2003
Figures de la Psychanalyse
Maya Malet : Monothéisme et psychanalyse
[*]
Marielle David
L’originalité du livre de Maya Malet est de croiser, de
rapprocher deux champs jusqu’à son livre absolument distincts : le monothéisme,
et donc le Père tel que le judaïsme l’a institué pour nous, et la peau, notre
quotidienne enveloppe à laquelle nous ne pensons guère si elle ne souffre pas,
si la sauver n’est pas une nécessité urgente. Rapprochement lié à son
expérience et dont la pertinence est réelle, comme nous allons le lire non sans
étonnement, et ce d’autant plus que la peau y fait la jointure entre le
monothéisme et l’inconscient qu’on croyait plus mystérieusement logé.
À tout seigneur tout honneur, le monothéisme d’abord : «
Avènement du Un » qui fonde « l’institution monothéiste ». Moïse est le
personnage qui ôte définitivement à la religion juive sa pente naturelle pour
l’ancrer dans la Loi. Très habilement, Maya Malet amène par un « clin d’œil »
la notion lacanienne d’aumoinsun faisant homophonie avec la position féminine
hommoinzin et qui nous mène au tiers terme du Phallus auquel est couplé l’« un
en peluce », « élément tiers, celui qui enveloppe », écrit Maya Malet.
L’enveloppe est l’élément qui permet à l’auteur de passer du
monothéisme à la peau, à laquelle elle s’intéresse particulièrement en raison
de son expérience clinique en service de dermatologie. La référence théorique
incontournable est le concept fort intéressant de « Moi-peau » de Didier
Anzieu, que Maya Malet fait croiser avec la théorie lacanienne. « Didier
Anzieu, écrit-elle, approche cette zone sensible d’inter-face comme interdit,
ce fil tendu du funambule qu’on rangerait du côté de ce que Lacan écrit comme
“inter-dit” : tout interdit est une interface qui sépare deux régions de
l’espace psychique dotées de qualités différentes. L’interdit du toucher sépare
la région du familier, région protégée et protectrice, et la région de
l’étranger, inquiétante, dangereuse
[1]. »
La nécessité de l’interdit traverse aussi le dernier chapitre
de cet ouvrage qui repose sur un hommage à Maud Mannoni, avec qui Maya Malet a
travaillé à Bonneuil. « On peut dire que Maud Mannoni ne s’est pas détournée
des impossibles repérés par Freud : éduquer, soigner, gouverner. À la fois dupe
et non dupe de l’impossible, elle se frotte à ce réel qui “revient toujours à
la même place”, situant clairement les trois terrains mis à l’index dans son
combat : l’école comme prolongement de la famille, l’hôpital et la société dans
son organisation politique
[2]. »
[*]
Maya Malet,
Monothéisme et
psychanalyse, Paris, PUF, 2001.
[1]
Didier Anzieu,
Le
Moi-peau, Dunod, p. 171.
[2]
Maya Malet,
op. cit.,
p. 273.