2001
Flux
Histoire de courbe
50 ans d’extension du réseau électrique en France
Christophe Defeuilley
Le secteur électrique français commence à s’organiser dès la fin du 19ème siècle. La période 1880-1890 marque le véritable coup d’envoi du développement des usages industriels de l’électricité. Les premiers barrages et usines thermiques voient le jour, alimentant des usines de production, des édifices publics, accompagnant la diffusion de l’éclairage public. L’électricité reste cependant un produit de luxe, qui atteint peu de domiciles particuliers.
Le début du siècle
Il faut attendre 1906 pour que la loi reconnaisse aux distributions d’électricité un statut de service public. Le secteur électrique se développe essentiellement dans les grandes agglomérations, qui sont les premières à être couvertes. À la fin des années trente, on recense environ 200 entreprises de production, une centaine pour le transport et 1 150 pour la distribution. Cette multitude de sociétés privées auxquelles s’ajoutent 250 régies (présentes surtout dans les zones rurales), prend en charge pas moins de 20 000 concessions. Cet apparent émiettement est contrebalancé par l’existence de grands groupes industriels, actifs dans la production ou dans la distribution. Toutefois, il faut souligner que dans cette première phase de développement, l’électricité est avant tout une source d’énergie décentralisée, organisée autour de petits systèmes peu interconnectés. Parallèlement, les collectivités locales sont à l’origine de l’émergence d’une multitude de réseaux très locaux de distribution, avant tout pour répondre aux besoins de l’éclairage public. La population n’est pas desservie de manière homogène, la diffusion de l’électricité se fait au coup par coup.
En 1938, le gouvernement décide de donner une certaine cohérence d’ensemble au secteur. Un grand programme d’équipement est lancé, qui est tourné vers l’électrification des campagnes et le développement de l’interconnexion des réseaux. Cela conduit les entreprises privées à créer un organisme commun, le Groupement de l’Électricité, pour participer au financement des travaux. Malgré cette initiative, le réseau électrique couvre très imparfaitement le territoire. Ainsi, l’Ouest de la France accuse un sérieux retard. En 1946, le secteur électrique est nationalisé. La nouvelle entreprise, Électricité de France, récupère — moyennant indemnisation — le patrimoine de la plupart des sociétés privées. Dans certains cas, les régies de distribution, les SEM et les coopératives d’usagers exercent leur droit de rester en dehors du périmètre de nationalisation, ainsi que certains producteurs.
L’électrification rurale dans l’après-guerre
Après guerre, l’une des priorités d’EDF sera le développement du réseau électrique et le raccordement de tous les habitants. Cet effort s’inscrit dans une politique plus large de reconstruction et de développement industriel. En 1948, la France ne compte qu’un peu plus de 10 millions de foyers abonnés à l’électricité sur une population totale de plus de 40 millions d’habitants. L’essentiel de la population qui n’a pas accès au réseau se trouve dans les zones rurales. Il faudra attendre le milieu des années 70 pour que le cap des 20 millions de clients soit dépassé. 25 ans seront donc nécessaires pour couvrir l’essentiel de la population française, qui compte alors 52 millions d’habitants. À cette date, toute la population, sauf les sites très isolés (chalets, bergeries, refuges, habitations éloignées), est raccordée au réseau.
Sources : Annuaires statistiques EDF, traitement F. Nadaud (CIRED).
Transformations sociales et renforcement du réseau depuis les années 70
Après cette date, une autre période s’ouvre. Le nombre de clients domestiques continue à augmenter, mais pour de toutes autres raisons. Sous l’effet des transformations socio-culturelles et des changements de modes de vie, on assiste à une augmentation importante des résidences secondaires, à un développement des familles monoparentales, à un éclatement des foyers. Cela contribue, en plus de la progression démographique — lente mais régulière — à faire progresser le nombre d’abonnés, c’est-à-dire le nombre de contrats souscrits. À partir des années 70, l’enjeu principal n’est plus celui de l’extension des réseaux. Il s’agit maintenant d’améliorer la qualité de la fourniture et de répondre à la multiplication des applications et des usages de l’électricité.
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C. Stoffaes (1995), Services publics, question d’avenir, Ed. Odile Jacob, Paris.
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EDF (1994), L’histoire d’EDF, Paris.
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EDF, (annuel), Annuaires statistiques, Paris.