Flux
Métropolis

I.S.B.N.sans
112 pages

p. 96 à 98
doi: en cours

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Le sens de l'(heureux) événement

n° 44-45 2001/2-3

2001 FLUX Le sens de l’(heureux) événement

Zoé dans le métro

Agnès Sander Olivier Coutard
Deux membres de notre rédaction ont testé pour vous quelques parcours dans le métro parisien. Ils en retirent de multiples sensations (contradictoires) et une idée simple : que la RATP flèche des itinéraires alternatifs sans escaliers fixes (lorsque de tels itinéraires existent) pour les personnes peu ou difficilement mobiles.
« Ah ! Si on avait le métro à Saint-Montron ! N’est-ce pas, petite ?
– Ça alors, dit Zazie, c’est le genre de déconnances qui m’écÅ“urent particulièrement. Comme si pouvait y avoir le métro dans nott bled.
– Ça viendra un jour, dit le type. Avec le progrès. Y aura le métro partout. Ça sera même ultra-chouette. Le métro et l’hélicoptère, vlà l’avenir pour ce qui est des transports urbains ».
Raymond Queneau, Zazie dans le métro.
Zazie, d’aucuns s’en souviennent, n’a jamais réussi à prendre le métro (ni, d’ailleurs, l’hélicoptère). Zoé, si. Le métro, pas l’hélicoptère. C’était bien. Mais de là à dire que c’était ultra-chouette, y’a une rame. Ou même deux.
 
Aller
 
 
C’était donc, on va dire, un samedi. L’équipe : papamamanzoé, la poussette et le sac. Oui, le sac : biberons de Zoé, gâteaux de Zoé, peluches de Zoé, livres de Zoé et autres passe-temps (de Zoé) en tous genres.
Au départ, pas d’embrouille. Il y a une porte pour passer avec les poussettes, un agent au guichet, un interphone pour appeler l’agent au guichet pour qu’il ouvre la porte pour qu’on passe avec la poussette. Et ça fonctionne ! Ça console des quarante marches qu’on vient de descendre en portant Zoé dans sa poussette (genre Abraracourcix), le sac entre les dents, en faisant attention à ne pas s’écrouler jusqu’en bas.
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Mais à la première escale, Hôtel de Ville, ça se gâte. En général, pour sortir, on n’a pas de problème. La poussette passe tout juste par les portes automatiques à double battant (même que des fois on utilise les mêmes pour entrer). Mais là, ça coince. Oh pas beaucoup, disons trois centimètres, allez, quatre. Mais même en repliant les rétroviseurs ça passe pas. D’ailleurs, des rétroviseurs, y en a pas. Skifékon a deux possibilités : soit exploser la poussette, soit la plier. Ça va, on vient de partir, on est zen. On la plie.
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Mais ça ne passe toujours pas. Ah tiens! En fait, il y avait un portillon.
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Et un interphone.
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« Bonjour, Madame, c’est possible de nous ouvrir la grille, là, parce qu’on est avec une poussette et ça ne passe pas par la sortie ?
– Ah non, absolument pas. Je suis désolée.
– … ? »
Désolée ? Et nous donc. Là, ça y est, on est déjà moins zen. Heureusement, avec un peu d’énergie (et un chausse-pied) on arrive à faire passer la poussette par-dessus les portes. (Sur la photo, y a Zoé dans la poussette, mais c’était juste pour la photo).
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Un peu plus tard, nous revoilà les mêmes, papamamanzoé, la poussette et le sac. Cette fois nous voulons correspondre, comme ils disent à la RATP, de la ligne 11 à la ligne 14 (station Châtelet pour cèlzéceux qui n’ont pas leur miniplan sous la main). On se dit kleu plus logique, c’est de suivre les panneaux (la signalétique).
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Alors là, Messieurs, c’est du grand art, la RATP votre partenaire minceur et muscles. Mieux que le Gymnase Club. Le GR20 chez vous.
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20 marches en descente, 16 en montée, 16 en descente, un escalier mécanique pour la route, encore 12 marches en descente…
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… et 23 petites dernières pour atterrir atterrés sur le quai. Tiens, il fait chaud, tu ne trouves pas ? On a à peine le temps de se requinquer qu’il faut sortir. Ultra-modernes, les stations de la ligne 14, mécaniques, automatiques, ergonomiques. Par exemple, les sas permettant le passage des véhicules encombrants, c’est un vrai progrès. Et il y en a de plus en plus.
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Manque de bol, celui-là, il est rétif. Il veut bien nous laisser entrer, mais pour sortir… Oscour, l’interphone !
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« Allô ? On est coincés, là, dans le sas avec la poussette. Vous pouvez faire kekchose ?
– Ah mais c’est que ce n’est pas pour les poussettes, c’est seulement pour les personnes handicapées.
– … ? »
Handicapés, on commence à l’être pas mal. Réprimant une réplique zazienne, voire zaziesque, nous ressortons à reculons. Mais alors c’est quoi, là, la petite image près du panneau « Sortie » ?
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Retour
 
 
Au retour, re-Châtelet par la 14. Mais là, avec le micro-ondes en promo coincé sous la poussette, pas question de faire le même trajet en sens inverse et remonter les deux mille marches. On n’a pas envie de laisser des orphelins. Ben, qu’on se dit, on n’a qu’à faire comme si on allait au RER et on prendra le tapis roulant, enfin, le système de transport hectométrique.
Résultat : ascenseurs, tapis roulants, escaliers mécaniques, la grande classe. En tout et pour tout, à peine quelques marches, à la fin, à descendre à la main (si l’on ose dire) pour atteindre le quai de la 11. En voilà une idée pour la RATP : flécher des itinéraires sans trop d’escaliers pour clients peu ou difficilement mobiles.
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Ultra-chouette, le mé-tro ? Avec une poussette, faut voir. C’est sûr que ça va dans le bon sens, mais y a encore à faire. On va essayer l’hélicoptère.
Ze end.
Zoé ? Elle a a-do-ré ! Et nous ? On se dit qu’on a vieilli.
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