
pulsion » alors qu’une traduction plus précise de l’allemand serait « un conflit
du Moi
avec une pulsion ».
[3]
NdT : Par rapport au texte original de Freud, «…
das will heissen, dass der Trieb ganz
in die Harmonie des Ichs aufgenommen, allen Beeinflussungen durch die anderen
Strebungen im Ich zugänglich ist
, nicht mehr seine eigenen Wege zur Befriedigung
geht » (
G.W. XVI, p. 69), la traduction employée par Fenichel, «
That is to say, the
instinct is brought completely into the harmony of the ego, becomes
accessible to all
the influences of the other trends in the ego and no longer seeks to
go its independent
way to satisfaction », contient deux ajouts : « devient » accessible et « ne cherche plus »
qui ne sont pas dans le texte allemand qui pourrait se traduire de façon plus précise
par : « Cela veut dire que la pulsion est complètement intégrée dans l’harmonie du Moi,
qu’elle
est accessible à toutes les influences des autres tendances dans le Moi, et qu’elle
ne
prend plus un chemin indépendant vers la satisfaction. »
[4]
NdT : En italique dans le texte.
[5]
NdT : Par rapport au texte original de Freud, «
Die analytische Arbeit geht nämlich
am besten vor sich, wenn die pathogenen Erlebnisse der Vergangenheit angehören, so
dass das Ich Distanz
zu ihnen gewinnen konnte » (
G.W. XVI, p. 76-77), la traduction
anglaise employée par Fenichel est «
the work of analysis proceeds best if the patient’s
pathogenic experiences belong to the past, so that his ego can stand at a distance
from
them » alors qu’une traduction plus précise du texte allemand serait « le travail
analytique avance au mieux si les expériences pathogènes appartiennent au passé de
telle sorte que le Moi
ait pu gagner de la distance par rapport à elles ».
[6]
NdT : En italique dans le texte.
[7]
NdT : La citation du texte de Freud est sortie de son contexte «
Unser Interesse ist
aber gegenwärtig nicht auf die pathogene Rolle der Abwehrmechanismen
gerichtet ;
wir wollen untersuchen, wie die ihnen entsprechende Ichveränderung unsere
therapeutische Bemühung beeinflusst. Das Material zur Beantwortung dieser Frage ist
in dem erwähnten Buch von Anna Freud gegeben. Das Wesentliche daran ist, dass der
Analysierte diese Reaktionsweisen
auch während der analytischen Arbeit wiederholt,
uns gleichsam vor Augen führt ; eigentlich kennen wir sie nur daher. Damit ist nicht
gesagt, dass sie die Analyse unmöglich machen. Sie legen vielmehr die eine Hälfte
unserer analytischen Aufgabe fest » (
G.W. XVI, p. 83-84) ; et l’extrait de Fenichel est
traduit par «
This does not mean that they made analysis impossible. On the contrary,
they constitute half of our analytic task », où le sujet de la phrase se réfère à la phrase
précédente, « the ghost it has called up », c’est-à-dire « les fantômes que le Moi a
engendrés », alors que dans le texte allemand le sujet de la phrase est « ces façons de
réagir » qui se réfère aux « mécanismes de défense » de la phrase précédente ; une
traduction plus précise dans le contexte serait : « L’essentiel est que l’analysé répète ces
mécanismes de défense également pendant le travail analytique, nous les montre pour
ainsi dire ; à vrai dire, nous ne les connaissons que par là. Cela ne signifie pas qu’ils
rendent l’analyse impossible. Bien plus, ils
déterminent la moitié de notre travail
analytique. »
[8]
NdT : La citation du texte de Freud est sortie de son contexte «…
auf einen
Widerstand gegen die Aufdeckung von Widerständen möchte man nicht rechnen »
(
G.W. XVI, p. 84), et l’extrait de Fenichel est traduit par «
we should not reckon on
meeting with a resistance against the uncovering of resistances and that he describes
the attitude of the resisting ego as a surprise » ; une traduction plus précise dans le
contexte serait « on aimerait ne pas compter avec une résistance opposée à la
découverte de résistances ».
[9]
NdT : Fenichel s’appuie sur le texte original de Freud, «
Die Antwort wird lauten : in
der Eigenanalyse
, mit der seine Vorbereitung für seine zukünftige Tätigkeit beginnt »
(
G.W. XVI, p. 94), par «
The answer will be : from his training analysis » alors qu’une
traduction plus précise (Eigenanalyse = Selbstanalyse = auto-analyse) serait : « La
réponse sera : de son
auto-analyse avec laquelle sa préparation à son activité future
commence. » Pour souligner la différence entre analyse didactique et l’auto-analyse, je
me réfère au
Vocabulaire de la Psychanalyse de Laplanche et Pontalis (PUF, 1997, p. 41):
« C’est pourquoi nous exigeons qu’il commence son activité par une auto-analyse et
qu’il continue à approfondir celle-ci tandis qu’il apprend par la pratique avec ses
patients. Celui-ci qui n’accomplit pas une semblable auto-analyse fera bien de renoncer,
sans hésitation, à traiter analytiquement des malades (
G.W. VIII, p. 108). L’institution de
l’analyse didactique n’élimine pas la nécessité d’une auto-analyse : celle-ci prolonge
« indéfiniment » le processus déclenché par celle-là » (Pour un traitement systématique
de la question, cf. D. Anzieu,
L’auto-analyse, Paris, PUF, 1959).
[10]
NdT : Par rapport au texte original de Freud, «
Aus praktischen Gründen kann diese
nur kurz und unvollständig sein, ihr hauptsächlicher Zweck ist, dem Lehrer ein Urteil zu
ermöglichen, ob der Kandidat zur weiteren Ausbildung zugelassen werden kann. Ihre
Leistung
ist erfüllt, wenn sie dem Lehrling die sichere Überzeugung von der Existenz
des Unbewussten bringt, ihm die sonst unglaubwürdigen Selbstwahrnehmungen beim
Auftauchen des Verdrängten
vermittelt und ihm an einer ersten Probe die Technik
zeigt, die sich in der analytischen Tätigkeit allein bewährt hat » (
G.W XVI, p. 94-95), la
traduction employée par Fenichel est «
For practical reasons this analysis can only be
short and incomplete. Its main object is to enable his teacher to make a judgment as to
whether the candidate can be accepted for further training. It has accomplished its
purpose
if it gives the learner a firm conviction of the existence of the unconscious, if
it enables him, when repressed material emerges, to perceive in himself things which
would otherwise be incredible to him
, and if it shows him a first sample of the
technique which has proved to be the only effective in analytic work », alors qu’une
traduction plus précise du texte allemand serait : « Pour des raisons pratiques, cette
analyse ne peut qu’être courte et incomplète. Son objet principal est de permettre à
son enseignant de juger si le candidat peut être admis à une formation ultérieure. Son
travail est accompli si elle donne à l’élève la ferme conviction de l’existence de
l’inconscient,
lui procure des perceptions de soi lors de l’émergence du refoulé
incroyables autrement et lui montre avec une première épreuve la technique qui s’est
avérée être la seule efficace dans l’activité analytique. »
[11]
NdT : Par rapport au texte original de Freud, «
Es scheint also, dass zahlreiche
Analytiker
es erlernen,… » (
G.W. XVI, p. 95), la traduction employée par Fenichel est «
It
seems that a number of analysts
learn… »; je voudrais attirer l’attention sur le fait que
« a number of analysts » se traduit par « un certain nombre d’analystes » alors que le
mot allemand «
zahlreich » du texte d’origine se traduit par « numerous analysts » en
anglais, donc «
de nombreux analystes » en français.
[12]
Cette proposition attend seulement une formalisation d’une pratique déjà
existante.
[13]
NdT : La citation du texte de Freud est sortie de son contexte «
Eine analoge
Übertragung Kann sich aus dem Peniswunsh des Weibes nicht herstellen, dagegen
Stammen aus dieser Quelle Ausbrüche von schwerer Depression um die innere
Sicherheit, dass die analytische Kur nichts nützen wird und dass der Kranken nicht
geholfen werden Kann. Man wird ihr nicht unrecht geben, wenn man erfährt, dass die
Hoffnung, das
schmerzlich vermisste männliche Organ doch noch zu bekommen, das
stärkste Motiv war, das sie in die Kur gedrängt hat » (
G.W. XVI, p. 99); la traduction
employée par Fenichel est : «
we can only agree that she is right… when we learn that
her strongest motive in coming for treatment was the hope that, after all, she might
still obtain a
male organ, the lack of which was so painful to her »; une traduction plus
précise du texte original serait : « Une transposition analogue ne peut pas se produire
à partir du désir de pénis, par contre, tirent leur origine de cette source les
déclenchements de dépressions lourdes à cause de la certitude intérieure que la cure
analytique ne servira à rien et que la patiente ne peut être aidée. On ne lui donnera
pas tort quand on apprend que l’espoir de finir par recevoir
l’organe mâle
douloureusement manquant était le motif le plus puissant qui l’ait contrainte à
entreprendre une cure. »
[14]
Note de l’éditeur : Ce texte fut diffusé peu après la publication originale du texte
de Freud en allemand.