2001
FLUX
Dossier : 2001, Réseaux en orbite
Les satellites dans les réseaux de télécommunications : l’échec des constellations mobiles
[1]
Laurent Gille
Responsable du pôle Réseaux du BIPE. Diplômé de l’ENSAE, ancien directeur scientifique de l’IDATE et PDG de Sirius, il travaille depuis vingt ans sur l’économie et la régulation des télécommunication ainsi que sur les mécanismes de l’échange et de la médiation économique.BIPE - Pôle Réseaux6, Place Abel Gance - 92652 Boulogne Billancourttéléphone 01 46 94 45 42 - télécopie : 01 46 94 45 71
L’idée de placer sur orbite spatiale des relais de télécommunications à été proposée par Arthur C. Clarke dès 1945. En juin 1990 Motorola annonce son intention de construire un système mondial de communications mobiles par satellites baptisé Iridium. L’entreprise américaine veut créer un nouveau marché. Son pari audacieux laisse de nombreux observateurs sceptiques mais attire des investisseurs prêts à soutenir un projet à risque. Entré en service le 1er novembre 1998, le réseau est débranché le 17 mars 2000 en laissant une ardoise de plus de quatre milliards de dollars. C’est un échec considérable pour l’une des entreprises les plus brillantes de l’ère électronique. Celui-ci s’explique par les difficultés opérationnelles rencontrées, par une surestimation du marché potentiel mais également par un positionnement marketing déficient. Les projets Globalstar et ICO connaîtront également de graves difficultés. En juillet ICO se retirait, laissant à Globalstar le terrain libre. Cette dernière avait cependant déjà accumulé 1,3 milliards de dollars de pertes. La sphère financière, séduite par ce nouveau marché risque à l’avenir de dédaigner ces secteurs avec des conséquences stratégiques qui s’avéreront sans doute considérables pour de nombreux acteurs.
The idea to place telecommunications relays on spatial orbit was suggested by Arthur C. Clarke as soon as 1945. In June, 1990 Motorola announced their intention to build a world system of mobile satellite communications called Iridium. The American company wanted to create a new market. The daring initiative left most observers sceptic but attracted investors ready to support a risky project. Open on November 1, 1998, the network is disconnected on March 17, 2000 with a four billion dollar deficit. It is a considerable failure for one of the most brilliant companies of the electronic era. This failure results from operational difficulties and the overestimation of the potential market but also from a poor market strategy. The Globalstar and ICO projects have also met serious difficulties. In July ICO withdrew, leaving Globalstar with a monopoly position. However Globalstar had already accumulated 1,3 billion dollars of losses. Investors initially seduced by this market may in the future disdain these sectors with potentially considerable strategic consequences for numerous actors.
L’idée de placer sur orbite spatiale des relais de transmission de télécommunications remonte à 1945. Dans un papier resté célèbre, Arthur C. Clarke propose alors de placer à 36 000 kilomètres de la terre, sur une orbite dite géostationnaire car les satellites y séjournant restent fixes vis-à-vis de la surface terrestre, trois satellites pouvant couvrir de leurs émissions toute la surface terrestre. Vingt ans suffiront pour que cette vision futuriste devienne réalité.
Le premier spoutnik est placé sur orbite terrestre juste un an — 1957 — après la mise en service du premier câble transocéanique permettant de véhiculer des communications téléphoniques. Jusque là, seuls des câbles télégraphiques sillonnaient les mers du globe. Et c’est en 1962 qu’AT & T lance le premier satellite de télécommunications Telstar, qui permettra les premières transmissions télévisuelles au-dessus de l’atlantique. Mais il s’agit de satellites sur orbite basse nécessitant alors de coûteuses installations au sol de poursuite (dont la fameuse antenne française de Pleumeur Bodou). C’est en 1964 que les premiers satellites Syncom lançés grâce à la ténacité de l’industriel Hughes permettent de tester les procédures de mise sur orbite géostationnaire : en 1965, la mise sur orbite géostationnaire de Early Bird (Intelsat 1) donne naissance à une nouvelle activité commerciale, la télécommunication spatiale.
Le défi des constellations mobiles
En juin 1990, la firme américaine Motorola, spécialiste reconnue des radiocommunications, annonce son intention de construire un système mondial de communications mobiles par satellite baptisé Iridium
[2]. La proposition en fait sourire plus d’un, le système proposé reposant sur l’utilisation des orbites basses, quasiment abandonnées par le secteur des télécommunications depuis les années 1960, et de nombreux obstacles se faisant déjà jour. Mais certains perçoivent tout de suite l’intérêt d’un tel système et à la mi-1990, des opérateurs de communications par satellites comme Telesat Mobile (Canada), American Mobile Satellite (US), puis l’organisation Internationale Inmarsat entament leur propre réflexion sur la faisabilité d’un tel réseau mondial.
La construction d’une constellation de 77 satellites telle que prévue au départ, et le remplacement de 12 d’entre eux chaque année représentent par ailleurs un marché potentiel fabuleux pour les constructeurs aéronautiques. Après consultations, l’Américain Lockheed est choisi en avril 1991 entre de nombreux constructeurs pour concevoir, développer et assurer la maîtrise d’Å“uvre des petits satellites du projet Motorola et Raytheon les antennes, notamment parce qu’en montant tous les deux au capital d’Iridium, leur engagement est également financier.
Le tour de table monté par Motorola laisse dans l’industrie de nombreux exclus, qui craignent de se voir marginaliser sur le marché des petits satellites. Les études engagées à la suite de l’annonce de Motorola tendent à confirmer la faisabilité et donc l’intérêt de tels systèmes pour les années à venir. La réaction viendra en octobre 1991, avec la présentation à Télécom 91 à Genève du projet Globalstar. Globalstar s’inspire largement de son prédécesseur, tout en tenant compte des critiques formulées à son encontre. Ce système est le fruit d’une co-entreprise entre Qualcomm et Loral Space Systems, derrière laquelle se trouve l’Alliance constituée entre Aérospatiale, Alcatel Espace et Alenia, que rejoindra bientôt DASA. L’Alliance est en quelque sorte le pôle européen concurrent de Matra Marconi Space et de BAe, tous deux impliqués à l’origine dans Iridium.
Ces initiatives qui viennent de l’amont (des fabricants d’équipement) vont obliger les opérateurs terrestres, qui sont d’ailleurs sollicités, à se positionner. De concurrent direct des réseaux terrestres, Iridium est devenu, après modification, un système complémentaire, comme l’est Globalstar depuis le début. Inmarsat, opérateur international de télécommunications maritimes et aéronautiques, est contraint de réagir dans la mesure où son marché traditionnel maritime et aéronautique serait totalement remis en cause par la mise en place d’un système global dont les terminaux seraient plus pratiques et meilleur marché, de même que les communications sous certaines hypothèses. C’est l’origine du Projet 21, annoncé en septembre 1991, établi comme société indépendante sous le nom d’ICO en 1995.
Le concept de constellation
À travers les différents systèmes proposés se dessinent plusieurs grandes options. Il y a d’une part l’idée de constellation de petits satellites en orbite terrestre basse (en dessous de 2 000 kilomètres), qui inspire les plus connus des projets que sont Iridium ou Globalstar. Mais il y a aussi les systèmes mixtes, combinant des satellites en orbite basse, en nombre réduit, avec des satellites géostationnaires servant de relais. C’était le cas d’un système envisagé par Inmarsat dans le cadre de son « Projet 21 ». Il ne faut pas oublier non plus les orbites moyennes que proposait le système de TRW, Odyssey, dont les satellites devaient évoluer à une altitude d’environ 10 000 kilomètres, solution finalement retenue par ICO, concrétisation du projet 21.
Enfin, en dehors de leur altitude, les orbites proposées par les différents systèmes sont soit polaires (Iridium, Globalstar), soit elliptiques (Ellispo), ou encore inclinées (Odyssey). Le choix d’une orbite (type et altitude) résulte d’un arbitrage délicat entre de nombreux paramètres parmi lesquels le nombre de satellites, leur puissance d’émission, celle des terminaux terrestres, le type de couverture recherchée ou encore la qualité du bilan de liaison.
Ces hésitations architecturales montrent que les constellations LEO ne sont pas intrinsèquement meilleures que les systèmes GEO : elles ont pour elles de réduire les délais de propagation et donc d’assurer (théoriquement) une meilleure qualité de communication, d’autoriser des terminaux plus petits, mais ont une économie difficile dans la mesure où les satellites sont inactifs une grande partie de leur temps, à travers le survol de zones inhabitées ou de faible trafic.
Si ces projets trouvent leur origine aux USA, c’est pour deux raisons principales. Il y a d’abord le fait que le marché américain est sans conteste le plus grand marché domestique au monde en ce qui concerne les services de communications mobiles. C’est en même temps l’un des plus solvables. Mais on peut surtout voir l’origine de ces projets, qui émanent des constructeurs, dans les sommes colossales investies pendant des années par les militaires américains dans le domaine spatial. Les nombreux contrats de R & D qu’ils ont générés, ont donné aux industriels américains une avance sans doute importante sur leurs concurrents européens. Certains observateurs considèrent ainsi le projet Iridium, qui a donné en quelque sorte le coup d’envoi à la présentation des différents projets, comme une version civile de l’IDS américain, dont le concept de constellation de satellites en orbite basse remonte aux années 1970.
Heurs et malheurs du projet Iridium
L’objectif de Motorola à travers Iridium est avant tout de créer un nouveau marché pour les années à venir, tant en ce qui concerne le matériel de radiocommunication embarqué que les terminaux pour usagers. La mise en place d’Iridium donnerait également à la firme américaine une position de force en termes de brevets et de normes. Motorola emploie donc dès le départ les grands moyens pour faire passer son projet.
Le projet Iridium propose à l’origine un système très élaboré d’une constellation formée de 77 satellites, ramenée ensuite à 66, d’un coût estimé à environ 3,4 milliards de $. Certains éléments du système sont à la pointe de la technologie et la combinaison de ces technologies sur un même petit satellite fut souvent perçue comme problématique par bon nombre d’observateurs. De par sa configuration, Iridium dans sa version d’origine avait vocation à devenir un réseau fermé, qui aurait court-circuité les réseaux terrestres des pays desservis, permettant sans doute à la commercialisation du système de bénéficier d’un « effet club ». Mais au fur et à mesure que le système gagne en crédibilité, la perspective de sa mise en service suscite des réactions plutôt hostiles de la part de certains opérateurs traditionnels qui y voient un défi à leurs monopoles nationaux.
La conception d’Iridium évolue donc et en janvier 1992 Motorola annonce que les terminaux Iridium fonctionneront sur un mode dual permettant l’accès à la fois au réseau de satellites et aux réseaux cellulaires terrestres, de façon à ce qu’à partir d’un seul terminal le client puisse choisir en fonction de la couverture de la zone et du prix des services. Le système devient donc coopératif et non plus concurrent des réseaux cellulaires. De même, pour résoudre le problème du by-pass des réseaux terrestres est-il décidé que l’appel d’un abonné d’Iridium capté par le satellite le plus proche donnera lieu à versement d’une redevance à l’exploitant de la zone d’où il sera émis, à condition que cela soit possible, c’est-à-dire qu’il y ait un exploitant en situation de monopole. Lorsque l’appel est destiné à un abonné d’Iridium, qu’il provienne soit d’un autre abonné, soit du réseau terrestre, la communication est acheminée via le réseau de satellites.
Techniquement, le projet est également confronté à plusieurs difficultés, liées cette fois-ci au problème de la miniaturisation des fonctions à embarquer sur de petits satellites. Après l’inflation de la masse annoncée pour les satellites, passée de 350 kg à l’origine à près du double à la mi-1992 pour satisfaire aux exigences des systèmes de liaison entre satellites et de commutation à bord, l’architecture du système doit être simplifiée.
Motorola forme en 1991 une compagnie indépendante chargée de porter (et donc de financer) le projet Iridium : Iridium LLC reçoit de la FCC en 1992 une licence expérimentale et signe un contrat clé en mains de 3.37 milliards de $ avec Motorola pour le développement, la construction et la livraison du système spatial. À la conférence administrative mondiale sur les fréquences en Espagne en 1992, des fréquences sont réservées pour les satellites LEO.
Commence alors le long développement du projet. Iridium lève 800 millions de $ en 1993 en capital, puis un montant équivalent en 1994 et enfin 315 millions en 1996, portant le capital à 1,9 milliard de $ : 19 actionnaires stratégiques détiennent ce capital parmi lesquels Motorola pour 17,3 %, Nippon Iridium qui regroupe notamment DDI et Kyocera, pour 11,1 %, O. tel. o pour 8,8 %, Krunishev pour 4,3 %, Telecom Italia pour 3,9 %, Lockheed et Raytheon détenant à eux deux 1,7 %.
Le complément du financement est apporté par deux emprunts bancaires placés par la Chase et BZW (Barclays Bank), un de 750 millions de $ en 1996, et un autre de 800 millions en 1997, une introduction en bourse (IPO) pour 240 millions de $ en 1997 également et un apport complémentaire de 350 millions de $ en obligations à haut rendement en 1998 : ce sont ainsi plus de 4 milliards de $ qui sont levés pour le projet Iridium en l’espace de 5 ans (1993-1998).
Le déploiement du système s’opère entre 1997 et 1998 : 47 satellites sont mis en orbite en 1997, les derniers l’étant en 1998 avec un taux de réussite de 100 %. Les lancements se poursuivent en 1999 et on estime aujourd’hui que 88 satellites environ ont été lancés offrant la capacité prévue de 66 satellites actifs et 6 satellites de secours : 16 satellites seraient effectivement défaillants. Et, alors que le système devait entrer en service le 3 septembre 1998, celle-ci n’interviendra que le 1 novembre, ce retard traduisant des problèmes importants de qualité des communications et des terminaux. Devant faire face en sus à des problèmes de livraison des terminaux, Iridium démarre l’année 1999 en posture difficile, la clientèle visée, le haut de gamme professionnel, étant particulièrement exigeante sur la qualité des services offerts.
Le constat fait au deuxième trimestre 1999 est accablant :
- Le nombre de clients abonnés au 31 mars n’est que de 10 294, alors que la compagnie s’était engagée vis-à-vis de ses banquiers sur un chiffre de 27 000 clients. Pour le premier trimestre 1999, Iridium annonce des revenus de 1,451 million de $ et une perte de 505 millions de $.
- Émise à 20 $, l’action Iridium, après avoir coté plus de 60 $ en 1998, descend à moins de 7 $. Le PDG est conduit à démissionner.
- Iridium se trouve dans l’incapacité de faire face à ses remboursements et doit renégocier en catastrophe ses emprunts pour obtenir des délais de paiement de la part des banques.
- Iridium redéfinit sa stratégie commerciale en baissant considérablement ses tarifs de façon à gagner de nouveaux clients : alors qu’en novembre 1998, la minute de communication était vendue 7 $, elle est proposée au début de 1999 entre 1,89 et 3,99 $. Le prix des terminaux est abaissé de 4 000 à 3 000 $. 15 % des effectifs de 550 personnes sont licenciés et Iridium se focalise sur les marchés dits verticaux, par secteur d’activité, en cherchant à reprendre la main sur un marché largement confié aux opérateurs cellulaires jusqu’à présent.
La firme fait face à un besoin de fonds important (1,65 milliards en 1999) qu’elle ne peut plus espérer de ses ventes. N’ayant pratiquement plus de fonds propres au terme de son premier trimestre plein d’exploitation, elle dépend totalement des négociations engagées avec ses créanciers. Motorola, qui détient alors 17,3 % d’Iridium
[3] et s’est porté caution d’emprunts importants, doit passer une provision de 126 millions de $ sur le premier semestre 1999. Veba (O. tel. o) provisionne 108 millions de $.
Malgré cette situation plus que délicate, les échéances de négociation sont repoussées à plusieurs reprises, indiquant l’existence de négociations sous-jacentes. Le DoD annonce un soutien de l’ordre de 220 millions de $ en achats de services. Le Department of State annonce également en juillet 1999 l’acquisition d’un millier de terminaux environ pour équiper quelques 300 représentations diplomatiques et autres des États-Unis à l’étranger.
L’espoir de trouver un repreneur diminue fortement en mars 2000 quand Craig McCaw, qui a entre-temps sauvé ICO, jette l’éponge après avoir envisagé d’injecter 600 millions de $ dans l’affaire. Le 17 mars 2000, Iridium débranche ses utilisateurs des réseaux commutés, ceux-ci pouvant néanmoins toujours communiquer entre eux. Le juge des faillites donne à Motorola le droit de détruire le système spatial. La recherche de repreneurs conduit toutefois Motorola à conserver le système en activité. En juillet 2000, la banque d’affaires Castle Harlan qui proposait 50 millions de $ se retire également. En novembre, un autre investisseur, qui confierait l’exploitation à Boeing, tente un dernier accord.
Les raisons d’un échec
Cette situation, qui impacte dès 1999 de façon négative tous les projets de constellations, mérite quelques analyses. L’échec d’Iridium trouve son origine grossièrement dans trois facteurs :
- Des difficultés opérationnelles
- Une sur-estimation du marché potentiel
- Un positionnement marketing déficient
Les trois facteurs ont leur importance. Iridium a retenu une solution technique extrêmement ambitieuse, issue vraisemblablement pour partie de projets élaborés dans le cadre de la guerre des étoiles. Conçu entre 1987 et 1992, le projet a retenu des liaisons inter-satellites et une commutation à bord, techniques certes testées sur des matériels militaires, mais délicates à mettre au point et à opérer. On peut se demander si le recours à des techniques militaires dont seuls disposent les USA, recours qui a longtemps été jugé comme un avantage compétitif contestable dans la mesure où les concurrents non américains n’y avaient pas accès, ne s’est pas révélé au bout du compte un handicap plus qu’un avantage. Pareil raisonnement peut s’appliquer au projet de constellation multimédia Teledesic, qui depuis son annonce, a été d’allégement en allégement de façon à réduire sa complexité initiale. Les projets européens équivalents, Globalstar et Skybridge, sont partis sur des ambitions techniques beaucoup plus modestes, dont ils espèrent que cela renforce leur crédibilité.
Le positionnement commercial d’Iridium et surtout l’évaluation initiale du marché paraissent les erreurs majeures. Iridium tablait initialement sur un marché de 6 millions d’abonnés, chiffre revu ensuite à la baisse à 1,8 millions d’abonnés fin 2001 et 0,5 million fin 1999. Pourquoi ces données apparaissent-elles à posteriori (comme d’ailleurs elles l’étaient à priori) insuffisantes pour assurer la rentabilité des systèmes ?
- Elles ont été établies dans un contexte où le développement prévisible des réseaux cellulaires était bien inférieur à celui qu’ils ont connu de 1995 à nos jours ; en 1991-1992, on tablait sur un marché cellulaire se chiffrant à quelques dizaines de millions d’abonnés ; on compte désormais en centaines de millions d’abonnés. Certes, cette extension du marché devrait augmenter d’autant le marché potentiel des constellations LEO puisque le nombre de personnes connaissant des problèmes de couverture croît avec la taille du marché, mais sous les réserves suivantes.
- L’explosion des marchés mobiles terrestres a conduit également à une explosion de leur couverture. Iridium visait notamment comme marché potentiel les populations riches des pays en développement, tels la Chine ou l’Inde, dont on n’espérait pas un équipement rapide. Or, ces pays font partie désormais des tous premiers marchés cellulaires et les zones urbaines à forte activité économique sont désormais correctement desservies.
- De plus, cette extension des marchés a permis une décroissance inattendue des prix, tant des terminaux que des communications. Le prix de la minute mobile rejoint inéluctablement le prix de la minute fixe et la recette moyenne d’un abonné cellulaire est en passe de rejoindre la recette moyenne d’un abonné fixe. C’est bien évidemment dans ce nouveau contexte que les utilisateurs jugent non seulement la qualité du service offert, mais le prix (et le poids) du terminal tout comme le prix des communications. La comparaison des réseaux terrestres est impitoyable pour les opérateurs de constellations.
- Les réseaux cellulaires, compte tenu de la croissance de leurs marchés, considèrent le roaming international offert par ces constellations comme marginal par rapport à celui qu’ils sont d’ores et déjà en mesure d’offrir ; aucune incitation forte n’existe pour ces opérateurs avec lesquels Iridium a conclu des contrats peu contraignants.
- Plus spécifiquement pour Iridium, l’évolution institutionnelle du secteur des télécommunications, sur la période de développement 1992-1998, a été considérable : elle s’est notamment accompagnée d’une dérégulation sévère et d’une libéralisation des marchés qui a induit une réduction considérable des prix des communications longue distance, notamment internationales, et fait actuellement voler en éclat le système de tarification internationale bâti sur des accords bilatéraux. Iridium, qui offre un service de bout en bout, doit donc faire face à une forte baisse des communications internationales sur lesquelles il avait bâti la crédibilité de son business plan.
- Enfin, avec un débit possible de 2,4 kbps par ligne, Iridium ne pouvait prétendre prendre pied sur des services data, aussi frustres soient-ils.
Très manifestement, l’évolution de l’environnement terrestre, technique, économique et institutionnel, a été sous-estimée par les projets spatiaux, notamment Iridium. C’est avec en perspective l’évolution future des réseaux terrestres qu’il faudra analyser les projets de constellation multimédia.
De plus, Iridium a proposé à sa clientèle une tarification complexe et élevée. Alors que les clients potentiels attendaient un prix à la minute voisin de 3 $, ils se sont vu proposer des tarifs destination par destination oscillant entre 6 et 9 $
[4]. En juin 1999, Iridium décide de simplifier sa structure tarifaire en ne proposant plus que quatre types de services avec des tarifs s’étageant de 1,59 à 3,99 $ la minute. Le terminal est proposé à 1 495 $ aux États-Unis : mais il est trop tard pour obtenir une remontée immédiate de la commercialisation.
Les projets Globalstar et ICO
Les difficultés d’Iridium ont pesé lourd sur les autres gros projets de constellations mobiles qu’étaient Globalstar, ICO ou Ellipso. Ces projets diffèrent sensiblement d’Iridium :
- Architectures spatiales différenciées (orbites LEO, MEO ou elliptiques) ; nombre et masse/puissance des satellites en concordance
- Architectures télécom également très variées (pas de liaisons inter-satellites, nombre de gateways, etc.)
- Rentabilité assise sur des plans d’affaires peu comparables.
Issue du projet 21 étudié par Inmarsat, ICO, établie en janvier 1995 et introduite au Nasdaq en juillet 1998, rassemble les grands actionnaires d’Inmarsat, c’est-à-dire principalement des opérateurs de télécommunications européens. ICO est l’opérateur qui réclame le plus de fonds. Ses 12 satellites sont des satellites de classe géostationnaire placés sur des orbites moyennes (10 000 km)
[5]. ICO a passé commande à Hughes de ses 12 satellites et Hughes a pris en contrepartie une participation de 2,3 % au capital de ICO comme Lockheed Martin l’avait fait au capital de Iridium et Loral à celui de Globalstar
[6].
Alors qu’ICO a besoin de plus de 5 milliards de $, il n’en a rassemblé en juin 1999 que 3
[7]. Un placement de 500 millions de $ en juin 1999 n’est pas souscrit après report de l’échéance à fin juillet
[8] : incapable de payer ses fournisseurs et de rembourser la charge de sa dette en août 1999, ICO se place à son tour sous la protection du Chapitre XI de la loi américaine sur les faillites le 27 août 1999. En novembre 1999, Craig McCaw sauve ICO en promettant d’apporter 1,2 milliard de dollars à la compagnie. Un premier renflouement de 500 millions via sa holding personnelle Eagle River Investment a lieu fin 1999 qui lui donne le contrôle à 74 % de ICO
[9].
Mais, en mars 2000, ICO connaissait de nouvelles difficultés avec la perte de son premier lancement par une fusée Sea Launch. Après renégociation des contrats de construction des satellites avec Hughes et apport complet des 1,2 milliard de $ par les repreneurs, New ICO était fusionné en juillet 2000 avec Teledesic et quittait le business de la téléphonie mobile pour rejoindre celui des services « multimédia ».
Parallèlement, deux projets qui avaient reçu de la FCC en 1997 des licences GMPCS quittaient sans bruit la scène, Constellation Communications Inc. et Mobile Communications Holding Inc. Si la première était dépourvue de toute crédibilité financière
[10], la seconde, MCHI, constituait une alternative plus sérieuse puisqu’elle portait le projet Ellipso qui avait reçu un soutien financier important de ses fournisseurs, Boeing en août 1998 et Arianespace en août 1999
[11]. Ellipso visait essentiellement un marché de stations fixes dans les pays mal équipés : le projet présentait une meilleure progressivité de l’investissement et les orbites elliptiques retenues offraient une meilleure utilisation des satellites. Doté d’un budget prévisionnel de 1,4 milliard de $, comprenant la construction des satellites, leur lancement et leur mise en
Å“uvre, Ellipso a principalement négocié des crédits avec ses deux principaux fournisseurs, Boeing et Arianespace, qui sont également entrés au capital ; les fonds réunis n’ont pas suffi toutefois à financer le projet, Boeing n’ayant pas confirmé des rumeurs de reprise. Il est vrai qu’entre temps, l’industrie avait également dû déplorer la mise en faillite en août 2000 d’Orbcomm, opérateur d’une flotte de 35 satellites
[12] dédiés à des services non téléphoniques.
Tableau 1
Comparaison des principaux systèmes GMPCS
Iridium Globalstar ICO Ellipso (MCHI) Mobile Communications Holding Inc Principaux actionnaires Motorola DDI, Kyocera, Veba Telecom Italia, Sprint Loral Qualcomm, Alcatel Immarsat et certains de ses actionnaires Hughes 2,3 % Ellipso Private Holdings, Boeing, Arianespace, Israël Aircraft Industries etc. Partenaires industriels pour le segment spatial Motorola Lockheeed Martin, Raytheon Loral/Qualcomm Alcatel Alenia DASA Hughes TRW (HS601) Boeing Harris, Lockheed Martin Partenaires industriels pour les terminaux Motorola Kyocera Qualcomm, Telital Ericsson, Mitsubishi NEC Nera Panasonic Samsung Hughes (triple mode) Partenaires opérateurs o.tel.o Telecom Italia Sprint Vodafone -Air Touch Tesam (France Télécom-Alcatel) Elsacom, Dacom, China Telecom Immarsat et certains de ses actionnaires (BT, Swisscom, Telenor etc.) Montant total de l’investissement (milliards de US$) 3,6 Contrat Motorola 2,88 (pour 66 sat) 3,3 4,7 dt 3,0 pour les satel-lites 1,4 Fonds rassemblés 30 juin 99 4,0 3,8 3,0 Nb de satellites (+ secours) 66 + 14 48 + 4 10 + 2 15 + 2 Puissance 1 400 Watts 1 100 Watts 8 700 Watts Poids 700 kg 450 kg 2 600 kg Durée de vie 5 ans 7 ans prévus effectifs) (10 ans 12 ans Altitude 780 km 1 414 km 10 390 km Deux orbitres ellip-tiques (MEO) Ouverture du service Nov 1998 Sept 1999 (régional) Août 2000 Nombre de stations terrestres d’accès (gateways) 20 16 au démarrage + 22 début 2000 12 (ICONET) Lanceurs 88 satellites lancés (1999) 52 satellites lancés (2000) Aucun satellite lancé Sea Launch : Echec mars 2000 Aucun satellite lancé (08-99) Arianespace : 2 lcts Sea Launch : 3 lcts Prix des terminaux ($) 1 500 (juin 99) 2 000 1 000 Prix des communications internationales ($ par minute) 6 à 9 puis 1,5 à 4 National + coûts ter-restres international 2 -2,5 Prix des communications nationales ($ par minute) 1,9 0,35-0,5 (airtime) 1,5 (retail) 1 -1,25 0,35 pour les mobiles 0,08 pour les stations fixes Capacité du système en milliards de minutes annuelles 1,5 7 5 Coût de revient $ de la minute pour atteindre l’équilibre financier (source Kaimowitz, ING Barings, AWST, 3 mai 99) 1,40 0,21 0,23
Ne reste alors au début 2000 que Globalstar sur le marché. Si Globalstar prétend disposer d’une économie différente, c’est que le projet se positionne comme boucle locale radio satellite complémentaire, se chargeant juste de connecter des usagers qui ne se trouveraient pas dans une zone desservie par des réseaux terrestres compatibles avec leur terminal au réseau fixe local à travers des gateways en nombre important, sans apporter de réelle valeur en termes de services, ceux-ci étant du ressort des opérateurs de ces gateways
[13]. Globastar a choisi un schéma où la société mère assure le service spatial, et le raccordement terrestre est effectué par des sociétés partenaires qui mettent en place zone par zone la commercialisation et les gateways nécessaires ouvrant sur les réseaux terrestres. L’Europe est ainsi répartie entre trois sociétés :
- Tesam, société commune à France Télécom (51 %) et Alcatel (49 %), couvre la France, le Benelux, la péninsule ibérique, la Pologne et la Tchéquie ainsi que de nombreux pays méditerranéens, africains et latino-américains,
- Vodafone dessert le Royaume Uni, la Grèce et d’autres zones (Australie),
- Elsacom a la charge notamment de l’Allemagne, la Suisse et l’Italie.
Globalstar peut ainsi profiter de la baisse des coûts des communications internationales sur les réseaux terrestres qui sont systématiquement empruntés à la différence d’Iridium. Son business plan ne repose d’ailleurs pas sur le roaming international, mais uniquement sur la desserte des zones d’ombre des réseaux cellulaires terrestres. En offrant des terminaux bi-mode, Globalstar espère donc à travers le monde recueillir le marché des utilisateurs des zones rurales peu denses, sans doute principalement professionnels. C’est le médecin, le vétérinaire du Massif Central qui sont visés. Pour ne pas dépendre uniquement des opérateurs cellulaires en place qui pourraient prendre une marge importante sur des usagers marginaux pour eux, Globalstar devrait mettre en place une distribution autonome de terminaux et de services, de façon à générer une concurrence naturelle avec les autres canaux de distribution.
Le business plan de Globalstar comme celui d’ICO reposaient donc sur le potentiel apporté par le marché cellulaire. Chacun des deux opérateurs visait 1 à 2 % du marché cellulaire, qui représente environ 500 millions d’abonnés fin 2000, soit à cette date de 5 à 10 millions de clients potentiels. Globalstar estime que son point mort sera atteint avec 1 million de clients, ce qui signifie par exemple d’atteindre sur le marché français environ 50 000 abonnés. Globalstar compte également s’adresser au marché fixe en proposant dans les pays en développement des cabines publiques (à un prix d’environ 3 000 à 3 500 $) dans lesquelles le prix des communications sera sans doute moins élevé. Tesam estime par exemple que plus de 50 % du marché africain sera un marché « fixe », de raccordement de zones non desservies sur les réseaux nationaux.
Globalstar avait levé environ 4 milliards de $ de capitaux en juin 1999
[14]. Il a continué à rassembler des fonds principalement auprès de ses actionnaires en l’an 2000 pour assurer son exploitation
[15]. Globalstar a subi la défaillance d’un lancement de 12 satellites par une fusée Zenit 2 en septembre 1998. Fin août 1999, Globalstar peut ouvrir de façon expérimentale à l’automne 1999 son système qui peut opérer avec 32 satellites. La poursuite des lancements permet d’atteindre en février 2000 les 52 satellites du système complet et le service est ouvert commercialement progressivement à compter de fév-rier 2000
[16]. 8 satellites de secours sont en construction chez Loral. Tirant leçon des déboires d’Iridium, Globalstar commercialise son service avec une politique tarifaire ajustée, terminaux moins chers et minutes plus économiques.
Avec des frais en année courante d’environ 850 millions de $, Globalstar doit réunir environ 1 million de clients pour les couvrir, objectif annoncé par ses principaux actionnaires pour la fin 2000. Or, les résultats du troisième trimestre 2000 font apparaître 21 300 abonnés et un trafic de 2,3 millions de minutes sur le troisième trimestre, soit un peu plus de 100 minutes par abonné, montant bien inférieur au trafic moyen attendu. On est donc très loin du compte et sur des chiffres très voisins de ceux d’Iridium après 6 mois d’activité : la recette cumulée des 9 mois 2000 atteint 2,5 millions de $. L’action chute brutalement en novembre 2000 sur ces mauvais résultats.
Globalstar fait feu de tout bois, comptant sur son extension géographique pour accélérer son développement, et mettant l’accent de plus en plus sur les marchés verticaux, dont il faut reconnaître qu’ils restent des marchés de niche : bus brésiliens, équipement des avions, militaires, etc. Globalstar tente de développer également les services data, mais reste contraint par un débit de 9,6 kbps par canal. Le constat qu’il est possible de faire fin 2000 est accablant : Iridium a laissé une ardoise de plus de 4 milliards de $, ICO d’environ 3, Globalstar a déjà perdu 1,3 milliard de dollars. On voit mal comment Globalstar pourra échapper au sort de ses prédécesseurs, au risque d’entraîner des difficultés considérables pour Loral voire Qualcomm.
Dans un marché qui se révèle extrêmement étroit, il faut en plus tenir compte de la concurrence. Outre les services offerts à partir de satellites existants, notamment le service Planet de la Comsat supporté par les satellites Inmarsat (avec des terminaux plus importants que les terminaux GMPCS), plusieurs projets sont en cours de développement portés par les principaux industriels :
- Le système Lockheed Martin en Asie (AceS) opérationnel en 2000,
- Un projet Hughes au Moyen-Orient, Thuraya, dont le lancement doit intervenir avant la fin 2000,
- Un projet africain, Rascom, visant les postes fixes, dont la mise en service ne devrait pas intervenir avant 2002.
Ces projets s’intéressent aux marchés mobiles ou fixes, avec des terminaux presque similaires, et des coûts inférieurs
[17]. Les dates prévues d’ouverture, 2000-2002, vont rendre la concurrence ardue à Globalstar.
La décennie 90 a vu la sphère financière prendre le « contrôle » de l’industrie des télécommunications. Après avoir soutenu à bout de bras des innovations jugées périlleuses, et qui se sont confirmées telles, dans les satellites LEO comme dans les valeurs Internet, elle risque de dédaigner ces secteurs dont la pertinence nécessite seulement d’être mesurée à sa juste valeur. L’effet de yo-yo semble aujourd’hui dans son amplitude maximale. Les conséquences stratégiques pourront en être considérables pour de nombreux acteurs.
Novembre 2000
[1]
Cet article reprend et actualise des parties d’un rapport rédigé en 1999 pour la Commission Supérieure du Service Public des Postes et Télécommunications, publié dans son rapport annuel 1998-1999. CSSPPT, 20 avenue de Ségur, 75534 Paris 07 SP, Tél. 0 143 193 700.
[2]
La petite histoire veut que ce soit la femme d’un dirigeant de Motorola en 1985 qui, en vacances aux Caraïbes avec un téléphone cellulaire analogique inopérant, convainc son mari qu’un système cellulaire global serait une bonne chose !
[3]
Mais sans doute beaucoup plus compte tenu d’investissements indirects dans les différentes filiales Iridium constituées tout autour du monde.
[4]
Iridium fait remarquer alors que ces prix ne sont pas aberrants par rapport au marché : les opérateurs américains font ainsi payer leurs détenteurs de cartes téléphoniques entre 4.5 et 6,55 $ la minute pour un appel entre Londres et Paris.
[5]
TRW a rejoint le projet ICO et abandonné un projet très proche dénommé Odyssey d’un coût prévu de 2 milliards de $. TRW, principal constructeur de satellites militaires de télécommunications aux États-Unis fait donc partie des partenaires industriels du projet ICO aux cotés de Hughes.
[6]
Mais il faut noter que Iridium n’a mis ses actionnaires stratégiques à contribution qu’à hauteur de 50 % des fonds levés alors que Globalstar a mobilisé ses actionnaires stratégiques à hauteur de près de 70 %.
[7]
ICO dispose de 2.1bn$ provenant d’apports en fonds propres de 60 actionnaires stratégiques, 200 m$ en capital de ses fournisseurs (notamment Hughes), 120 m$ provenant d’une émission d’actions (IPO), et 570 m$ en obligations à haut rendements. En octobre 1998, une ligne de crédit a été ouverte par ABN Amro, Bank of America, Deustche Bank et JP Morgan, déblocable si d’autres engagements financiers se manifestent.
[8]
ICO avait déjà connu des difficultés en juillet 1998 : espérant alors placer 380 m$ sur le marché financier, il n’avait pu en obtenir que 120 millions.
[9]
Une lutte opposa au départ pour la reprise de ICO Craig McCaw au magnat de la télévision indienne Subhash Chandra, et sa compagnie ASC basée à Maurice. In fine, ce sont McCaw et Chandra qui reprennent ICO avec des apports dans une proportion 68/32.
[10]
CCI a cessé toute activité en août 2000. Ses actionnaires (Bell Atlantic, Raytheon, Orbital Sciences, Reston, etc.) n’avaient réussi à rassembler que 20-25 % des fonds nécessaires.
[11]
Le projet Ellipso consiste à placer sur deux orbites elliptiques 17 satellites (10 sur l’orbite Borealis couvrant l’hémisphère nord et 7 sur l’orbite Concordia couvrant l’hémisphère sud plus un 18e satellite de secours au sol construit). Les satellites sont construits par Boeing à partir de la plate-forme des satellites GPS (Ellipso ayant dans un premier temps négocié avec Orbital Science), la charge utile étant fournie par Harris et les installations au sol par Lockheed Martin. Ellipso a réussi à négocier avec Boeing en août 1998 et avec Arianespace en août 1999 deux packages financiers comprenant à la fois des crédits fournisseurs et des apports en capitaux. Arianespace doit fournir cinq lancements sur Ariane 5 dont deux pour la première génération, les autres satellites devant être lancés par Sea Launch.Une deuxième génération de satellites, Ellipso 2 g, est d’ores et déjà envisagée : elle offrirait des canaux à 64 kbps (et non 9,6 kbps comme dans le projet actuel) et la constellation déploierait 26 satellites situés sur 5 plans orbitaux, 3 plans inclinés ellepitiques, un plan équatorial circulaire et un plan équatorial elliptique.
[12]
Orbcomm fait partie de la catégorie des petits LEO, c’est à dire des constellations n’ayant pas de capacité phonique, mais dédiés à la transmission de données de faible débit (service de type paging). Orbcomm est propriété de Teleglobe (Canada) à hauteur de 65 % et de Orbital Sciences (35 %). À la fin du deuxième trimestre 2000, Orbcomm n’avait commercialisé que 31 000 terminaux actifs. Ses immobilisations sont beaucoup plus légères (404 millions de $) et son endettement n’est que de 259 millions de $. Orbcomm entend continuer son exploitation financée par Teleglobe.
[13]
En tenant compte de l’investissement, de la durée de vie des satellites, etc., on constate dans le tableau comparatif que les prix de revient de la minute Globalstar et ICO sont similaires, mais que la minute Iridium, il est vrai minute de bout en bout, revient presque 7 fois plus chère.
[14]
Sur les 3.9 milliards collectés, 2.7 ont été apportés par les partenaires stratégiques de Globalstar, dont 1 060 par Loral selon la décomposition suivante :
[15]
243 millions au premier trimestre et 58 millions au troisième trimestre.
[16]
L’annonce en septembre 1999 que les satellites Globalstar seraient susceptibles de durer 10 ans et non 7,5 comme prévu, du fait d’une consommation d’ergols moindre que prévu pour la mise sur orbite, améliore l’équilibre économique de la constellation.
[17]
AceS qui a ouvert son service en octobre 2000 tarife la minute entre US$0,35 à 0,75, soit 50 % moins cher que Globalstar.