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Métropolis

I.S.B.N.sans
104 pages

p. 4 à 5
doi: en cours

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Dossier : 2001, Réseaux en orbite

n° 43 2001/1

2001 FLUX Dossier : 2001, Réseaux en orbite

Avant-propos

Pascal Griset
L’espace constitue un domaine particulièrement représentatif des enjeux industriels du dernier quart du XXe siècle. Lorsqu’en 1957 les Soviétiques mettent sur orbite leur Spoutnik, s’ouvre la « conquête de l’espace » marquée par la rivalité entre Russes et Américains. Des pas d’Armstrong en 1969 à la destruction de la station Saliout, cette face héroïque, ou scientifique de l’espace suscita passions et enthousiasme, les militaires n’étant pas les derniers à identifier ce nouveau domaine comme éminemment « stratégique ».
Très rapidement pourtant des applications civiles et directement rentables s’affirmèrent comme un champ de développement très significatif pour l’activité spatiale. Au premier rang de celle-ci les télécommunications.
Du premier « satellite de télécommunications », Echo I, lancé par les Américains en août 1960, énorme ballon jouant le rôle de relais passif, à la mise sur orbite du premier satellite géostationnaire Syncom I (août 1964), les étapes furent parcourues à marche forcée. La réactivité d’une industrie américaine, menée par AT&T et ses Bell Labs, s’y manifesta avec pour conséquence immédiate la mise en place des premières liaisons commerciales en 1964 et la main mise des États-Unis sur l’organisation INTELSAT. Rarement dans l’histoire des économies occidentales une Puissance disposa d’une telle hégémonie sur un domaine nouveau et stratégique comme les États-Unis en disposèrent dans les années 1960. Qu’il s’agisse de satellites ou de lanceurs, les Américains se trouvaient en situation de monopole, l’offre soviétique ne pouvant être prise en compte dans le contexte politique du temps.
Échapper à cette dépendance devint pour la France un objectif prioritaire. Financièrement et politiquement ambitieux, ce projet put s’épanouir dans le cadre d’une coopération franco-allemande. Le 6 juin 1967 les deux pays mettaient en route le programme Symphonie. Lancé par une fusée américaine le 19 décembre 1974, Symphonie 1 représentait un succès majeur, confirmé par le lancement de Symphonie 2 le 26 août 1975.
La montée en puissance de l’industrie française pouvait dès lors s’appuyer sur ces acquis et espérer, grâce au projet Ariane, que la double dépendance, lanceur-satellite, serait à terme surmontée.
Yves Bouvier commence par évoquer la stratégie des industriels à travers l’expérience d’Alcatel. En s’appuyant sur les efforts de la recherche publique, mais en développant progressivement ses propres savoir-faire, cette entreprise, totalement absente du domaine dans les années 1960, s’affirma comme un acteur majeur du secteur à partir des années 1980-1990.
Anne Thérèse Nguyen présente ensuite les points forts de la reconquête spatiale française à travers l’histoire des programmes Télécom 1 et Télécom 2. On y décèle tout à la fois les certitudes d’équipes conscientes de travailler pour un projet porteur d’indépendance nationale mais également les premières interrogations sur les modalités à mettre en Ĺ“uvre pour qu’un tel effort ne débouche pas sur des positions acquises et protégées pour les manufacturiers français associés à ces programmes.
Surclassant les câbles sous-marins coaxiaux alors mal adaptés pour les hauts débits et incapables d’acheminer des images, le satellite apparaissait triomphant à la fin des années 1970. Dans une économie des télécommunications réglementée et encadrée par des monopoles, qu’ils fussent privés (AT&T) ou publics (administrations européennes), la survie des câbles sous-marins fut cependant organisée au nom de la complémentarité entre les deux technologies. L’apparition des fibres optiques et la déréglementation changèrent radicalement la donne à partir des années 1980.
Moins coûteuse, plus simple à poser et susceptible d’évoluer par le simple changement de ses équipements terminaux, la fibre s’affirma rapidement comme un choix évident face au satellite pour les transmissions à longue distance de point à point. Simultanément, alors que les cadres imposés par des organisations comme INTELSAT devenaient de moins en moins efficaces, des acteurs nouveaux se pressaient sur un marché des télécommunications en croissance exponentielle. D’autres marchés devaient êtres trouvés pour une industrie qui avait gagné en taille et qui, en raison des applications militaires ou scientifiques des satellites, ne pouvait être livrée à elle-même.
L’article de Laurent Gille éclaire l’évolution la plus récente des systèmes satellitaires à travers le cas des entreprises de communication mobile utilisant des constellations de satellites en orbites basses. Leur échec a démontré qu’avant d’engager des investissements extrêmement lourds dans une technologie nouvelle, des études de marché précises, inscrites dans la durée et prenant en compte les mutations très rapides du secteur en terme de systèmes techniques, devaient être réalisées. Il souligne également que les effets d’annonce sont à manier avec précaution.
L’interview de Pascale Sourisse, numéro deux d’Alcatel Space, complète ce dossier en abordant les perspectives à moyen terme d’une industrie confrontée à un tournant de son histoire. Elle confirme que les satellites apparaissent de plus en plus comme la base de solutions spécifiques pour des problèmes que les réseaux terrestres ne peuvent résoudre à un coût raisonnable.
Associer des regards d’historiens, d’économistes et d’acteurs pour aborder quelques points saillants de cette place des satellites dans les systèmes de télécommunications, tel était le pari de ce dossier. Sans prétendre à l’exhaustivité, il propose la mise en perspective d’un domaine d’activité qui ne peut se comprendre et s’analyser sans être replacé dans la longue durée. Cette méthode suggère qu’une approche sensée des mutations technologiques liées à l’analyse des stratégies industrielles ne puisse pas faire l’économie de l’Histoire.
Cette histoire croisée des ondes et des câbles, commencée au tout début du XXe siècle et qui a vu tour à tour les unes ou les autres prendre l’ascendant dans le domaine des liaisons à longue distance, semble arriver à son terme en 2001. Le partage des tâches dessiné, lorsque Marconi développait ses premières activités, est confirmé cent ans plus tard. Il se résume pour l’essentiel à une répartition qui voit les liaisons fixes attribuées aux câbles et les liaisons mobiles confiées aux ondes. Pendant cent ans, cependant, l’acharnement des hommes de l’hertzien à rivaliser avec les câbles sur le segment des liaisons à longues distances entre points fixes a créé une émulation technologique qui explique sans doute le dynamisme global de ce secteur.
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