2006
Figures de la Psychanalyse
Présentation
Christian Hoffmann
La psychologie nous propose aujourd’hui de rééduquer nos comportements pour le
plus grand bien-être de notre adaptation à notre environnement. Ce qu’on oublie le plus
souvent, c’est que cet environnement n’a plus rien de naturel, qu’il est aliéné à un
toujours plus de jouissance de biens. Bref, au profit et par conséquent à la privation. Nous
savons que le prix à payer est celui de la ségrégation.
Une étude de l’Association américaine de psychologie ( APA ) s’inquiète maintenant de
la sexualisation précoce des petites filles par le commerce de poupées Bratz vêtues de
minijupes et bas résille. Même la Petite Sirène porterait le décolleté. Les clips, les chansons,
le cinéma, les magazines et autres transforment la fille en Lolita d’une culture mondialisée qui n’a plus rien de littéraire.
L’impertinence de la psychanalyse d’enfant trouve ici sa juste place en soulignant le
devenir objet de l’enfant et ses conséquences subjectives. Les plus jeunes refusent de plus
en plus ce ravalement de l’humain à l’objet et ils manifestent (le CPE ) pour la reconnaissance d’un destin de sujet. La psychanalyse nous apprend qu’il n’y a pas de sujet sans
symptôme. C’est là que l’enseignement de Lacan sur le symptôme trouve sa portée. Sa
référence à Marx et à sa conception du symptôme « en relation avec une foi dans l’homme
[…] reste à la même place où l’a mis Marx, mais il prend un autre sens, il n’est pas un symptôme social, il est un symptôme particulier
[1] ».
Pour Freud, les symptômes représentent l’activité sexuelle (fantasmatique et infantile)
des malades. L’impertinence freudienne reste dans le caractère nécessairement insupportable de la sexualité infantile qui rapproche le névrotique du normal et l’histoire sexuelle
de l’enfance de l’histoire du sujet névrosé.
Freud accordera une grande importance à la puberté dans sa théorie des névroses.
C’est à la puberté, lorsque s’extériorise le refoulement sexuel infantile face aux exigences
du réel de l’adolescence, que se produit l’entrée dans la névrose. Freud s’appuie sur ses
analyses de patients hystériques pour indiquer que cette entrée dans la névrose est le
résultat d’un conflit entre la libido et le refoulement sexuel dont le symptôme est le
compromis. Nous découvrons ainsi chez Freud une approche psychanalytique de l’adolescence ; une adolescence qui reste articulée à l’infantile par le fantasme
[2]. Ce qui n’a pas
échappé à Lacan, qui dans sa
Préface à L’éveil du Printemps de Wedekind
[3] nous met sur
la voie d’une rencontre du réel, qui s’oppose à l’idée du
tout, je le cite : « … de ce qu’est
pour les garçons de faire l’amour avec les filles ».
Il revient plus que jamais à la psychanalyse de continuer à s’intéresser à la sexualité de
l’enfant et de l’adolescent à une période où elle est délaissée par la science et tout particulièrement par la psychologie du développement, celle qui vient dans la suite de Piaget
et qui est dominante aujourd’hui; la sexualité de l’enfant n’est plus un objet de recherche
pour la psychologie du développement cognitif de l’enfant
[4].
Freud ne pouvait pas ne pas s’intéresser à la question de la norme après sa découverte
d’une sexualité infantile « perverse polymorphe » qui bouscule les frontières entre la perversion, la névrose et la normalité. Il établit une nouvelle relation entre santé, perversion et
névrose où la norme apparaît comme la résultante (la conséquence) du refoulement « de
certaines pulsions partielles et composantes de la disposition infantile de chacun, et de la
subordination de toutes les autres au primat des zones génitales au service de la fonction de
reproduction
[5] ». On a maintenant l’idée d’une norme qui est la conséquence du refoulement (originaire) du phallus, c’est-à-dire d’une perte de jouissance, constitutive de l’inconscient ; une norme dont le désir sera l’effet, comme M. Safouan le développe dans son livre
La parole ou la mort
[6]. Dès lors, les perversions correspondent pour Freud à une perturbation de ce nouage par le caractère excessif de l’une ou l’autre de ces pulsions partielles, et
les névroses souffrent d’un refoulement trop extensif de la libido. La névrose peut ainsi être
considérée par Freud comme le « négatif » de la perversion.
En ce qui nous concerne, il reste à souligner avec Freud que parmi les dommages occasionnés à la fonction sexuelle, il faut compter en premier la culture et l’éducation. Ce
malaise s’exprime pour Lacan dans le cri d’un
ce n’est pas ça, celui toujours éprouvé dans
l’expérience libidinale marquée par la discordance entre l’objet trouvé et l’objet recherché ; là où se démarque la jouissance obtenue de celle qui est attendue
[7].
[1]
J. Lacan (1975), Séminaire
RSI, Édit. ALI, p. 99.
[2]
Cf. C. Hoffmann, « La note de Freud sur l’adolescence comme refoulement de l’infantile »,
dans
De l’infantile au juvénile, Toulouse, érès, 2006.
[3]
J. Lacan,
Autres écrits, Paris, Le Seuil, 2001, p. 562.
[4]
O. Houdé,
La psychologie de l’enfant, Paris, PUF, 2004.
[5]
Op. cit., p. 119-120.
[6]
M. Safouan,
La parole ou la mort, Paris, Le Seuil, 1993.
[7]
J. Lacan,
Encore, Paris, Le Seuil, 1975, p. 101.