Flux
Métropolis

I.S.B.N.sans
140 pages

p. 35 à 46
doi: en cours

Veille sur la revue
Veille sur l'auteur
Vous consultez

Dossier « Usagers et régulation des réseaux »

n° 48-49 2002/2-3

2002 Flux Dossier « Usagers et régulation des réseaux »

La fabrique de l’usager. Le cas de la collecte sélective des déchets

Rémi Barbier Docteur en socio-économie, maître de conférences à l’École Nationale du Génie de l’Eau et de l’Environnement de Strasbourg (ENGEES).Il travaille depuis plusieurs années sur la modernisation de la gestion des déchets. Il anime le thème « Usagers et acceptabilité sociale » au sein de l’unité mixte Cemagref-ENGEES Gestion des services publics. Ses travaux portent sur la gestion des objets controversés (équipements de traitement des déchets ; boues des stations d’épuration) et sur la place de l’usager dans la modernisation des services publics locaux.CEMAGREF - ENGEESLaboratoire Gestion des Services Publics1, Quai Koch - BP 1039 - F 67070 Strasbourg cedextéléphone : 03 88 24 82 48 – télécopie : 03 88 24 82 84
Sous l’effet de pressions multiples, collectivités locales, industriels et pouvoirs publics s’engagèrent au début des années 1990 dans une vaste expérimentation collective visant la mise en place d’un nouveau modèle de gestion des déchets, basé sur la participation de l’usager. En dix ans, la collecte sélective des déchets d’emballages ménagers s’est durablement installée dans les comportements. Par un travail constant et systématique de capitalisation des résultats, de nouvelles configurations furent stabilisées, tandis que l’usager devenait une variable relativement prévisible et maîtrisable, assez bien saisie à l’aide de quelques ratios, quelques exigences raisonnables et une doctrine d’intervention relativement simple. Ce processus pourrait s’analyser comme une « colonisation des comportements » au bénéfice du système économique. Toutefois, même si l’initiative est restée très majoritairement du côté des élus, une forme de négociation avec les usagers s’exerça à travers ces expérimentations locales sur lesquelles furent branchés de multiples mécanismes de représentation. Par ailleurs, parce qu’elle multiplie les occasions de rencontre et donc de dialogue avec les usagers, parce que figure aussi explicitement dans la « doctrine sur l’usager » l’obligation de rendre des comptes, cette dynamique contient en quelque sorte en elle-même le principe, fragile mais réel, de sa démocratisation. At the beginning of the 1990s, local authorities, industrials and the State started a large scale collective experiment aiming at a new waste management model. This model focuses on the valorisation of household packaging waste and it is based on user’s participation. Within ten years, packaging waste separate collection has been integrated in behaviors on a long term basis. Due to a steadfast and systematic effort of assessment, the user has become a relatively foreseeable and controlable variable. And this, through a few ratios, some reasonable requirements and a relatively simple doctrine of project management. The whole process could be assimilated to a « colonization of behaviors » for the benefit of the economic system. Nevertheless, even if the initiatives has been taken most of the time by local councillors, some kind of negociation with users has been organized at different levels. Furthermore, because of its implications in terms of opportunities of dialogue with users and the fact that the doctrine of project management includes an obligation of accountability, this process contains in itself the fragile but real principle of its democratization.
Depuis le début des années quatre-vingt-dix, l’élimination des déchets municipaux s’est progressivement recomposée autour d’un impératif de valorisation. Une politique concernant les déchets d’emballages ménagers fut tout d’abord négociée avec les industriels concernés. Ceux-ci s’engagèrent à participer à la promotion et au financement des opérations de collecte sélective et de tri développées par les collectivités locales. Ils constituèrent pour cela une société privée, Éco-Emballages, chargée de mutualiser puis de redistribuer aux collectivités leurs contributions respectives [1]. Puis la loi du 13 juillet 1992 mit en branle un processus complexe au terme duquel la décharge devait perdre sa position d’exutoire dominant, pour être réservée à partir de 2002 à une part très réduite du flux de déchets, constituée des seuls « déchets ultimes », le reste devant être obligatoirement valorisé [2].
Depuis, la collecte sélective des déchets d’emballages ménagers s’est, semble-t-il, durablement installée dans les schémas techniques et dans les comportements. Dix ans d’un cheminement expérimental et collectif ont permis de passer de l’incertitude radicale du début de la décennie quatre-vingt-dix : « les usagers vont-ils accepter de trier ? », à l’affirmation suivante : « la collecte sélective, c’est de la routine ! ». Aujourd’hui, Éco-Emballages comptabilise plus de quarante millions de trieurs, dont l’action permet le recyclage d’environ 1,7 millions de tonnes de déchets. C’est évidemment peu au regard du gisement total d’ordures ménagères (environ vingt-cinq millions de tonnes), mais l’importance et l’intérêt des collectes sélectives tiennent peut-être surtout au fait qu’elles « sont les seules innovations (dans le domaine de l’environnement) qui s’imposent vraiment à une majorité d’habitants » (Maresca et Poquet, 1994).
Nous voilà dès lors face à l’alternative suivante : doit-on avaliser naïvement ce modelage public d’un comportement privé au nom de toutes les « bonnes raisons écologiques » que ses promoteurs sont prompts à énoncer, ou faut-il, comme nous y invite Rumpala (1999), dénoncer une dynamique de « colonisation des comportements » entreprise au bénéfice du système économique ? Entre ces deux écueils de la naïveté et de la posture critique, nous souhaitons montrer que cette histoire recombine des intérêts multiples et qu’elle procède de logiques aux ramifications complexes. Il nous faut pour cela situer le trieur de déchets dans le réseau d’événements, d’acteurs et de dispositifs dont il est issu. La trame de notre développement sera donc constituée d’une « description théorisée » de la modernisation de la gestion des déchets, dans laquelle alterneront les points de vue micro et macro autour des questions suivantes : quel est l’usager fabriqué par cette modernisation, de quelles manières a-t-il pu marquer de son empreinte la mise au point des nouvelles configurations, quels ont été ses porte-parole, ses formes de présence ? Nous nous appuierons notamment sur une série d’études de cas conduites en deux vagues successives : d’abord au tout début de la phase de modernisation (Barbier et Larédo, 1995 ; Barbier, 1996), puis lorsque les collectes sélectives eurent atteint une maturité relative (Adage, 1997 ; Hédéra, 1998) [3].
 
Mobilisation générale autour des « choses abandonnées »
 
 
Genèse d’une dynamique de « coercition mutuelle »
Il semble être de la nature paradoxale du déchet, objet « négligé, méprisé, rejeté », de « revenir pourtant périodiquement à l’ordre du jour » (Bertolini, 1990). Le dernier quart du XXe siècle n’aura pas fait mentir ce principe. En effet, à peine les interrogations des années soixante-dix sur la « civilisation de la poubelle » s’étaient-elles éteintes qu’à la fin des années quatre-vingt les déchets réapparaissent sur le devant de la scène médiatique et sur l’agenda des politiques publiques. La problématisation de la « question rudologique » [4] se fait selon deux grandes thématiques étroitement liées : d’une part, celle du développement durable ; d’autre part, celle de la maîtrise sans cesse à reprendre du fait urbain, c’est-à-dire des menaces que les « agrégats de comportements individuels » font peser sur la « continuation de la ville » (Segaud, 1992).
Les déchets sont tout d’abord saisis par la vague d’environnementalisation [5] qui se met en place au tournant des années quatre-vingt et quatre-vingt-dix. Le développement durable, qui prétend réconcilier développement et environnement, en constitue le mythe mobilisateur. D’un point de vue technique, divers articles montrent comment les déchets participent directement à l’émergence des « problèmes globaux » : gaspillage des ressources, effet de serre, pollution des sols. Mais indépendamment des bénéfices propres attendus des efforts de modernisation de la gestion des déchets, on crédite également celle-ci d’une vertu pédagogique importante dans la perspective de la mobilisation générale qui serait seule à la hauteur des nouveaux défis. Les déchets sont l’un des véhicules permettant d’unifier ce nouveau champ de problèmes, de circuler entre le « local » et le « global », les problèmes visibles et les problèmes invisibles, les temporalités courtes et les temporalités longues, les acteurs collectifs et les individus. « Bien sûr il y a la couche d’ozone (…) mais l’écologie doit aussi — doit d’abord — s’exercer au ras des poubelles (…) En France nous avons de l’ordure sur la planche. Malgré les règlements, notre belle France est de plus en plus sale, suffocante, toxique, délétère », martèle par exemple en juin 1989 un journaliste du Nouvel Observateur.
Sur le plan de la gestion urbaine, les déchets ont de tout temps constitué un défi appelant une intervention collective. La nature des défis et les réponses apportées ont considérablement varié historiquement : enjeux d’encombrement, sanitaires et écologiques se sont succédés et combinés (Barbier, 1997). Toutefois, leur trame anthropologique commune a été explicitée par Mary Douglas (1992). Celle-ci définit les déchets comme une « offense contre l’ordre », une « anomalie » relative à nos systèmes de classification des matières et des espaces, des choses qu’il convient par conséquent « d’écarter vigoureusement » afin qu’elles s’indifférencient « au sein d’un tas d’ordures quelconque ». Or une série de scandales, de problèmes techniques, de défaillances réglementaires qui jalonnent ces années charnières semblent montrer que les déchets échappent précisément à cet horizon d’attente.
La révélation d’un trafic de « cargaisons pestilentielles de déchets hospitaliers » entre la France et l’Italie (Le Figaro, 26.07.1989, Dossier « Pollution, La France Poubelle »), la découverte que la France est la « terre d’asile des déchets suisses » (Le Quotidien, 17.01.1990) et qu’une « mafia des ordures » organise un trafic entre la France et l’Allemagne (l’Événement du jeudi, 20-26.08.1992), provoquent incompréhension et indignation, quand dans le même temps on se rend compte que « les vide-ordures débordent » et que « la France croule sous les déchets » (l’Humanité, 06.01.1989), que certains équipements de traitement sont proches de la saturation et qu’il est de plus en plus difficile d’en construire en raison des oppositions locales. La répétition et la mise en équivalence par les médias de tous ces événements, qui auraient pu continuer à être traités localement, accréditent l’idée selon laquelle ils relèvent au contraire d’une menace collective, celle d’une perte de maîtrise de la gestion des déchets : l’anomalie paraît irréductible, soit que les déchets débordent des espaces et circuits où on les pensait assignés, soit que, comme ces déchets toxiques qui polluent lentement le sol, ils résistent au processus d’indifférenciation que nous attendons d’eux, nous contraignant alors, tel sera le discours dominant, à sortir de notre indifférence à leur égard.
Comme toute pollution, la crise des déchets ouvre une fenêtre pour un exercice de « coercition mutuelle » (Douglas, 1992), ouvert aux appétits de tous les entrepreneurs désireux d’en influencer le cours : entrepreneurs moraux, soucieux de mettre un terme au gaspillage et de responsabiliser les habitants, entrepreneurs politiques voyant s’ouvrir devant eux un créneau d’intervention et de pouvoir, entrepreneurs économiques enfin, flairant le développement de nouveaux marchés ou redoutant la remise en cause de leurs intérêts. Ce jeu des acteurs, qui sera décrit plus loin, va se couler dans la logique du « nouvel hygiénisme » : dans son effort de modelage des comportements, il procède moins par autoritarisme moralisateur à l’ancienne que par « dramatisation des effets publics de conduites individuelles naguère tenues pour innocentes » (Raynaud, 1993). Cette perte de maîtrise sera alors imputée à une coupable négligence collective : « Jusqu’à présent nous voulions ignorer ce que devenaient les restes de notre consommation. Les déchets étaient abandonnés à leur sort » (Cans, 1990, souligné par nous). Conséquence directe : pour affronter ce « défi gigantesque [qui] se pose aux sociétés industrielles : maîtriser enfin la marée des déchets » (L’usine nouvelle, 27.08.1992), il faut que chacun « se réapproprie sa part du sale » (Barraqué, 1992). Un programme centré sur la participation des usagers est donc tracé, en rupture avec la logique de déresponsabilisation qui avait pu conduire, localement, jusqu’à la mise en place du « service complet », dans lequel les habitants n’avaient même plus à sortir leur poubelle (Guigo, 1991). Il s’agit donc à la fois de renouer avec une forme de collaboration entre habitants et services municipaux, encore courante jusque dans les années 1950/1960 (Barthélémy, 1989), et d’en réinventer les modalités.
Un nouveau réseau socio-technique centré sur l’usager producteur-trieur
Compte tenu des nombreuses incertitudes entourant les responsabilités des différents acteurs ainsi que la validité des options techniques envisageables, le projet de redéfinition précise des règles de « bonne vie commune » entre les hommes et leurs ordures est largement ouvert. Des facteurs tels que la structure industrielle, le degré de concertation préalable entre pouvoirs publics et industriels, les présupposés généraux ou « conventions fondatrices » propres à chaque pays expliquent en grande partie la variété des trajectoires suivies au niveau européen (Buclet et alii, 1997). En France, sous-tendue par la croyance dans les possibilités de maîtrise technique des questions d’environnement, portée par une industrie agroalimentaire et de l’emballage puissante faisant face à des pouvoirs publics dépourvus de réelle doctrine (Defeuilley, 2000), appuyée également par une coalition élargie d’acteurs incluant quelques collectivités pionnières et les associations de consommateurs ou d’environnement, la traduction du projet de « coercition mutuelle » dans un nouveau réseau socio-technique centré sur une « participation raisonnable » de l’usager se met rapidement en place. Ce réseau, que nous allons décrire [6], sera certes amélioré de manière continue mais jamais véritablement remis en cause.
La philosophie de la responsabilité sur laquelle il repose est clairement celle d’une « responsabilité partagée » entre tous les acteurs. Elle s’oppose en cela à la responsabilité « canalisée », qui aurait pu faire peser par exemple sur les seuls industriels la charge d’une « réduction à la source » des emballages. En particulier, l’usager, qui se profile derrière le consommateur, ne tardera pas à être concerné, comme en témoigne cette déclaration du directeur de l’ex-Agence Nationale pour la Récupération et l’Élimination des Déchets : « le consommateur reconnaît être le premier responsable de la pollution quand hier c’était encore l’industriel. (…) Nous avons commis une grossière erreur en disant que le consommateur ne dépense généreusement que 350 kg de déchets par an parce que ces 350 kg ont généré peut-être dix tonnes de déchets. Cette vision réductionniste a incité le consommateur à refuser d’endosser plus de responsabilité » (L’Environnement magazine, n° 1498, 1991, « Dossier : quelles solutions pour nos déchets ? »). Toutefois, la participation demandée et par conséquent l’ambition du recyclage devront rester modestes, le système des poubelles multiples « à l’allemande » servant à l’occasion de repoussoir. Limiter l’ambition et/ou la complexité du tri répond certes au souci d’avancer prudemment sur un terrain sociologiquement mal balisé, mais aussi à la volonté pour les industriels cotisant à Éco-Emballages de limiter leur participation financière : celle-ci ne saurait dépasser le montant (2,4 milliards de Francs par an) fixé initialement sur la base des estimations disponibles (Defeuilley, 2000). Ce nouveau réseau repose ensuite sur une certaine vision simplifiée des relations entre acteurs : les collectivités sont incitées à mettre en place des collectes sélectives, les industriels conditionneurs sont appelés à participer à leur financement, les entreprises du déchet sont sommées d’« industrialiser leurs pratiques », les usagers sont invités à faire du tri ou plus exactement du « non mélange » à la source, les producteurs de matériaux enfin deviennent les recycleurs des flux de matières triées. Cette vision est complétée par une doctrine d’action plus générale : il s’agit de l’« approche globale », qui prône une gestion « multi-filières, multi-déchets, multi-partenaires » (Beguin, 1993). Enfin, le réseau mobilise un substrat technique constitué d’une nouvelle gamme d’équipements, dont les plus emblématiques sont le sac et le centre de tri pour la collecte sélective dite en porte-à-porte, et les nouveaux conteneurs pour la collecte dite en apport volontaire.
Les quelques acteurs-clefs qui portent le développement de ce réseau appartiennent à des mondes hétérogènes. On y trouve sans surprise des membres de la haute administration du Ministère de l’environnement, dont l’un combine cette responsabilité avec un militantisme actif en faveur du tri sélectif ; les membres de l’ancienne agence d’objectifs spécialisée dans la gestion des déchets, intégrée à l’ADEME, qui vont animer un vaste programme d’action ; divers élus engagés dans des démarches pro-actives ; les industriels conditionneurs, qui y voient le moyen de crédibiliser leur lobbying autour de l’élaboration d’une future directive européenne sur les déchets d’emballages en disposant d’une « solution française » opposable à un modèle allemand déjà en place et beaucoup plus contraignant (Glachant, 1994). On y trouve enfin quelques personnalités issues de la mouvance associative formée à l’occasion du développement des premières collectes sélectives dans les années 1970, à l’image du concepteur du « modèle TRISELEC » de la Communauté urbaine de Dunkerque, prototype du schéma « seconde poubelle à domicile + centre de tri » appelé à devenir un classique. Lancé en 1989, le modèle dunkerquois fera l’objet dès 1992 d’une évaluation de la part de l’ADEME. Il en ressortira que l’opération constitue, au titre de la mobilisation des habitants, un « indéniable succès » et que si elle ne « préfigure pas aujourd’hui une unité de traitement optimisée, elle constitue néanmoins une base solide pour approcher la faisabilité technique et économique de nouveaux centres » (Cheverry, 1992). Avec quelques autres expériences fortement médiatisées et beaucoup visitées, ce modèle contribuera à rendre crédible le nouveau réseau en jouant le rôle de « lieu exemplaire », c’est-à-dire, pour paraphraser A. Micoud, (1991), de « lieu fait pour faire croire qu’une autre gestion des déchets est possible ».
Ce consensus autour de la collecte sélective ne sera pas véritablement remis en cause dans les années qui suivent, si ce n’est sur certaines modalités organisationnelles. Les associations d’environnement, de consommateurs ou de locataires s’en feront plutôt d’ardents propagandistes. Dès 1990 par exemple, à l’occasion d’un colloque sur « Les consommateurs et leurs déchets », la section aixoise de l’Union Fédérale des Consommateurs affirma sa volonté de participer à la sensibilisation et à la responsabilisation des consommateurs-citoyens. La collecte sélective représentera pour ces associations, conformément au lien bien établi entre consommation et vie quotidienne (Pinto, 1992), un nouvel espace d’intervention de proximité, bien souvent en tant que partenaires privilégiés, voire prestataires, des promoteurs du tri. Ce furent moins les critiques, certes importantes pour le dimensionnement général de la filière mais finalement internes à la démarche (« faut-il vraiment trier les pots de yaourt ? »), qui firent peser une menace sur la collecte sélective que la dérision ou l’ironie sur un sujet, la poubelle, que tout le monde n’était pas prêt à considérer comme le « vrai et très sérieux problème de société » pointé par les membres du Collège de la prévention des risques technologiques dans leur rapport sur la loi de 1992.
La méconnaissance partagée de la véritable « plus-value environnementale » des collectes sélectives par rapport aux solutions classiques d’incinération contribua certainement à maintenir la cohésion de la coalition constituée [7]. L’absence de controverse réelle sur ce point permit d’asseoir socialement le tri des déchets comme norme d’action valide, les tonnages recyclés et les emplois créés attestant suffisamment de son intérêt. La collecte sélective bénéficia donc pleinement de ces « mécanismes politiques forts et particulièrement consensuels (…) nécessaires pour assurer la mise au point et la durabilité des règles d’usage et de gestion des biens publics », tels que précisément la propreté urbaine (Kiser, cité dans Strobel, 1994). Ce n’est que tardivement qu’une inflexion vers la réduction à la source sera effectivement engagée et que le débat sur l’arbitrage environnemental entre recyclage et valorisation énergétique réapparaîtra dans les instances officielles, mais à un moment où le tri semble faire d’ores et déjà figure d’évidence collective : n’en est-on pas à lancer des campagnes nationales et à organiser des « recyclades », sortes de journées festives autour du tri sélectif ?
 
Invention et stabilisation du nouvel usager
 
 
Des besoins de l’usager à la performance du producteur-trieur
Sur la base d’un sondage SOFRES de 1991 indiquant que 71 % des Français étaient favorables aux collectes sélectives, un journaliste de la Lettre du maire, dans le numéro du 10-16 juin 1992, affirme : « Plus rien ne s’oppose donc à la mise en place de structures associant les usagers à la gestion des déchets ». Mais s’agit-il de (re)mobiliser un « usager déjà là » ou d’inventer un nouveau personnage, hybridant les sphères domestique et économique, privée et publique ? En fait, au traditionnel usager sans qualités appréhendé par un tonnage produit ou un litrage de poubelle mis à disposition, l’impératif de recyclage substitue un producteur-trieur inséré dans une filière industrielle, dont il faut construire et maintenir la performance. L’alignement des comportements domestiques sur un standard compatible avec les possibilités de la collectivité et les exigences des recycleurs passe par toute une série d’investissements de forme (Thévenot, 1986), qui peuvent être résumés en trois grandes catégories : mise en mots du gisement, mise en conformité des pratiques, mise en valeur du geste tri. Reprenons-les brièvement.
Si on admet que le « concept du résidu, c’est la masse » (Knaebel, 1991), l’introduction de la collecte sélective implique en premier lieu une mise en mots commune du « tas de déchets ». Il s’agit d’aider le producteur-trieur à se repérer dans cette collection hétéroclite de choses qu’est a priori le gisement de déchets. La principale difficulté vient de la rencontre entre un monde ordinaire, où les modes de qualification utilisés peuvent rester souples et personnalisés, et l’alignement de type professionnel requis par la collecte sélective. Cet alignement doit permettre tout à la fois d’obtenir des quantités suffisantes et d’éviter les « erreurs de bonne foi » : comment éviter par exemple que la poubelle du recyclable ne soit identifiée à une anti-poubelle destinée à toutes les choses qui « peuvent resservir », comme de la moquette ou du bois… mais qui encombrent inutilement le centre de tri ?
La collecte sélective réclame ensuite une mise en conformité de certaines micro-pratiques de rangement du résidu, telles que l’emballage des déchets dans les petits sacs de caisse, qui peuvent compliquer, voire davantage, le bon déroulement du traitement. Elle réclame aussi toute une série de micro-ajustements qui transforment certains lieux (le jardin, le séchoir, le balcon…) en annexes de l’espace rudologique. Derrière une préoccupation exprimée parfois directement par les habitants — « l’organisation à l’intérieur des maisons et à l’extérieur [pose] problème », expliquèrent des Lillois lors d’une session des Assises des résidus urbains en 1994 — se profile un enjeu essentiel, celui de la capacité des usagers à prolonger le travail initial de mise en forme entamé par les promoteurs de projet par des adaptations autonomes au bénéfice de la collecte sélective.
La mise en valeur du « geste tri », le reliant à un horizon de sens qui le légitime, viendra justement conforter cet engagement individuel minimal, indispensable pour surmonter les inévitables difficultés et colmater les failles du système. L’offre de sens tendra le plus souvent à inscrire le tri dans la sphère de la moralité, plus rarement dans la sphère de l’intérêt en jouant sur des mécanismes économiques de type tarification ou consigne… Assez rapidement, les motivations déclarées des trieurs pourront être rapportées à l’une ou l’autre des six catégories suivantes : le civisme-citoyenneté, la volonté d’insertion dans le tissu social, l’écologie de proximité, la lutte contre les excès de la société de consommation, un impact positif en faveur de l’emploi, la simplicité des modalités de tri (Cofremca, 1994). Quoi qu’il en soit, une partie de l’art des porteurs de projets consistera à articuler ces investissements de forme aux exigences du nouveau réseau et en particulier à la distribution des rôles retenue pour relier les cuisines à l’usine de recyclage.
La collecte sélective comme projet local : « foisonnement d’initiatives » et représentations des usagers
À partir des années quatre-vingt-dix, un « foisonnement d’initiatives » (P-H. Bourrelier, 1992), dont certaines se situent parfois à la limite du bricolage artisanal, se met en place. Les scripts testés, c’est-à-dire les programmes d’action coordonnant les rôles respectifs des usagers et du réseau (Akrich, 1987), peuvent être assez différents même s’ils s’inscrivent tous dans le cadre défini précédemment. Dans le cas le plus classique, celui de la collecte des déchets d’emballages en vrac, le producteur-trieur gère simplement un nouveau flux de déchets, collecté par une benne traditionnelle et trié ensuite dans un centre de tri plus ou moins sophistiqué. Le sac de tri peut être transparent pour ériger l’éboueur en contrôleur et lui permettre de vérifier si le contenu est conforme ou non aux consignes. L’utilisation d’une benne à compartiments cristallise un partage du travail différent : au lieu de les jeter, le producteur-trieur range ses déchets propres et secs dans un bac, puis l’agent de collecte place les matériaux rangés dans des godets spécifiques placés sur le côté de la benne, godets qui sont ensuite vidés régulièrement dans les compartiments. Les déchets peuvent être remis directement au recycleur. Enfin, l’apport volontaire des déchets dans des bornes disposées sur la voie publique libère l’usager comme le collecteur de contraintes calendaires fixes, mais au détriment d’un certain confort d’utilisation et, souvent, des quantités récupérées.
L’usager : variable de commande ou variable de bouclage ?
L’exemple des Lilas — au moins en 1993/1994 — est typique d’une situation où le producteur-trieur est érigé en variable de commande : arguant du fait que les Lilasiens disposent de fort peu de place pour une deuxième poubelle et qu’il faut éviter la confusion dans l’esprit des gens avec des « solutions intellectuelles » comme la séparation entre le propre et le sec, les promoteurs de la collecte sélective se contentent de suggérer des gestes à effectuer et de densifier un réseau de conteneurs d’apport volontaire disposés sur la voie publique. À l’inverse, à la Communauté urbaine de Lille, le centre de tri est rapidement devenu le cÅ“ur du dispositif, notamment par les contraintes liées à l’emploi de la technologie innovante du « séparateur aéraulique ». Afin que le rendement du séparateur soit maximal, le programme attribué au producteur-trieur dut être renforcé et c’est donc à l’usager qu’échut la contrainte de bouclage : on lui demanda de séparer les « corps creux » (bouteilles) des « corps plats » (papiers-cartons) et non plus seulement le flux générique des « propres et secs ». Pour lui faciliter la tâche, on s’efforça de comprendre son vocabulaire, d’adapter le matériel à son style de maison, on lui envoya des enquêteurs, et aussi des contrôleurs…
Comment, dans ces premières phases de la modernisation, a été négocié ce qui devait être pris en charge par la poubelle, la benne, la technologie de tri, le ripeur, le producteur-trieur ? Pour rendre compte de ces processus de choix, introduisons une typologie simple. Les nombreux éléments entrant dans la composition d’une filière peuvent être classés en deux grandes catégories : les variables de commande, dont les contraintes ou les caractéristiques sont jugées déterminantes pour l’équilibre du dispositif ; les variables de bouclage, à partir desquelles seront obtenus les ajustements nécessaires. Cette distinction ne recoupe pas celle entre éléments techniques et éléments humains : la technologie de tri comme le modèle de producteur-trieur relèvent selon les cas de l’une ou de l’autre de ces catégories (cf encadré).
On a ainsi deux formes polaires de mobilisation entre lesquelles les formes concrètes peuvent être situées : d’une part l’usager variable de commande pris dans une démarche de sollicitation, et d’autre part l’usager variable de bouclage inscrit dans un processus d’enrôlement actif. La position du curseur résulte alors d’une négociation socio-technique (Callon et Rip, 1992), au cours de laquelle sont évalués et confrontés les gradients de résistance respectifs du producteur-trieur et de la technologie de tri. Cette évaluation nécessite la mise en place de mécanismes de représentation des « habitudes » ou propriétés de ces actants [8]. Concernant la technologie, les représentations se formèrent à l’occasion de visites, suivant les conseils d’experts ou les propositions de prestataires, également après expérimentation, comme ce fut le cas par exemple à Lille. Pour les producteurs-trieurs, l’accord sur « ce dont sont capables les gens » fut généralement obtenu en combinant trois canaux de représentation, que nous allons détailler.
L’ampleur des modifications introduites a dépendu bien souvent des représentations personnelles que les élus se faisaient ex ante et a priori de la capacité des gens à transformer leurs habitudes. Ce facteur irréductible montre bien que la modernisation fut d’abord et avant tout une question de politique locale. Au besoin, cette définition du producteur-trieur comme sujet politique a pu être activée par une procédure ad hoc : organisation d’un référendum, convocation des Assises des résidus urbains afin de valider publiquement certains choix… Ces représentations purent le cas échéant être influencées par la dynamique inter-locale résultant des visites et du « colportage des bonnes idées » auquel se livrèrent de nombreux acteurs. Les porteurs de projet se sont efforcés en second lieu de chiffrer le comportement du trieur à l’occasion de phases expérimentales sur des quartiers-tests. Ce type de représentation a plutôt été porté par les ingénieurs municipaux, en accord avec une culture technique faite de pragmatisme et de prudence : « avant de changer les comportements des gens, il faut tout mesurer ». Ces enquêtes fabriquèrent une image simplifiée et chiffrée de la population des producteurs-trieurs, de ses performances, mais aussi de sa satisfaction et de ses contraintes : on mesura certes des compositions de poubelle et des taux de présentation, en s’appuyant sur une terminologie et des indicateurs progressivement stabilisés, mais on s’intéressa également, sur la base de questionnaires-types rapidement disponibles (1994), à la gestion domestique de la poubelle (qui trie à la maison ?) et aux attitudes par rapport au tri. À Lille, ce sont pas moins de six configurations différentes qui seront ainsi testées ! L’usager a pu enfin être représenté par ce qu’en disaient des « porte-parole qualifiés », érigés en représentants fidèles de la population. À Gueugnon, ce sont les militantes de l’UFCS (Union Féminine Civique et Sociale) qui testèrent le matériel chez elles et assurèrent le relais vers les habitants ; dans la Communauté Urbaine de Lille, une commune pilote pour la collecte sélective demanda à un de ses conseillers municipaux de jouer le rôle de « Monsieur Propre » : il devint l’intermédiaire privilégié entre les habitants et la Communauté Urbaine, tenant soigneusement à jour un « cahier de doléances » enrichissant et affinant la représentation des usagers. Par sa capacité à mettre en avant les « étourdis » ou les « événements familiaux générateurs de déchets », il put prendre part efficacement au débat sur la fréquence de collecte sélective en rappelant la récalcitrance des aléas de la vie quotidienne aux impératifs de la rationalisation technico-économique.
La mise en Å“uvre de ces multiples canaux de représentation, à des degrés évidemment divers selon les communes, illustre bien la vivacité d’une culture technique locale traditionnelle, orientée notamment vers la « saisie de la demande sociale » et la « compréhension du contexte » (Barthélémy, 1989), en même temps que son ouverture forte à de nouvelles manières de faire, comme les enquêtes, moins intuitives et plus construites (Lorrain, 1993). En termes d’usages, ces diverses représentations servirent parfois à choisir entre différents systèmes, parfois à procéder à de simples ajustements techniques d’un programme décidé ex ante. Elles servirent aussi souvent à simplement valider les options prises et à la « mise en valeur des aspects positifs des résultats », sans qu’il faille voir là nécessairement la preuve d’une démarche cynique ou machiavélique : simplement, grâce à l’ensemble des mécanismes mis en place, l’enrôlement des usagers fut, en général, plus rapide et important que ne l’espéraient souvent les porteurs de projet (Hédéra, 1998).
La collecte sélective comme dynamique collective
Comme nous allons désormais le voir, ces micro-régulations prirent place dans une dynamique expérimentale globale. Toutes ces initiatives et négociations locales s’inscrivent en effet dans une politique publique. Des questions essentielles se posent : comment concilier l’autonomie des collectivités locales et la nécessaire décentralisation des choix avec la convergence du dispositif vers des objectifs qui sont nationaux, et même européens [9] ? Comment assurer le pilotage de ce processus et élaborer des repères et doctrines d’action crédibles, qui permettront de rassurer puis d’enrôler les collectivités « attentistes » ? Le pilotage mis en place repose de manière essentielle sur une dynamique de production continue de connaissances [10], elle-même composée de deux volets : le premier consiste en un effort de capitalisation de l’existant, basé sur la mise en place de plusieurs programmes d’études pilotés par l’ADEME et/ou par Éco-Emballages et destinés à constituer progressivement une nouvelle ingénierie des déchets ; le second volet résulte de l’effort organisé d’anticipation des états du monde futurs, basé sur la démarche de planification à laquelle, dans chaque département, l’ensemble des acteurs fut invité à participer sous l’autorité du représentant de l’État.
Seul nous intéressera ici le premier volet de cet apprentissage collectif [11]. Comme il s’agissait de tester différentes configurations et de provoquer un effet d’entraînement, certaines collectivités ont été de manière tout à fait explicite transformées en laboratoire de la modernisation. En effet, expliqua alors le député-maire de Lons-le-Saulnier, J. Pélissard, un pionnier de la collecte sélective, « on ne peut pas commencer à traiter la France de manière homogène. Une commission de concertation réunissant Éco-Emballages, l’Association des maires de France et des experts doit se mettre en place prochainement pour choisir les villes tests, ainsi que les projets de recyclage. Ces communes essuieront les plâtres ». Ce furent les quarante et un sites-pilotes, sélectionnés après un appel à projets, et qui firent l’objet de soutiens financiers et d’un suivi particuliers, tant de la part des financeurs que d’une presse professionnelle très attentive. De son côté, l’ADEME noua des conventions de partenariat avec une dizaine de collectivités afin d’y réaliser des suivis technico-économiques ainsi que des enquêtes de satisfaction des usagers, visant à cerner leurs pratiques, difficultés, attentes, représentations. Ces suivis seront complétés par des études plus transversales portant par exemple sur le rôle des gardiens d’immeubles, la signalétique des déchetteries, ou encore la place de l’insertion dans les centres de tri…
La diffusion des résultats fut assurée régulièrement par l’édition de guides méthodologiques et la tenue de colloques, journées d’études, rencontres nationales ou régionales… Entre la fin de 1995 et 1996 parurent notamment un « Manuel de capitalisation d’expériences », un « Recueil d’initiatives locales », et plusieurs guides portant aussi bien sur le choix de « l’implantation des points d’apport volontaire » que sur la conduite générale de projet. Des évaluations technico-économiques d’ensemble commencèrent à être diffusées également à partir de 1996, suite à l’enquête réalisée par la Sofres pour le compte de l’ADEME et de l’Association des maires de France. Bientôt apparurent également des « configurations gagnantes », bon compromis entre les contraintes et exigences technique, économique, réglementaire et sociologique. Compte tenu de l’importance de ce dernier facteur, l’impératif d’alignement des comportements des usagers fut précocement et précisément outillé, d’abord dès 1994 à l’aide d’un « Fonds commun de communication », plus tard à l’aide d’un « Kit de communication » comprenant guide de tri, lettres du maire, affichettes… prêts à l’emploi.
Doctrine sur l’usager et nouvelle relation de service
À travers toute cette production, l’usager est devenu progressivement une variable relativement prévisible et maîtrisable d’un projet socio-technique, assez bien saisi à l’aide du triptyque suivant : quelques ratios, quelques recommandations reflétant des exigences raisonnables et une doctrine d’intervention relativement simple. Au premier chef, la performance du trieur, élément clef du dimensionnement d’un projet, exprimée en kg/hab/an, put assez rapidement être située, matériau par matériau, entre une « valeur moyenne » et une « valeur optimisée réaliste ». Actuellement, selon un directeur régional d’Éco-Emballages, « on peut dire à un élu au kg près ce qu’il va récolter ». De multiples études permirent également de construire des portraits du bon ou du mauvais trieur, ou de catégoriser plus qualitativement la population. L’étude Hédéra (1998) distingue par exemple : « ceux qui rejettent », les « pratiquants incitateurs », les « gagnés au tri » et enfin les « hésitants ».
Progressivement intégré dans le savoir-faire organisationnel et gestionnaire en tant que producteur, l’usager est aussi envisagé comme porteur d’exigences légitimes. Considérons par exemple les critères permettant de comparer les deux grandes options de collecte sélective que sont l’apport volontaire ou le porte-à-porte, critères listés dans la brochure « Collectes séparatives : les clefs de la réussite », éditée en 1998 par l’ADEME. Ces critères relèvent de trois grandes familles : la « qualité du service pour l’habitant », qui se décline en : proximité, disponibilité, adhésion ; les « contraintes d’urbanisme », qui renvoient à l’encombrement et aux nuisances ; les « impacts sur les facteurs de coût » enfin, que sont les investissements, la qualité des matériaux et les rendements des apports. On constate ainsi que les chargés de projet sont invités à mettre en regard la performance et la vitesse d’apprentissage du trieur, le coût qui sera in fine supporté par le contribuable, les nuisances sonores ou olfactives que subira l’habitant, l’encombrement de la voirie ou la distance que devra parcourir le piéton… bref, autant de situations ou de rôles susceptibles d’entrer en interaction ou en conflit dans le cadre de la nouvelle gestion des déchets. Une fois cette mise à plat réalisée, c’est à la cellule projet d’arbitrer entre ces points de vue parfois contradictoires. Il est à cet effet recommandé par l’ADEME d’associer les représentants associatifs ou d’usagers dès l’étude préparatoire.
Enfin, puisque « l’adhésion des ménages à la démarche de collecte sélective est la clé de la réussite du programme », et notamment de la maîtrise des coûts, une doctrine d’intervention, d’inspiration behavioriste, est mise au point. Elle est résumée dans le « Manuel de capitalisation des expériences » de 1996 par ces deux « idées force » : proximité, répétitivité. Plus précisément, on peut reconstituer le schéma suivant : les attitudes et motivations, dont on a cerné par ailleurs la variété, déterminent pour partie les comportements ; ces attitudes globalement favorables au tri peuvent et doivent être renforcées par des « messages » répétés dont l’impact sera d’autant plus fort qu’ils combineront contacts directs (remise en mains propres du guide de tri par exemple, ce qui suppose la multiplication des interfaces humaines et des « relais ») et traces écrites très pédagogiques ; le tout doit être accompagné d’un mécanisme de renforcement positif : il est recommandé de diffuser les (bons) résultats de la collecte sélective.
La dissémination de la relation de service, au sens d’une multiplication des interfaces par lesquelles pourront transiter consignes, réclamations, interrogations, conseils… est un complément indispensable à l’application de cette doctrine. Cette dissémination passe d’abord par l’envoi sur le terrain d’émissaires, les fameux « ambassadeurs du tri », chargés de distribuer le matériel mais aussi d’expliquer les consignes, de rassurer, de justifier, provoquant ainsi l’attention minimale nécessaire au changement d’attitude. Elle passe ensuite par la mobilisation des « relais », susceptibles de démultiplier et de désofficialiser les canaux par lesquels transitent les injonctions et/ou sollicitations, modalité d’influence sociale à l’efficacité bien documentée. Parmi ces relais figurent bien évidemment les agents de collecte et personnels des collectivités, les instituteurs, les gardiens d’immeubles, dont on découvrira par ailleurs que leur adhésion n’a rien de naturelle et doit être négociée (Tapie-Grime, 1998), mais aussi, plus rarement, des habitants « partenaires du tri » qui s’engagent, comme dans le Jura, « à promouvoir dans leur entourage l’idée du tri comme une solution d’avenir ». La dissémination de la relation de service passe enfin dans certains cas par le passage plus ou moins régulier de contrôleurs de la qualité du tri, faisant ainsi indirectement planer le doute sur la nature exacte de la nouvelle norme comportementale : la peur de l’amende et la crainte de la stigmatisation sociale peuvent parfois être de puissants ressorts de modelage des comportements. À terme, toutes ces médiations devraient s’effacer pour laisser la place à une phase d’accoutumance, dans laquelle la norme comportementale n’aura plus besoin d’être soutenue que par un certain nombre d’« indices routinisants » (Serverin, 2000), tels que par exemple les pictogrammes présents sur les guides, la distribution régulière de sacs de tri, ou les campagnes d’Éco-Emballages.
 
Un usager normalisé ?
 
 
Reprenons toute cette histoire. Au démarrage de la modernisation, l’usager apparaissait essentiellement comme une figure abstraite, mobilisée dans la rhétorique de justification du changement : il était, paradoxalement, à la fois une source essentielle du problème, en tant que consommateur, et en même temps un élément décisif de la solution. À l’issue du processus que nous venons de décrire, le déchet d’emballage s’est écarté de sa définition traditionnelle de « chose abandonnée » pour accéder au statut de « chose que l’on transmet » ; de son côté l’usager est devenu une variable assez facilement activable sans qu’il soit particulièrement nécessaire de faire appel de surcroît à ses qualités vives de citoyen. On peut, comme le fait Rumpala (1999), dénoncer la « colonisation de l’espace vécu », c’est-à-dire la rationalisation des modes de vie à des fins utilitaires, en l’occurrence pour préserver le système de production dominant. Il peut être tentant également de faire référence à l’« investissement politique des corps » si bien décrit par Foucault (1975) à propos de la mise en place de la société disciplinaire, combinaison d’extraction de comportements et de production de savoirs normalisants, quand bien même l’appel à la responsabilité individuelle et collective et l’assentiment qui peut en découler adouciraient le versant coercitif du changement. Est-il possible de nuancer, voire de résister à l’emprise de ce discours critique ? Quatre séries d’arguments nous paraissent pouvoir être retenus.
Au-delà de l’amélioration technique des gestions locales, il est indéniable que la mise en place de la nouvelle « machinerie du propre » a pu servir de multiples intérêts : politiques et économiques au premier chef, mais aussi sociaux même si c’est sans doute de manière plus diffuse. En effet, comme tout appel à la mobilisation suivant la mise en évidence d’une menace, la « coercition mutuelle » a une fonctionnalité sociale plus large. Le recours fréquent à la notion de « geste civique », pour désigner le « jeter utile » auquel les usagers sont invités, montre que la collecte sélective peut également servir à renforcer la perception par chacun de l’unité et de la solidarité de la société, perception toujours menacée dans les sociétés modernes à « solidarité organique », et tout particulièrement en cette décennie quatre-vingt-dix. Comme l’explique H-P. Jeudy (1991), c’est simultanément la présence d’un pouvoir et « l’image de l’unité de la ville » que manifeste l’action parfois spectaculaire des services de propreté. La gestion des déchets se situe ainsi d’emblée à la confluence des dynamiques matérielles propres au réseau des déchets, des jeux de pouvoir, d’intérêts et de domination, et enfin des intuitions de ces acteurs comparables aux « chefs [qui] sont les porte-parole d’une logique inconsciente qui les porte comme s’il y avait une sagesse de groupe, analogue à la “sagesse du corps” qui nous fait savoir quand il a besoin de sucre ou de graisse » (Debray, 1991).
Ensuite, même si l’initiative est restée très majoritairement du côté des élus, une forme de participation des usagers a pu s’exercer à travers la mise en place des expérimentations locales sur lesquelles furent branchés, on l’a vu, plusieurs mécanismes de représentation. Même si c’est évidemment insuffisant, comme le rappelle Jeannot (1998), pour qu’une référence à la citoyenneté soit envisageable, d’une manière certes diffuse et souvent silencieuse, les programmes ont été ajustés avec les usagers. En continuant à rester au plus près du détail de l’action, on pourra également opposer de Certeau (1990) à Foucault, en rappelant que l’ouverture autour des déchets de ce nouveau domaine partagé entre sphère privée et sphère publique n’est pas un lieu de transparence absolue, que vont s’y développer de nouvelles opacités, de nouvelles « ruses et tactiques de l’usager », et que si celui-ci accepte de participer il n’en est pas nécessairement la dupe du système. L’identification et la dénonciation des intérêts sous-jacents, ceux de l’industrie de l’emballage ou des opérateurs du déchet en l’occurrence, constituent une ressource critique largement répandue. « Et pourtant, ils trient », a-t-on envie de dire, pour toutes sortes de raisons, parce que ce n’est pas trop compliqué, parce qu’on leur demande, parce qu’ils trouvent cela satisfaisant, parce que le nouveau système est plus pratique que l’ancien, parce qu’on s’y habitue rapidement et que tout est fait pour que le nouveau geste se trouve comme enchâssé dans un nouvel univers matériel et symbolique qui le soutienne fermement.
Par ailleurs, parce qu’elle multiplie les occasions de rencontre et donc de dialogue avec les usagers, parce que figure aussi explicitement dans la « doctrine sur l’usager » l’obligation de rendre des comptes, même si c’est sous la forme minimale des tonnages triés et de leur devenir, cette « colonisation des comportements » contient en quelque sorte en elle-même le principe, fragile mais réel, de sa démocratisation. Il suffit pour cela d’accepter, comme nous y invite encore G. Jeannot (1998), de voir dans l’« épreuve d’accountability », c’est-à-dire dans l’obligation pour les responsables de l’action publique de rendre compte de leurs actes devant les citoyens, une composante de la relation citoyenne entre services publics et usagers. Si le passage du « contrôle local de l’usager » à l’« action publique du citoyen » n’a pas encore été réalisé par des associations ou collectifs d’usagers, comme dans le domaine de l’eau par exemple, sauf dans les cas spécifiques des projets d’implantation d’équipements où c’est davantage le riverain que l’usager qui est concerné, il n’empêche qu’avec la mise en place des comités consultatifs d’usagers et la parution du décret relatif au « rapport annuel sur le prix et la qualité du service public d’élimination des déchets », c’est bien la logistique minimale de possibles « contrôles croisés » entre usagers et autorités publiques qui se met en place localement. Ces contrôles croisés pourraient d’ailleurs déborder la seule gestion des déchets et remonter vers le secteur de la distribution, voire de l’emballage. Là encore, cette possibilité semble inscrite dans la nature même du dispositif : le glissement opéré aux niveaux national et local vers la prévention des déchets élargit l’intérêt de l’usager, de la question des déchets à celle de la consommation elle-même. De plus, parce qu’il faudra bien pérenniser les emplois-jeunes que sont souvent les « ambassadeurs du tri », certains envisagent déjà de les transformer en « conseillers en économie familiale, spécialistes de la consommation raisonnée et de la gestion durable des déchets » (FNE, 2001). Quels qu’aient été les intérêts économico-politiques à l’origine des collectes sélectives, une sorte d’effet boomerang n’est donc pas inenvisageable. À un niveau plus général, une possible rupture du consensus autour des collectes sélectives pourrait déboucher sur un débat civique d’ensemble, comme le souhaite l’auteur d’un récent rapport officiel (Prévot, 2001).
Enfin, toute politique des corps est aussi l’occasion d’un élargissement et, on a envie de dire, d’un enrichissement de ce à quoi les personnes sont attachées, donc de ce qui constitue leur propre ; en conséquence elle participe plutôt d’une recréation que d’une normalisation de l’individu. Déjà, à la Renaissance, si l’on suit D. Laporte (1978), une politique des déchets « inédite », qui s’était traduite notamment par la construction des fosses d’aisance et l’obligation de « balayer devant sa porte », participa à « l’émergence de sentiments de la famille et de l’intimité » et fit des ordures l’un des supports par lesquels s’établit un partage entre le domaine du privé et celui du public. Un parallèle peut être dressé avec la « conquête de l’eau » en tant qu’histoire de la propreté corporelle. À partir du XIXe siècle, le développement des nouvelles pratiques corporelles basées sur la toilette résulta largement de la diffusion verticale de modèles édilitaires, modèles eux-mêmes appuyés sur l’idéologie bourgeoise, sur une industrie bientôt florissante, sur le recours à des formes d’inculcation qui n’ont rien à envier à ce que nous connaissons aujourd’hui pour les déchets (Goubert, 1986). Mais, dans le même temps, comme le dit G. Vigarello (1985), « l’histoire de la propreté tient en définitive à une polarité dominante : la constitution, dans la société occidentale, d’une sphère physique appartenant en propre au sujet, l’élargissement de cette sphère, le renforcement de ses frontières aussi, jusqu’à l’éloignement du regard d’autrui ». Le gain n’est pas négligeable. Reste à identifier de quelle émergence participe la mise en place des nouvelles gestions des déchets. Peut-être, si l’on suit Dagognet (1997) l’enjeu serait-il celui d’un intérêt, d’une revalorisation, voire d’une « compassion » pour « le fragile, le délaissé, le secondaire » : mais vers où nous conduiront ces nouveaux attachements, dans quel ensemble s’inscriront-ils ? La question reste ouverte.
 
BIBLIOGRAPHIE
 
·  Adage, 1996, Conditions d’émergence et de développement de la collecte sélective des déchets municipaux, Paris, rapport pour l’ADEME.
·  Aggeri F., Hatchuel A., 2000, « Innovation et production de la norme : les nouvelles formes de gouvernementalité dans le domaine de l’environnement », in La production des normes entre État et société civile, sous la direction de E. Serverin et A. Berthoud A., Paris, L’Harmattan, pp. 95-133.
·  Akrich M., 1987, « Comment décrire les objets techniques ? », Technique et culture, n° 9, pp. 49-64.
·  Barbier R., Larédo P., 1995, Il y a du neuf dans les poubelles, Paris, Éditions ADEME.
·  Barbier R., 1996, Une société au rendez-vous de ses déchets, Paris, thèse de doctorat de l’École des Mines.
·  Barbier R., 1997, « Les déchets dans la ville. Un parcours historique », Traverse, n° 2, pp. 83-98.
·  Barraqué B., 1992, « La ville propre : pour une approche anthropologique et historique », in Le propre de la ville, pratiques et symboles, sous la direction de M. Segaud, Paris, Éditions de l’Espace Européen, pp. 161-170.
·  Barthélémy J-R., 1989, « Les deux cultures techniques locales », Économie et Humanisme, n° 305, pp. 67-74.
·  Beguin D., 1993, Gestion des déchets municipaux : la nécessité d’une approche globale, Paris, ADEME.
·  Bertolini G., 1990, Le marché des ordures, Paris, L’Harmattan.
·  Bourrelier P-H., 1992, Programme de recherche et de développement sur les déchets. Rapport d’analyse et de propositions, Paris, ADEME.
·  Buclet N., Defeuilley C., Serret Y., Godard O. (direction scientifique), 1997, La gestion des déchets ménagers en France et en Europe, rapport du CIRED pour le Programme Environnement, Vie et Sociétés, CNRS – ADEME – Club Crin Environnement.
·  Callon M., Rip A., 1992, « Humains et non-humains : morale d’une co-existence », in La Terre outragée. Les experts sont formels, sous la direction de J. Theys et B. Kalaora, Paris, Autrement, pp. 140-156
·  Cans R., 1990, Le monde poubelle, Paris, First.
·  Cheverry M., 1992, TRISELEC. Premier bilan, Angers, ADEME.
·  Dagognet F., 1997, Des détritus, des déchets, de l’abject, Le Plessis Robinson, Les Empêcheurs de penser en rond.
·  Debray R., 1991, Cours de médiologie générale, Paris, Gallimard.
·  de Certeau M., 1990, L’invention du quotidien 1. arts de faire, Paris, Gallimard.
·  Defeuilley C., 2000, Contrat et politique publique d’environnement. Enseignements tirés d’Éco-Emballages, Paris, rapport du CIRED pour le Ministère de l’Aménagement du Territoire et de l’Environnement.
·  Douglas M., 1992, De la souillure. Études sur la notion de pollution et de tabou, Paris, La Découverte.
·  FNE (France Nature Environnement), 2001, Livre blanc sur la prévention des déchets.
·  Glachant M., 1994, The Regulatory Processes in Packaging Recycling : Cooperation between Industry and Regulatory Authorities, Paris, rapport du CERNA.
·  Godard O., 2000, « Incitations économiques et régimes de gestion des déchets », communication au colloque Économie de l’Environnement, Paris, Ministère de l’Aménagement du Territoire et de l’Environnement.
·  Guigo, D., 1991, « Sisyphe dans la ville, la propreté de Besançon au fil des âges », Annales de la recherche urbaine, n° 53, pp. 47-58.
·  Goubert J-P., 1986, La conquête de l’eau, Paris, Robert Laffont.
·  Hatchuel A., Weil B., 1992, L’expert et le système, Paris, Économica.
·  Hedera, 1998, Opinions et comportement des usagers face à la collecte sélective des ordures ménagères, Paris, rapport pour l’ADEME.
·  Jeannot G., 1998, Les usagers du service public, Paris, PUF.
·  Jeudy H.-P., 1991, « Le choix public du propre. Une propriété des sociétés modernes », Annales de la recherche urbaine, n° 53, pp. 103-108.
·  Knaebel G., 1991, « Le rangement du résidu », Annales de la Recherche Urbaine, n° 53, pp. 23-31.
·  Laporte D., 1978, Histoire de la merde, Paris, Christian Bourgois.
·  Latour B., 1999, Politiques de la nature, Paris, La Découverte.
·  Lorrain D., 1993, « Après la décentralisation. L’action publique flexible », Sociologie du travail, n° 3, pp. 467-484.
·  Micoud A., 1991, « Les lieux exemplaires, des lieux pour faire croire à de nouveaux espaces », in Des Hauts-Lieux. La construction sociale de l’exemplarité, sous la direction de A. Micoud, Paris, CNRS, pp. 53-64.
·  Pinto L., 1992, « La gestion d’un label politique : la consommation », Actes de la recherche en sciences sociales, n° 91-92, pp. 3-19.
·  Prévot H., 2001, La récupération de l’énergie issue du traitement des déchets, Paris, rapport du Conseil Général des Mines pour le Secrétariat d’État à l’Industrie et le Ministère de l’Aménagement du Territoire et de l’Environnement.
·  Raynaud Ph., 1993, « L’hygiénisme contemporain et l’écologie : une permissivité répressive », in La nature en politique, sous la direction de D. Bourg, Paris, L’Harmattan, pp. 138-149.
·  Rumpala Y., 1999, « Le réajustement du rôle des populations dans la gestion des déchets ménagers », Revue française des sciences politiques n° 49 (4-5), pp. 601-629.
·  Segaud M., 1992, « Introduction », in Le propre de la ville, sous la direction de M. Segaud, Paris, Éditions de l’Espace Européen.
·  Serverin E., 2000, « Agir selon des règles dans la sociologie de Max Weber », in La production des normes entre État et société civile, sous la direction de E. Serverin et A. Berthoud, Paris, L’Harmattan, pp. 209-235.
·  Strobel P., 1994, « Service public et relation de service : de l’usager au citoyen », in Relations de service, marchés de service, sous la direction de J. de Bandt et J. Gadrey, Paris, CNRS Éditions, pp. 43-62.
·  Thévenot L., 1986, « Les investissements de forme », in Conventions économiques, Paris, Cahiers du Centre d’Études de l’Emploi-Presses Universitaires de France, pp. 21-71.
·  Vigarello G., 1985, Le propre et le sale, Paris, Seuil.
 
NOTES
 
[1]Cet accord négocié entre le gouvernement et les industriels trouva sa traduction réglementaire dans le décret du 01/04/1992. Sur la genèse, la dynamique et l’évaluation d’Éco-Emballages, voir Defeuilley (2000).
[2]L’histoire de la notion de déchet ultime mériterait un développement à elle seule. Disons simplement pour fixer un ordre d’idées que le processus devait conduire à l’évolution suivante : faire en sorte que la décharge n’absorbe plus que 10 % du flux de déchets, contre 50 % initialement ; les autres déchets devaient être valorisés sous forme énergétique, matière (recyclage) ou biologique (compost).
[3]Ces études furent conduites en partenariat avec les experts de l’ADEME, notamment pour l’identification des collectivités à étudier et leur capacité à couvrir un spectre suffisamment large de configurations.
[4]Expression forgée par le géographe J. Gouhier, la rudologie désigne la science du déchet.
[5]Nous faisons ici un parallèle avec la notion de « vague de rationalisation » utilisée par Hatchuel et Weil (1992) pour périodiser l’histoire de la diffusion des techniques managériales au sein des entreprises. Chaque vague est soustendue par un « mythe rationnel », susceptible de lui servir notamment de métaphore mobilisatrice. La notion d’environnementalisation (ou d’écologisation) désigne pour Latour (1999) une recomposition générale des rapports entre humains et non-humains.
[6]Nous adaptons ici les catégories mises au point par Hatchuel et Weil (1992) pour décrire les techniques managériales : philosophie gestionnaire, vision simplifiée des relations entre acteurs, substrat technique.
[7]Sur le rôle des incertitudes partagées dans la genèse et la dynamique des filières d’élimination des déchets, voir notamment Aggeri et Hatchuel (2000) ainsi que Godard (2000).
[8]La notion d’habitude, au sens de propriété discutable d’un actant, a été introduite par Latour (1999). La notion d’actant est plus large que celle d’acteur, puisqu’elle désigne également les non-humains.
[9]Une directive européenne sur les emballages, adoptée en 1994, fixe des minima de valorisation.
[10]Sur le rôle des connaissances dans la conduite des politiques publiques environnementales, nous nous inspirons ici de Aggerri et Hatchuel (2000).
[11]Indiquons simplement que l’analyse critique des plans départementaux sera à l’origine de l’une des inflexions majeures de la politique publique, aboutissant à partir de 1998 à un renforcement des exigences de recyclage.
© Cairn 2007 Vie privée | Conditions d’utilisation | Conditions générales de vente
À propos | Éditeurs | Bibliothèques | Aide à la navigation | Plan du site | Raccourcis
[1]
Cet accord négocié entre le gouvernement et les industriels...
[suite] Suite de la note...
[2]
L’histoire de la notion de déchet ultime mériterait un déve...
[suite] Suite de la note...
[3]
Ces études furent conduites en partenariat avec les experts...
[suite] Suite de la note...
[4]
Expression forgée par le géographe J. Gouhier, la rudologie...
[suite] Suite de la note...
[5]
Nous faisons ici un parallèle avec la notion de « vague de ...
[suite] Suite de la note...
[6]
Nous adaptons ici les catégories mises au point par Hatchue...
[suite] Suite de la note...
[7]
Sur le rôle des incertitudes partagées dans la genèse et la...
[suite] Suite de la note...
[8]
La notion d’habitude, au sens de propriété discutable d’un ...
[suite] Suite de la note...
[9]
Une directive européenne sur les emballages, adoptée en 199...
[suite] Suite de la note...
[10]
Sur le rôle des connaissances dans la conduite des politiqu...
[suite] Suite de la note...
[11]
Indiquons simplement que l’analyse critique des plans dépar...
[suite] Suite de la note...