La fabrique de l’usager. Le cas de la collecte sélective des déchets
Rémi Barbier
Sous l’effet de pressions multiples, collectivités locales, industriels et pouvoirs publics s’engagèrent au début des années 1990 dans une vaste expérimentation collective visant la mise en place d’un nouveau modèle de gestion des déchets, basé sur la participation de l’usager. En dix ans, la collecte sélective des déchets d’emballages ménagers s’est durablement installée dans les comportements. Par un travail constant et systématique de capitalisation des résultats, de nouvelles configurations furent stabilisées, tandis que l’usager devenait une variable relativement prévisible et maîtrisable, assez bien saisie à l’aide de quelques ratios, quelques exigences raisonnables et une doctrine d’intervention relativement simple. Ce processus pourrait s’analyser comme une « colonisation des comportements » au bénéfice du système économique. Toutefois, même si l’initiative est restée très majoritairement du côté des élus, une forme de négociation avec les usagers s’exerça à travers ces expérimentations locales sur lesquelles furent branchés de multiples mécanismes de représentation. Par ailleurs, parce qu’elle multiplie les occasions de rencontre et donc de dialogue avec les usagers, parce que figure aussi explicitement dans la « doctrine sur l’usager » l’obligation de rendre des comptes, cette dynamique contient en quelque sorte en elle-même le principe, fragile mais réel, de sa démocratisation.
At the beginning of the 1990s, local authorities, industrials and the State started a large scale collective experiment aiming at a new waste management model. This model focuses on the valorisation of household packaging waste and it is based on user’s participation. Within ten years, packaging waste separate collection has been integrated in behaviors on a long term basis. Due to a steadfast and systematic effort of assessment, the user has become a relatively foreseeable and controlable variable. And this, through a few ratios, some reasonable requirements and a relatively simple doctrine of project management. The whole process could be assimilated to a « colonization of behaviors » for the benefit of the economic system. Nevertheless, even if the initiatives has been taken most of the time by local councillors, some kind of negociation with users has been organized at different levels. Furthermore, because of its implications in terms of opportunities of dialogue with users and the fact that the doctrine of project management includes an obligation of accountability, this process contains in itself the fragile but real principle of its democratization.
• Mobilisation générale autour des « choses abandonnées »
— Genèse d’une dynamique de « coercition mutuelle »
— Un nouveau réseau socio-technique centré sur l’usager producteur-trieur
• Invention et stabilisation du nouvel usager
— Des besoins de l’usager à la performance du producteur-trieur
— La collecte sélective comme projet local : « foisonnement d’initiatives » et représentations des usagers
— La collecte sélective comme dynamique collective
— Doctrine sur l’usager et nouvelle relation de service
• Un usager normalisé ?
• Bibliographie