2005
Figures de la Psychanalyse
Lectures
Danielle Eleb : Figures du destin
[*]
Adrian Vodovosoff
Dans son livre intitulé Figures du
destin, Danièle Eleb reprend et tente
de structurer dans un parcours les éléments les plus importants de la
recherche psychanalytique concernant
la notion de la cause. Le sous-titre de
son livre : Aristote, Freud et Lacan ou la
rencontre du réel, nous indique la
direction de sa quête.
Dans la première partie, elle retrace
les principales étapes de la théorisation
freudienne et lacanienne de la causalité. Pour ce faire, elle s’appuie notamment sur l’utilisation des concepts de
Tuché et d’
Automaton que Lacan
reprend de la
Physique d’Aristote
[1]
dans son
Séminaire XI, sur
Les quatre
concepts fondamentaux de la psychanalyse
[2].
D’un côté, la notion d’Automaton
essaye de rendre compte de ce que l’inconscient structuré comme un langage
révèle en tant que déterminations
signifiantes du sujet. De l’autre, la
Tuché essaye de cerner ce qui se rapporte au noyau d’un réel traumatique.
Ce réel traumatique, depuis les premières recherches freudiennes concernant l’étiologie des névroses, renvoie
toujours à une cause sexuelle.
Cette partition conceptuelle vise
ainsi à saisir ce que la clinique analytique démontre, c’est-à-dire que
quelque chose du champ du sexuel
échappe au signifiant. C’est ce nœud
que l’inconscient structure et c’est justement là, à cette place où l’Autre du
signifiant dévoile la faille propre à la
béance causale, que la psychanalyse
scrute obstinément ce qui pour un sujet
se présente comme son destin.
La répétition, qui est un concept clé
pour aborder cette problématique analytique, est aussi, pour Danièle Eleb, un
procédé d’écriture. Ainsi, le phénomène de répétition s’impose à nous
d’une manière frappante à la lecture
de ce livre.
La deuxième partie de cet ouvrage
s’attache à décliner certaines figures du
destin mises en valeur par la psychanalyse. En suivant les élaborations de
Freud et de Lacan, Danielle Eleb nous
fait revisiter notamment le destin de
Norbert Hanold, tel que Freud le
reprend de la
Gradiva de Jensen
[3], ainsi
que celui d’Œdipe et de Hamlet. Le
deuil et la mélancolie sont également
abordés, afin de mettre en valeur la
place centrale de l’amour et de la perte
de l’objet.
À propos de la
Gradiva, Danielle
Eleb écrit : « La rencontre de Norbert
Hanold et de Gradiva n’est pas une
pure répétition du passé dans l’actuel, n’est pas réductible à l’
automaton. Ce qui se produit “comme au
hasard” vient à la rencontre du fantasme
[4] ».
Pour conclure, Danielle Eleb reprend
un cas clinique de Helene Deutsch, très
intéressant et choisi très à propos, sur
une « névrose hystérique de destinée ».
Cette dernière figure du destin, qui
n’est pas venue à la psychanalyse par
l’intermédiaire de la création littéraire
mais qui, bien plutôt, dessine ses
contours et ses lignes de force dans la
clinique analytique elle-même, amène
l’auteur à corréler la problématique
générale de son livre, autrement dit la
problématique de la détermination
signifiante et de la cause sexuelle traumatique, à la question de la fin de la
cure.
Ouvrage de travail, ce livre, préfacé
par Alain Badiou, témoigne aussi d’une
recherche persistante.
[*]
D. Eleb,
Figures du destin, Aristote, Freud et Lacan ou la rencontre du réel, Toulouse,
érès, collection « Point hors ligne », 2004.
[1]
Aristote,
Physique, Paris, Vrin, 1999.
[2]
J. Lacan,
Le séminaire, livre XI,
Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse,
Paris, Le Seuil, 1973.
[3]
S. Freud,
Le délire et les rêves dans la Gradiva de W. Jensen (1907), Paris, Gallimard,
1986.
[4]
D. Eleb,
Figures du destin,
op. cit., p. 14 ; repris également : p. 16-17, p. 20, p. 57 et
p. 79.