2002
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Notes de lecture
L’imaginaire d’Internet, Patrice Flichy, Édition La Découverte, 2001, 272 pages
Patrice Flichy, sociologue à l’université de Marne-la-Vallée et directeur de la revue Réseaux, conduit depuis plusieurs années des recherches sur les technologies de l’information et de la communication. Dans L’Imaginaire d’Internet, il nous propose une histoire du réseau qui refuse d’emblée de dissocier Internet de ses représentations sociales. Afin de restituer le plus fidèlement possible le sens des discours contemporains sur la création d’Internet, l’auteur a séjourné plusieurs mois en Californie, lieu de naissance de la Toile, et s’est appuyé sur un vaste corpus de textes américains, nous permettant ainsi de mieux comprendre comment la société américaine « a basculé progressivement dans un nouveau domaine technique ». Pour P. Flichy, ces textes et discours n’accompagnent pas de façon accessoire le développement du réseau mais lui sont consubstantiels. Reprenant à son compte les analyses de Paul RicĹ“ur, il montre clairement que l’utopie et l’idéologie, loin d’être respectivement un non-lieu et un effet de distorsion du réel, se présentent plutôt comme des facteurs dynamiques d’actualisation et de transformation. Internet n’est donc pas une technologie muette mais avant tout une construction sociale, c’est-à-dire la résultante de choix technologiques dans lesquels sont venus s’incarner des utopies se transformant par la suite en idéologies.
Dès le début de l’ouvrage, P. Flichy établit nettement la place centrale que tient l’imaginaire dans le développement technologique d’Internet en rappelant que celui-ci est le dernier avatar d’une utopie technique ancienne : celle des autoroutes de l’information. La révolution par le câble, annoncée dans le programme politique d’Al Gore, devait signer l’avènement d’une société nouvelle où l’ordinateur, le téléphone et la télévision auraient travaillé de concert. Mais faute d’accords véritables entre responsables politiques et industriels, le rêve de la nation câblée va rapidement se dissiper. Il permettra néanmoins l’émergence d’un projet de réseau informatique.
Ce qui va faire la particularité de ce réseau c’est que ses concepteurs et ses premiers utilisateurs vont y insuffler leur propre vision du monde. En effet, on trouve à l’origine d’Internet des universitaires qui, dispersés géographiquement mais désireux de partager leurs connaissances, rêvent d’un collège invisible, fondé par une communauté d’égaux et coopérant pour la gloire de l’esprit. Ils mettent donc en place un réseau informatique permettant d’accéder aux ordinateurs des différentes universités puis de communiquer librement en s’échangeant gratuitement des logiciels de base. Parallèlement à ces intellectuels se tiennent les hackers, des mordus d’informatique proches de la contre-culture hippie, qui prônent un accès totalement libre et gratuit aux ordinateurs et aux informations. Ils défendent l’idée que l’ordinateur est l’instrument privilégié d’une transformation de nos modes de vie et d’une nouvelle esthétique. Là encore on retrouve l’utopie de la communauté électronique mais, cette fois, dans une stratégie de revalorisation du local, l’objectif étant de renforcer le lien social.
Bien que les universitaires et les hackers aient eu une conception différente de l’informatique en réseau et aient mis en place des dispositifs informatiques et des pratiques propres, P. Flichy montre bien de quelle façon l’utopie communautaire a joué dans l’ensemble le rôle d’un mythe fondateur dans la conception et les usages d’Internet. Celle-ci, néanmoins, s’est progressivement transformée en idéologie masquant la réalité : Internet n’est pas devenu un collège virtuel ou un foyer contre-culturel ; son principe de gratuité, son insularité par rapport au marché ont progressivement disparu. Mais, paradoxalement, les idéaux constitutifs de l’émergence du réseau, loin de se dissiper, sont restés vivants et ont engendré une véritable « cyberculture ».
P. Flichy analyse longuement cette cyberculture correspondant aux représentations d’une partie de la société américaine d’aujourd’hui. Il décrypte notamment les discours de la très influente revue Wired, regroupant les créateurs d’Internet et les digerati (intellectuels issus de la « digital generation »). On découvre ainsi, à la frontière du New Age et de la science-fiction, l’esthétique des artistes du numérique, le monde des cyberpunks qui rêvent d’hommes-robots, ceux qui souhaitent quitter leur corps de chair au profit d’un corps virtuel ou encore télécharger leur esprit dans des ordinateurs. P. Flichy met au jour la part de mystification et d’idéologie de ces utopies libératrices reposant sur l’illusion d’un monde efficient mais sans épaisseur. La cybersexualité et la cyberguerre sont plus des expressions inquiétantes d’un refus du corps ou d’une peur de l’altérité que l’assurance d’un monde sans risque et sans douleur. Il reconnaît néanmoins, sans pourtant s’y attarder longuement, que la réalité virtuelle est riche d’expériences et d’enseignements inédits : son, image, implication du corps, etc. Elle traduit le désir d’un devenir-autre de l’identité marquée par la différences des sexes ou des classes, l’affirmation d’un droit au masque qui, s’il a toujours existé, passe aujourd’hui par le fantasme de la dématérialisation du corps et de l’affranchissement des contraintes spatiales.
Ce désir doit d’autant plus être pris au sérieux qu’on le retrouve dans le discours politique des internautes. Les « cyberlibertariens », apologues de l’autorégulation et de la démocratie directe, voient dans Internet le modèle d’une société sans État alors que pour les « cyberdémocrates » le réseau représente un espace social et politique privilégié. Mais les uns et les autres présupposent que le corps et l’espace dans leur dimension physique représentent désormais un fardeau et une entrave à l’activité politique de demain. On peut regretter que P. Flichy ne questionne pas davantage les implications éthiques et politiques de ces discours : conduiront-ils vraiment à un renouveau de la vie démocratique ou signent-ils la fin du politique ? Il est certes trop tôt pour le dire, mais il est certain que ces discours n’ont un avenir que s’ils cessent de dissocier la question de la communication (et de sa vitesse) de celle du territoire comme substrat de toute vie en commun. En effet, comme le remarquait H. Arendt, que peut bien signifier la notion d’espace public si elle ne désigne plus un lieu véritable pouvant être investi par des individus visibles et tangibles ? Souvenons nous aussi de l’insistance de M. Foucault à nous rappeler que les modes de rationalité gouvernementale s’appliquent toujours à des corps dans un territoire donné. Peut-être certains lecteurs trouveront-ils que ces questions ne sont plus d’actualité, que les stratégies mercantiles des acteurs de la net-économie ont fait taire les voix politiques discordantes. Rien n’est moins sûr. Et, sur ce point, le livre de P. Flichy nous propose une conclusion rassurante : Internet, de par son hétérogénéité, reste spécifiquement un lieu d’échange où l’information circule encore librement et gratuitement. Gageons donc que l’imaginaire d’Internet a encore de beaux jours devant lui.
Philippe Simay
Tempête sur le réseau. L’engagement des électricien(e)s en 1999, Mathieu Brugidou, Jérôme Cihuelo et Hélène Meynaud (sous la direction de), L’Harmattan, 2002, 254 pages
Cet ouvrage est un retour d’expérience réalisé sous la direction de plusieurs chercheurs du GRETS (Groupe de Recherche Énergie, Technologie et Société) de la division Recherche et Développement d’EDF. Il est issu d’un colloque organisé par EDF fin janvier 2001 et rend compte de l’apport des sciences sociales pour penser l’organisation interne de l’entreprise et la mobilisation de ses employés lors de la crise consécutive aux tempêtes des 26 et 27-28 décembre 1999. Les rafales de vent avaient alors endommagé 70 % du réseau électrique de distribution (du fait, notamment, des arbres tombant sur les lignes) et privé d’électricité plus de trois millions de clients.
Selon l’actuel directeur de l’environnement d’EDF, Jean-Pierre Bourdier, le but principal de ce livre est de repenser le mode d’intervention d’EDF en cas de situation exceptionnelle, permettant le cas échéant de sauver des vies humaines. En effet, la fourniture électrique relève parfois d’une nécessité vitale : une coupure d’électricité de longue durée peut s’avérer fatale pour nombre de personnes dans les hôpitaux, les maternités, les maisons de retraite… Cet ouvrage contribue donc à l’effort des agents EDF pour accroître l’efficacité organisationnelle de leur entreprise, en vue de toujours garantir un secours prioritaire aux personnes en difficulté. Ainsi, le temps (deux années) écoulé entre la crise (fin 1999) et la publication du livre (début 2002) aura permis aux auteurs de réaliser leurs études et de mûrir leur réflexion sur le sujet.
L’ouvrage est animé par la thèse suivante : la tempête de 1999 fut l’occasion d’une résurgence et d’une réactualisation des mythes fondateurs d’EDF, à savoir une entreprise de dimension nationale, au cĹ“ur de l’action, constituée de techniciens et d’agents de terrain attachés à leur profession, unis par le travail, soucieux des attentes de chaque client et en même temps défendant l’intérêt général. Il est vrai qu’EDF a mobilisé fin 1999 un grand nombre de ses employés, certains retraités se portant même volontaires pour participer au rétablissement de la fourniture électrique. Ce « mythe de l’unité » permettrait de « redonner du sens » et de « retrouver ou reconstruire dans la mobilisation l’identité menacée » des agents de terrain, dont la fonction est habituellement dévalorisée par rapport à celle de leurs collègues de bureau.
Tous les chercheurs qualifient les conséquences de la tempête de 1999 d’exceptionnelles, tant par l’étendue géographique que par l’importance des dommages. Mais la tempête fut aussi, d’un point de vue interne, révélateur du mode d’organisation et de gestion d’EDF et, d’un point de vue externe, significatif de la mission de service public de l’entreprise et de ses choix énergétiques.
Nous allons aborder dans un premier temps la structure de l’ouvrage et présenter les principales idées avancées. Puis, nous proposerons une analyse critique des travaux présentés.
Le livre est composé de trois parties, chacune comprenant deux ou trois chapitres, rédigé chacun par un ou deux chercheurs. L’introduction de l’ouvrage rappelle le contexte de l’action d’EDF : un réseau électrique fortement mis à mal par le vent et les chutes d’arbres sur les lignes, une mobilisation rapide des agents EDF, plusieurs semaines de travail nécessaires pour restaurer l’alimentation de l’ensemble des clients.
Dans le premier chapitre traitant de la « gestion de la crise », Mathieu Brugidou et Michel Llory remettent en cause la notion même de crise pour lui préférer celle d’accident naturel. En effet, selon un ingénieur d’exploitation interrogé, « une crise aurait réellement eu lieu si les populations s’étaient soulevées, si les centres EDF avaient été pris d’assaut ». Or tel n’a pas été le cas, puisque la situation a toujours été « maîtrisée » par les agents et dirigeants d’EDF. Mais les auteurs ne montrent pas de complaisance envers leur entreprise et font l’hypothèse que « certains facteurs latents de crise demeurent ». M. Brugidou et M. Llory distinguent également quatre phases dans l’organisation mise en place durant cette période :
- la mobilisation et le diagnostic,
- les premières réparations,
- la mise en place de moyens lourds (avec notamment l’appel à des acteurs externes comme les agents de préfecture, les pompiers, les gendarmes, les directions départementales de l’Équipement, les militaires, les agents de compagnie d’électricité étrangères…),
- la sortie de la crise suivie d’une progressive remise en état du réseau.
Dans le second chapitre, Richard Chabot, chef du projet Plan d’urgence corporatif à HydroQuébec, tire les leçons de la tempête du verglas qui a frappé la province canadienne en 1998, entraînant comme en France des coupures durables. Il s’interroge en particulier sur la dépendance croissante des populations occidentales à l’égard de la technologie. Sa contribution est intéressante, non pas tant pour la première partie de son récit, très descriptive, que pour ses schémas de cycles de gestion des risques de sinistre et de planification des mesures d’urgence. Seul chercheur totalement désengagé par rapport à EDF, R. Chabot peut présenter de manière directe la finalité — stratégique et/ou commerciale — de certains gestes de l’entreprise française (comme la gratuité de l’abonnement pour tous les clients réalimentés après le 31 décembre 1999 à minuit). Il semble clair pour lui que, « à la différence de corps de pompiers ou de policiers dont la mission est la protection du public et le rôle est d’être en alerte, ces sociétés industrielles (à l’instar d’EDF) doivent d’abord concentrer leurs ressources dans des opérations de production, et ce, au meilleur coût ».
La deuxième partie, de facture assez classique, porte sur la mobilisation interne des employés d’EDF au cours de la crise. Élisabeth Chauffier et Jérôme Cihuelo montrent comment la tempête peut faire naître un sentiment identitaire pour les travailleurs, Hélène Y. Meynaud et Yann Cochin tentent de définir le rôle du sociologue d’entreprise dans de telles situations et Dominique Le Roux analyse les discours du forum interne de retour d’expérience mis en place par EDF pour ses agents. Dans ce dernier chapitre se retrouvent les témoignages d’agents exprimant leur regret de ne pas avoir été mobilisés malgré leur demande. L’auteur en conclut à la nécessité pour EDF de savoir mieux gérer la mobilisation des volontaires.
La troisième partie se veut une ouverture aux « clients » face à la crise. Elle contient la présentation des travaux de Patricia Morin-Andréani sur le forum externe Intempéries (forum informatique créé par EDF et ouvert aux clients) et de l’enquête de Fabienne Pagès et Marianne Tribel auprès de sinistrés des tempêtes de 1999.
La conclusion de l’ouvrage, apportée par le spécialiste de la sociologie des risques industriels et environnementaux Denis Duclos, est particulièrement intéressante. Elle met en exergue le caractère festif de la tempête : « libérés » de la hiérarchie, jouissant d’une grande autonomie d’action et forts de la confiance de leurs supérieurs, les agents de terrain ont vécu les évènements avec un profond sentiment d’accomplissement professionnel. Pour eux, le moment de la tempête semble moins correspondre à un « état de crise » qu’à son contraire, « un moment de réenchantement du monde ». Ainsi, le « malaise » habituel des métiers techniques a trouvé dans la tempête un « exutoire dans l’action ». Les agents s’accordaient sur les finalités du travail et les savoirs à mobiliser, faisaient preuve d’une inhabituelle coopération entre équipes, d’une exceptionnelle décentralisation de moyens… Cependant, comme le souligne l’auteur, le partage d’un objectif commun ne signifie pas que l’ensemble des acteurs donne le même sens à leur engagement. D. Duclos voit alors la festivité dans « l’espoir que l’on vive enfin une rupture dans le fonctionnement maniaque du socio-technique, une brève respiration, même fatale, même suicidaire, du fonctionnement sociétal ». Il est vrai qu’en cette fin d’année 1999, le bogue technologique était plus redouté que la catastrophe naturelle.
Au final, deux idées maîtresses émergent de la lecture de l’ouvrage : l’intense engagement de l’ensemble des acteurs EDF, et principalement des agents de terrain, et la forte satisfaction de ces derniers, partageant le sentiment de « faire leur métier » et d’appartenir à une « communauté d’action orientée vers une finalité commune ».
Au niveau des remarques de forme, on regrettera le choix du sous-titre, « L’engagement des électricien(ne)s en 1999 », quelque peu trompeur. En effet, cet intitulé suggère que le retour d’expérience a été mené de manière uniquement interne à l’entreprise, alors qu’une partie entière est consacrée à la réaction des clients face à la crise. En outre, il ne souligne pas assez que l’entreprise est aussi composée de dirigeants, de gestionnaires, de chercheurs… qui ont pris part à la gestion de la crise. Cette mise en avant de l’homme de terrain, symbole de l’action efficace, du lien entre l’entreprise et les usagers, ne participe-t-elle pas à la stratégie de communication d’EDF ? Il est vrai que « l’électricien » jouissait d’une très grande popularité auprès des particuliers durant la phase de post-tempête.
On peut également déplorer un enchaînement de chapitres manquant parfois de cohérence, l’articulation entre les contributions n’étant pas toujours évidente. Ainsi, la partie sur la mobilisation interne (partie 2) ne représente-t-elle pas un des aspects de gestion de la crise (partie 1) ? Certaines expressions semblent également peu appropriées. Par exemple, Jean-Pierre Bourdier se targue de la confiance accordée par les clients à EDF. Mais peut-on parler de confiance quand la contrainte de fourniture est omniprésente ? Les clients ne pouvaient faire appel à un autre fournisseur d’électricité pour rétablir le courant.
Il semble particulièrement nécessaire de revenir sur ce problème du choix, non seulement de fournisseur d’électricité, mais aussi et surtout de qualité et de quantité d’énergie consommée. En effet, comme le soulignent les auteurs, à la différence des autres retours d’expérience, l’analyse proposée dans l’ouvrage ne porte pas sur les causes de la crise, mais sur les réponses d’EDF. L’ouvrage aurait ainsi une fonction prospective : tirer les enseignements de la gestion de cette « presque crise », expliquer les meilleures façons de se prémunir contre une remise en cause trop brutale du mode de fonctionnement d’EDF, et, au-delà, de la politique énergétique en France. Or, il serait peut-être nécessaire qu’EDF, comme ses clients d’ailleurs, s’interroge aussi sur les causes de la crise, sur la fragilité technique du réseau et sur la dépendance croissante à l’électricité…
De fait, une grande lacune de l’ouvrage à mon sens est l’« oubli » d’une réflexion sur la politique énergétique d’EDF, et notamment sur la stratégie de développement nucléaire. Il se trouve qu’au cours de la tempête, les sous-sols de deux bâtiments combustibles de la centrale nucléaire du Blayais ont été inondés. Classé au niveau 2 sur l’échelle INES (allant jusqu’au niveau 7), cet « incident » aurait pu avoir des conséquences catastrophiques. En effet, en cas d’aggravation de la situation, les mesures d’évacuation de la population auraient été impossibles à réaliser dans un contexte de tempête (routes barrées par les chutes d’arbres…). Force est de constater que cet événement a été très peu mentionné dans la presse de l’époque. Or, il est nécessaire d’admettre que la gestion des catastrophes nucléaires fait aussi partie de la gestion des risques, et qu’à ce titre, un chapitre à ce sujet dans l’ouvrage n’aurait pas été inutile.
Ce livre possède néanmoins des atouts certains. Tout d’abord, il rassemble la contribution d’auteurs de formations variées : sociologues, psychologues, linguistes, sémiologues, statisticiens, ingénieurs… Ensuite, il est de lecture relativement aisée, pouvant ainsi prétendre à un lectorat étendu. De plus, il mêle une approche « compréhensive » des pratiques et représentations des acteurs (par des entretiens semi-directifs) à une approche plus statistique, plus « quantitative ». Il se base également sur une grande richesse de matériaux, ce qui est un avantage indiscutable : discours d’agents et de clients EDF, coupures de presse, rapports internes, forums de discussion… Il présente ainsi des chapitres variés, qui, faute d’une rigoureuse cohérence dans leur enchaînement, s’assemblent quelque peu à la manière d’une mosaïque instructive. Enfin, à quelques exceptions près, les auteurs ne cèdent pas à une auto-valorisation facile. La démarche de Mathieu Brugidou et de Michel Llory, analysant les dysfonctionnements dans la réponse organisationnelle de leur entreprise (faibles stocks au niveau local du fait de la logique économique des « flux tendus », manque de matériel de réparation…) est, à cet égard, courageuse. Cet ouvrage est donc heuristique selon une double perspective : il est un outil d’aide à la réflexion non seulement pour l’entreprise, mais aussi pour le citoyen, qui, au terme de sa lecture, se reposera sans doute la question des choix énergétiques en France et de sa dépendance actuelle au tout-électrique et au tout-réseau.
Virginie Diaz Pedregal