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Métropolis

I.S.B.N.sans
140 pages

p. 100 à 106
doi: en cours

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Le sens de l'événement

n° 48-49 2002/2-3

L’accord politique de Bonn, complété par celui plus technique de Marrakech, permet la mise en Å“uvre de plans de lutte contre l’effet de serre en fixant les règles d’application du Protocole de Kyoto. Ce dernier devrait entrer en vigueur en 2002. Ce résultat est l’aboutissement d’un long processus de négociations que nous retraçons dans cet article.
 
De la Convention de Rio…
 
 
À partir de 1990, l’assemblée générale des Nations Unies prend l’initiative d’engager des négociations internationales de lutte contre l’effet de serre (Godard, 1997). La première étape importante de ce processus de négociation est la Conférence de Rio de Janeiro, qui se tient en 1992. Le résultat majeur de cette conférence est la signature de la Convention Cadre sur le changement climatique (Nations Unies, 1992), qui depuis a été ratifiée par la plupart des pays de la planète. Dans son article 2, elle se propose comme objectif de « stabiliser (…) les concentrations de gaz à effet de serre dans l’atmosphère à un niveau qui empêche toute perturbation anthropique dangereuse du système climatique. Il conviendra d’atteindre ce niveau dans un délai suffisant pour que les écosystèmes puissent s’adapter naturellement aux changements climatiques, que la production alimentaire ne soit menacée et que le développement économique puisse se poursuivre d’une manière durable ». Avec cette Convention, les pays développés, dits de l’annexe I (les pays membres de l’OCDE, les pays de l’Europe de l’Est et ceux issus de l’URSS), acceptent la formulation d’objectifs quantitatifs de stabilisation des émissions des gaz à effet de serre (GES) en 2000 par rapport au niveau de 1990. Les pays développés reconnaissent leur responsabilité historique majeure dans l’augmentation des émissions de GES et acceptent le principe d’une aide financière et technique aux pays en développement. Pendant la Conférence de Rio, le principal thème de débat concerne le choix des modalités d’action :
  • soit on s’accorde sur des engagements quantifiés de réduction des émissions répartis par pays, les États étant libres de choisir les politiques et les mesures nécessaires au respect des objectifs,
  • soit on instaure une taxe carbone-énergie applicable aux principales sources industrielles d’émission de GES, sans fixer d’engagements quantifiés.
Ce débat s’est conclu par le retrait du projet de taxe (soutenu par les pays européens), à cause, d’une part, du refus exprimé par les partenaires de la Communauté européenne (les autres pays de l’OCDE), et d’autre part, parce que certains industriels, représentant notamment le lobby nucléaire et les secteurs grands consommateurs d’énergie, craignaient pour leur compétitivité vis-à-vis des zones exemptées. Ils étaient défavorables à l’instauration d’une nouvelle taxe qui aurait accru la pression fiscale pesant sur eux.
La seule mesure de coordination demeurait donc la fixation d’objectifs quantifiés. À Berlin (1994), ces objectifs prendront un caractère juridiquement contraignant pour les pays développés, donnant ainsi lieu à une approche en termes de limitations quantifiées des émissions (en anglais, les « Quantified Emission Limitation and Reduction Objectives, ou Qelros ») (Hourcade, 1995). L’approche des QELROS conduit très naturellement à faire d’un système de permis négociables l’outil privilégié de la coordination internationale (Godard et Hourcade, 1997 ; Hourcade et Guersi, 1997 ; Grubb, 1995).
Il faut attendre 1997 pour que soient adoptés, à l’issue de la Conférence de Kyoto, des objectifs de réduction des émissions des GES provenant de la consommation des énergies fossiles. Les pays développés s’engagent à réduire leurs émissions de GES de 6 % par rapport au niveau de 1990, durant la période 2008-2012 (Grubb et al., 1999). Trois mécanismes économiques de flexibilité sont proposés lors de cette conférence : le système des permis d’émission négociables [1], l’application conjointe (AC) [2], le mécanisme de développement propre (MDP) [3]. La mise en place de ces instruments (rôle, fonctionnement, etc.) fait l’objet de vives discussions entre les pays.
Un déroulement conflictuel de la conférence de Kyoto
La Conférence de Kyoto a été la scène d’affrontements portant, d’une part, sur la définition du système de permis négociables, et d’autre part sur la mise en place de mécanismes susceptibles d’intéresser les pays en développement à participer à l’effort de réduction des émissions des GES. Le premier conflit oppose l’Union européenne au groupe dit de l’Ombrelle (États-Unis, Canada, Nouvelle Zélande, Australie, Norvège, Russie, Japon). Le deuxième conflit concerne principalement les pays développés, notamment les États-Unis, et les pays hors Annexe I (Grubb et al., 1999).
Les USA plaident pour la mise en place d’un commerce international de droits d’émissions afin de rendre leurs engagements plus flexibles dans l’espace [4] et dans le temps. Aussi, la thèse de la flexibilité temporelle et spatiale est-elle devenue, lors des dernières négociations sur le climat, une référence incontournable pour l’étude du calendrier des actions d’abattement des émissions, car elle répond au problème de définir dans le court et moyen terme des objectifs d’abattement et des mesures pour y parvenir au moindre coût. Pour les Américains (et le reste du groupe de l’Ombrelle), les permis négociables sont présentés comme le meilleur instrument car ils peuvent stimuler la dynamique des entreprises (l’innovation grâce à la recherche et le développement) et assurer une minimisation des coûts d’abattement en permettant une allocation optimale des efforts. Il est, par ailleurs, considéré comme l’outil privilégié de la coordination internationale, car il permet aux États, devant des évolutions d’émission difficilement prévisibles, de disposer d’une certaine flexibilité (Godard et Hourcade, 1997).
L’Union européenne est plutôt favorable à l’établissement d’un plafond limitant l’usage des mécanismes de flexibilité. Elle souhaite consolider les engagements de Kyoto au travers d’une obligation des pays de l’Annexe I à mettre en Å“uvre des politiques nationales de lutte contre l’effet de serre, ce qui passe par une limitation du commerce de droits d’émissions. Elle craint que la flexibilité affichée par les États-Unis ne soit qu’un expédient pour ne pas respecter leurs engagements de réduction des émissions au niveau domestique.
Le conflit est aussi présent entre le Nord et le Sud. Il oppose, en particulier, les USA aux pays en développement, notamment l’Inde et la Chine. Les USA font valoir que les contraintes quantitatives n’ont pas de sens si les tendances en cours des niveaux d’émissions des GES dans les pays du Sud ne s’inversent pas. Ils demandent une adhésion des grands pays en développement à des engagements de réduction des émissions, et la définition de règles, les moins contraignantes possibles, d’échange de permis d’émission. Ils proposent que l’application conjointe soit l’instrument qui intègre les pays du Sud dans l’effort international de réduction des émissions des GES. Les pays en développement, n’ayant pas pris jusque-là d’engagements quantifiés, rejettent cette proposition en renvoyant la responsabilité historique du réchauffement climatique aux pays développés. Du reste, lors de la conférence de Kyoto, les mécanismes de flexibilité ont failli être rejeté par les pays en développement, car ils n’ont pas été accompagnés de règles permettant de contrôler la réalité des réductions [5]. Pour ne pas risquer le veto de l’Inde ou de la Chine, il a fallu alors créer un mécanisme ad hoc pour les pays en développement à savoir, le mécanisme de développement propre (Grubb, 1999).
Un autre point de désaccord entre le Nord et le Sud concerne l’établissement du marché international des droits d’émission. Le débat sur la nature des droits d’émission et sur l’équité de leur répartition est considéré par les pays en développement comme un préalable à tout accord sur les règles de fonctionnement du marché. L’Inde, le pays le plus influent dans le groupe des 77 (l’essentiel des pays du Sud), et la Chine, soulèvent la question du « droit à l’échange », à savoir des bases légales donnant accès au marché des permis. La Conférence de Rio, aussi bien que le Protocole de Kyoto, prennent comme référence le statu quo du niveau d’émission, mais aucune règle, établissant une allocation de droits d’émission, n’est fixée. L’Inde propose le principe d’une répartition des droits d’émissions par tête. Elle suggère que des objectifs de convergence à long terme des niveaux de droits d’émissions par tête soient définis pour l’ensemble des pays de la planète. D’autres formules sont proposées pour définir une répartition initiale des quotas, qui font à la fois référence au critère d’équité et d’efficacité [6]. Les critères, se basant sur une date de référence, la population, le PIB, essayent de répondre respectivement aux questions suivantes : les émissions du passé créent-elles des responsabilités particulières ou correspondent-elles à des droits acquis ? L’activité économique, mesurée par le PIB, définit-elle une capacité d’agir supérieure ou implique-t-elle des besoins plus élevés ? Une allocation aux États, proportionnelle à leur population ne serait-elle pas plus équitable, permettant ainsi une égalité d’accès des êtres humains au bien commun ? (Godard, 1999 ) [7].
L’échec de La Haye
Le protocole de Kyoto est adopté, mais laisse en suspens un certain nombre de controverses sur les modalités d’application des mécanismes (les permis d’émission, l’application conjointe et le mécanisme propre de développement) pour les conférences suivantes. La Conférence de Buenos Aires (COP-4) [8], en novembre 1998, était supposée préciser ces modalités. Elle a seulement réussi à permettre l’adoption d’un plan d’action, reportant à La Haye l’accord final pour définir les détails du Protocole de Kyoto. À La Haye, en novembre 2000, les différences entre les Parties sur la manière de mettre en place l’accord de Kyoto étaient si nombreuses et si substantielles que l’échec est devenu inévitable. La Conférence a été clôturée sans que l’on parvienne à un accord. Le blocage s’est cristallisé autour de quatre thèmes de discorde : les mécanismes de Kyoto, les puits de carbone, l’observance, l’aide aux pays en développement. Tout d’abord, bien que toutes les Parties admettent que les mécanismes doivent être « supplémentaires » aux mesures domestiques, leur désaccord demeure sur la nature de la proportion dans laquelle se combinent les deux instruments de lutte contre l’augmentation de l’effet de serre. L’Union européenne préconise l’établissement d’un plafond quantitatif limitant l’usage des mécanismes de flexibilité. En revanche, le groupe de l’Ombrelle refuse toute limite quantitative à ces mécanismes sous prétexte qu’elle entrave l’efficacité économique de leur libre-échange. Le Groupe des 77 demande que les pays industrialisés s’engagent dans un effort domestique de réductions des émissions encore plus important du fait de leur responsabilité historique majeure dans le réchauffement du climat.
Le deuxième élément de discorde concerne les puits de carbone. On désigne par puits de carbone une entité capable de fixer le dioxyde de carbone présent dans l’atmosphère. Au sens du Protocole de Kyoto, il faut l’entendre comme le développement par l’homme de programmes d’affectations des terres et de foresterie permettant de fixer du carbone dans la biomasse (gestion des forêts, des terres cultivées et des pâturages et régénération du couvert végétal). Ils sont ainsi considérés comme un mécanisme indirect de flexibilité du Protocole, puisqu’ils permettent à certaines Parties de vendre des droits à émettre des GES pour un volume équivalent à celui que leurs puits absorbent. S’il y a consensus général sur la prise en compte des puits issus de la gestion forestière, une forte opposition s’installe entre l’Union européenne et le groupe de l’Ombrelle sur le reste des puits de carbone, à savoir ceux issus des terres cultivées et des pâturages. Au regard des incertitudes dont est empreint le calcul des puits en général et en particulier celles concernant ces dernières activités, l’Union européenne demande qu’ils ne soient pas comptabilisés durant la première période d’engagement. En revanche, le groupe de l’Ombrelle en exige une prise en compte extensive.
Le dessein du système d’observance est lui aussi une source de division. L’observance est le dispositif de contrôle de conformité aux engagements et de sanctions. De ce dispositif dépendent l’efficacité économique et l’intégrité environnementale résultant de l’utilisation des mécanismes. L’Union européenne est favorable à un système d’observance sévère, le groupe de l’Ombrelle est plutôt pour une version « molle » de celui-ci. La composition du comité d’évaluation ne fait pas non plus l’unanimité.
Enfin, le groupe des 77 revendique l’établissement de fonds pour concrétiser l’aide aux pays en développement les plus vulnérables, face au changement climatique, la mise en place de transfert de technologies et de savoir-faire viables du point de vue environnemental et la compensation des pays producteurs d’énergie fossile susceptibles de subir d’une manière significative les répercussions négatives de mesures de lutte contre l’augmentation de l’effet de serre sur leur économie.
Le retrait des États-Unis
Après l’échec de la conférence de La Haye, le Président des États-Unis annonce officiellement, en mars 2001, que son pays ne ratifiera pas le Protocole de Kyoto. Il justifie son retrait en argumentant que le réchauffement climatique demeure un problème scientifique hautement incertain, qu’en outre, le Protocole de Kyoto pourra provoquer un dommage sérieux à l’économie américaine, et qu’il exclut de l’effort de lutte contre l’effet de serre les pays en développement dont certains sont des pollueurs importants. Cela va de soi que ce retrait unilatéral affaiblit l’avenir du Protocole car les États-Unis sont le premier émetteur mondial de GES.
 
…aux accords de Bonn et de Marrakech
 
 
Malgré le retrait des États-Unis, la COP-6 bis se tient à Bonn, en juillet 2001, et quelques 180 pays parviennent à un accord politique. Celui-ci trouve sa traduction juridique lors de la conférence de Marrakech (COP-7), en novembre 2001. Le résultat majeur de l’accord de Bonn est ainsi le triomphe du multilatéralisme dans le domaine du changement climatique. Deux éléments découlent de la décision des États-Unis. D’une part, l’Union européenne prend un rôle de leadership dans les négociations sur le climat. D’autre part, le reste du groupe de l’Ombrelle se trouve désormais dans une situation plus avantageuse pour demander des concessions. En effet, afin d’atteindre le seuil des 55 % des émissions pour que le Protocole soit ratifié, la participation de l’Union européenne, de la Russie et du Japon devient nécessaire.
À Bonn et Marrakech, les questions, qui avaient fait avorter l’accord de La Haye, sont ajournées, à savoir : les mécanismes de Kyoto, les puits de carbone, l’observance, le transfert technologique et l’aide financière aux pays en développement. Sur tous ces points, la conférence de Marrakech aboutit à un compromis, laissant ainsi de bonnes chances que le Protocole puisse entrer en vigueur. L’essentiel de ce compromis peut être résumé comme suit.
Les mécanismes de Kyoto
Tout d’abord, concernant la supplémentarité entre les mesures domestiques et les mécanismes de flexibilité, l’Union européenne a dû céder au groupe de l’Ombrelle en acceptant le compromis privilégiant une limite qualitative. En effet, l’accord suggère que les pays doivent utiliser d’une manière « importante » les mesures nationales de réduction des émissions des GES.
Toute Partie de l’Annexe I doit disposer d’une réserve minimale de titres s’élevant à 90 % de son quota d’émission. Cette réserve pour la période d’engagement est nécessaire pour se prémunir contre le risque de « survente » et donc pour respecter l’intégrité environnementale des engagements. Les Parties de l’annexe I peuvent sans limite mettre en réserve pour les périodes d’engagements ultérieures les quotas d’émission dont elles n’ont pas eu besoin pour s’acquitter de leurs engagements durant la première période. La mise en réserve des réductions des émissions et des réductions certifiées des émissions issues respectivement de l’application conjointe et des mécanismes de développement propre est limitée à 2,5 % des quotas initiaux attribués à une Partie. Les crédits retirés des puits de carbone dans les pays de l’annexe I ne sont comptabilisés que pendant la période d’engagement où ils ont été générés et ne peuvent être mis en réserve pour les périodes d’engagement suivantes. Toutefois, cette limitation a peu de conséquences pratiques car les différents titres d’émission sont interchangeables. En effet, les accords de Marrakech établissent une totale fongibilité entre les titres d’émission, c’est-à-dire une Partie de l’Annexe I peut respecter ses engagements de Kyoto en combinant les différents permis et crédits d’émission.
La condition essentielle à l’utilisation des mécanismes est l’éligibilité. Les Parties de l’Annexe I sont soumises aux conditions de l’établissement d’inventaire fiable, de la mise en place de mécanismes nationaux de certification et de vérification des échanges et de la conformité aux engagements. Alors que dans le texte de l’accord de Bonn, l’acceptation de l’accord sur l’observance était requise afin de pouvoir échanger les crédits d’émission issus des mécanismes, cette exigence n’est pas explicite dans les accords de Marrakech. En effet, Le Japon et la Russie sont parvenus à affaiblir les critères d’éligibilité pour l’utilisation des mécanismes du Protocole de Kyoto. Enfin, les pays en développement qui ont ratifié le Protocole sont éligibles pour participer au mécanisme de développement propre.
Les puits de carbone
Pour les puits de carbone liés à l’utilisation des terres, au changement d’affectation des terres et à la foresterie, les Parties se sont accordées sur une méthodologie de comptabilité des crédits qui s’ajouteront aux quantités d’émissions qui leur sont attribuées. En plus des projets domestiques ou réalisés via la mise en Å“uvre conjointe (MOC), les projets de boisement et de reboisement sont considérés comme éligibles au sein du Mécanisme de Développement Propre (MDP) à la hauteur de 1 % des émissions de l’année de base durant la première période d’engagement. Les plafonds de certains pays du groupe de l’Ombrelle (Canada, Japon) ont été fixés d’une manière généreuse afin de les inciter à ratifier le Protocole de Kyoto. La Russie a réussi à imposer le quasi-doublement du nombre des crédits par rapport à ce qui était convenu à Bonn.
L’observance
Le dispositif d’observance repose sur une démarche à la fois coopérative et coercitive. Il se constitue de deux branches. La branche facilitatrice aide les Parties à se mettre en conformité avec leurs engagements. En l’occurrence, elle doit fournir une assistance financière, technique et en matière d’information. La branche d’application a un pouvoir de sanction lorsque le non-respect des engagements est avéré. Dans ce cas, les pays doivent se soumettre à : une déclaration de non-conformité, l’obligation de développer un plan pour réintégrer l’observance, la suspension de la vente d’émission, et l’obligation de compenser l’augmentation d’une tonne émise en plus durant la première période par une réduction de 1,3 tonne lors de la seconde.
Le Japon, la Russie et l’Australie ont refusé de se plier à ce dispositif. Par conséquent, les Parties ont dû repousser l’adoption d’un régime d’observance contraignant à une prochaine échéance, lors de la réunion de la COP/MOP 1 [9]. Si le mécanisme de contrôle est adopté par la COP/MOP 1 et que l’ensemble des Parties l’accepte sous la forme d’un amendement, le Comité d’observance aura une certaine force de dissuasion et amènera les états industrialisés à respecter leurs engagements de réduction des émissions. Mais cette procédure d’amendement pourrait ne pas lier la totalité des pays au Protocole et donc entraîner le risque que certains états industrialisés soient soumis à l’autorité contraignante du comité d’observance et d’autres pas, bien que tous aient pris des engagements de réduction chiffrés.
Les pays en développement
Les pays en développement réussissent à obtenir trois nouveaux fonds de financement pour lutter contre l’augmentation de l’effet de serre. Le fonds pour l’adaptation a été créé pour aider les pays les plus vulnérables pour faire face aux conséquences du changement climatique. Le fonds spécial pour les changements climatiques est destiné à aider les pays en développement à accéder aux technologies et au savoir-faire viables du point de vue environnemental et à soutenir des politiques sectorielles. Pour répondre aux besoins spécifiques des pays les plus pauvres, l’accord de Marrakech donne naissance à un fonds pour les pays les moins avancés.
 
Les perspectives du Protocole de Kyoto
 
 
À présent que le consensus pour la première période d’engagement a été dégagé, l’attention doit être portée vers des objectifs de long terme, à savoir la stabilisation des GES dans l’atmosphère. Deux défis s’imposent pour parvenir à atteindre cet objectif. En premier lieu, les engagements du Protocole de Kyoto — tels qu’ils sont traduits par les accords de Bonn et Marrakech — sont modestes et n’empêcheront pas la croissance des émissions à venir, pour la raison essentielle que ni les USA ni les pays en développement y participent. La viabilité du dispositif à long terme dépend du re-engagement des USA, principaux pollueurs aujourd’hui, dans l’effort international de réduction des émissions des GES. De même, les pays développés pourront difficilement continuer à réduire leurs émissions dans les périodes suivantes si les pays en développement, notamment la Chine et l’Inde, vraisemblablement principaux pollueurs de demain, ne font pas de même. En deuxième lieu, aucune règle de détermination des quotas d’émission pour l’après 2012 n’est précisée. L’accord de Marrakech a laissé ce point en suspens. Or, il est impératif de définir ces règles rapidement afin que les pays puissent organiser dans des conditions de meilleure efficacité économique leur effort de réduction des émissions.
 
BIBLIOGRAPHIE
 
·  Athanasiou T. and Baer P., Climate Change After Marrakech : Should Environmentalists Still Support the Kyoto Protocol ?, Foreign Policy in focus, Discussion Paper 5, décembre 2001.
·  Dessai S., The climate regime from the Hague to Marrakech : saving or sinking the Kyoto Protocol ?, document de travail 12, décembre 2001, Tyndall centre for climate change research.
·  Godard O. et Hourcade J-C., 1997, La négociation de Kyoto sur l’effet de serre : lecture économique et propositions stratégiques, Papier préparé pour le Conseil d’Analyse Économique, Groupe de travail : Fiscalité de l’environnement.
·  Godard O., 1997, « Les enjeux des négociations sur le climat. De Rio à Kyoto : pourquoi la Convention sur le climat devrait intéresser à ceux qui ne s’y intéressent pas », Futuribles, n° 224.
·  Goldberg D., Silverthorne K., The Marrakech Accords, American Bar Association’ Climate Change and Sustainable Development Newsletter, janvier 2002.
·  Grubb M. et al, 1999, The Kyoto protocol - A guide and assessment, The Royal Institute of International Affairs, London.
·  Grubb M., 1995, « Seeking fair weather : ethics and the international debate on climate change », International Affairs, vol. 71, n° 3.
·  Hourcade J-C., Guersi F., 1997, « Les enjeux des “Qelros” : entre logique économique et logique de négociation », Revue de l’Énergie, n° 491.
·  Nations Unies, Convention-Cadre sur les changements climatiques, Rapport de la Conférence des Parties sur les travaux de la septième, tenue à Marrakech du 29 octobre au 10 novembre 2001.
·  Nations Unies, Final Report COP-7 Marrakech, novembre 2001.
·  Vrolijk C., A new interpretation of the Kyoto Protocol, outcomes from the Hague, Bonn and Marrakech, Briefing paper n° 1, avril 2002, The Royal Institute of international affairs.
 
NOTES
 
[1]Dans le cas d’externalités multilatérales ayant les caractéristiques d’un bien public (problèmes d’incitation, de révélation de l’information, de resquillage), la seule solution de marché possible est celle qui suppose la fixation d’un quota sur le montant total d’externalités et la distribution de droits échangeables correspondante. Avec les permis négociables, l’organisme de tutelle fixe une norme de pollution globale, et met en vente un nombre limité de bons correspondant à la pollution totale autorisée. Le marché se charge alors de fixer le prix des permis. Les entreprises ne peuvent émettre plus de pollution que le nombre de bons qu’elles détiennent (Schubert et Zagamé, 1998).
[2]Chaque Partie de l’Annexe I peut acquérir ou transférer à une autre Partie de l’Annexe I, des unités de réduction d’émissions provenant de projets, pourvu que :
  • ceux-ci soient approuvés par les Parties concernées,
  • ils aboutissent à une réduction d’émission qui ne serait pas obtenue autrement,
  • l’acquéreur respecte ses obligations d’inventaire et de communication, - l’acquisition de réductions soit complémentaire aux actions domestiques effectuées pour respecter les engagements (Nations Unies, 1997).
[3]Ce mécanisme permet à une entreprise étrangère, en l’occurrence du Nord, d’acheter des crédits d’émission en réduisant les émissions dans un pays tiers. Il a pour objectif d’encourager les investissements dans les technologies réduisant les émissions des gaz à effet de serre dans les pays en développement. L’article 12 du Protocole de Kyoto permet aux Parties de l’Annexe I d’acheter/financer des réductions d’émissions certifiées (réelles, mesurables, et de long terme) moyennant des projets de « développement propre » engagés dans les pays n’appartenant pas à l’Annexe I. Le Protocole exige que les réductions des émissions résultantes doivent être « additionnelles à toute réduction qui aurait pu avoir lieu en l’absence du projet d’activité entreprise ».
[4]La flexibilité dans l’espace serait obtenue en donnant la possibilité aux états d’échanger entre eux les droits de permis d’émission ou de transférer leurs engagements aux entreprises qui ont des activités sur leur territoire, et qui pourraient donc accéder au commerce international des permis d’émission.
[5]En effet, dans les pays en développement, les infrastructures sont en expansion rapide et retenir l’écart entre la technologie existante et la technologie nouvelle comme critère de comptabilité des droits d’émission peut revenir à comptabiliser des réductions qui auraient lieu de toute façon.
[6]Sans jamais parvenir à faire l’unanimité sur les deux plans.
[7]En réalité, l’Union européenne accepte jusqu’à 2010 le principe d’un taux uniforme de réduction, défendu par les États-Unis. Elle le fait en raison des difficultés de s’accorder rapidement sur des critères qui soient opérationnels et aient une justification économique, mais aussi de crainte que les USA demandent un traitement en leur faveur en raison des inerties technologiques et d’une croissance démographique supérieure à celle des européens.
[8]Le sigle COP est l’abréviation en anglais de Conference of Parties.
[9]La COP-MOP 1 est la première conférence des Parties qui se réunira après l’entrée en vigueur du Protocole de Kyoto.
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