2001
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Dossier « Espaces de la coordination économique »
Les espaces des relations interentreprises : l’exemple des activités de R&D
Olivier Bouba-Olga
Olivier Bouba-Olga est Maître de Conférences en sciences économiques à l’université de Poitiers. Spécialisé en économie de l’innovation et en économie régionale, il est membre du laboratoire de recherche TEIR (Territoires, Industries, Réseaux) au sein de la même faculté. Dernières publications : « Division cognitive du travail et géographie des activités », Revue d’Économie Régionale et Urbaine, 2000, n° 1, p. 17-26 ; « La diversité des dynamiques spatiales : une analyse méso-économique de la convergence, de la divergence et du retournement spatial », Revue d’Économie Appliquée, 2000, n° 1, p. 7-36.
Christophe Carrincazeaux
Christophe Carrincazeaux est Maître de conférences en sciences économique à l’université Montesquieu Bordeaux IV. Membre de l’équipe E3i (Équipe Industries, Innovation, Institutions) de l’IFREDE, ses travaux portent sur l’Économie de l’innovation et plus particulièrement sur l’analyse du rôle de l’espace dans le processus d’innovation. Publications récentes : « Proximity and Localisation of Corporate R&D Activities », Research Policy, (30) 5, pp. 735-757, 2001 (en collaboration avec Y. Lung et A. Rallet) ; « The role of geographical proximity in the organization of industrial R&D », in M. Feldamn et N. Massard, Knowledge Spillovers and The Geography of Innovation :Institutions and Systems of Innovation, Kluwer publishers, à paraître, 2001.IFREDE - E3i, Université de Bordeaux IV
L’objectif de cet article est d’analyser, de manière théorique et empirique, les modes de coordination des entreprises et leur incidence sur les modes de localisation des activités. Dans ce but, nous définissons, dans la première partie, une grille de lecture s’inscrivant dans l’approche de la proximité, qui permet de mettre en évidence la multiplicité des espaces convoqués par les acteurs économiques. Nous proposons ensuite de caractériser les relations interentreprises en nous appuyant sur les approches en termes de compétences. Sur la base de ces définitions, nous recensons enfin les principaux arguments avancés dans la littérature pour expliquer le rapport à l’espace des relations interentreprises.
La deuxième partie présente les résultats d’une étude empirique menée auprès d’entreprises engagées dans des activités de R&D et leurs implications sur les propositions avancées. En nous intéressant à la R&D des firmes, nous testons le rôle de l’espace dans les relations interentreprises à partir d’une activité réputée à la fois globale et sensible aux caractéristiques locales à l’instar des activités d’innovation en général. Ce travail empirique a le mérite essentiel, selon nous, de dépasser les études monographiques que l’on rencontre habituellement dans la littérature. Il permet de dégager quelques régularités fortes dont on peut déduire, en conclusion, des implications en termes de diagnostic territorial.
This paper aims at analysing, both theoretically and empirically, the various patterns of coordination among firms and their impact on the patterns of localization of activities. For this purpose, an analytical framework is built in the first part of the paper, based on concepts elaborated within the proximity school in economic geography which emphasizes the multiplicity of spaces of reference of economic actors. Then, relations among firms are characterized using the competence-based approach in industrial organization. Based on these two analytical tools, the paper reviews the main arguments developed in the literature to explain the spatial dimension of inter-firm relations.
The second part of the paper presents the results of an empirical study of firms involved in research and development activities, and discusses these results with respect to the theoretical arguments discussed in the first part. Through the study of research and development activities, which are generally viewed as both global and sensitive to local conditions as all innovation processes, the paper sheds new light on the role of space in inter-firm relations. This empirical work is especially valuable in that it allows to go further than the usual local case-studies that form the bulk of the literature. It allows to identify a number of strong regularities that, in turn, prove helpful in terms of local economic diagnosis.
Le rapport à l’espace des activités productives a fortement évolué depuis le milieu des années soixante-dix : certains auteurs, d’abord, ont mis en évidence l’accroissement soutenu des relations économiques internationales, non seulement sous la forme traditionnelle d’exportations de biens et de services, mais aussi, et de plus en plus, sous des formes médiatisées par les firmes multinationales d’échanges intra-groupes, d’investissement direct à l’étranger ou encore d’accords de coopération, y compris dans le domaine technologique. D’autres auteurs observent, dans le même temps, le dynamisme spécifique de territoires infra-nationaux, qualifiés de districts industriels, de milieux innovateurs, de technopoles, …, érigés par certains en nouveau modèle de développement post-fordiste, et débouchant notamment sur une politique active de la DATAR (Délégation à l’Aménagement du Territoire et à l’Action Régionale) en faveur des SPL (Systèmes Productifs Localisés). D’autres, encore, soulignent le rôle majeur des grandes métropoles dans le développement économique des pays et leur relative déconnexion par rapport à leur périphérie…
Il nous semble que, prises ensembles, ces différentes observations démontrent la complexité croissante du rapport à l’espace des activités économiques et, plus encore, elles mettent en évidence la multiplicité des échelles territoriales pertinentes : loin de s’opposer, global et local participent conjointement à la définition d’une nouvelle géographie multipolaire dont le réseau et le territoire sont les figures exemplaires. Cette évolution se retrouve d’ailleurs, et ceci n’est bien sûr pas une coïncidence, à l’échelle institutionnelle, si l’on en juge, pour se limiter au cas français, au double mouvement de décentralisation d’une part et de construction européenne d’autre part, si bien que le tableau d’ensemble s’apparente à ce que l’on peut qualifier de « configuration enchevêtrée » (R. Boyer, 2000, p. 41).
Mais plus que ces propositions essentielles, déjà bien analysées depuis le début des années 1990 (G. Benko & A. Lipietz, 1992 ; M. Bellet & al., 1993 ; P. Veltz 1996 ; …), l’objectif est, ici, d’approfondir la réflexion sur les modes de coordination des entreprises et leur incidence sur les modes de localisation des activités, en proposant, d’une part, une grille de lecture s’appuyant sur les travaux récents de l’approche de la proximité (M. Bellet & al., 1993 ; J-P. Gilly & A. Torre, 2000 ; …) ; et en alimentant d’autre part la réflexion par les résultats d’une étude empirique menée auprès des entreprises engagées dans des activités de R&D
[1].
Sur ce dernier point, il s’avère en effet que si la réflexion théorique est abondante, les analyses empiriques sont plus rares et se limitent souvent à des monographies dont on peut difficilement tirer des propositions générales. De plus, en focalisant l’attention sur les activités de R&D, on vise en fait, plus généralement, les activités d’innovation
[2] qui sont la source essentielle de croissance des économies développées, et, par conséquent, doivent être au c
Å“ur des stratégies de développement régional. Les résultats obtenus pour ces activités économiques essentielles ne sont pas sans conséquence sur les politiques d’aménagement et de développement des territoires : ils posent notamment la question des méthodes de diagnostic territorial, qui reposent encore largement sur des analyses de zones, en mettant en évidence l’importance des déterminants sectoriels et en soulignant, surtout, la nécessité d’une identification précise de la nature, de la fréquence, de l’étendue et de l’évolution des relations économiques entre les acteurs.
Relations interentreprises et proximités
L’objectif de cette première partie est de définir une grille de lecture s’inscrivant dans l’approche de la proximité, qui permet de mettre en évidence la multiplicité des espaces convoqués par les acteurs économiques. Nous proposons ensuite de caractériser les relations interentreprises en nous appuyant sur les approches en termes de compétences (G. Richardson, 1972 ; D. Teece & al., 1994 ; …). Nous croisons enfin ces deux analyses parallèles en recensant les principaux arguments avancés dans la littérature pour expliquer le rapport à l’espace des relations interentreprises.
Proximités, espace, réseau et territoire
Il y a plus d’un demi-siècle, François Perroux insistait sur la nécessité de sortir de l’illusion géographique, et proposait, pour se faire, de distinguer l’espace géonomique (l’espace banal) et l’espace économique. Le premier est « défini par des relations géonomiques entre points, lignes, surfaces et volumes » (F. Perroux, 1950, p. 229), c’est « l’espace sur lequel sont situés les moyens personnels et matériels de la firme en état de fonctionnement » (p. 231). Les espaces économiques « se définissent par les relations économiques qui existent entre des éléments économiques » ; par exemple, la firme « est souvent composée d’établissements géographiquement dispersés entre lesquels sont noués des liens diversement étroits d’organisation » (p. 232). Il est clair, ajoutait-il, que « les espaces qui nous concernent directement sont les espaces économiques » (p. 231, souligné par l’auteur).
Cette distinction n’a été finalement que peu exploitée, et ce n’est que récemment, dans le cadre de l’approche de la proximité (M. Bellet, G. Colletis, Y. Lung, 1993 ; A. Torre & J-P. Gilly, 2000 ; …), qu’elle a été réintroduite, avec une évidente filiation aux travaux de Perroux : A. Torre et J-P. Gilly (2000), par exemple, en distinguant une proximité que nous qualifierons de physique et une proximité que nous qualifierons d’organisée, considèrent que la dernière « traite de la séparation économique dans l’espace et des liens en termes d’organisation de la production » alors que la première « traite de la séparation dans l’espace et des liens en termes de distance » (pp. 12-13).
On peut ensuite déduire de cette séparation analytique des définitions précises des notions d’espace, de réseau et de territoire : le terme espace évoque une proximité physique entre les acteurs, le terme réseau évoque une proximité organisée, et enfin le terme de territoire correspond à la conjonction d’une proximité physique et d’une proximité organisée (Cf. figure 1).
Figure 1
Proximités, espace, réseau et territoire
L’intérêt essentiel de ces définitions est de ne pas supposer ce qu’il convient de démontrer : elles nous permettent de placer au cÅ“ur de la réflexion la question de la territorialisation des activités. Cette territorialisation n’est pas posée a priori, elle devient endogène ; elle est une potentialité et c’est l’analyse des relations économiques qui nous permettra ensuite de nous prononcer sur les conditions de son effectivité.
Les relations interentreprises
La conceptualisation des relations interentreprises suppose bien sûr de s’appuyer sur une théorie de l’entreprise. Nous proposons ici de nous inscrire dans le cadre de l’approche en termes de compétences, initiée par G. Richardson (1972) et prolongée par les travaux de D. Teece, R. Rumelt, G. Dosi et S. Winter (1994)
[3]. La proposition fondamentale est de considérer que l’entreprise est définie par l’ensemble des compétences — c’est-à-dire des savoirs, des savoir-faire et de l’expérience — qu’elle accumule de manière routinière, au fur et à mesure de son activité, en vertu de différents mécanismes d’apprentissage et d’activités quasi-routinières d’innovation
[4]. Parce que ces compétences intègrent une large composante tacite et ne peuvent s’accroître que de manière incrémentale, l’entreprise s’inscrit progressivement dans une trajectoire technologique spécifique : elle est conduite à se spécialiser sur un ensemble de compétences semblables dont l’évolution est cumulative et localisée.
Lorsque la fabrication d’un bien donné réclame la mobilisation d’un seul ensemble de compétences semblables, l’entreprise est incitée à réaliser l’ensemble du processus (logique d’intégration verticale). Mais lorsque cette fabrication réclame la combinaison de compétences dissemblables, les entreprises sont incitées à s’engager dans une division du travail, en focalisant leur effort sur les étapes du processus qui réclament les compétences qu’elles détiennent, et en se coordonnant avec d’autres entreprises qui détiennent des compétences complémentaires aux leurs.
Cette coordination des différentes étapes du processus est dans certains cas relativement aisée, aussi les entreprises tisseront t-elles de simples relations de marché ; mais dans d’autre cas, lorsque l’incertitude sur les besoins futurs de coordination est forte, lorsqu’un changement à une étape suppose une adaptation de l’ensemble des autres étapes, ou encore, et surtout, lorsque la complexité du processus croît, les besoins de coordination seront plus étroits et les entreprises devront tisser des relations de coopération (Cf. figure 2).
Figure 2
Les modes de coordination des activités
Compte tenu de l’accélération du progrès technique, de la complexité et de la diversité croissante des savoirs et des savoir-faire mobilisés par les firmes (P. Moati & E. Mouhoud, 1994), on doit s’attendre, et l’on observe effectivement, une croissance forte des relations interentreprises, de marché et hors-marché.
Croisement : les espaces des relations interentreprises
Les points précédents ont permis de définir précisément quelques notions clés relatives à l’espace et aux relations interentreprises. Il s’agit maintenant d’identifier les facteurs et les mécanismes à la base des modes de localisation des activités économiques, de repérer plus précisément ceux qui incitent à une co-localisation des activités complémentaires, et ceux, à l’inverse, qui favorisent le déploiement de réseaux trans-territoriaux. Dans cette optique, la littérature récente permet de dégager trois ensembles d’éléments explicatifs, dont nous allons exposer les principales lignes.
La géographie des compétences
Le premier élément explicatif de l’inscription spatiale des relations interentreprises tient à la géographie particulière des compétences existantes. Les compétences ne sont pas des ressources génériques, mobiles, dont seraient dotés les différents espaces. Ce sont des ressources spécifiques créées par les acteurs, accumulées dans les routines individuelles et organisationnelles des entreprises et des organisations et, à ce titre, peu mobiles. Aussi, lorsqu’une entreprise donnée recherche des compétences spécifiques complémentaires aux siennes, elle doit rechercher dans l’ensemble nécessairement limité, et d’autant plus limité que les compétences sont spécifiques, des entreprises en disposant.
Ceci favorise d’une part les lieux denses en compétences hétérogènes, notamment certaines métropoles (Cf. P. Veltz, 1996) et, d’autre part, le développement de réseaux trans-territoriaux. Pour prendre un exemple évident, on observe que le « réseau d’innovation spontané de la région Corse est surtout caractérisé par des coopérations entre entreprises locales et entreprises continentales », du fait que « les compétences n’existent pas ou sont peu nombreuses localement » (A. Torre, 2000).
Ceci ne dit rien de la genèse de cette géographie des compétences, mais si l’on considère qu’elle présente une inertie assez forte — compte tenu du temps nécessaire au développement d’une agglomération de compétences spécifiques — on peut considérer qu’elle constitue à court et moyen terme la contrainte essentielle qui pèse sur l’inscription spatiale des relations interentreprises. En complément, il convient cependant de faire l’histoire de cette géographie, tâche à laquelle se sont confrontées les deux autres ensembles d’analyses.
La nature des connaissances
Un facteur explicatif essentiel expliquerait la territorialisation des activités complémentaires : la nature tacite des compétences mobilisées par les entreprises. Par définition, ces compétences sont difficilement transmissibles : on ne peut les codifier, les inscrire sur un support, pour qu’elles se diffusent ensuite librement ou par l’intermédiaire d’un marché. Seuls les individus ayant partagé une expérience commune, ou des individus inscrits dans des rapports de face à face (autrement dit inscrits dans une proximité physique), seraient à même d’échanger et de s’approprier ces compétences.
Aussi, si la coordination des activités au sein d’un processus de production consiste en l’articulation de compétences tacites, on comprend que le mode de coordination principal soit la coopération, et que, cette coopération devant s’inscrire dans une proximité physique, elle participe à la construction d’un territoire.
Cette thèse des savoirs tacites, largement répandue dans la littérature économique, a cependant été remise en question pour différentes raisons : certains affirment que la formalisation décroissante des procédures informationnelles propres aux NTIC leur permet d’être un vecteur efficace de diffusion des connaissances tacites (A. Rallet, 1993), d’autres ajoutent que la diffusion de ces connaissances est souvent à rechercher ailleurs que dans les rapports de face à face, par exemple dans la culture d’entreprise, dans la culture professionnelle ou sectorielle véhiculée par les filières de formation, la presse professionnelle, les foires ou les salons (P. Moati et E. Mouhoud, 1995)… autant de vecteurs qui, effectivement, permettent aux acteurs de partager une expérience commune.
La logique d’encastrement
Dans ce dernier ensemble de travaux, l’inscription spatiale des activités dépendrait de l’ancrage des réseaux socio-économiques préexistants. Le point de départ de la réflexion est l’affirmation selon laquelle les acteurs économiques sont situés, encastrés dans des réseaux qui influent sur leurs comportements, et sont en retour affectés par ces comportements, selon une logique d’interaction propice à l’émergence de phénomènes de « path dependency » : on peut montrer (B. Arthur, 1989 ; G. Hodgson, 1996) que les choix des acteurs sont influencés par les choix préalables des acteurs avec lesquels ils sont en interaction, ce qui favorise l’émergence d’une technologie, d’une stratégie, d’une convention, d’une institution commune.
Par exemple, M. Grossetti (1991) montre que les élèves-ingénieurs du pôle toulousain s’insèrent progressivement, au cours de leur formation, dans un ensemble de relations sociales et économiques, qu’ils activent ensuite prioritairement, au cours de leur carrière professionnelle, pour mener à bien les missions qui leur sont confiées. Ils participent ainsi à l’émergence d’un réseau dont le rapport à l’espace dépend étroitement de l’inscription spatiale du réseau initial.
Dans le même ordre d’idées, si des entreprises sont localisées dans une zone au sein de laquelle la demande est singulière (plus précoce, plus exigeante, plus spécifique), les interactions locales producteurs-utilisateurs peuvent conduire à diviser localement le travail d’une façon spécifique, créer localement des institutions formelles spécifiques (institut de formation, de recherche, organismes de financement, …), partager de facto une « vision du monde » spécifique …, l’émergence de ces institutions formelles ou informelles renforçant en retour l’intérêt d’un ancrage territorial du système productif.
Bien sûr, toute la question est de savoir si les structures d’interaction initiales sont ou non localisées dans l’espace physique. Il semble bien, à ce titre, que les compromis institutionnalisés hérités de la période fordiste ont fait de l’échelon national un espace longtemps, et sans doute encore, incontournable. Mais les transformations récentes tant d’un point de vue économique (mondialisation de l’espace de concurrence, complexification des processus productifs, développement de réseaux de coopération, …), que politique (lois de décentralisation, construction européenne, …) tendent à multiplier les échelles d’intervention pertinentes pour un problème productif donné, aussi peut-on penser que les structures d’interaction se modifient progressivement, traversent les espaces d’intervention habituels, et peuvent favoriser le développement d’institutions trans-territoriales.
Ces différentes approches apportent un ensemble d’éléments intéressants, et peuvent d’ailleurs être combinées efficacement pour expliquer la formation et le développement de systèmes productifs localisés (Cf. par exemple l’analyse de M. Porter, 1999, sur la formation et le développement des grappes). Cependant, l’indétermination sur le résultat de la confrontation des différents mécanismes invoqués domine encore largement. Aussi, pour avancer dans la réflexion, il nous semble incontournable d’appuyer notre réflexion sur un matériau empirique suffisamment riche pour permettre de repérer plus précisément les espaces mobilisés par les firmes.
L’exemple des activités de R&D
En nous intéressant à la R&D des firmes, l’objectif est de tester le rôle de l’espace dans les relations interentreprises à partir d’une activité réputée à la fois globale (le « technoglobalisme » de D. Archibugi & J. Michie, 1995) et sensible aux caractéristiques locales à l’instar des activités d’innovation en général (Y. Lung, 1997). Ce travail empirique a le mérite essentiel, selon nous, de dépasser les études monographiques que l’on rencontre habituellement dans la littérature.
Plus précisément, notre volonté de mener une analyse plus systématique du lien entre espace, coordination et compétences nous a conduit à adopter une méthodologie permettant de repérer ce qui, dans la mise en cohérence de compétences nombreuses et variées, est porteur d’une inscription dans un espace spécifique. Il s’agit donc d’une entrée particulière dans la problématique relevant plutôt de l’économie de l’entreprise et des organisations. Elle présente l’avantage d’offrir une vision relativement claire du rôle que peut jouer la proximité dans les activités de R&D. Sa limite essentielle, pour qui voudrait approfondir l’aspect spatial de l’analyse, réside dans le manque d’information sur l’espace dans lequel se déploient ces relations de proximité
[5].
Méthodologie de l’enquête
L’argumentation proposée ici repose pour l’essentiel sur une enquête conduite en France en 1997 auprès de 3 800 établissements effectuant de la R&D. 620 questionnaires utilisables ont été retournés, apportant une information à trois différents niveaux concernant l’organisation de ces unités de R&D.
L’information recueillie
Le premier type d’information concerne les aspects généraux de la localisation des unités de recherche (localisation urbaine, sur site de production, à proximité d’autres centres de R&D publics ou privés…), et renseigne donc sur l’environnement géographique immédiat de ces unités. Ces éléments sont utilisés pour mettre en parallèle les caractéristiques de localisation avec les compétences mobilisées. Le cÅ“ur (méthodologique) de l’enquête réside cependant dans l’information recueillie à propos des caractéristiques du processus d’innovation ainsi que de l’organisation de l’unité de R&D.
Cette étude repose sur l’hypothèse d’une étroite imbrication entre les dimensions intra et inter organisationnelles de la R&D. Nous considérons en effet que les travaux dans ce domaine sont trop souvent centrés sur la problématique des relations externes en particulier lorsque sont abordées les externalités spatiales. Il nous semble pourtant que la compréhension de la relation entre les firmes passe d’abord par celle de l’organisation de la firme elle-même : la mobilisation de compétences externes et leur cohérence avec les compétences développées au sein de la firme sont indissociables. De ce fait, nous considérons que le rôle de la proximité dans la coordination se lit surtout au travers du prisme de l’organisation interne de la firme. L’accent doit alors être mis sur les interfaces entre recherche interne et externe. La recherche d’informations a été guidée par ces principes.
L’activité de R&D est ainsi caractérisée par des informations se rapportant aussi bien aux relations internes à l’établissement ou à l’entreprise (relations avec la production ou d’autres unités de R&D par exemple) qu’aux sources externes (relations verticales, coopération en R&D…). De la même façon, le questionnaire renseigne sur les modalités de gestion des projets de R&D, l’association des différents partenaires de ces projets ou la variété des moyens de communication utilisés.
C’est à partir de l’exploitation de ces informations que nous avons testé le lien entre coordination et proximité dans l’organisation des activités de R&D.
Du concept à la mesure
Compte tenu de l’adoption d’une approche en terme de compétences, nous avons cherché à qualifier la complexité du processus de coordination en traitant les données disponibles dans deux directions complémentaires. Nous avons, d’une part, tenté de mesurer l’étendue des problèmes combinatoires auxquels sont confrontés les unités de R&D en gardant à l’esprit la question de l’articulation interne/externe des compétences. Les unités de R&D ont ainsi été qualifiées par l’effectif, le nombre et la durée des projets entrepris ou encore par la diversité des champs scientifiques couverts. De façon symétrique, nous avons caractérisé les unités de R&D par des indicateurs concernant l’intensité et la variété des sources de la technologie utilisées, ceci afin d’évaluer le « niveau technologique » des recherche engagées.
En procédant de la sorte, la R&D conduite au sein des firmes est caractérisée par un niveau relatif de complexité des connaissances créées et mobilisées (Cf. annexe I et C. Carrincazeaux, 1999). La maîtrise de cette complexité suppose de développer et d’accéder à des compétences complémentaires dont on peut supposer que la combinaison ne se produit pas de façon aléatoire dans l’espace. En recoupant le classement des unités de R&D avec leurs caractéristiques de localisation, un certain nombre de tendances fortes émergent.
Principaux enseignements
Nous nous limitons ici aux principales conclusions de l’étude en rapport avec la question de l’espace des relations interentreprises
[6].
La sensibilité au local est liée au niveau de complexité
L’augmentation de la complexité de la base de connaissances se traduit par une fréquence plus forte des relations locales en rapport avec les compétences recherchées. Ceci s’exprime par exemple au travers d’une coopération à proximité (physique) de laboratoires de recherche privés lorsque les besoins en la matière sont prédominants et le niveau de complexité élevé. La proximité physique est par contre nettement moins mobilisée lorsque le niveau de complexité est plus faible.
On peut donc affirmer qu’en moyenne, plus le niveau relatif de complexité est élevé, plus le besoin de relations locales s’élève. Cette proposition peut d’ailleurs être inversée : dès lors que les relations locales sont plus fréquentes, la complexité du processus s’élève.
La sensibilité au local n’est pas exclusive de relations plus globales
Le constat précédent ne doit pas conduire à une surestimation du rôle du territoire. La maîtrise d’un processus complexe ne passe pas uniquement par des relations locales. On constate en effet que l’augmentation du niveau de complexité est aussi parfois associée à une fréquence plus élevée de relations non locales. Dans ce cas, la proximité organisée ne se superpose pas à une proximité de type physique.
L’élévation du niveau de complexité n’engendre donc pas une croissance exclusive des relations locales, au contraire, les relations non locales ont tendance à croître de façon plus intense. Les compétences nécessaires sont donc simultanément mobilisées aux niveaux local et global.
Les relations de proximité sont sensibles à la dimension sectorielle
Les évaluations proposées en fonction de l’appartenance sectorielle montrent que le niveau de complexité des activités de R&D varie en fonction du secteur. Il en résulte que l’importance de la proximité peut être analysée selon le secteur d’activité. Ceci se traduit par des tendances différentes en matière de mobilisation des compétences externes.
Dans le cas de secteurs à haute intensité technologique (pharmacie, électronique, informatique) ou de produits systèmes complexes (aéronautique, automobile) on constate à la fois des relations plus fréquemment locales et globales. L’accès à des compétences externes se fait par contre moins sur une base locale pour des industries plus traditionnelles au sein desquelles la complexité est plus faible (textile, machines, mécanique, instruments de contrôle…).
Localisation et proximités
L’intérêt de la méthode développée réside dans l’identification de facteurs permettant d’expliquer la co-localisation de certaines activités. Cela n’exclu cependant pas des interactions à proximité (physique) sans pour autant que le niveau de complexité soit élevé. Par ailleurs, dans le cas des relations avec la recherche publique, on s’aperçoit que l’approche par la complexité s’avère moins pertinente. Il faut dans ce cas faire appel à d’autres éléments qui renvoient notamment à la structure de la R&D des entreprises.
Il faut donc garder à l’esprit qu’il existe des facteurs de localisation communs à l’ensemble des activités de R&D (site de production, milieu urbain principalement) qui sont à relier avec la nature même de l’activité : la création de connaissances nouvelles est particulièrement dépendante de la richesse des interactions entre les agents et de la mise en commun de compétences spécifiques. Ce que l’on souligne ici, c’est une sensibilité différente de la R&D à ces différents facteurs en fonction du niveau de complexité en jeu. Le recours à un raisonnement en termes de proximités (physique et organisée) s’avère ainsi nécessaire à la compréhension des mécanismes qui interviennent dans les modalités d’accès aux compétences externes.
Implications théoriques
Les tendances relevées nous permettent d’avancer un certain nombre de propositions quant à la problématique de l’articulation ente le local et le global.
Une première implication concerne le lien entre complexité du processus et relations interentreprises : le nombre de relations augmente avec le niveau de complexité, ce qui valide plutôt bien l’analyse de Richardson (Cf. supra). Il en résulte donc que le recours à des compétences externes est d’autant plus fréquent que la variété des compétences nécessaires est forte et les connaissances mobilisées émergentes.
On pourrait alors s’attendre à ce qu’au-delà d’un certain niveau de complexité, les besoins de coordination étroits et fréquents s’accompagnent d’une co-localisation des acteurs. Or, deuxième implication essentielle, ce que l’on constate est un peu différent car si la tendance à développer des interactions locales augmente bien avec le niveau de complexité, les interactions à distance se développent aussi et ce avec une fréquence plus élevée. En d’autres termes, le nombre de relations globales augmente à taux croissant avec le nombre de relations, alors que le nombre de relations locales augmente à taux décroissant. Ainsi, il semble bien que, pour les entreprises enquêtées, les déterminants incitant à la mise en place de relations à distance (notamment : articulation aux réseaux existants de compétences spécifiques) priment sur les déterminants incitant à la mise en place de relations locales (savoirs tacites, réseaux sociaux, …).
Il faudrait ensuite, pour approfondir l’analyse, être capable d’analyser plus finement le jeu entre les dimensions physiques et organisées de la proximité tant leur recouvrement partiel montre ici la pertinence d’un raisonnement en ces termes. Il reste que nous pouvons affirmer d’une part, que le développement des relations inter firmes en matière de R&D est lié à la complexité des connaissances créées et mobilisées et d’autre part, que ces relations se développent de façon concomitante (voire complémentaire) à différents niveaux spatiaux.
Les développements précédents nous ont permis de montrer les limites de l’opposition récurrente — et finalement stérile — entre global et local. Il convient désormais, pour dépasser ce débat, de s’interroger plus finement sur les modes d’organisation des activités et sur leur rapport à l’espace.
Le schéma d’interprétation proposé, validé dans une certaine mesure par les résultats empiriques obtenus pour les activités de R&D, activités essentielles dans une logique de soutien de la croissance économique, peut être considéré comme une première tentative d’une telle analyse des modes d’organisation et de localisation des activités. Il démontre en tout cas qu’une politique de développement économique local adaptée doit s’appuyer sur un diagnostic territorial approfondi permettant de prendre en compte l’hétérogénéité sectorielle, analyser l’ensemble des relations économiques entre les acteurs, et repérer les compétences qu’ils mobilisent.
La dimension sectorielle des dynamiques spatiales nous semble, de manière générale, insuffisamment prise en compte. On sait pourtant que l’effort d’innovation, les modalités de la compétition, les possibilités de création d’entreprises, les relations entre les clients/fournisseurs, …, sont très variables d’un secteur à l’autre. On a vu également, par rapport au sujet qui nous préoccupe ici, que si certains secteurs peuvent s’organiser en systèmes productifs localisés, d’autres, sans doute plus nombreux, s’inscriront plus volontiers dans une logique résiliaire où coexistent relations locales et relations distantes. Or, ces différentes sources d’hétérogénéité dépendent de facteurs et de mécanismes que seule une analyse sectorielle préalable permettra d’identifier.
L’analyse des relations économiques entre les acteurs est encore plus souvent occultée par les diagnostics de zones, qui se limitent la plupart du temps à l’identification du capital spatial d’une aire donnée. Nous avons mis en évidence leur importance, dans le cas des relations de R&D, ce qui devrait inciter à procéder à un travail précis d’analyse i) des relations entre les acteurs économiques participant aux processus productifs dont il faut favoriser le développement, ii) de la nature de ces relations (travail à façon, prestation de conception, production sous licence, …), iii) de l’étendue, de l’espace de ces relations (locales, régionales, nationales, …).
Il semble enfin essentiel de repérer les compétences mobilisées par les différents acteurs du réseau productif, compte tenu de leur rôle dans la formation de l’avantage concurrentiel des firmes (et, par conséquent, des espaces), afin d’anticiper sur l’évolution probable des besoins du territoire.
Ces quelques indications méthodologiques soulèvent bien sûr tout un ensemble de problèmes (comment, par exemple, identifier les compétences foncières d’une entreprise ?), mais elles nous semblent incontournables pour que les politiques de développement local contribuent effectivement à la réduction des inégalités spatiales.
Annexe I
Niveau relatif de complexité de la base de connaissances
Le niveau de complexité de la base de connaissances est évalué à partir des indicateurs suivants :
-
la taille, au travers de l’effectif total de l’unité et de l’effectif moyen par projet ;
-
l’hétérogénéité des compétences mobilisées avec le nombre de domaines et de sous-domaines scientifiques cités ;
- le potentiel d’accumulation et de transfert de connaissances en retenant le nombre de projets conduits simultanément, la durée moyenne des projets ainsi que la fréquence des accords ;
- l’intensité de la coordination grâce aux variables concernant la fréquence des réunions, les rotations de personnel et l’usage de supports de communication ;
- le type de production soutenue par les unités de recherche évalué par le cartactère standardisé ou spécialisé de la production ;
- le type de connaissances développées au sein du centre de recherche appréhendée à partir du degré de nouveauté des compétences (technologies jugées encore peu répandues ou maîtrise de technologies de pointe), du degré de diffusion des technologies développées ainsi que de la propension à développer de nouveaux produits (ou procédés) ;
- le niveau d’opportunités technologiques dont l’estimation est basé sur le nombre et la variété des sources de technologie.
Une analyse en composante principale permet ensuite de regrouper les secteurs d’activité en cinq groupes de complexité (Carrincazeaux, 1999).
Configurations sectorielles selon le niveau relatif de complexité de la base de connaissances
Très faible - Fab. de mach. à usage spécifique (Machspe) - industrie textile (Textile) - Industrie du caoutchouc et plastiques (Caoutch) - Outillage, chaudronnerie et autres ouvrages en métaux (Metgen) - Fab. de peintures et vernis (Chpeint) Faible Moyen Fort Très fort - Fab. d’appareils domestiques (Domesti) - Traitement des métaux, mécanique générale (Metspe) - IAA - Fab. de matériaux de construction et céramiques (Mater) - Fab. d’équipements mécaniques (Eqmeca) - Fab. de machines et app. électriques (Electr) - Fab. de savons, parfums et pdts d’entretien (Chcosmet) - Fab. d’autres pdts chimiques (Chautre) - Travail du bois et fab. d’articles en bois (Bois) - Fab. de machines d’usage général (Machgen) - Fab. de matériel médico-chirurgical (Insmedi) - Fab. d’équipements de contrôle des processus industriels (Inscontr) - Métallurgie (Metallu) - Ind. chimique de base (Chbase) - Eq. automobile (Eqauto) - Industrie du verre (Verre) - Activités informatiques (Serinfor) - Services d’ingénierie (Seringen) - Fab. d’instruments scientifiques (Inscien) - Ind. Aéronautique (Aero) - Énergie et extraction (Énergie) - Fab. de pdts pharmaceutiques de base (Pharbas) - Fab. de mach. de bureau et mat. informatique (Infor) - Fab. de médicaments (Pharmed) - Agriculture (Agri) - Fab. d’app. d’émission et de transmission (Transmi) - Fab. de composants électroniques (Compos)
Annexe II
Localisation et niveau de complexité
Le tableau ci-dessous présente le pourcentage d’unités de R&D ayant répondu de façon positive aux critères de localisation proposés.
À l’exception de la variable
PRODLOC, les pourcentages correspondant aux unités de R&D caractérisés par un niveau très fort de complexité sont presque toujours significativement supérieurs à ceux du groupe « très faible ». Dans l’ensemble, la hiérarchie entre niveau de complexité et besoin de proximité est respectée
[7]. On peut en effet remarquer qu’avec l’augmentation du niveau de complexité, les localisations à proximité sont plus fréquentes, de même que les relations locales en matière de recherche. De plus, la fréquence des collaborations non locales augmente aussi (variables (
COLRECHLOC et
COLRECHFRA ou
ENTLOC et
ENTFRAN).
Fréquence de localisation des unités de R&D selon le niveau de complexité (en % des réponses)
Intitulé des questions Nombre des variables Niveau de complexité Localisation sur site de production TFort Fort Moyen Faible TFaible Ens. Techno. ou produits destinés à : LOCPROD a 54 53 67 70 71 61 - unité de production à proximité PRODLOC a 64 64 76 79 79 71 - autre unité de l’entreprise AUTPROD 63 57 49 63 55 58 - autre entreprise à proximité ENTLOC a 41 45 23 29 21 34 - autre entreprise en France ENTFRAN b 61 68 46 52 39 55 Localisation : - à prox. des clients principaux LOCCLIE a 22 14 03 18 10 14 - à prox. des sous-traitants LOCSTRA b 16 15 11 13 07 13 - en zone urbaine LOCVILL a 54 49 41 43 33 45 - au sein d’un parc scientifique LOCPARC a 19 09 07 07 03 09 - à prox. unité rech. des clients LOCRCLIE a 12 07 01 06 01 06 - à prox. unité rech. des sous-trait. LOCRSTRA a 12 06 03 03 03 06 - à prox. centres rech. privés LOCRPRI a 35 20 12 17 15 21 - à prox. centres rech. universitaires LOCRUNI a 49 47 36 41 31 42 Collaborations : - relations avec centres rech. locaux COLOCPRIV a 74 65 59 64 53 64 - partenariat labo. publics locaux COLOCLABO 63 60 56 64 51 60 - particip. programme de rech. local COLRECHLOC a 29 29 11 24 15 23 - particip. programme de rech. France COLRECHFRA a 66 58 32 49 28 50 Nombre d’unités 140 164 90 126 94 614 a Différences de moyennes significatives entre les niveaux très faible et très fort au seuil de 1 % b Différences de moyennes significatives entre les niveaux très faible et très fort au seuil de 5 %
Annexe III
Quelques exemples sectoriels
Fréquence de localisation des unités de R&D en fonction de l’appartenance sectorielle (en % des réponses)
Niveau de complexité Très fort Fort Moyen Faible Très faible SECTEUR Aero Agri Compos Eqauto Metallu Serinfor Domesti Insmedi Machgen Electr IAA Mater Chpeint Metgen Nombre d’observations 21 28 16 19 15 35 9 13 11 26 55 14 12 14 Localisation sur site de production 62 46 81 58 47 43 78 62 64 81 62 64 75 57 Techno. ou produits destinés à : - unité de production à proximité 81 57 87 84 80 51 89 54 73 84 78 78 75 85 - autre unité de l’entreprise 71 61 69 74 73 34 66 31 45 62 60 71 34 64 - autre entreprise de proximité 52 61 38 37 47 66 22 8 27 27 37 14 17 29 - autre entreprise en France 71 85 57 48 74 75 11 23 54 43 52 65 42 36 Localisation : - en zone urbaine 57 14 69 42 27 74 44 31 27 58 33 43 33 43 - au sein d’un parc scientifique 10 7 13 5 7 14 0 8 9 12 11 0 0 0 - à prox. unité rech. des clients 33 11 19 26 13 9 0 0 0 4 4 0 8 0 - à prox. unité rech. des sous trait. 29 11 13 11 13 9 0 0 0 0 2 0 0 0 - à prox. centres rech. Privés 38 29 63 16 53 17 0 8 27 4 24 7 25 0 - à prox. unité rech. Universitaires 57 29 81 32 53 49 56 15 55 46 44 21 25 21 Collaborations : - relations avec centres rech. locaux 76 68 88 52 66 63 67 31 54 65 65 50 33 43 - partenariat labo. publics locaux 58 39 81 52 73 57 33 31 54 62 69 50 17 50 - particip. programme rech. local 53 36 31 43 20 23 11 8 9 15 29 21 8 7 - particip. programme rech. France 81 82 63 69 67 32 22 23 27 57 40 64 25 14
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[1]
Cette étude est présentée en détail dans C. Carrincazeaux (1999).
[2]
On sait que la R&D, input de l’activité d’innovation, n’en est qu’une mesure imparfaite : les dépenses de R&D ne débouchent pas nécessairement sur des innovations et les innovations ne réclament pas nécessairement des dépenses de R&D. Cependant, les données sur la R&D et sur les brevets (qui souffrent de limites semblables) sont quasiment les seules disponibles pour aborder cette question de l’innovation.
[3]
Pour de plus amples développements, Cf. O. Bouba-Olga, (1999, 2000a, b). Compte tenu de notre problématique, cette approche est mieux adaptée que l’économie des coûts de transaction (O. Williamson, 1994) qui focalise son attention sur les problèmes de coordination des engagements et néglige les problèmes de coordination de la production (Cf. sur ce point R. Langlois, 1994).
[4]
Pour R. Nelson & S. Winter, (1982), la notion de routine fait référence à un modèle d’activité répétitif qui permet de gérer la complexité et l’incertitude économique. L’activité d’innovation elle-même est assimilable à des quasi-routines qui définissent ce qu’il faut explorer, comment, et dans quelle mesure.
[5]
Le problème étudié se situant au croisement de l’économie industrielle et de l’analyse spatiale, il est clair que se pose systématiquement la question du point d’entrée : l’entreprise, l’organisation ou, au contraire, l’espace ?
[6]
Pour une synthèse, voir annexe II et III et C. Carrincazeaux (2001).
[7]
À l’exception du groupe de complexité faible. Ceci est essentiellement lié à la présence importante de centres techniques dans le secteur des IAA.