Figures de la psychanalyse
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I.S.B.N.2-7492-0039-3
256 pages

p. 9 à 10
doi: en cours

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no6 2002/1

2002 Figures de la Psychanalyse

Éditorial

L’acte psychanalytique possède une caractéristique singulière. Il exige de mettre de côté le souci de guérir pour pouvoir opérer, alors que ce qu’il peut résoudre, le mieux être ou le mieux vivre qui en sont attendus, restent sa raison d’être. Questionner les fins de l’analyse est donc problématique, tant est présente l’idée que la guérison vient de surcroît, selon l’expression de Freud, de telle sorte que si elle est en plus il n’y aurait pas lieu de lui demander des comptes, mais simplement de s’estimer content quand elle est là en plus du reste, c’est-à-dire en plus du savoir sur l’inconscient avec les remaniements qu’il engendre. La psychanalyse est cette pratique qui a pu apparaître indifférente à ses propres effets, car elle procède d’une tout autre logique que celle qui s’oriente selon le but de les produire, alors même que son existence, sa persistance ne sauraient se concevoir sans eux. Mais ces effets sont difficiles à mesurer bien sûr, et à obtenir. Pourtant, comment ne tenterait-on pas d’interroger ce surcroît exigible sous quelque forme qu’il apparaisse, et d’en prendre la mesure ?
On sait combien tout cela est incertain, problématique, et combien les discours de ce siècle naissant se détournent facilement de ce qui dans la psychanalyse est si sujet au doute, si long à obtenir, si coûteux en énergie, en investissement. Ils s’en détournent et pourtant se précipitent à en proposer l’ersatz, l’équipe de service psy d’urgence en toute occasion, comme si d’une discipline qu’ils ne goûtent plus guère, ils présentaient voire mimaient simplement le geste inaugural, celui d’une écoute pressée dont l’offre surgit au décours des traumatismes. Les discours actuels s’en détournent mais la demande, comme on dit, c’est-à-dire le nombre de personnes qui s’adressent à l’analyse, ne le fait pas, comme si de ces discours, finalement, n’était retenue que leur impuissance et que n’était pas admis leur refus. La psychanalyse suscite des attentes désormais extrêmement diverses, qui se ciblent plus volontiers en étape à parcourir, en symptôme à dénouer, voire en crise à résoudre. Nul n’entre plus en analyse comme on entre en religion, on ne l’idéalise plus, et c’est une bonne chose. Ce faisant, elle continue d’être considérée par ceux qui s’adressent à elle comme un recours fondamental, face à une sorte de désubjectivation qui est le propre d’un sujet en proie aux effets de la science. La souffrance fait la part des discours et le plus souvent ne se trompe pas sur ses attentes.
De sorte que, plus que jamais, il est essentiel, pour les psychanalystes, d’articuler en quoi leur acte ouvre au sujet une redistribution possible de ses cartes, en quoi cela comporte un effet. Effets de sens au long de son parcours, effets thérapeutiques à terme ou rapidement, transitoirement ou durablement, en une fois ou en plusieurs, tant le temps de la cure épouse le temps de l’inconscient au point qu’il y revêt une dimension éthique. L’analyse est sûrement une discipline qui se caractérise de ne pouvoir dissocier ce qu’on appelle sa technique ou ici son art, de ce qui est son éthique, pour la raison simple que celle-ci exclut ce qui rend son acte impossible. Un aspect en est sûrement que la règle fondamentale, généralement entendue du seul côté de l’analysant, a son pendant du côté de l’analyste. Cela apparaît tout autant au-delà de son gîte inaugural qu’est la névrose adulte, dans la pratique avec les enfants ou les psychotiques. Certains des textes ici présentés ont fait l’objet d’un exposé lors des dernières Journées d’Espace analytique sur « L’art de la cure et ses effets ».
Tout aussi essentiel est de préciser comment se conçoit ce que l’on appelle la fin de l’analyse, second versant des travaux proposés dans ce numéro, même si l’on n’est pas toujours bien sûr que ce terme convienne puisque, comme Freud l’avait remarqué, son caractère apparemment interminable peut parfois en faire douter. La voie lacanienne de la fin d’analyse a pu être présentée schématiquement comme une passe, là où Freud situait une impasse finale. Mais, outre le fait que nombre d’analyses vont jusqu’à leur fin sans du tout donner lieu à la formation d’un analyste, le passage à l’analyste, que Lacan a appelé passe, ne se confond nullement avec la fin de l’analyse. Il n’en est qu’un tournant éventuel quoique essentiel, ouvrant à une étape nouvelle où deux positions du sujet vont alterner, analysant dans sa cure, analyste auprès d’autres analysants. Car ce qui est visé lors d’une fin d’analyse n’est pas là de produire un analyste mais une élaboration autre du symptôme, qui permet de savoir y faire avec lui, et lui donne une fonction nouvelle, ouvrant à une sublimation possible. Cela peut dégager par ailleurs la voie du désir selon une économie où la jouissance le cause désormais plus qu’elle ne le barre. Là se mesure bel et bien ce que l’on peut appeler effet thérapeutique. En somme, l’analyse ne s’oriente pas sur la suppression du symptôme, ne demande pas le mieux-être de l’analysant et pourtant, à certaines conditions, peut l’obtenir.
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