Figures de la psychanalyse
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I.S.B.N.9782749206486
150 pages

p. 9 à 10
doi: en cours

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n° 14 2006/2

2006 Figures de la Psychanalyse

Présentation

Christian Hoffmann
La psychologie nous propose aujourd’hui de rééduquer nos comportements pour le plus grand bien-être de notre adaptation à notre environnement. Ce qu’on oublie le plus souvent, c’est que cet environnement n’a plus rien de naturel, qu’il est aliéné à un toujours plus de jouissance de biens. Bref, au profit et par conséquent à la privation. Nous savons que le prix à payer est celui de la ségrégation.
Une étude de l’Association américaine de psychologie ( APA ) s’inquiète maintenant de la sexualisation précoce des petites filles par le commerce de poupées Bratz vêtues de minijupes et bas résille. Même la Petite Sirène porterait le décolleté. Les clips, les chansons, le cinéma, les magazines et autres transforment la fille en Lolita d’une culture mondialisée qui n’a plus rien de littéraire.
L’impertinence de la psychanalyse d’enfant trouve ici sa juste place en soulignant le devenir objet de l’enfant et ses conséquences subjectives. Les plus jeunes refusent de plus en plus ce ravalement de l’humain à l’objet et ils manifestent (le CPE ) pour la reconnaissance d’un destin de sujet. La psychanalyse nous apprend qu’il n’y a pas de sujet sans symptôme. C’est là que l’enseignement de Lacan sur le symptôme trouve sa portée. Sa référence à Marx et à sa conception du symptôme « en relation avec une foi dans l’homme […] reste à la même place où l’a mis Marx, mais il prend un autre sens, il n’est pas un symptôme social, il est un symptôme particulier [1] ».
Pour Freud, les symptômes représentent l’activité sexuelle (fantasmatique et infantile) des malades. L’impertinence freudienne reste dans le caractère nécessairement insupportable de la sexualité infantile qui rapproche le névrotique du normal et l’histoire sexuelle de l’enfance de l’histoire du sujet névrosé.
Freud accordera une grande importance à la puberté dans sa théorie des névroses. C’est à la puberté, lorsque s’extériorise le refoulement sexuel infantile face aux exigences du réel de l’adolescence, que se produit l’entrée dans la névrose. Freud s’appuie sur ses analyses de patients hystériques pour indiquer que cette entrée dans la névrose est le résultat d’un conflit entre la libido et le refoulement sexuel dont le symptôme est le compromis. Nous découvrons ainsi chez Freud une approche psychanalytique de l’adolescence ; une adolescence qui reste articulée à l’infantile par le fantasme [2]. Ce qui n’a pas échappé à Lacan, qui dans sa Préface à L’éveil du Printemps de Wedekind [3] nous met sur la voie d’une rencontre du réel, qui s’oppose à l’idée du tout, je le cite : « … de ce qu’est pour les garçons de faire l’amour avec les filles ».
Il revient plus que jamais à la psychanalyse de continuer à s’intéresser à la sexualité de l’enfant et de l’adolescent à une période où elle est délaissée par la science et tout particulièrement par la psychologie du développement, celle qui vient dans la suite de Piaget et qui est dominante aujourd’hui; la sexualité de l’enfant n’est plus un objet de recherche pour la psychologie du développement cognitif de l’enfant [4].
Freud ne pouvait pas ne pas s’intéresser à la question de la norme après sa découverte d’une sexualité infantile « perverse polymorphe » qui bouscule les frontières entre la perversion, la névrose et la normalité. Il établit une nouvelle relation entre santé, perversion et névrose où la norme apparaît comme la résultante (la conséquence) du refoulement « de certaines pulsions partielles et composantes de la disposition infantile de chacun, et de la subordination de toutes les autres au primat des zones génitales au service de la fonction de reproduction [5] ». On a maintenant l’idée d’une norme qui est la conséquence du refoulement (originaire) du phallus, c’est-à-dire d’une perte de jouissance, constitutive de l’inconscient ; une norme dont le désir sera l’effet, comme M. Safouan le développe dans son livre La parole ou la mort [6]. Dès lors, les perversions correspondent pour Freud à une perturbation de ce nouage par le caractère excessif de l’une ou l’autre de ces pulsions partielles, et les névroses souffrent d’un refoulement trop extensif de la libido. La névrose peut ainsi être considérée par Freud comme le « négatif » de la perversion.
En ce qui nous concerne, il reste à souligner avec Freud que parmi les dommages occasionnés à la fonction sexuelle, il faut compter en premier la culture et l’éducation. Ce malaise s’exprime pour Lacan dans le cri d’un ce n’est pas ça, celui toujours éprouvé dans l’expérience libidinale marquée par la discordance entre l’objet trouvé et l’objet recherché ; là où se démarque la jouissance obtenue de celle qui est attendue [7].
 
NOTES
 
[1]J. Lacan (1975), Séminaire RSI, Édit. ALI, p. 99.
[2]Cf. C. Hoffmann, « La note de Freud sur l’adolescence comme refoulement de l’infantile », dans De l’infantile au juvénile, Toulouse, érès, 2006.
[3]J. Lacan, Autres écrits, Paris, Le Seuil, 2001, p. 562.
[4]O. Houdé, La psychologie de l’enfant, Paris, PUF, 2004.
[5]Op. cit., p. 119-120.
[6]M. Safouan, La parole ou la mort, Paris, Le Seuil, 1993.
[7]J. Lacan, Encore, Paris, Le Seuil, 1975, p. 101.
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[1]
J. Lacan (1975), Séminaire RSI, Édit. ALI, p. 99. Suite de la note...
[2]
Cf. C. Hoffmann, « La note de Freud sur l’adolescence comme...
[suite] Suite de la note...
[3]
J. Lacan, Autres écrits, Paris, Le Seuil, 2001, p. 562. Suite de la note...
[4]
O. Houdé, La psychologie de l’enfant, Paris, PUF, 2004. Suite de la note...
[5]
Op. cit., p. 119-120. Suite de la note...
[6]
M. Safouan, La parole ou la mort, Paris, Le Seuil, 1993. Suite de la note...
[7]
J. Lacan, Encore, Paris, Le Seuil, 1975, p. 101. Suite de la note...