Figures de la psychanalyse
érès

I.S.B.N.2-7492-0152-7
152 pages

p. 147 à 148
doi: en cours

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no8 2003/1

2003 Figures de la Psychanalyse

Ignacio Gárate-Martínez : L'institution autrement  [*]

Élise Guidoni
Dans cette tentative extrêmement élaborée pour penser le travail social, c’est-à-dire essentiellement l’acte du travailleur social, c’est tout un champ de paradoxes qu’ouvre et explore Ignacio Gárate-Martínez, entre réalité et vérité.
Ces paradoxes sont irréductibles, comme l’est l’expérience pleine qui cherche à se dire en eux et de même nature. Penser le travail social, c’est accomplir une suite d’actes de nomination, et la nature du travail social consiste en de tels actes : nommer les actes (passages à l’acte) qui ont fait chuter ceux que l’on accompagne hors limites, hors de leur « scène », hors du monde comme ensemble des scènes, dans la sauvagerie du « monde pur », et frayer avec eux, à leur côté, le chemin du retour vers des actes qui leur ouvriront une autre scène, vivable, perméable au désir et à l’espoir.
L’instrument du travail social est la confiance en la parole, et l’un des foyers d’unité de ce livre est l’exploration des conditions qui rendent cette confiance possible. L’autre foyer d’unité est qu’il parle depuis un lieu de confrontation directe avec la cruauté de la réalité (et c’est même ce qui détermine son champ et son acte, « ramener les naufragés de la vie à l’intérieur des marges »), et que ce lieu ne permet ni des savoirs élaborés ailleurs et plaqués sur lui, ni les simplifications. Ce qui paraît contradictoire s’avère être un champ de tensions qui permet justement l’espace de la liberté. Le mouvement et le repos, l’instituant et la structure ne se nient ni ne se complètent, ils se rendent possibles l’un l’autre.
C’est donc l’expérience elle-même qui tente de se penser, et, dans ce but, elle explore les mots par lesquels elle a d’abord nommé ce qui la rend possible : recours, médiation, accompagnement, expertise, projet. Et aussi :
subversion, création, humanisation.
Ce qui constitue le point de départ de cette exploration reste présent d’un bout à l’autre du livre et l’arrime : comprendre « la nature de la blessure » de ceux qui sont au bord, ou qui ont basculé hors limites. Et rendre hommage aux travailleurs sociaux, à ceux qui, par amour de « la possibilité de leur acte », dépassent l’être, le jugement et la préoccupation de leur être vers cet acte : nommer, accompagner, former.
Préoccupation de l’acte, c’est-à-dire essentiellement de sa légitimité :
C’est toute une histoire personnelle et collective qu’il nous est donné de reparcourir à la recherche de repères éthiques dont il est exigible qu’ils soient aussi les bases d’une morale pratique. Vouloir le bien de l’autre est ambigu et insuffisant, mais alors quoi ? Les théories qui contiennent toutes les réponses, celles qui font l’économie de l’expérience de l’errance et de l’échec et qui naissent dans « les univers soyeux » sont contestées comme pôles de référence.
C’est toute la différence entre légitimité et justification, complaisance ou abstraction. Le désir est un parcours et non une donnée, il n’y a pas une éthique mais deux, une éthique qui définit la construction dans la cité des marges du social, et une éthique du désir, inséparable de l’errance des sujets humains à l’intérieur, au bord, hors de ces marges. C’est la rencontre de ces deux éthiques, les conditions de cette rencontre qui sont humanisantes ou déshumanisantes, c’est avec cela qu’il y a à travailler, c’est cela qui est à penser, d’un savoir nomade, hors certitude, où celui qui est tombé hors du monde (comme ensemble de scènes) se retrouve repris dans des limites qu’il peut reconnaître comme ne lui étant pas étrangères, cela par l’intermédiaire du projet, et cela non sans une traversée douloureuse et précaire. C’est cette instabilité qui est à accompagner et à penser, où ce qu’il en est de la structure et ce qui appartient à la dimension du désir, de l’instituant ne peuvent créer l’ouverture de la chance, la dimension de l’espoir qu’en travaillant obstinément à se rejoindre, à dépasser leur contradiction.
Le livre d’Ignacio Gárate-Martínez tente pour nous de tracer les contours de cet espace, d’en donner les éléments, d’en élaborer la clinique.
 
NOTES
 
[*] Ignacio Gárate-Martínez, L’institution autrement. Pour une clinique du travail social, Toulouse, érès, 2003,175 p., 18 €.
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