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Métropolis

I.S.B.N.sans
104 pages

p. 85 à 87
doi: en cours

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Histoire de courbe

n° 43 2001/1

2001 FLUX Histoire de courbe

Il y a un siècle : valorisation boursière d’une entreprise de télécommunications transatlantiques

Pascal Griset
La mise en place de réseaux de télécommunications à longue distance constitue en ce début de XXIe siècle une activité risquée. Cela est tout particulièrement vrai pour le secteur des satellites. Techniques ou financiers, les enjeux sont considérables et la part d’aléas significative. Ce risque entrepreneurial se retrouve dans le domaine des câbles sous-marins il y a plus d’un siècle. Les déboires de la Compagnie Française des Câbles Télégraphiques (C.F.T.L.) créée le 12 décembre 1890 en attestent.
Destinée à reprendre les activités de la Compagnie Française du Télégraphe de Paris à New-York (PQ) et de la Société Française des Télégraphes Sous-Marins (S.F.T.S.M.), deux compagnies françaises en difficulté, elle devait également, de manière beaucoup plus positive, assurer son développement par la pose d’un nouveau câble transatlantique. Ce projet, commercialement risqué dans un marché dominé par les compagnies anglaises, fut confirmé par la signature d’une convention avec l’État le 2 juillet 1895 [1]. Par ce texte, la nouvelle entreprise obtenait quelques garanties et l’autorisation d’exploiter à la condition de s’engager à réaliser un programme précis:
  1. Exploiter les lignes de la PQ entre Brest, Saint-Pierre, Cap Cod et Canso,
  2. Poser et exploiter un nouveau câble rattachant le réseau des Antilles de la S.F.T.S.M. aux lignes transatlantiques,
  3. Établir, entretenir et exploiter un câble reliant directement la France aux États-Unis (Cap Cod), avec prolongation jusqu’à New-York par des lignes terrestres ou sous-marines.
C’était sur la pose de ce nouveau câble moderne et performant que l’avenir de la société reposait.
En 1897, la fabrication et la pose du câble furent confiées à la Société Industrielle des Téléphones (S.I.T.). L’option technique était audacieuse. Un tracé direct fut adopté, le câble devant relier Brest à Cap Cod sans atterrissage intermédiaire. Pour la première fois, l’industrie française assumait l’ensemble des responsabilités liées à l’ouverture d’une liaison transatlantique. La S.I.T. et la C.F.C.T. assuraient le financement, la fabrication, la pose et l’exploitation du conducteur. Le projet constituait donc un véritable défi pour la S.I.T., encore accentué par les délais très courts qui lui étaient impartis.
Les premières difficultés sérieuses apparurent au moment de la fabrication du conducteur, les infrastructures de la S.I.T. à Bezons s’avérant mal adaptées pour une telle entreprise. Malgré ces problèmes, la pose débuta au printemps. Le choix d’une liaison directe sur une distance aussi grande (6 000 kilomètres) faisait du câble Déolen-Cap Cod une première technologique mondiale. Jamais distance si grande n’avait été franchie sans stations intermédiaires. Ceci impliqua l’adoption d’un câble de plus grande section, doté d’une armature renforcée et conséquemment beaucoup plus lourd. Le 16 septembre, un grave accident de machine contraignit le navire câblier à regagner l’Irlande pour réparer. De retour sur la zone de travail au début du mois d’octobre, « […] les violentes tempêtes sévissant alors dans l’Atlantique font échouer les tentatives successives qui furent faites pour reprendre la pose [2] ». Telle était, du moins, la version officielle présentée aux actionnaires quelques mois plus tard.
La réalité semble avoir été différente. D’après A. Gay, l’échec de la tentative était dû principalement à des problèmes de technique de pose. Les hommes de la S.I.T. manquaient d’expérience sur des missions aussi importantes. Le câble posait par ailleurs, en raison de son poids inhabituel, des problèmes inconnus jusqu’alors. Il semble donc qu’en cours de pose, lorsque le dragage du câble s’avéra nécessaire, les moyens mis en Å“uvre furent totalement inadéquats pour parvenir à le relever. Malgré les multiples tentatives et les filins brisés, le câble resta au fond [3]. À la mi-novembre, la S.I.T. était contrainte d’informer son client que l’opération était remise à l’année suivante [4]. Com-mencée tardivement dans la saison en raison de délais de fabrication trop longs, la pose du câble se terminait donc sur un échec.
Déjà malmenée en raison des retards dans la mise en Å“uvre du projet, l’action de la C.F.C.T. accentua sa chute. Le report d’ouverture d’au moins un an repoussait d’autant les recettes escomptées et le paiement de la subvention gouvernementale. En revanche, les charges financières ne pouvaient supporter aucun délai. Sans ressources suffisantes, la C.F.C.T. était contrainte d’assumer d’importants remboursements. Comme le constataient ses administrateurs : « Le retard dans l’achèvement du câble de Brest à Cap Cod a eu pour conséquence de laisser entièrement à la charge de la compagnie l’intérêt et l’amortissement du capital engagé dans l’entreprise jusqu’au moment où le nouveau câble sera ouvert au service ».
Un dispositif fut élaboré pour sauver la C.F.C.T. et donner, dans la mesure du possible, des garanties solides aux sauveteurs. Une réunion tenue au ministère des P.T.T. examina au début du mois de janvier les solutions possibles. Un projet de création d’une société qui fournirait les ressources nécessaires et reprendrait l’exploitation de la Compagnie fut exposé au ministre. Ce dernier, conscient de la gravité de la situation, ne manifesta pas d’opposition à un tel dispositif. « Il serait utile, suggéra-t-il cependant, de “sauver la face”, c’est-à-dire de donner à la nouvelle société un programme qui en expliquerait la création, en dehors de l’aide qu’elle donnerait immédiatement à la Compagnie des câbles [5] ». Ainsi serait préservé le « crédit moral » de la C.F.C.T. Une nouvelle structure, la Société Générale Française de Télégraphe, au capital de 10 millions de francs, fut créée par des établissements de crédit [6] et par la Société Industrielle des Téléphones. Par traité signé le 31 janvier 1898, la S.G.F.T. avançait à la C.F.C.T. 8 millions de francs en compte courant et 2 millions en fonds de roulement. En garantie, elle prenait directement en main l’exploitation du réseau de la C.F.C.T.
En avril 1898, les travaux de pose du câble reprirent. La nouvelle campagne de pose s’acheva de manière satisfaisante le 2 septembre 1898 alors que de multiples échecs avaient laissé craindre un nouveau report d’un an [7]. La Compagnie disposait du câble le plus long qui ait été immergé jusqu’alors (5 878 kilomètres), l’avantage de la liaison directe étant cependant compensé par un débit plus faible que celui qui aurait été obtenu avec un atterrissage intermédiaire [8].
Le démarrage fut difficile. Il fallait convaincre une clientèle informée d’une manière ou d’une autre des difficultés financières et surtout techniques de l’entreprise. Celle-ci ne s’en releva jamais. Si les interventions des banques ou de la puissance publique permirent d’éviter une déroute trop rapide, le cours de l’action chuta néanmoins régulièrement, pour atteindre une valeur quasiment nulle en 1904.
Le redressement ultérieur ne fut possible qu’en raison de nouveaux montages qui évitèrent à l’entreprise une totale faillite.

Cours de l’action CFCT en francs
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NOTES
 
[1]) Approuvée par la loi du 28 mars 1896.
[2]) Assemblée générale C.F.C.T., 30 juin 1898.
[3]) Gay A., les Câbles sous-marins, tome II, « Travaux en mer », Paris, 192 pages, p. 172.
[4]) Conseil d’administration C.F.C.T., 11 novembre 1897.
[5]) Note interne C.F.C.T., Archives France-Câble et Radio, Carton 49.Le projet proposait d’élever le capital de la nouvelle société à 20 millions et de lui confier l’établissement d’un réseau câblier pour Madagascar.
[6]) Banque de Paris et des Pays-Bas, Banque Internationale de Paris, Crédit Industriel, Société Générale, Comptoir d’Escompte, Banque Française de l’Afrique du Sud.
[7]) Réception provisoire le 26 septembre après que l’Administration eut reconnu que le câble satisfaisait aux conditions du cahier des charges.Réception définitive trois mois plus tard à la suite des essais d’usage prévus par le cahier des charges du constructeur.
[8]) Les tests révélèrent une vitesse de transmission de 380 signaux par minute, supérieure de 80 au chiffre de 300 signaux fixé par le cahier des charges de l’État. (Assemblée générale C.F.C.T., 29 juin 1899).
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[1]
) Approuvée par la loi du 28 mars 1896. Suite de la note...
[2]
) Assemblée générale C.F.C.T., 30 juin 1898. Suite de la note...
[3]
) Gay A., les Câbles sous-marins, tome II, « Travaux en mer...
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[4]
) Conseil d’administration C.F.C.T., 11 novembre 1897. Suite de la note...
[5]
) Note interne C.F.C.T., Archives France-Câble et Radio, Ca...
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[6]
) Banque de Paris et des Pays-Bas, Banque Internationale de...
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[7]
) Réception provisoire le 26 septembre après que l’Administ...
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[8]
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