Figures de la psychanalyse
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I.S.B.N.2-7492-0152-7
152 pages

p. 139 à 141
doi: en cours

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no8 2003/1

2003 Figures de la Psychanalyse

Recherches cliniques en psychanalyse  [*]

Guy Jehl
La revue Psychologie clinique en est à sa sixième année d’existence.
C’est une revue ouverte aux praticiens et aux chercheurs. Elle est liée aux recherches universitaires en psychologie, psychiatrie et anthropologie. Ses comités de lecture et scientifique regroupent des universitaires de plusieurs laboratoires (Paris VII, Paris X, Paris XIII, Rennes, Aix-Marseille, Nancy, Rouen, Besançon, EHESS, Laboratoire d’anthropologie sociale, IRD ). Son projet, qui est d’illustrer et de défendre la démarche clinique en sciences humaines, inclut nécessairement une centration sur la recherche clinique en psychanalyse et prend position contre le réductionnisme psychologique et scientiste en clinique.
Cette forme d’engagement, bien articulé dès la « plate-forme » du premier numéro, « Cliniques : tension(s) et filiation(s)», paru en juin 1996, trouve ici à s’illustrer pleinement. Ce numéro, « Recherches cliniques en psychanalyse », ne se limite pas à une énumération des recherches cliniques, il s’ouvre par une réflexion d’envergure concernant les conditions de la recherche clinique en psychanalyse. Cette contribution, originale et rigoureuse, signée par R. Gori, C. Hoffmann et O. Douville, prend acte des nécessaires dialogues entre psychanalyse et science. Il ne s’agit pas d’embrigader le psychanalyste (et la psychanalyse) dans des diatribes contre « la science », mais bien de situer comment la psychanalyse ne se réduit pas au scientisme en vogue dans les managements comportementalistes et psychothérapeutiques qui se veulent triomphants dans de nombreuses universités de médecine et de psycho-logie. Il s’agit bien d’affirmer que la recherche clinique en psychanalyse atteste que toute recherche authentiquement psychopathologique provient de la clinique et ne saurait se réduire à des recherches sur la clinique. On notera, au passage, avec les trois auteurs de cette brillante introduction, que trop de recherches sur la clinique, préludes et prétextes à bien des techniques d’évaluation réductrices des actes de parole, se sont coupées des avancées les plus nettes des sciences du langage, puisque ces dernières se sont émancipées de la double et injustifiée contrainte de la signification et de la référence. Il fallait alors rappeler le lien entre parole et réel (pas seulement entre signe et réalité) et montrer, dans une interdisciplinarité non confuse, ce qu’est le réel pour la psychanalyse et en quoi il diffère du réel des physiciens, du moins dans les modalités de son écriture et de sa présentification.
Il devenait alors possible de dégager, à partir des opérateurs du symptôme, du savoir, de la vérité et du langage, ce qui peut spécifier la recherche psychanalytique, puis d’indiquer que cette recherche doit aujourd’hui relever deux défis :
  • celui des nouvelles formes de la demande sociale au soin psychanalytique, voire à la capacité des analystes à dire quelque chose sur notre surmodernité. On sait bien que le vif d’une invention psychanalytique solidaire d’une anthropologie des mondes contemporains (M. Augé) se joue aussi par et dans cet enjeu. On aimerait que les psychanalystes ne se sentent pas obligés de se réduire et de nous réduire au catastrophisme, en agitant cette bonne vieille ritournelle du « déclin du père ». On situe bien aussi qu’une extension des possibilités de la métapsychologie à décrire le fonctionnement psychique se fera à partir du moment où les cliniciens pourront écrire à partir de situations cliniques extrêmes éloignées du cadre « traditionnel » du dispositif de la cure;
  • le second défi concerne la place de la psychanalyse et des psychanalystes dans des institutions qui appartiennent à la communauté scientifique (l’Université) et qui sont des lieux de formation de cliniciens.
Ce numéro, riche et dense, pas toujours facile d’accès, offre un contenu à la hauteur de ses ambitions. C. Hoffmann reprend la question de la vérité, ce qui nous permet de comprendre comment, en psychanalyse, se configure de façon inédite le lien entre singularité et universalité, au moment où l’universalité fait aphanisis du sujet, sans le forclore pour autant. G. Pommier fait usage de la vieille notion, chère à Henri Ey, de « corps psychique », mais en lui donnant ses coordonnées psychanalytiques, ce qui permet le débat avec les neurosciences.
D. Koren soutient le pari que c’est bien l’invention freudienne de la pulsion qui permet à la psychanalyse d’échapper à l’idéalité et au scientisme – deux formes de réduction, l’une par vaporisation, l’autre par fossilisation. La pulsion selon Lacan fait l’objet d’une illustration rigoureuse avec J.-M. Vives et son travail sur la voix. J. Ponnier et R. Samacher explorent l’un et l’autre les problèmes de la temporalité et de l’espace du fantasme. Peu après, M. Porte et N. Charraud se penchent sur le rapport entre pulsion, fantasme et objet mathématique. Enfin, trois ouvertures, une vers la psychopathologie (S. Thibierge), une autre vers le travail de revoilement du réel dans la névrose traumatique (J. Cabassut), une dernière vers une clinique de la débilité (N. Zemmour) illustrent et défendent la richesse d’un abord psychanalytique freudo-lacanien en clinique.
Des quatre varia qui suivent, on retiendra le travail d’A. Vanier et celui de J.-P. Catonné sur les rapports entre psychanalyse et création littéraire.
Un bon texte fort instructif et bien documenté nous renseigne sur la scène psychanalytique aux États-Unis. Il est signé de J. Wolff-Bernstein.
De nombreuses notes de lecture, qui forment un bon panorama de ce qui est paru d’importance en psycho-logie clinique et en psychanalyse en 2001, vont clore l’ensemble. Certaines de ces notes sont d’une belle liberté de ton, que ce soit dans l’hommage ou dans l’insolence, ce qui est rafraîchissant.
Ce numéro de Psychologie clinique contient un dossier important, riche d’informations et de formalisations denses et précieuses. L’examen des conditions de la recherche clinique en psychanalyse est une question cruciale. Cette recherche concerne les enjeux liés à l’existence de la psychanalyse dans les établissements de soin et d’éducation et, par ses conditions d’exercice tout autant que par ses résultats, elle rencontre la question de la formation des psychanalystes. Tout cela méritait une telle somme, chaudement recommandée.
 
NOTES
 
[*] Revue Psychologie clinique, n° 13, printemps 2002, « Recherches cliniques en psychanalyse », sous la direction de Roland Gori, Christian Hoffmann et Olivier Douville, Paris, L’Harmattan, 303 pages, 27 €.
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