2002
Figures de la Psychanalyse
À quoi sert la sublimation ?
Baldine Saint-Girons
« Il y a identité entre le façonnement du signifiant et
l’introduction dans le réel d’une béance, d’un trou. »
Lacan, L’éthique de la psychanalyse
Les meilleurs théoriciens soulignent non seulement que l’essence et le
mécanisme de la sublimation nous échappent, mais que sa genèse demeure
énigmatique : s’« il ne reste dans le sublimé
ni le but
ni l’objet,
ni même la source
de la pulsion
[1] » et si l’énergie sexuelle s’y désexualise, d’où vient ce
deus ex
machina que Freud appelle sublimation ?
Renonçant à aborder des problèmes métaphysiques aussi épineux, prenons la
question en aval et cherchons à savoir à quoi sert la sublimation et où se
manifeste son opération. Pour y parvenir, tentons préalablement de la définir en
cinq temps :
1. La sublimation est un fait. Elle a beau paraître inarticulable a priori, elle
s’articule néanmoins sans conteste dans notre expérience, où elle se manifeste
comme imprévisible réorientation, miracle ordinaire, impossible possibilité.
2. Le génie de Freud fut de marquer dès 1905 l’autonomie de la sublimation
par rapport à des destins pulsionnels dont elle se distingue parfois malaisément :
la perversion dont elle refuserait la philautie et les stéréotypes, mais aussi le
refoulement qui paralyserait son essor. Le propre de la sublimation est de tracer
sa voie de façon originale et, du moins en ultime ressort, socialement recevable.
Elle a de la sorte partie liée au processus civilisateur. Le goût de l’aventure y
rejoint la quête panique de la métamorphose dans l’exploration des gouffres du
verbe, de la terre ou du sexe, cependant que les figures de l’inconnue algébrique,
du lieu non cartographié et de la belle inconnue échangent leurs valeurs.
3. La sublimation se détermine comme processus à la fois d’investissement et
de production des signifiants. Elle ouvre de façon imprévisible le champ de
l’inventivité et de la création, tout en résultant de l’action de la lettre. Aussi bien
apparaît-elle paradoxalement comme « la
forme même dans laquelle se coule le
désir », ainsi que l’écrit Lacan
[2], « ce quelque chose par quoi [… ] peuvent s’équivaloir le désir et la lettre » et « où s’instaure le travail créateur dans l’ordre du
logos ».
Dès qu’on parle de sublimation, il importe aussi bien d’avoir présente à
l’esprit une double tension : la première entre phénomène d’adaptation sociale
et processus original de création ; la seconde entre soumission à la métamorphose et volonté de savoir.
a) La sublimation est écartelée entre la « normalisation » œdipienne et la
création la plus haute : c’est tantôt le renoncement au premier objet sexuel et à
la première motion agressive ( La disparition du complexe d’Œdipe, 1923), tantôt
un dépassement qui donne issue à des œuvres dont le prix ne laisse pas
d’étonner.
b) Mais la sublimation est aussi écartelée entre les signifiants qui la déterminent à son insu et l’effort du sujet pour en déterminer et en supporter le poids.
Elle n’est pas sans affinités avec la dialectique hégélienne qui suppose toujours
une Aufhebung, c’est-à-dire à la fois une abrogation et une conservation. Le
verbe « dépasser » a, dans les traductions françaises d’aufheben, l’inconvénient
de posséder une signification immédiatement positive qui laisse de côté l’opération primordiale de la négation. On lui a récemment préféré les termes
« relever », « enlever », ou des néologismes, tels que « sursumer ». Si aufheben
est rendu par to sublime sous l’instigation de Mure, traducteur anglais de Hegel,
force est de constater la différence essentielle entre deux types de sublimation :
la sublimation hégélienne renvoie d’abord au génie spéculatif, alors que la sublimation concerne l’être entier dans son devenir pulsionnel (Freud) et dans son
rapport au désir, conçu comme un message malaisé à recevoir et à déchiffrer
(Lacan).
Dans la sublimation psychanalytique, l’intellect ne se trouve pas seul
concerné : elle suppose une plasticité fondamentale du sujet humain, dont « le
réel » ne saurait être conçu comme « le corrélatif d’une connaissance ». Le savoir
de ce que je suis me reste à bien des égards fermé ; je ne puis l’atteindre qu’indirectement et par ruse. Point d’accès plein et entier à la vérité, mais le constat
renouvelé de ma finitude. Du savoir comme de la jouissance, je suis condamné à
ne recueillir que des bribes dont il faut bien me débrouiller pour ne pas mourir
sous l’effet de ce qui me déborde. La sublimation n’est de toute manière qu’un
bricolage.
4. La sublimation ne tisse pas un lien anodin avec autrui et avec le monde,
dont il me serait loisible de me retirer sans peine. Mon être entier s’y trouve
engagé en partie malgré lui, mais en partie aussi volontairement, puisqu’il doit y
surmonter la crainte du réel et de la transmutation, pour s’adresser du fond de
sa corporéité à cet Autre dont il se trouve mystérieusement retranché. Qui n’a
tremblé un jour en ouvrant un livre, en rencontrant un inconnu ou en entrant
dans une ville nouvelle; qui ne s’est demandé s’ils modifieraient son destin et de
quelles manières, ne saurait comprendre la force de ce que désigne ce petit mot
« sublimer ».
5. Si la sublimation est un processus qui se déroule partiellement à notre insu,
quel en est le sujet ? Faudrait-il dire qu’il appartient au sublime de « me »
sublimer ? Notre époque, avide de certitudes et d’objectivité, évite la question
des rapports entre la sublimation psychanalytique et le concept rhétorique et
philosophique du sublime, telle qu’une longue tradition l’a élaboré depuis
l’Antiquité. Dans les meilleurs cas, Kant apparaît comme seul témoin du sublime,
alors qu’il serait incomparablement plus intéressant de montrer comment
l’expression verbale et figurative constitue le ressort même de l’opération sublimatoire et dans quelle mesure la tradition du sublime et la tradition psychanalytique visent à stimuler le processus sublimatoire par un travail très concerté sur
les signifiants. Il est une pratique du langage qui nous modifie en profondeur et
qui nous découvre à nous-mêmes en même temps qu’au monde. Le savoir, pris
comme un verbe à l’infinitif, nous entraîne dans sa dynamique en même temps
qu’il nous métamorphose. Il s’agit là moins d’un sublime d’émotion que d’un
sublime de mouvement. Sur ce point, l’affadissement psychologique de notions
centrales de la rhétorique ne doit pas nous tromper : movere a d’abord signifié
« mettre en mouvement », « donner un élan » et le sublime, si on en croit une
étymologie parfois contestée, engendrerait un essor oblique (limus).
Pour déterminer l’utilité essentielle de la sublimation, c’est sur ce cinquième
point que je désire insister, en dégageant trois types de rapports possibles entre
sublime et sublimation. Mais je voudrais auparavant « m’embrouiller » concrètement en faisant état d’un petit dialogue, dans lequel on pourra sans doute isoler
un symptôme virulent de notre contemporanéité.
Où l’acte de pensée risque d’être remis aux calendes grecques
Il s’agit d’un échange à la fois sommaire et boiteux, qui avait pour cadre un
examen oral de philosophie, conçu, certes, comme occasion de rencontre au
moins autant que comme lieu de vérification des connaissances. Je me permets
de le transcrire dans sa quasi-littéralité, afin de rendre ses droits à l’improvisation.
– « Ah ! Vous savez, moi, Madame, je m’interdis de penser », me déclare
soudain un étudiant d’une quarantaine d’années, les lèvres pulpeuses et brèves,
calligraphiées avec la véhémence de la lettre « M ».
– Mais pourquoi, diable, étudiez-vous la philosophie ?
– Ça m’intéresse. Plus tard, je pourrai me permettre de penser.
– Quand donc ? Aux calendes grecques ?
– Mais dans pas si longtemps. Dix ans, peut-être.
« Ne cherchez pas à comprendre », voilà donc votre maxime. Les militaires
chargés d’exécuter les ordres sont sans doute contraints de l’adopter. Mais, dans
le domaine de la philosophie, enregistrer, mémoriser n’est pas exclusif de penser.
La mémoire, disait Vico, était un autre nom de l’imagination chez les Latins.
D’ailleurs, vous ne vous interdisez pas de parler, d’écrire, que je sache. Cela ne
suppose-t-il pas une forme de pensée ?
– Peut-être, mais je veux la vérité.
– La vérité ou un catéchisme ? Du prêt-à-penser, à sentir et à croire.
– La vérité vraie.
– Croyez-vous que ça existe, à moins d’être déjà mort ? Plus de vie, plus de
point de vue. Il ne faut pas confondre philosophie et nécrophilie.
– Il faut être patient. Ne pas se hâter de comprendre.
– Soit, mais si la vérité vous reste extérieure et n’a aucune incidence sur votre
manière de vivre, pourquoi vous importerait-elle ?
– Vous savez, moi, je suis un scientifique, ingénieur de formation. Ce qui
m’intéresse, c’est comment les choses sont fabriquées.
– Je vous suis sur ce point. Mais la tâche est inépuisable. La boulimie et son
mauvais infini vous guettent si vous refusez d’effectuer un choix. L’important,
n’est-ce pas d’apprendre à penser avec les meilleurs philosophes ?
– C’est d’apprendre à penser ce qu’ils ont pensé, sans se tromper.
– On devient, en effet, de la sorte sûr de soi et d’un certain fond de culture.
Mais vous avez entendu parler de la dialectique ?
– Thèse, antithèse, synthèse…
– En tout cas, une dynamique de la pensée qui ne cesse de se corriger et de
s’affiner dans le discours, en se produisant et en réfléchissant sur son propre
mouvement. Qu’un élément vraiment nouveau surgisse, tout ce qui le précède
risque de se trouver remanié à sa lumière.
– Tout cela s’apprend.
– Mais par des « exercices » au sens propre qu’il faut se proposer à soi-même,
afin de surprendre sa pensée en voie de constitution. La philosophie a, pour
exister, besoin d’un sujet, de sa pratique. Elle ne fonctionne pas toute seule.
– Il y a de l’objectivité. Tout cela est trop aléatoire et trop long. Je veux aller
droit au but. »
J’avais envie d’enchaîner dans la foulée :
« Quand une chose frappe au cœur, le sujet de la connaissance est bientôt
largué, car l’intellect ne se trouve pas seul concerné : il y a danger de métamorphose. Votre interdit de penser, c’est un interdit de sentir et de vivre tout court.
Vous amasserez des connaissances, certes, vous les transmettrez peut-être, mais,
au fond, vous ne saurez jamais rien et vous périrez d’ennui, parce que ce que
vous vous interdisez, c’est toute forme de risque et de surprise, toute sublimation. »
Une sorte de colère m’étreignait et je me reprochais d’être allée trop vite.
Qu’est-ce au fond que la pensée ? Dans de nombreuses traditions, l’essentiel est
de répéter inlassablement les textes sacrés, tels les Véda ou le Coran, sans en
comprendre la lettre : le sens est supposé l’immerger ensuite. Et la philosophie
elle-même ressemble bien souvent à un idiome qu’il faut d’abord apprendre à
parler. La pensée n’est pas une catégorie, dit quelque part Lacan, c’est de l’affect.
Si les choses se pensent en nous à notre insu, mon positiviste n’avait pas tort,
puisqu’il « s’exposait » tout de même, comme j’aime à dire, aux signifiants. J’étais
sur ce point d’accord avec lui.
Le véritable problème était ailleurs : comment faire comprendre à quelqu’un,
s’il ne l’a pas ressenti lui-même, qu’il dissipe le sel de sa vie s’il croit toujours
pouvoir retirer ses billes intactes du jeu ? Nous ne sommes pas les uns les autres
dans l’extraposition, partes extra partes, les uns hors des autres : nous sommes
noués de l’intérieur, nos destins sont imbriqués. Ce que nous voyons nous contamine, ce que nous entendons nous constitue, ce que nous goûtons nous tisse. Pas
moyen de faire sans ce monde et ces autruis dont je ne me distingue que provisoirement. La pensée ne surplombe rien. Elle s’attache à du donné, même si, à
certains moments privilégiés, elle semble dotée d’ailes et que je m’élève avec son
assistance dans un espace raréfié. Rien n’est à moi : ni les idées, ni les sentiments
que, fugitivement, je m’approprie. Fugitivement, mais fondamentalement, car
rien n’est précieux comme le savoir que découvre l’après-coup de l’acte, de la
parole ou de l’écriture.
Dans mon malaise, la formule citée par Jean Paulhan revenait avec insistance
à ma mémoire
[3] : « Il est défendu d’entrer dans le jardin avec des fleurs à la
main. »
Décidément mon étudiant et son époque scientiste allaient plus loin.
Aujourd’hui il ne s’agit plus seulement d’interdire le port des fleurs jardinières et
rhétoriques : il faudrait empêcher le fonctionnement psychique. Et l’interdiction,
loin d’être proférée par l’autorité locale, proviendrait du sujet lui-même.
Essayons donc de reprendre les choses de plus loin : celui où misologie, haine de
la pensée et haine de l’existence se rejoignent de manière à empêcher la
naissance du sublime et celle du processus de sublimation.
De la sublimation comme investissement des signifiants,
acceptation et relève du « corps » des mots
À quoi sert la sublimation ? à charger de sens les mots ; à accepter qu’ils aient
maille à partir avec la pensée ; à reconnaître qu’il n’est point d’esprit sans corps
ni de pensée sans support. Aussi bien la sublimation se présuppose-t-elle toujours
elle-même et est-elle d’exercice continu. Rappelons donc la contre-proposition
imaginée par Paulhan : « Il est défendu d’entrer dans le jardin sans fleurs à la
main. »
Commencez, ayez toujours commencé à collecter termes et phrases, à vous en
enchanter et à les arranger à votre manière. Les fleurs de la rhétorique ne se
goûtent que dans leur maniement. Il n’y a de sublimation que par la médiation
des signifiants. Ne vous laissez pas intimider par les écrivains qui se mêlent de
faire le procès de la littérature, tel Aragon qui y voit une « machine à crétiniser ».
Car les soupçons qu’ils font peser contre leur propre instrument d’expression font
partie de leur travail; mais la Terreur qu’ils s’entendent à faire régner et qui les
conduit à valoriser tout ce qui n’est pas littérature procède d’une absurde
volonté de puissance : Pourquoi interdire au vulgum pecus de goûter les lieux
communs et d’y trouver essor pour l’imagination et le rêve ? Au nom de quoi
déclarer a priori l’inutilité du beau langage et m’en interdire la jouissance ? La
Fontaine, par exemple, savait rire de la poésie au moment même où il l’honorait :
« Les reines des étangs, grenouilles veux-je dire
(Car que coûte-t-il d’appeler
Les choses par noms honorables ?) »
Les figures de la rhétorique ont deux faces, l’une ridicule et l’autre exquise :
c’est ce qui fait leur « préciosité », avec toute l’ambivalence que revêt ce terme
en français. Aussi bien ne laissons pas « la Terreur » trancher pour nous.
Défendons les mots que nous aimons en leur donnant sens. Car aucun langage
n’est en soi détestable, contrairement à ce que tend à faire croire la proscription
de certaines tournures d’expression, autrefois fort appréciées
[4].
Rien n’est plus réjouissant dans la tradition rhétorique que la manière dont
Tesauro nous enseigne à renouveler les métaphores par la pratique de la
grammaire, l’usage réfléchi du code et l’affût d’un réel que nous parvenons à
faire nôtre. Métaphoriser, c’est entrevoir les objets les uns dans les autres, comme
à l’aide d’un instrument d’optique qui ménage « une ouverture de perspective
[5] », nous fait découvrir de façon fulgurante des liens insolites et produit un
véritable « théâtre de merveilles ». Restituons à l’expression de « prairies
rieuses » la fraîcheur qu’elle a aujourd’hui perdue : nous y reconnaîtrons « la
terre comme un homme animé, le pré comme son visage, la douceur comme son
rire joyeux ». Et, cette belle fleur de rhétorique, nous pouvons la renouveler par
une méthode de variation appropriée : changement de la forme grammaticale,
adoption de synonymes, insertion dans un contexte par divers types de constructions…
Faire travailler le langage et réfléchir sur ce travail, tel est le point commun
entre la rhétorique et la psychanalyse. Mieux, la découverte du langage
métaphorique comme langage originaire, tel que l’établit au début du
XVIII
e siècle Giambattista Vico, en donnant à la grande tradition humaniste toute
sa portée philosophique, constitue à bien des égards une anticipation de la
psychanalyse. On peut considérer Freud comme « un second Vico », ainsi que le
marque Lionel Trilling en 1940 : « Au XVIII
e siècle, Vico parlait du langage
métaphorique imagé aux premières étapes de la culture ; il était réservé à Freud
de découvrir comment, à l’âge scientifique, nous sentons et pensons encore en
formations imaginatives, et de créer ce qu’est la psychanalyse, une science des
tropes, de la métaphore et de ses variantes, la synecdoque et la métonymie
[6]. »
Ce langage dont Vico démontait les mécanismes poétiques, en même temps que
la visée à la fois universelle et concrète, se réactualise à bien des égards dans le
discours de l’inconscient et les différents types de personnification de l’Autre
sous l’effet du transfert.
Disons que la psychanalyse a pour mérite essentiel de servir d’antidote à « la
Terreur » : rien de plus généreux en soi que le mouvement par lequel elle incite
chacun à parler de ce qui lui passe par l’esprit, même si le problème est alors
d’arriver à lever l’autocensure. Être sûr qu’une personne vous écoute attentivement, quelles que soient les sornettes que vous lui débitiez, c’est tout de même
une situation extraordinaire ! « L’analyste dit à celui qui va commencer – Allez-y,
dites n’importe quoi, ce sera merveilleux », rappelle Lacan qui s’y connaissait en
séduction. « Le sujet supposé savoir » n’est pas celui qu’on croit : l’analyste peut
bien ponctuer, mais l’analysant, lui, explore, travaille, produit…
Ce qui rend la situation si stimulante est non seulement la soigneuse exclusion de tout intérêt immédiat dans la réalité, mais l’appel créé par le vide ainsi
organisé. Premièrement, de même que l’excitation esthétique surgit d’une façon
abstraite chez Kant, sans égard à la possession de l’objet, l’excitation analytique
se développe en l’absence de toute incidence directe dans la vie concrète.
Deuxièmement, de même que la valeur artistique tient à la transformation d’une
soustraction en possibilité actuelle d’expression ( cf. Pierre Kaufmann, L’expérience
émotionnelle de l’espace ), la force du discours de l’analysant tient à la nécessité de
pallier la suppression des adresses habituelles.
Impossible alors de ne pas voir que le ressort commun de l’acte esthétique et
de l’acte psychanalytique est quelque chose « comme l’amour » (Lacan), c’est-à-dire un jeu de dupes où l’être aimé perd sa qualité de sujet pour se trouver pris
dans un réseau de signifiants qui le transforment en objet. L’amour, comme le
verbe, est source et non pas dépendance de signification. « Je ne suis pas là pour
son bien, mais pour qu’il aime », dit Lacan de son patient. D’amour intransitif,
sans objet coapté, dans l’infini ouvert du verbe.
Une forme de sublime ne se manifesterait-elle pas alors dans la dynamique
ainsi créée ?
Du sublime en art et en psychanalyse
Lançant un défi à nos différentes facultés dont il motive et canalise l’élan
psychique, le principe du sublime suscite traditionnellement un mouvement
complexe, mi-conscient, mi-inconscient, qui atteste la mobilité exceptionnelle
d’un désir dont se rompent les liens avec un objet préétabli. Point d’harmonie
préconstituée : j’attribue la qualité de sublime à ce qui suscite mon effervescence
sublimatoire. Car, à la différence de ce qui se passe pour le beau, moi seul suis
finalement juge de sa parution. Le sublime fait appel à la subjectivité, dans ce
qu’elle a de plus central et de plus mystérieux. Et son paradoxe est de se découvrir dans l’expérience même qu’il commande, c’est-à-dire d’en être à la fois la
cause et l’effet.
Sans doute, ni Freud, ni Lacan n’ont-ils opéré de véritable relation entre
sublime et sublimation, bien que Lacan ait pourtant soupçonné l’intérêt de leur
mise en rapport sous l’influence de Pierre Kaufmann, auquel il avait demandé en
1959 un exposé sur l’esthétique kantienne : « Sur le sublime, nous n’avons pas
encore tiré des définitions kantiennes toute la substance que nous pouvions en
obtenir. La conjonction de ce terme avec celui de sublimation n’est probablement
pas seulement de hasard, ni simplement homonymique
[7]. » Bernard Baas
[8] est un
des rares théoriciens à s’être intéressé à la voie qu’il indiquait, mais son absence de
prise en compte de la réflexion menée sur le sublime avant Kant dans l’Antiquité,
à la Renaissance et à l’âge classique, réduit la portée de son entreprise.
Dans notre tradition rhétorique, poétique et esthétique, le sublime est, en
effet, ce qui donne au langage son maximum d’efficacité, puisqu’il permet
d’« implanter de nouvelles manières de sentir », tout en « arrachant celles qui
avaient pris assise », selon la profonde formule de Cicéron
[9] : l’orateur atteint
alors au grand style, c’est-à-dire à ce que Quintilien appelle le style sublime. Face
à Cicéron, le génie de Longin fut de montrer que le sublime ne s’identifie pas
nécessairement à un style déterminé et que la force de la pensée se traduit également dans une forme simple et silencieuse. De la sorte, il indiquait la voie vers
une conception élargie du sublime qui ne concernait pas seulement des signifiants linguistiques. Rechercher les ressorts et les points d’appuis du sublime,
c’était dans l’Antiquité comprendre ce qui dans l’éloquence et dans la poésie
réussissait à entraîner les esprits en les éblouissant. Mais c’est, à l’âge moderne,
s’interroger sur certains signifiants qui entraînent l’abandon de positions
psychiques antérieures et la naissance d’un mode de penser inédit. Émerge alors
un nouvel univers qui ne se juxtapose pas seulement au premier, mais va jusqu’à
en saper les fondements.
La question est dès lors la suivante : si le sublime nous apparaît comme ce qui
donne du mouvement pour aller plus loin et la sublimation comme une recréation permanente des signifiants de la perception et de l’affect, doit-on dire que
la sublimation constitue l’effet ou la cause du sublime ? Ou bien nous faut-il
sortir de cette alternative pour soutenir que l’opération du sublime et celle de la
sublimation se recouvrent ?
1. Dans une perspective classique, la sublimation est d’abord comprise comme
l’effet du sublime, quoique le terme ne soit pas employé comme tel : le sublime
« me sublime » au sens où il m’emporte sinon à sa propre hauteur, du moins au-dessus de mes intérêts égoïstes immédiats. Non content d’étonner et de
contraindre, il va jusqu’à me métamorphoser en profondeur, si bien que la
frontière éclate entre le moi et l’autre. Bien au-delà d’une théorie de la réception, terme au demeurant malheureux par la passivité qu’il suggère, il s’agit alors
de comprendre l’intense activité esthétique à laquelle est suspendu l’établissement du sublime : la « sublimation esthétique » qu’il présuppose.
2. Dans une perspective psychanalytique, cependant, la sublimation devient la
condition de possibilité du sublime et le problème est alors de savoir si elle suffit
à le produire. De fait, ainsi que nous l’avons dit, la sublimation se détermine à la
fois comme phénomène de normalisation, caractéristique des sociétés proprement humaines, et comme processus de création, source d’œuvres inappréciables . À la sublimation ordinaire et dépourvue de sublime faudrait-il opposer
une sublimation instauratrice du sublime dans le cours du monde ?
3. Reste une troisième option, dans laquelle on s’efforce de penser les liens
entre sublimation esthétique, sublimation normalisante et sublimation créatrice.
La sublimation s’assimile alors à l’opération du sublime, en tant que celui-ci en
constitue le principe directeur et caché : la véritable ratio essendi. Ce qui compterait serait moins l’œuvre ou le moment visible de l’acte que le processus lui-même. Le sublime se diluerait de la sorte dans l’existence humaine pour constituer une de ses potentialités permanentes, mais se distinguerait pourtant et de
ce qui serait naturellement plaisant et de ce qui pourrait être défini a priori
comme représentant l’excellence morale.
Il nous faudra reprendre dans cette triple perspective la théorie aristotélicienne de la katharsis tragique, d’ordre très vraisemblablement artistique et
esthétique, et montrer comment elle a étrangement donné lieu à deux sortes
d’interprétation antagonistes et peut-être également fausses : l’une strictement
abréactionnelle, l’autre proprement morale. La sublimation et le sublime tendent
sans cesse à être récupérés et mis au service de fins déterminées. Mais le vent de
l’esprit souffle où il veut, absorbant l’énergie de la personne entière et la
dirigeant dans un sens qu’elle ignore, loin de l’immédiateté pathologique,
comme loin aussi de tout idéal prédéterminé.
De la sublimation comme effet du sublime :
la sublimation esthétique
Tous les philosophes du sublime ont insisté sur la
part prise par le témoin à
l’établissement du sublime. « Sous l’action du véritable sublime, déclare déjà
Longin, l’âme s’élève en quelque sorte, exulte et prend l’essor, remplie de joie et
d’orgueil,
comme si c’était elle qui avait produit ce qu’elle a entendu
[10]. »
Burke consonne avec lui, en soutenant que « l’esprit revendique alors toujours
pour lui-même une part de la dignité et de l’importance des choses qu’il
contemple
[11] ». Il préfigure de la sorte la thèse de Kant qui ira jusqu’à affirmer la
« disruption » de l’objet sublime et la supériorité de la compréhension intellectuelle sur la compréhension esthétique : la « subreption » caractéristique du
sublime kantien consistera alors dans la substitution au respect envers l’objet
d’un respect envers l’Idée de l’humanité présente en nous comme sujets.
L’intéressant chez Burke tient à l’articulation entre trois théories des effets du
sublime : comme excitation purgative, théorie qui permettra à Kant d’expédier
avec autant d’élégance que de mauvaise foi « l’exposition physiologique » de
Burke; comme transfert d’énergie créatrice par la médiation du verbe poétique;
et, enfin, comme travail du goût.
Commençons par la théorie physiologique : l’irritation suscitée par le sublime
stimule les forces physiques, alors que l’agrément procuré par le beau les affaiblit. Contraction musculaire, « tension non naturelle » des nerfs, purification des
vaisseaux sanguins, nettoiement de toute forme d’engorgement… Par tous ces
effets, le sublime aurait une action analogue à celle de la douleur physique : celle
de fortifier le principe vital. De la sorte, Burke rejoint des préoccupations
d’époque : celles d’un Georges-Ernest Stahl, d’un Frédéric Hoffman ou de
l’auteur de l’article de l’
Encyclopédie, « Œconomie animale », qui fait état de
« petites causes », « complètement inconnues » et produisant de « grands
mouvements
[12] ». Il n’est d’ailleurs pas jusqu’à Kant qui ne montre dans
l’
Anthropologie la manière dont le déplaisir nourrit la vie : « Sans la douleur,
assure-t-il, la vie viendrait à s’éteindre
[13]. »
Mais cette insistance sur les effets physiologiques s’accompagne d’une
théorie, empruntée à Longin, de la propagation de l’énergie créatrice : « Par la
contagion des passions, nous nous enflammons d’un feu qui brûle déjà dans un
autre et qui n’aurait probablement jamais jailli de l’objet décrit
[14]. » Force est, en
effet, de constater que les mots nous affectent parfois davantage que les choses
qu’ils représentent et qu’ils nous affectent même d’autant plus que les images
qu’ils nous présentent ont davantage d’obscurité. Autant l’expression claire se
soumet à la chose, qu’elle prétend décrire « telle qu’elle est », autant l’expression
énergique s’efforce de la comprendre « telle qu’on la sent ». De même qu’« un
accent émouvant, un air passionné ou des gestes animés nous affectent indépendamment de leurs motifs
[15] », certains mots ou certains arrangements de mots
nous touchent sans rapport avec une représentation de chose. Soient des termes
tels que « vertu », « honneur » ou « liberté » : « N’ayant rien qui leur corresponde, ces mots
devraient être sans effet » ; mais c’est un fait qu’on parvient
rarement à les prononcer ou à les entendre sans éprouver quelque émotion, « en
particulier, si on les accompagne d’une voix chaude et pénétrante
[16] ». La
poétique de l’énergie déployée par Burke s’appuie, de la sorte, sur la thèse
présaussurienne d’une indépendance de la représentation à l’égard du représenté : le vide et la généralité du mot sont ce dans quoi le sublime parvient à
s’immiscer, si bien que c’est la faiblesse représentative du langage qui finit par
constituer sa force.
On pourrait croire que Burke avait de la sorte rempli son but qui était de ne
pas cantonner le sublime à la seule économie animale, où il trouvait néanmoins
sens, mais de lui faire jouer un rôle central dans une philosophie de l’invention
et dans l’émergence d’un monde des œuvres. Mais, en 1759, il ajoute à ces deux
conceptions des effets du sublime une théorie assez complexe de l’opération du
goût.
Sous l’influence de Montesquieu, dont il lit l’
Essai sur le goût, publié dans
L’Encyclopédie en 1757 – texte qu’il traduit partiellement dans l’
Annual Register
de 1758 –, Burke place la question du goût sous la dépendance d’une logique et
d’une théorie des passions. Mieux, il souligne l’importance des métamorphoses
opérées par ce qu’il faut bien appeler au XVIII
e siècle « le goût du sublime », avant
que Kant ne refuse tout bien-fondé à ce syntagme. Pour définir le goût, il ne faut
pas considérer « s’il est bon ou mauvais, juste ou non », écrivait déjà
Montesquieu ; car le goût est d’abord « ce qui nous attache à une chose par le
sentiment
[17] ». Le véritable
vinculum à la chose, qu’elle soit sensible ou intellectuelle, s’établit dans un rapport gustatif. Il faut donc mettre provisoirement
entre parenthèses la science et la morale pour considérer seulement notre
attache aux formes ou aux idées, et nous émerveiller qu’il n’y ait « point de
choses si intellectuelles que [l’âme] ne voie ou qu’elle ne croie voir, et par conséquent qu’elle ne sente
[18] ». Ainsi seulement aurons–nous chance de saisir le
mécanisme psychique grâce auquel se constitue ce que nous prisons le plus.
De ce point de vue, le goût n’a rien à voir avec un « sixième sens » et il serait
bien vain de le caractériser par la promptitude, puisque celle-ci caractérise tout
processus de pensée : le goût satisfait tantôt la passion d’amour, lorsqu’il s’agit
du beau, tantôt celle d’étonnement, lorsqu’il s’agit du sublime. C’est dans ce
dernier cas que la fonction de la sublimation se montre particulièrement sensible,
puisque le plaisir alors suscité n’a rien de simple et de positif, mais repose, au
contraire, sur une relation complexe à la douleur que Burke appelle délice
(delight).
Qualifions de « sublimation esthétique » l’effervescence physique, créatrice et
gustative produite par le sublime burkien et remarquons qu’elle peut apparaître
comme le mode de sublimation le plus important et le plus riche de par les possibilités d’études qui nous en sont fournies. Mieux, la sublimation esthétique
pourrait constituer le paradigme de toute sublimation, dans la mesure où elle a
affaire à ce qui, surgissant dans la chaîne signifiante, constitue le lieu où celle-ci
s’organise et se désorganise à la fois, et vise donc à la fois un point d’origine et
un point d’abîme. La sublimation esthétique est l’aventure d’un sujet qui ignore
ses buts et objets : elle suppose qu’on sache brûler ses vaisseaux et s’inventer une
vie à nouveaux frais, en se rendant disponible pour de nouvelles et imprévisibles
rencontres.
Traiter directement de la sublimation artistique, quel que soit le caractère
artistique d’un idéal de vie et de pensée, relève à bien des égards de l’obscénité :
les meilleurs auteurs sont d’ailleurs sur ce point étrangement silencieux. En
revanche, ils ne manquent pas de s’interroger sur la manière dont le sujet,
auditeur ou « specteur », mais aussi « gustateur » (terme par lequel on pourrait
traduire l’italien fruitore ), entre dans le mystère de la création et va jusqu’à participer à l’élaboration d’une poétique. L’art n’est pas un domaine séparé, réservé
aux seuls artistes. Bien au contraire, il vient, comme de lui-même et sous des
formes imprévisibles, me solliciter, m’éprouver et me métamorphoser, m’imposant paradoxalement (bien que dans des proportions inégales) une ascèse rigoureuse et une grande dépense d’affects et de pensées.
L’intérêt du concept de « sublimation esthétique » est de fournir une
bannière à la lutte contre le fétichisme social de l’art et l’attitude consommatoire
qui surgit dans différents champs, y compris celui de la cognition, où la quête
d’informations sert souvent d’alibi pour ne point voir, ne point sentir et ne point
goûter : il s’agit de battre en brèche toute conception passive et purement réceptrice de l’œuvre, en effaçant la ligne de démarcation trop stricte qu’on tend à
établir entre créateur et récepteur. Le véritable travail esthétique ne consiste, en
effet, ni dans le seul maniement des concepts, ni dans l’inspection socialement
ritualisée de merveilles prédéfinies, mais dans une lente et difficile imprégnation
qui nous intrique profondément, de l’univers de l’œuvre.
De la sublimation comme condition de possibilité du sublime :
sublimation « humanisante » et sublimation créatrice
Quels rapports peut-on concevoir entre la sublimation esthétique engendrée
par le sublime et ce que la psychanalyse appelle « sublimation », sans pouvoir la
considérer autrement que comme une source éventuelle du sublime ? Nous avons
vu que j’appelle « sublime » le signifiant qui provoque mon effervescence sublimatoire ; mais je ne suis pas nécessairement concernée par le sublime lorsque
j’éprouve l’exigence d’un changement d’attaches et d’investissements. Bien qu’il
s’agisse toujours de modifier des liens qui me nouent au monde, le point de
départ semble alors davantage a parte subjecti qu’a parte objecti.
Le terme « sublimation » est lié dans le latin médiéval à la sociologie des
honneurs et à l’alchimie : elle désigne d’un côté l’augmentation que confère
l’acquisition d’une dignité
[19] et, de l’autre, l’
excoctio ou la
percoctio alchimique.
Il s’agit donc dans les deux cas d’un travail proprement humain qui consiste à
dépasser une nature bornée, soit par l’accomplissement du « grand œuvre », soit
par l’acquisition d’une dignité. Parallèlement, à l’époque médiévale, l’adjectif
latin
sublime renvoie d’abord au style sublime, tel que l’enseignent les rhéteurs,
mais non les hommes d’Église
[20]. La sublimation a également un usage dans
l’ordre poétique, où les états d’âme, les sentiments, les événements ne sauraient
être rapportés avec leur naturel originaire : ils doivent être « travaillés, accommodés, sublimés »
(erarbeitet, zubereitet, sublimiert), selon le mot de Goethe.
Aussi bien la sublimation est-elle liée à un travail sur la langue : celle des
honneurs, des formules alchimiques, de la grande éloquence et de la poésie.
Freud s’inscrit dans cette lignée en montrant en 1897 que la sublimation vise à
présenter les choses sous une forme arrangée, enjolivée et disculpante. Ainsi les
fantasmes hystériques servent-ils « la tendance à affiner
(verfeinen) et à sublimer
les souvenirs » et constituent des sortes de « mensonges » tout en attestant la
supériorité des choses entendues sur les choses vues
[21].
Une affinité se dégage dès lors entre un mode de construction morbide qui
vise à protéger de réminiscences intempestives et les plus hauts moments de la
création poétique : Freud qualifie, en effet, de « sublimation » le « privilège
d’anoblissement
(Vorrecht der Veredlung)
[22] » que se reconnaît Goethe dans la
dédicace du prologue de
Faust.
« Et maintes ombres chères surgissent;
Comme une vieille légende à demi effacée,
Remontent à votre suite le premier amour et la première amitié. »
Aux ombres et à leur semi-figurativité se mêle l’antique « dit » à moitié
oublié : le poète découvre la véritable source de la productivité aveugle propre
à la névrose et consent à un leurre qui nous devient essentiel.
Restait à passer de la prise de conscience des pouvoirs de l’expression langagière à l’invention d’une méthode thérapeutique. Anna O., dont Breuer relate
l’analyse dans les
Études sur l’hystérie, qualifia son traitement de
talking cure; et
Freud fit alors état d’une
katharsis ou d’une abréaction, dans une référence à la
katharsis aristotélicienne, telle que l’interprétait Jakob Bernays, oncle de sa
femme. Celui-ci avait, en effet, publié dès 1857 deux articles sur la
Théorie aristotélicienne du drame. Il y donnait une interprétation « médicale » et non esthétique des passages de la
Poétique et surtout de la
Politique d’Aristote consacrés
à la
katharsis : « Par transfert du physique au moral, la
katharsis consiste à traiter
l’angoisse non pas en modifiant ou en refoulant l’élément responsable, mais au
contraire en l’excitant, en le faisant émerger, de manière à provoquer, par cette
voie, un allégement
[23]. »
Or, il est clair que la méthode cathartique mise en œuvre par Freud est une
méthode d’« excitation » visant à provoquer, de façon consciente ou non, le
retour du refoulé. Reste qu’elle prend un temps considérable, exige du malade
beaucoup d’intelligence et ne peut réussir que par l’exercice d’une véritable
« influence » du médecin sur le patient
[24]. Trois inconvénients qui, à lire le texte
de Bernays, sont précisément évités par la tragédie, dans la mesure où nul investissement en vis-à-vis n’y est exigé, où du plaisir en surgit immédiatement par
l’effet propre à la poésie, et où, enfin, le déplacement de la crainte et de la pitié
s’opère de l’expérience naturelle vers la trame du
muthos, sans que nulle
influence déterminée n’ait à s’exercer.
Le développement ultérieur de la psychanalyse consistera, de fait, à garder les
avantages de la relation duelle, mais à faire en sorte que le patient adresse son
discours beaucoup moins à une personne en chair et en os qu’à un autrui en voie
d’effacement, sachant maintenir la possibilité de l’interlocution et rendant
possible la constitution d’un écho. Tout le problème, aux yeux de Freud, est
d’« en venir au mot (zum Wort kommen) », à ce mot qui devient gage d’une
liberté accrue, et de permettre aux forces de sublimation d’exercer leur action,
comme le montre la première théorisation de la sublimation au sens proprement
psychanalytique du terme dans les Trois Essais sur la théorie de la sexualité de
1905.
On pourrait s’amuser à résumer de façon caricaturale la conception de la
sublimation que Freud tend parfois à proposer : l’artiste ne donnerait « belle
forme au désir interdit » que « pour que chacun, en lui achetant son petit produit
d’art, récompense et sanctionne son audace
[25] » ! Mais à cette définition exotérique et « cynique
[26] », Freud en oppose une autre, dont le mérite, comme le
souligne Lacan, est d’insister sur la
satisfaction de la tendance dans le changement d’objet.
C’est de là qu’il est le plus facile de partir, bien que l’énigme de la sublimation
soit par là redoublée. Pourquoi n’y a-t-il ni refoulement, ni régression, ni forclusion ? La raison doit en être cherchée du côté de l’action des signifiants dont
l’articulation marque la tendance. Aussi bien Lacan critique-t-il l’interprétation
habituellement donnée de la sublimation comme processus de désexualisation.
Car si le changement d’objet caractérise bien la sublimation et la distingue du
refoulement, il « ne fait pas forcément disparaître, bien loin de là, l’objet
sexuel ». C’est au contraire au lieu d’Éros que l’activité langagière se déploie et
que le poème trouve sa matrice de production. L’engagement poétique peut se
proposer très tôt à un jeune être humain précisément parce que quelque chose
de l’ordre du rapport du sujet au signifiant et à ce que Lacan appelle « la Chose »
entre en jeu, « avant même que je sois né ».
Qu’est-ce donc que la Chose, das Ding, dont Lacan repère le surgissement
dans l’Esquisse d’une psychologie scientifique de Freud ? C’est ce dont nous ne
saurions avoir une représentation : il y a bien des Sachvorstellungen et des
Wortvorstellungen, comme l’explique Freud dans l’article de 1915 sur
L’Inconscient, mais il n’y a pas de représentation de la Chose. La Chose est ce
autour de quoi nous rôdons, sans pouvoir l’atteindre. C’est un centre de gravitation situé à la fois au cœur et à l’extérieur du monde subjectif et dont nous
sommes séparés par le cercle magique des signifiants. De là trois définitions
fondamentales de la sublimation :
1. Comme « champ de détente par où [la collectivité] peut se leurrer sur
das
Ding, coloniser avec des formations imaginaires le champ de
das Ding
[27] » : le
ressort de la sublimation serait un fantasme d’ordre collectif, fantasme que Lacan
symbolise par la formule « S/ ◊
a » (qu’il faut lire « S barré poinçon de petit
a » ou
« S barré plus petit et plus grand que
a »). Le sujet barré, clivé, rejeté hors de lui-même, puisque incapable de se signifier, se soutient grâce à l’objet
a. Et, grâce à
ces précieuses illusions, l’étau de la nécessité se desserre.
2. Comme « élévation de l’objet à la dignité de la Chose
[28] », élévation qu’il
ne faut pas interpréter dans un sens idéaliste, puisque Lacan insiste au contraire
sur ses « résonances de calembour », par suite de l’association avec
Dingheit ou
« dingité » : la Chose, c’est aussi l’a-Chose, l’innommable. Et Lacan de donner
aussitôt pour exemple la promotion ambiguë d’un « objet naturel », l’objet
féminin, au rang de la Chose dans l’amour courtois.
3. Comme l’« autre face de l’exploration que Freud fait en pionnier des
racines du sentiment éthique
[29] », en vue de montrer l’inexistence du Souverain
Bien et l’absence de stabilisation possible du désir dans un quelconque objet. La
sublimation est le nom de cette métamorphose permanente à laquelle je
m’éprouve acculé, en même temps qu’à un changement d’objet de mon désir.
Pourquoi, mettant l’accent sur le rapport à la Chose, Lacan manque-t-il alors
le sublime ou ne l’insère-t-il pas dans son vocabulaire ? Rien ne semble pourtant
davantage l’y conduire que son commentaire de l’
Antigone de Sophocle : il y
démontre comment la condamnation d’Antigone à être emmurée vivante, à
séjourner entre vivants et morts, lui confère soudain une splendeur inouïe. Au
contraire, le projet d’enfreindre l’interdit de Créon n’avait fait auparavant qu’inquiéter Ismène, courroucer le garde et ne susciter aucune sympathie chez le
chœur. Le pivot de son argumentation touche le propos d’Antigone, proclamant
la nécessité d’enterrer son frère. Un mari et des enfants seraient pour elles choses
remplaçables, affirme-t-elle, mais non son frère, puisque, ses parents étant morts,
nul autre frère ne pourrait jamais naître à l’avenir
[30] ! Lacan s’attache à ces
propos d’une radicale étrangeté, tenus par une simple « gosse », butée, implacable, mais à jamais radieuse dans l’éclat de ce qui lui manque.
Relisons les fameux vers 332 et 333 du chœur :
Polla ta deina kouden
anthrôpou deinoteron pelei. Comment rendre
deina ? Hölderlin choisit
monstrueux
(ungeheuer), Heidegger utilise l’inquiétant
(das Unheimliche) et
Lacan recourt au formidable : « Il y pas mal de choses formidables dans le monde,
mais il n’y a rien de plus formidable que l’homme
[31]. » On pourrait aussi bien
parler de sublime en un sens inspiré non seulement de Longin, mais de
Démétrios : « Il est bien des choses sublimes, mais rien n’est plus sublime que
l’homme. » Car
deino s signifie à la fois terrible et, à partir du V
e siècle, « habile »
dans le discours, « puissant, véhément ».
La double articulation, rhétorique et philosophique, du sublime se trouve
bien ici : l’extrême pouvoir d’un discours proprement transportant et le paradoxe
d’un enjeu aussi essentiel qu’opaque. L’essentiel est qu’Antigone parle non d’un
espace commun, mais d’un espace qu’il faut bien qualifier de « l’entre-deux-morts » avec Lacan. Elle s’est servie de sa mort comme d’une arme ultime et
s’avance à présent royalement vers le supplice qu’elle a elle-même provoqué :
« Mourir avant l’heure, je le dis bien haut, pour moi, c’est tout profit
[32] », décla-rait-elle à Ismène ; ce qui ne l’empêche pas de lancer, à l’approche de la mort, sa
célèbre plainte : « Je n’aurai connu ni le lit nuptial, ni le chant d’hyménée ; je
n’aurai pas eu, comme une autre, un mari, des enfants grandissant sous mes
yeux ; mais, sans égards, abandonnée des miens, misérablement, je descends,
vivante, au séjour des morts
[33] ! »
Pourquoi, demandons-nous alors,
là où l’horreur aurait pu prévaloir, le
sublime réussit-il à passer ? Faut–il dire qu’Antigone nous
révèle ainsi
l’intensité
d’un désir qui, dans sa profondeur, s’apparente à une loi, puisqu’il va jusqu’à se
faire lui-même loi pour
transgresser une autre loi ? Ou bien doit-on refuser cette
analogie entre loi humaine et désir, pour penser un rapport poétique au signifiant à l’état naissant, différent de celui qui se dépose dans la loi ? Goethe qui
estimait trop « cru » et « recherché » le passage où Antigone déclare son frère
irremplaçable, ne mésestime pas la possibilité d’un lien incestueux entre le frère
et la sœur : « Comme si nous ne savions pas, déclare-t-il à son propos, qu’il est
d’innombrables cas où entre frère et sœur, consciemment ou non, se sont avérés
les penchants les plus sensuels
[34]. »
La tentative de récupérer Antigone du point de vue d’un système
moral apparaît dans ces conditions absurde : la position qu’elle défend n’est ni
tellement plus éclairée ni tellement moins terrestre que l’édit promulgué par
Créon et son comportement avec sa sœur Ismène comporte des aspects proprement odieux. Pour autant, les effets de la tragédie n’en sont pas moins considérables dans l’ordre éthique, dans la mesure même où s’y découvre le caractère
fondamentalement inassimilable d’un désir dont je suis le sujet et dont la
formule s’élabore bien au-dessus de moi. Force est de reconnaître que le sublime
d’Antigone tient à un héroïsme qui se montre totalement absent chez Créon. La
suffisance du tyran, inconscient de dépasser les limites du simple droit, en
frappant un homme déjà mort, ne peut d’ailleurs que se retourner en terreur. Au
contraire, la fascination qu’exerce Antigone ne cesse de grandir, parce qu’elle
seule sait reconnaître le désir inexorable qui l’anime et l’exprimer en dépit de la
mort atroce à laquelle il la voue.
Ni le sublime ni la sublimation ne sauraient finalement appartenir à un
monde de valeurs établies ou établissables une fois pour toutes. Leur enjeu est
une métamorphose du sujet, puisant dans des signifiants d’élection une vigueur
inventive et un héroïsme inédits. Mais pour rendre possible l’émergence ou la
réactivation de ces signifiants, encore faut-il établir du vide au lieu du sublime et
de la sublimation, et penser ce vide comme un au-delà ou un en-deçà à partir
duquel s’articule et se désarticule la chaîne des signifiants, et auquel elle
emprunte son éclat. Antigone reconnaît sans hésiter que les signifiants de Créon
n’ont aucune valeur pour elle. De même, l’exigence la plus fondamentale pour
chacun, c’est de faire le partage entre ce qui ne signifie rien et ce qui vraiment
« signifie », c’est-à-dire contraint en même temps qu’il donne sens.
De la sublimation comme opération du sublime
Il reste à penser, pour conclure, la troisième option que nous avons
envisagée : celle d’un recouvrement possible entre le fiat du sublime et le
processus actuel de sublimation. L’objection qui vient aussitôt à l’esprit est celle
d’une dilution du sublime dans le mouvement qui l’emporte. Ne risque-t-on pas
de placer sur un pied d’égalité potentielle les diverses manifestations du sublime,
comme si certains actes et certains œuvres ne témoignaient pas, mieux que
d’autres, de notre capacité à nous transcender nous-mêmes, et comme si le choix
d’en préserver la mémoire n’était pas décisif ? Dire que du sublime, c’est moi-même qui décide en dernier ressort, n’exclut pas, bien au contraire, ma profonde
dépendance à l’égard de ses manifestations les plus éblouissantes.
Si les modes d’intrication du sujet au monde ne cessent de se modifier et s’il
nous faut sans cesse décider de ce qui devient réel et de ce qui cesse de l’être,
nous soutiendrons que le choix central est celui de s’exposer aux risques de
l’action du sublime : à ceux de sa reconnaissance et de son appropriation.
Comprendre le sublime comme effet et comme cause, saisir la balle au bond et la
renvoyer, tel est l’enjeu, ainsi que l’écrit profondément Rilke :
« Tant que tu ne poursuis et ne saisis que ce que tu as toi-même
lancé, tout n’est qu’habileté et gain futile ;
c’est seulement si tu deviens soudain celui qui saisit la balle
qu’une éternelle compagne de jeu
t’a lancée, en ton centre, en ton élan
exactement su, en une de ces arches
du grand art pontuaire de Dieu ;
c’est alors seulement que pouvoir-saisir est puissance,
non plus la tienne, mais celle d’un monde [35]. »
Pour que les choses fassent monde et qu’elles ne restent pas les unes à l’extérieur des autres, partes extra partes, il faut qu’un principe agile y circule. La
véritable architecture, l’architecture sublime, équilibre poussée et contre-poussée au sein de l’arche, suspendant l’œuvre au centre qui l’organise. L’élan ne
retombe plus sur lui-même dans un isolement autistique, mais s’accroît dans le
soutien, dûment pensé, qu’il donne à un autre élan en prenant appui sur lui.
De ce point de vue, il est frappant que les pages les plus étincelantes que
Lacan consacre à la sublimation soient celles où il nous communique l’état
d’emportement où le jettent les œuvres les plus sublimes de notre tradition littéraire. La sublimation esthétique y apparaît comme le germe des différentes
formes de sublimation; elle est en amont de toutes les autres si on entend par là
ce travail psychique essentiel qui rend Antigone plus vivante et plus réelle que
maintes personnes fréquemment côtoyées ; si on entend par là l’investissement
profond qui transforme ma lecture en aventure, m’oblige à incorporer le livre et
fait de moi un être tissé des œuvres qui m’ont émue et renversée.
Le plus déroutant dans le sublime est son absence totale d’égards non seulement à ce qui pourrait m’agréer, mais à ce qui me permettrait d’édifier un
rempart contre les incertitudes. On n’a cessé de vouloir le repousser dans le
champ d’un plaisir pathologique, dit alors négatif, ou d’en stabiliser les formes
dans le champ de l’édification morale. Et, parallèlement, on a considéré la
katharsis soit comme une forme de défoulement festif et communautaire,
permettant de libérer les affects les plus dangereux sous certaines conditions
bien réglées, soit, au contraire, comme une ascèse et un renoncement, conduisant à restaurer l’équilibre intérieur
[36]. Dans les deux cas, ce qu’on refuse
d’admettre, c’est que nous soyons attirés par ce qui nous est le plus étranger :
l’inhumain, l’injustifiable et l’impensable, dont, seules, quelques images singulières réussissent à capter les vibrations aux limites de l’insoutenable.
Depuis que nous est devenue étrangère l’idée d’un souverain bien, fixable par
avance au sein d’un cosmos prudemment ordonné ; depuis que nous avons fait
déchoir la raison du rang de faculté des principes à celui de simple prestatrice de
services
[37], la question est de savoir ce qu’il en du désir : de ce désir, nommément,
qui me retranche de l’Autre, tout en m’y liant selon les modes les plus problématiques. Mais l’étonnant est que je ne m’en formule pas de moi-même la
question. Le désir ne se demande ni à soi-même ni à autrui : il s’impose au sujet,
comme venant d’ailleurs. « Qu’as-tu fait de ton désir
[38] ?» La voix de ce qui m’est
le plus proche, une voix non exempte d’accusation, retentit dans le tréfonds de
mon être : elle m’engage à explorer les traces de ma propre évanescence et me
pose crûment le sens de la sécession d’où je m’origine comme individu. Mais quel
est-il donc, ce désir qui ne saurait se satisfaire d’un objet plein et n’investit jamais
qu’un jeu complexe d’images qui cernent et habillent le vide ?
Ma thèse est alors que l’expérience du sublime a partie liée non avec l’affirmation première du désir, mais avec sa présentation ou sa construction, quand
celle-ci, malgré la défiance qu’engendre l’élaboration fictionnelle, suscite
néanmoins le sentiment de l’irréductible et de l’absolu. S’il importe assurément
de distinguer entre le simple surgissement du désir animal, et l’apparition très
architecturée d’un désir conscient des difficultés de son appropriation, le désir
animal n’en reste pas moins un guide du fait de l’élan prodigieux qui le porte
vers l’expression. Aussi bien, pour accéder à ce qui fait la spécificité du sublime,
le problème sera-t-il de comprendre sur quel fondement s’opère la mutation du
simple leurre animal en présentation artistique et d’une relation duelle en motif
de réflexion en droit universel.
Pourquoi notre propre désir, loin d’être arrêté dans son essor par l’interposition de créations imaginaires, trouve-t-il dans leur déploiement ses relais essentiels ? L’art témoigne de l’incertitude fondamentale de notre condition en faisant
béer les possibles au-delà de toute prévision. Si, incarnant la constructivité du
désir dans différents types de monuments, il devient source de stimulation et
pierre angulaire de civilisation, le sujet ne saurait s’y rendre sensible sans toute
une série d’actes sublimatoires. L’utilité foncière de la sublimation est là : dévoilant notre excentricité à nous-mêmes, elle nous fait participer à un éthos civilisateur et investir notre carence d’une portée constituante.
La sublimation : une question de pratique
En fin de compte, la question de la sublimation n’a rien d’abstrait : c’est une
question de pratique qui suppose comme telle des exercices permanents et une
stratégie générale. L’important dans notre vie, même si cette tentative est vouée
à l’échec, c’est de tenter de penser ce que nous pensons et de tenter de désirer
ce que nous désirons. Cela en tant qu’individu et en tant que membre de communautés. Car les choses se jouent tellement au-dessus de nous que personne n’en
maîtrise le cours. Le véritable travail consiste donc à investir et à nous approprier
les signifiants qui nous structurent en même temps qu’ils structurent notre
monde.
Pourquoi cette opération est-elle si délicate ? Nous voudrions procéder
comme si les signifiants ne nous tissaient pas, comme si les œuvres restaient hors
de nous dans une parfaite extraposition. Ainsi le positivisme, tout en s’attachant
rigoureusement à l’étude de la lettre, croit pouvoir se situer hors de l’espace et
du temps, oubliant qu’ici-bas, tout se noue et s’imbrique de façon changeante.
Or, à la différence de simples connaissances dont je pourrais me parer comme
autant de propriétés acquises, le savoir ne cesse de se construire et de me
construire : un simple élément ajouté peut en bouleverser la structure.
Tandis que l’enseignement académique vise d’abord à transmettre la maîtrise
d’un corpus déterminé, le magistère du silence que promeut la psychanalyse
oblige à un travail personnel sur des signifiants primordiaux : en ce sens et si l’on
tire parti des définitions lacaniennes des « quatre discours », il est producteur de
sublimation. La question de l’utilité de la sublimation serait donc aussi celle de
l’utilité de la psychanalyse.
[1]
Jean Laplanche,
La sublimation, Paris, PUF, 1980, p. 119. Cité par François Roustang
dans son précieux article, « Sublimation nécessaire et impossible », dans
Critique, n° 55,
Paris, Éditions de Minuit, 1997.
[2]
Séminaire inédit sur
Le désir et son interprétation.
[3]
Les fleurs de Tarbes ou la Terreur dans les Lettres, Paris, Gallimard, 1941, Cercle du
livre précieux, 1967, tome III, p. 90.
[4]
Voir Jean Paulhan : « Si notre expérience a un sens, elle montre que le défaut dont
nous faisons grief aux clichés – le plus sagement du monde – cesse d’exister, sitôt que
nous cessons de leur en faire grief. En bref, la Terreur serait une conduite plutôt qu’une
observation – et ce n’est pas du tout parce que les lieux communs sont détestables
qu’elle les proscrit, c’est parce qu’elle les proscrit qu’ils deviennent détestables. »
[5]
Voir Yves Hersant,
La métaphore baroque, d’Aristote à Tesauro, Extraits du
Cannochiale aristotelico, Paris, Le Seuil, 2001.
[6]
Freud and Litterature, repris dans
The Liberal Imagination, 1950.
[7]
L’éthique de la psychanalyse, p. 348.
[8]
Le désir pur, Louvain, Peeters, 1992.
[9]
Orator, XXVIII, 97.
[10]
Du sublime, VII, 2.
[11]
Recherche philosophique sur l’origine de nos idées du sublime et du beau, 17
57,
trad. B. Saint-Girons, Vrin, 1990 et 1998, I, 17.
[12]
Voir G.E. Stahl ( 1660-1734) et F. Hoffman ( 1660-1740) qui publia de 1718 à 1740 les
Medicina rationalis systematica. Voir aussi Didier Deleule,
Hume et la naissance du
libéralisme économique, Aubier Montaigne, 1979, p. 164 et
sq.
[13]
Anthropologie, § 60.
[14]
Recherche philosophique, V, 7. Voir Longin, XIII, 2.
[15]
Ibid., V, 7, p. 217.
[16]
Ibid., V, 3, p. 206.
[17]
Essai sur le goût, 1757 et 1798, Rivages Poche, 1993, p. 14.
[19]
Voir article « Sublimatio » dans le Dictionnaire de Du Cange.
[20]
Voir saint Bernard,
Sermon VIII sur le Cantique des cantiques,
Patrologie latine, 183,
col. 812,5, et, de façon plus générale, Eric Auerbach,
Literary language and its public
in late latin Antiquity and in the Middle Ages, Routledge and Kegan Paul, 1963.
[21]
2 mai 1897 : manuscrit L, dans
Briefe an Wilhelm Fliess, Fischer, 1985, p. 255. Voir
Naissance de la psychanalyse, Paris, PUF, p. 173-174.
[22]
27 octobre 1897,
op. cit.
[23]
Voir P. Kaufmann dans « De la cure cathartique à la sublimation tragique »,
L’inconscient du politique, Vrin, 1988, p. 210.
[24]
Études sur l’hystérie, p. 213.
[25]
L’éthique de la psychanalyse, p. 279.
[27]
Ibid., p. 118-119.
[30]
Antigone, vers 910-912.
[31]
L’éthique de la psychanalyse, p. 320.
[32]
Antigone, vers 461-462.
[33]
Ibid., vers 917 et
sq.
[34]
Conversations avec Eckermann, trad. Jean Chuzeville, Paris, Gallimard, 1988, p. 422.
[35]
Vorfrühling, suite de 1913-1926. Voir l’exergue de Gadamer à
Vérité et méthode,
1960, trad. Étienne Sacre, revue et complétée par Pierre Fruchon, Jean Grondin et
Gilbert Merlio, Paris, Le Seuil, 1996.
[36]
Voir Didier Deleule, « La contemplation artistique », article « Art » de
l’
Encyclopædia Universalis.
[37]
Voir Bertrand Saint-Sernin,
La raison au xxe siècle, Paris, Le Seuil, 1995.
[38]
L’éthique de la psychanalyse, chap. XXIV.