2002
Figures de la Psychanalyse
La fin de l'analyse
Bref parcours sur la fin de l’analyse avec les enfants
Claude Boukobza
« Sans aucun doute, nous en savons davantage sur le moment où il est
opportun d’entreprendre l’analyse d’un enfant que sur celui qui convient le
mieux pour terminer cette analyse
[1] », disait Anna Freud avec la franchise et la
naïveté qui lui étaient coutumières. Avons-nous beaucoup avancé sur cette
question aujourd’hui ?
Si les points de vue des différents analystes sur la fin de l’analyse avec les
enfants apparaissent moins conflictuels que sur les questions du transfert ou du
surmoi, par exemple, c’est aussi, sans doute, parce qu’ils se sont moins expliqués
sur ce point que sur d’autres, tels les entretiens préliminaires, la présence ou non
des parents dans la cure de l’enfant, l’emploi du dessin ou du jeu, etc.
Melanie Klein et Anna Freud s’accordent pour dire, chacune à leur manière,
qu’il faut analyser le plus profondément possible, jusqu’aux racines du complexe
d’Œdipe. Melanie Klein ajoute qu’il faut que l’enfant ait atteint la représentation
de la scène primitive. Toutes deux se méfient comme de la peste des interventions intempestives des parents qui, soit par jalousie vis-à-vis de l’analyste, soit
par incompréhension du sens du traitement, ont tendance à interrompre prématurément la cure de l’enfant. L’analyse, affirment-elles, est un instrument
puissant pour changer la configuration de base de la personnalité. Tout ce qui
touche à un stade précoce altère et trouble ce qui survient plus tard. L’analyse en
profondeur des conflits archaïques est un objectif primordial, « même si la
thérapie, c’est-à-dire la levée des forces pathogènes actuelles, est notre but
avoué
[2] ». C’est bien dans ce rapport entre l’analyse en profondeur et la thérapie
que se situe le point critique de la question.
Dans l’analyse des adultes névrosés
[3], on admet que lorsqu’on arrête la cure à
un temps
t, la suite, y compris les modifications qui, éventuellement, vont
s’opérer dans l’après-coup, appartient au patient. « À la fin d’une analyse
d’adulte, nous ne contraignons aucun patient à se guérir. De lui dépend ce qu’il
veut faire de la nouvelle possibilité qui lui est offerte
[4]. » L’analyste, considère-t-on volontiers, doit savoir faire le deuil de son patient, de son devenir, admettre
d’être l’objet qui choit et disparaît de la scène psychique, une fois le transfert
résolu.
Cette question s’est posée de façon différente dans l’analyse d’enfants. Elle a
même initié de façon dramatique l’histoire de la psychanalyse d’enfants. On
connaît le destin d’Hermine von Hug-Hellmuth, la première psychanalyste
d’enfants, qui fut assassinée par son neveu de dix-huit ans qu’elle avait, sinon
analysé, tout au moins « observé » lorsqu’il était enfant, répondant en cela à la
demande faite par Freud à ses disciples. Le procès de Rolf Hug eut à Vienne, en
1925, un grand retentissement et de nombreux débats, relayés par la presse,
tournèrent autour de la question de savoir jusqu’où il était licite d’analyser un
enfant. N’avait-on pas, avec Rolf, joué à l’apprenti sorcier ?
Anna Freud, en 1926, se pose la même question lorsqu’elle se demande que
faire d’un enfant dont l’analyse a libéré les pulsions du poids d’un sur-moi trop
sévère : Le remettre à des parents qui ont été à l’origine de la névrose et dont
l’influence éducative est, de toute évidence, néfaste ? Le déclarer majeur avant
le temps ? Assurer soi-même l’influence éducative nécessaire ? Elle en vient
même à imaginer ce qui n’était alors qu’une utopie et qui aura, par la suite, tout
le succès que l’on sait : une institution basée sur les principes du traitement analytique propre à éduquer l’enfant, à lui offrir « un lieu pour vivre. » Mais même
dans ce cas, on ne ferait que repousser l’échéance. Il faudra bien que l’enfant
retrouve ses parents, « il pourra alors reprendre ou bien le chemin de la névrose,
ou bien, si ce chemin lui est barré par le succès de la cure analytique, la voie
opposée : celle de la révolte ouverte
[5] ».
Plus près de nous, Françoise Dolto se posait la même question. Au cours de
son séminaire, elle s’interroge sur le devenir d’un enfant qu’elle avait suivi et
dont le traitement s’était trouvé interrompu par les parents à la puberté. « Faute
d’avoir pu sublimer ses pulsions dans son milieu et de liquider son Œdipe
[6] », il
était devenu délinquant. « Qu’est-ce que nous avions à nous mêler de faire en
sorte que le système des pulsions s’organise autrement chez cet enfant ? »
« Personne n’a pris le relais de son éducation. Je suis sûre que c’est le traitement
qui l’a rendu délinquant et en même temps, tellement intelligent. [… ] J’étais
responsable. Peut-on faire un travail, trop tôt, et qui va trop loin, avec un enfant
qui n’aura pas de soutien par la suite
[7] ?»
Le psychanalyste se sent manifestement responsable du devenir des enfants
qu’il a eus en traitement. Dolto conclut qu’il faut que l’enfant qui entreprend
une psychothérapie soit « dans les conditions où les potentialités de vie qui sont
en lui pourront se développer [… ] Il ne s’agit pas seulement, dit-elle, de voir les
fantasmes de l’enfant et de penser à ce qui peut changer, il faut se poser la
question : ”Qu’en est-il sur le plan de la réalité ? Qu’adviendra-t-il de la réalité,
si demain se produit tel événement pour lui ? Qui est responsable de cet
enfant ?“
[8] »
Ainsi, dans l’analyse avec les enfants, la question de la responsabilité du
psychanalyste se pose de façon aiguë, parallèlement à celle du devenir du
patient.
Qu’engage-t-on lorsqu’on opère de sorte à modifier la dynamique des
pulsions ? Faut-il savoir s’abstenir ? Se contenter de « succès partiels », comme
disait Hermine von Hug-Hellmuth ? Ou, au contraire, selon Melanie Klein, se
donner, et comment ?, les garanties de pouvoir « analyser sans restrictions la
relation de l’enfant à ceux qui l’entourent et par conséquent surtout à ses
parents et à ses frères et sœurs », ce qui le rendra capable « de mieux s’adapter,
par conséquent de mieux résister à l’épreuve d’un milieu défavorable
[9] » ?
Il apparaît bien que ce qui est en question ici est la spécificité de l’enfant,
comme sujet encore dépendant des positions des parents.
Lacan, dans son commentaire du
Petit Hans, mentionne ce problème. Certes,
la phobie a été guérie, l’objectif thérapeutique a été parfaitement atteint. Mais,
souligne-t-il, le mode sur lequel, à la fin de l’analyse, le petit Hans s’organise est
bien particulier : il s’assume comme une sorte de père mythique, capable
d’engendrer sans femme. Lacan en voit la raison dans le fait que l’enfant, malgré
toutes ses tentatives, tous ses appels (dont les symptômes phobiques étaient
précisément l’expression), n’ait pas trouvé face à lui de père capable de lui faire
subir l’épreuve du complexe de castration. « On peut dire que le petit Hans n’est
pas passé par le complexe de castration, mais par une autre voie. Et cette autre
voie [… ] l’a conduit à se transformer en un autre petit Hans
[10]. » Il s’installe dans
l’existence comme idéal de la mère, comme substitut du phallus maternel, dit
Lacan. « L’issue se fait par identification à l’idéal maternel. » Il sera capable de
créations, mais toutes imaginaires, et n’aura pas assumé la plénitude de son
identification sexuelle. Lacan ne pouvait pas le savoir à l’époque où il tenait son
séminaire, mais on apprendra plus tard que le petit Hans, Herbert Graf de son
véritable nom, était devenu un grand metteur en scène et directeur d’opéra,
mais ne s’était jamais marié et n’avait pas eu de descendance. « Le père [… ] qui
n’a pas réussi dans sa propre position, c’est lui plutôt qu’il aurait fallu faire passer
par l’analyse
[11]. »
C’est toujours sur le même problème que vient buter la question de la fin de
l’analyse des enfants. Dès 1909, Freud avait pressenti que « la thérapie des états
nerveux de l’enfant se heurtera toujours à une grande difficulté : la névrose des
parents, qui formera un mur devant la névrose de l’enfant
[12] ». Certes les apports
ultérieurs de Lacan, Dolto et Mannoni sur la prise de l’enfant dans le fantasme
parental nous aident à penser plus précisément cette question et à la travailler
dans la cure. On s’attache désormais à ce que les parents assument chacun leur
propre histoire de sorte à libérer l’enfant du poids de leurs propres signifiants.
L’enfant, avec le support de l’analyste, tente de se constituer et d’être reconnu
comme sujet, mais parfois cette dialectique vient buter sur une impasse incontournable : la position des ou du parent face au désir et à la castration.
« Dans les cas assez graves, il m’a fallu poursuivre longtemps l’analyse pour
obtenir une modification quantitative et qualitative de l’angoisse justifiant à mes
yeux l’arrêt du traitement : de dix-huit mois à trois ans, vacances non comprises,
chez les enfants âgés de cinq à treize ans. [… ] Souvent on obtient un bon succès
thérapeutique avec plus de rapidité, soit en huit ou dix mois
[13]. » Ainsi s’exprimait
Melanie Klein en 1932.
Nous serions aujourd’hui bien en peine de soutenir une assertion aussi
catégorique.
Beaucoup de parents amènent leur enfant voir « le psy », sans vraiment se
poser la question de quel « psy » il s’agit : psychiatre, psychanalyste, psycho-logue ? Peu leur importe. Ils viennent chez un spécialiste de la souffrance
psychique témoigner d’un symptôme qui les gêne ou les préoccupe chez leur
enfant, ils viennent parfois simplement poser une question et attendent de cette
rencontre avec le « psy » une résolution; parfois encore, ils viennent dans le souci
préventif d’éviter la souffrance due à une future naissance d’un puîné ou à une
future séparation du couple. Bravement, les enfants, si petits soient-ils, s’engagent avec eux sur ce chemin.
Winnicott nous a ouvert quelques voies pour accueillir ces demandes
nouvelles, en formalisant sa pratique de ce qu’il appelait la « consultation thérapeutique ». C’est, dit-il, le « pique-nique du patient
[14] ». L’analyste offre un cadre
à l’enfant et ses parents ; ceux-ci s’y inscrivent, mus par une attente qui a pour
objet le psychanalyste lui-même. Winnicott remarque que soit les parents, soit
l’enfant ont très souvent rêvé de lui la veille de la consultation et qu’ils le
trouvent, en général, tout à fait ressemblant à celui dont ils ont rêvé ! L’analyste,
lui, n’a aucune idée
a priori du cas et de l’issue qui sera donnée à la consultation.
Winnicott insiste sur le fait que le thérapeute qui utilise cette technique doit
s’y préparer « en se familiarisant à la technique classique de la psychanalyse, et
doit mener jusqu’à leur terme de nombreuses analyses conduites sur la base de
séances quotidiennes, poursuivies pendant des années
[15] ». C’est seulement ainsi
que l’analyste « apprend vraiment ce qui doit être appris des patients ».
Pourquoi avoir recours à cette technique ? Le traitement classique par la
psychanalyse peut ne pas modifier la symptomatologie pendant de longues
périodes « où les répercussions sociales peuvent infiniment compliquer l’issue du
traitement
[16] ». Souci d’efficacité et de prévention donc, jamais absent chez les
analystes d’enfants.
Il y a d’autre part « une large demande pour une psychothérapie qui n’a rien
à voir avec la psychanalyse », demande que Winnicott situait dans le champ de la
consultation psychiatrique à l’hôpital, mais que nous rencontrons de plus en plus
en privé aujourd’hui. Certains patients attendent d’être compris, entendus, de
façon immédiate. Soit on accepte de jouer le jeu, soit on travaille sur la base de
« la psychanalyse ou rien
[17] ». Il s’agit d’utiliser dès les premiers entretiens le
matériel qui, habituellement, se déplie et se développe progressivement au fil
des séances.
Cette technique, qui n’est pas de l’analyse, mais qui en utilise toutes les
données, demande de l’analyste une attitude beaucoup plus participante que
dans l’analyse classique, bien qu’il ne s’agisse pas pour autant d’interpréter à tout
va et de façon sauvage. En ouvrant un espace de jeu à l’enfant, l’analyste lui
permet de venir poser sa question et de la dégager de celle de ses parents.
Ainsi Paul, 3 ans, m’est adressé par son pédiatre pour une constipation
opiniâtre depuis la naissance d’un petit frère. Il apparaît très rapidement que ce
symptôme était lié au fait que la mère avait fait, avant la naissance de Paul, une
fausse couche et qu’en lectrice assidue de Dolto, elle avait raconté cela à son
petit garçon en lui disant : « Je n’ai pas pu retenir le bébé dans mon ventre. » Les
parents m’apprennent aussi que Paul est sujet à de très nombreuses angines,
mais nous n’explorons pas vraiment ce thème. Dans la première consultation,
nous explorons plutôt le thème du « retenir dans son ventre » et la mère se
montre très étonnée lorsque je soumets à Paul l’hypothèse qu’il ait voulu retenir
dans son ventre la maman partie avec le nouveau bébé. « Ah, ça marche aussi
dans ce sens ?», me dit-elle. Quoi qu’il en soit, la constipation disparaît à la suite
de cet entretien, mais les parents reprennent rapidement rendez-vous. « C’est
Paul, me disent-ils, qui a voulu vous voir. Il avait encore 39° de fièvre ce matin et
nous lui avons dit que nous l’emmènerions chez sa pédiatre. Il a dit : ”Non, je
veux aller chez la petite canaliste. Je veux savoir pourquoi j’ai toujours des
maladies dans la gorge.“ »
De même, une jeune maman m’avait amené son fils Guillaume, âgé alors de
deux ans et demi, parce qu’il supportait mal la récente séparation de ses parents
et se montrait désorganisé et très agressif vis-à-vis de sa mère. Deux entretiens
ont permis à l’enfant d’exprimer sa souffrance et sa révolte, mais aussi à la mère
ses inquiétudes devant le fait de laisser ses enfants de très longs week-ends et
vacances à un père qu’elle n’osait qualifier de paranoïaque, mais qui l’était
manifestement. Elle a ainsi pu reconnaître la difficulté qui s’ajoutait pour
Guillaume à celle de la séparation elle-même, et l’enfant s’en est senti compris et
s’est apaisé.
Un an et demi après, alors qu’ils passaient non loin de chez moi, Guillaume a
dit à sa mère : « Je veux aller voir la dame. » Elle m’a alors téléphoné pour
prendre rendez-vous, en me disant : « J’y pensais aussi depuis quelque temps,
mais je ne lui en avais pas encore parlé. »
Cette technique, souple, permet de suivre les mouvements de l’enfant lui-même et les parents, surpris mais pris au jeu, acceptent de l’accompagner. Le
cadre professionnel fournit à l’enfant et à l’adulte la possibilité d’amener leur
détresse à l’analyste. La question dans laquelle l’enfant et ses parents étaient
piégés peut alors venir à se dénouer et l’enfant repart dans la dynamique de son
développement, de l’allant-devenant dans le génie de son sexe, pour reprendre
l’expression de Françoise Dolto. Ce moment sacré qui « peut être saisi ou perdu »,
comme dit Winnicott, donne au processus de développement une nouvelle
impulsion, et il se poursuivra hors de la présence de l’analyste. L’enfant utilisera
l’énergie qui se consumait dans le conflit inconscient à des investissements plus
créatifs. Il est tout à fait remarquable de voir avec quelle pertinence, dans ce
climat de confiance réciproque, les enfants savent dire eux-mêmes s’ils ont besoin
de revenir ou s’ils estiment qu’ils n’ont plus besoin de l’analyste.
Dans ces entretiens, l’enfant est reçu, tout au moins au début, avec ses
parents. Leur parole, d’emblée emmêlée, embrouillée, en s’adressant à un tiers,
se démêle et chacun peut alors parler en son nom propre.
Ce type de consultations n’est possible que dans les cas d’environnement
suffisamment bon, qui puisse faire usage des changements intervenus. Si après la
consultation l’enfant retrouve « une famille anormale ou une situation
anormale », il sera nécessaire d’aménager la situation, c’est-à-dire d’intervenir
d’une façon ou d’une autre sur la réalité de l’enfant ou d’instituer une relation
transférentielle stable.
Cette technique demande aussi une grande souplesse de la part du psychanalyste. Il ne doit pas faire montre d’impatience et attendre à tout prix un
changement dès la première fois : C’est l’enfant qui doit être le guide et qui sait
intuitivement jusqu’où et à quel rythme il peut aller, sans se mettre en danger, ni
mettre en danger ses parents.
Certaines fois, ces consultations seront préliminaires à une thérapie qui sera
entreprise soit dans la suite, soit après un temps de pause et de remaniement des
questions. Souvent, le simple fait de savoir qu’ils peuvent revenir permettra aux
parents et à l’enfant de faire face aux différents aléas de la vie.
Il ne s’agit certes pas d’ériger la technique de la consultation thérapeutique
en modèle. Il est évident qu’avec des enfants chez qui le symptôme est déjà
installé, la structure névrotique organisée,
a fortiori avec des enfants psycho-tiques ou autistes, la psychanalyse classique est indispensable. Mais autant
Winnicott a pu dire que la pratique de la psychanalyse est la formation nécessaire
à celle de ce type de consultations, autant on peut constater que la pratique de
la consultation thérapeutique forme l’analyste à une certaine souplesse, à un
non-dogmatisme qui lui permettra de s’adapter aux besoins du patient, tels qu’ils
s’expriment aujourd’hui. Il acceptera sans réticences qu’un enfant et ses parents,
satisfaits du point où on est arrivé, arrêtent la cure, même si, éventuellement, il
la considère comme inachevée. Souvent, un enfant fait un trajet avec l’analyste,
y met un terme de lui-même. Si de nouvelles épreuves dans sa vie ou dans sa
croissance le mettent à nouveau en difficulté, il saura revenir, parfois pour une
séance ou deux, afin de les dénouer. Ainsi, j’ai reçu récemment un adolescent de
quatorze ans, pour des problèmes typiques de son âge. Je ne l’avais pas moi-même reconnu, mais son père me dit : « Nous étions venus vous voir lorsqu’il
avait quatre ans. Quand nous avons parlé de consulter quelqu’un pour ses difficultés actuelles, il était tout à fait d’accord ; il a pensé à vous et c’est vous qu’il a
souhaité voir. » Lacan, parlant de l’épilogue du
Petit Hans, dans lequel Freud
signale que Hans, à dix-huit ans, avait oublié l’épisode de sa phobie et de la cure,
dit que si le processus de la cure avait été opérant, « c’est à partir de ceci, non
pas que le petit Hans
a oublié, mais qu’il
s’est oublié
[18] ». Si l’enfant se souvient
de l’analyste dix ans après, c’est non pas qu’un transfert non résolu a perduré
tout au long des années, mais que quelque chose d’une permanence du sujet, à
travers les aléas de la vie, s’est maintenu et vient à se réinterroger là où, autrefois, il a pu advenir.
Ainsi, au terme de ce parcours, on constate, de façon fort peu surprenante,
que la question de la fin de l’analyse contient toutes les questions inhérentes à
l’analyse d’enfants. Quelle conception l’analyste se fait-il de l’enfant ? Comment
conçoit-il sa propre responsabilité ? Comment dirige-t-il la cure de l’enfant ?
Quels objectifs se donne-t-il ? Quelle place fait-il aux parents dans la cure ? etc.
Ce qui est plus surprenant est que ce problème ait été fort peu problématisé
en tant que tel dans les textes des grands analystes d’enfants. Pratiquement
aucun article ne porte spécifiquement sur ce sujet
[19], seules quelques notations
éparses, au décours de textes théoriques ou de récits de cure, permettent de s’en
faire une idée. La raison en est énigmatique. Peut-être est-elle à trouver dans le
fait que l’enfant est un être « pas fini », encore en devenir et que rien, pas même
l’analyse la plus poussée, ne peut venir garantir ce qu’il en sera de ce devenir.
Admettre cela exige, des parents comme de l’analyste, la plus radicale des castrations.
[1]
A. Freud,
L’Enfant dans la psychanalyse, Paris, Gallimard, coll. « Connaissance de
l’inconscient », 1978, p. 269.
[2]
A. Freud,
ibid.
[3]
Dans les cures de psychotiques, les choses se passent de façon bien différente.
Cf. Ginette Michaud, « La fin de la cure d’Harriett », p. 109-122.
[4]
A. Freud,
Le traitement psychanalytique des enfants, Paris, PUF, 1951, p. 71.
[5]
A. Freud,
ibid., p. 55.
[6]
F. Dolto,
Inconscient et destin, Paris, Le Seuil, 1988, p. 92.
[7]
Ibid., p. 95.
[8]
Ibid., p. 101.
[9]
M. Klein,
Essais de psychanalyse, 1921-1945, Paris, Payot, 1968, p. 206.
[10]
J. Lacan,
Le séminaire, Livre IV,
La relation d’objet, Paris, Le Seuil, coll. « Champ
freudien », 1994, p. 416.
[12]
S. Freud,
Les premiers psychanalystes, Minutes de la Société psychanalytique de
Vienne, tome II, Paris, Gallimard, 1978, p. 319-320.
[13]
M. Klein,
La psychanalyse des enfants, Paris, PUF, 1950, p. 290.
[14]
D. W. Winnicott,
Psycho-analytic explorations, « The value of the therapeutic consultation », Harvard University Press, Cambridge, 1997, p. 322. C’est moi qui traduis.
[18]
J. Lacan,
op. cit., p. 408.
[19]
Sauf erreur de notre part, nous n’avons trouvé que les textes d’Anna Freud « La
terminaison d’une analyse d’enfant », dans
L’enfant dans la psychanalyse, op. cit., et de
Françoise Dolto « Mener un traitement jusqu’au bout », dans
Inconscient et destins,
op. cit.