Flux
Métropolis

I.S.B.N.sans
112 pages

p. 4 à 6
doi: en cours

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Dossier « Le développement durable des réseaux techniques »

n° 47 2002/1

2002 Flux Dossier « Le développement durable des réseaux techniques »

Quatre contributions sur le développement durable des réseaux techniques  [1]

Olivier Coutard (CNRS-LATTS, France) Richard Hanley (New York City Technical College, États-Unis) Rae Zimmerman (New York University, États-Unis)
Les quatre articles qui forment le dossier du présent numéro de Flux ont été présentés et discutés lors d’un séminaire international de recherche sur le thème de la durabilité des réseaux techniques qui s’est tenu à l’Université de New York (NYU) en avril 2001. Lors de ce séminaire, certains participants ont traité de l’évolution des réseaux : leur développement, leur expansion, leur diffusion dans le tissu des pratiques quotidiennes au sein des sociétés modernes ; d’autres se sont intéressés aux institutions sociales qui forgent et sont forgées par les réseaux techniques ; d’autres encore ont étudié la vulnérabilité des sociétés urbaines vis à vis des défaillances des réseaux techniques. Ces présentations ont alimenté des discussions nourries et stimulantes sur le développement durable des villes et des réseaux techniques, cinq mois avant la destruction des tours jumelles du World Trade Center et dans une salle de la NYU située à une vingtaine de blocks au nord de ces deux tours.
Évidemment, la destruction du World Trade Center est d’abord un drame humain, des pertes et des souffrances immenses. Dans les heures qui ont suivi ce drame, il n’a été question que d’héroïsme, d’ingéniosité, de ténacité. Ce n’est que plus tard, dans les jours et les semaines qui ont suivi, que l’on a pu commencer à analyser ce qui s’était passé, pourquoi ça s’était passé, comment on pouvait restaurer des conditions de vie normales et ce qu’il convenait de faire pour éviter que cela se produise à nouveau. C’est alors que, parmi d’autres réflexions essentielles, certains experts ont commencé à examiner plus en détail la question des infrastructures urbaines, et singulièrement des réseaux qui sous-tendent le fonctionnement des villes. Le dossier rassemblé ici n’a évidemment pas pour vocation de répondre à ces questions : ni les organisateurs du séminaire, ni les participants ne pouvaient avoir en tête le drame du 11 septembre [2]. Pourtant, la lecture des quatre articles de ce dossier et des autres communications présentées à New York apporte des éclairages précieux sur les relations intimes entre les réseaux techniques et les villes qu’ils irriguent. Ils permettent de mieux comprendre pourquoi la vie dans/de celles-ci est devenue inséparable d’un bon fonctionnement de ceux-là.
L’article de Dominique Lorrain intitulé « Gig@city : l’essor des réseaux techniques dans la vie quotidienne » aborde plusieurs thèmes débattus lors du séminaire. Après un développement sur la transformation matérielle des villes en longue période, sur l’augmentation de leur densité réseautique conduisant à un nouveau type de ville, il place les usages et les usagers au cÅ“ur de son analyse de la diffusion des réseaux. Il note ainsi que la nécessité pour les ménages de disposer d’électricité de manière ininterrompue s’accroît (et s’est accrue historiquement) au fur et à mesure qu’ils s’équipent davantage en appareils électriques (par exemple en appareils électroménagers pour la cuisine). Il poursuit en notant qu’en entrant dans la sphère domestique, les réseaux touchent aux comportements individuels et intimes. Souvent, cette appropriation des techniques de réseaux et cette transformation des comportements ont d’abord lieu dans les villes, avant de se diffuser plus largement. Ceci tend à indiquer que les villes ne sont pas seulement des nÅ“uds de réseaux, des générateurs de trafic, mais aussi les lieux privilégiés de la mutation des pratiques sociales. D. Lorrain conclut son propos par une interrogation sur l’étanchéité des frontières de l’intime, sur la préservation de la vie privée au regard de la prolifération des réseaux.
Ana Maria Fernandez-Maldonado, à partir d’une analyse extrêmement bien documentée sur le développement des cabinas de Internet à Lima, éclaire un autre thème qui a traversé les discussions collectives lors du séminaire de New York : le thème de l’alternative au réseau, i.e. des dispositifs économiques, industriels, techniques et/ou sociaux susceptibles de se substituer à un raccordement à domicile (qui constitue l’offre standard dans les pays développés en matière de raccordement au réseau pour l’énergie, l’eau, le téléphone). Les cabinas sont des boutiques hybrides entre le cybercafé et le magasin de photocopies : on peut s’y connecter à Internet (c’est le service de base), imprimer des pages Web, faire des photocopies, etc. L’article montre que les cabinas, dont le nombre s’accroît très rapidement, permettent aux habitants pauvres de la ville d’accéder à des services auxquels ils ne pourraient pas accéder de manière privative. L’auteur se base, pour sa démonstration, sur des analyses très fines du taux de pénétration des cabinas dans les quartiers de la capitale péruvienne classés selon leur composition socio-économique.
L’article de Gene Rochlin, mi-analyse mi-essai, est une réflexion sur les tenants et les aboutissants institutionnels de la régulation des services en réseaux. À partir des exemples des télécommunications, du transport aérien et de l’énergie, G. Rochlin propose une analyse de ce qu’ont été jusqu’à présent (et de ce que pourraient être dans l’avenir) les conséquences profondes des réformes de libéralisation entreprises aux États-Unis depuis une vingtaine d’années, conséquences à la fois sur les prestations des entreprises de réseaux à leurs clients et sur l’organisation du travail au sein de ces entreprises. Il soutient que, dans un tel contexte, la notion de droit au service est mise en cause et il montre comment la régulation politique, les intérêts collectifs et les biens communs deviennent subordonnés à la régulation marchande, aux intérêts privés et aux profits des entreprises. Dans ce contexte, nous dit G. Rochlin, la durabilité économique, sociale et environnementale des réseaux techniques est sérieusement menacée.
Le dernier article du séminaire repris dans ce dossier, celui de Rae Zimmerman, traite également de réseaux en péril. L’auteur analyse comment les interconnexions et les interdépendances entre réseaux qui sont nécessaires au maillage fin des territoires urbains (maillage qui est à la fois la condition et le tribut de la fonction sociale éminente des réseaux) sont aussi une source de vulnérabilité. En guise d’illustration, elle décrit des exemples de défaillances en cascade causées par les interconnexions ou par la contiguïté physique des infrastructures. La catastrophe du 11 septembre 2001 a donné une illustration saisissante de ces mécanismes : de grandes quantités d’eau en provenance de canalisations endommagées, auxquelles s’est ajoutée l’eau employée par les services de lutte contre les incendies, ont inondé les voies du métro et mis hors d’usage le système de transports. L’eau est également à l’origine de la panne du réseau électrique qui, conjuguée à la défaillance des générateurs de secours, a entraîné l’interruption des réseaux de télécommunications. L’article comporte, d’une part, des analyses détaillées sur les multiples modalités de propagation des défaillances au sein de systèmes interdépendants et, d’autre part, des préconisations en matière de conception, de gestion et de surveillance des grands systèmes techniques visant à limiter le risque de défaillance à grande échelle.
Enfin, dans le « sens de l’événement » de ce dossier, l’un des organisateurs du séminaire, New Yorkais, revient sur les événements du 11 septembre 2001 à Manhattan, sur lesquels il nous livre ses réactions et analyses personnelles. D’autres analyses de cette catastrophe, plus approfondies, seront bientôt disponibles, y compris des analyses relatives à la destructuration et à la restructuration de ce qui est sans doute le principal nÅ“ud d’infrastructures dans le monde ; Flux s’attachera à en rendre compte.
Le comité scientifique du séminaire de New York était composé, outre les trois organisateurs, de Dominique Lorrain (CNRS-CEMS), Jane Summerton (Université de Linköping, Suède) et Joel A. Tarr (Carnegie Mellon University, États-Unis).
Le séminaire de New York a été organisé conjointement par le LATTS (laboratoire Techniques territoires sociétés, commun à l’École nationale des ponts et chaussées et aux universités de Marne-la-Vallée et de Paris XII, associé au CNRS) et l’ICIS (Institute for civil infrastructure Systems, institut commun à New York University et à la National Science Foundation) (États-Unis), en partenariat avec Cornell University, University of Southern California et Polytechnic University of New York).
Il était parrainé par le Journal of Urban Technology et par la revue Flux, cahiers scientifiques internationaux Réseaux et Territoires.
Il a bénéficié du soutien intellectuel et financier de plusieurs institutions françaises et américaines. En France : l’École nationale des ponts et chaussées, le Centre national de la recherche scientifique (CNRS, France), le Centre de prospective et de veille scientifique (CPVS) de la direction de la Recherche du ministère de l’Équipement, du Logement et des Transports, Réseau ferré de France, Électricité de France. Aux États-Unis : l’Institute for Civil Infrastructure Systems, la New York University, la National Science Foundation.
This work is supported by the Institute for Civil Infrastructure Systems (ICIS) at New York University (in partnership with Cornell University, Polytechnic University of New York, and the University of SouthernCalifornia). This material is based upon activities supported by the National Science Foundation under Cooperative Agreement No. CMS-9728805. Any opinions, findings, and conclusions or recommendations expressed in this document are those of the author(s) and do not necessarily reflect the views of the National Science Foundation.
Les articles publiés dans ce numéro de Flux ont bénéficié du soutien del’Institute for Civil Infrascture Systems (ICIS) de New York University (en partenariat avec Cornell University, Polytechnic University of New York et University of Southern California). Les activités de l’ICIS sont financées par la National Science Foundation dans le cadre de la convention n° CMS-9728805. Les opinions, analyses, conclusions et recommandations exprimées dans les articles sont ceux des auteurs et ne reflètent pas nécessairement les vues de la National Science Foundation.
 
NOTES
 
[1]Cet avant propos est la traduction légèrement adaptée de l’éditorial d’un numéro du Journal of Urban Technology (Vol. 8, n° 3) qui publie en anglais le même dossier (auquel s’ajoute un article de Graciela Schneier-Madanes qui a été également présenté lors du séminaire de New York mais que nous n’avons pas reproduit puisque la revue a publié dans son numéro 44/45 un article du même auteur sur le même thème).
[2]L’un des auteurs du dossier, Rae Zimmerman, en révisant son article pour la publication, a cependant tenu à développer le lien entre les analyses qu’elle avait développées lors du séminaire et certaines conséquences de l’effondrement des tours du World Trade Center. Rae Zimmerman a été chargée par la National Science Foundation (États-Unis) de coordonner l’effort de recherche en génie urbain sur les tenants et les aboutissants de cet événement.
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