2002
Flux
Dossier « Paquebots urbains »
L’urbanisme moderne de dalle, histoire d’un lent échouage urbain : le cas du centre-ville de Choisy-le-Roi
[1]
Guénola Capron
Géographe, est chargée de recherche au CNRS et rattachée au Groupe de Recherche sur l’Amérique latine à Toulouse. Spécialiste des sociétés latino-américaines, travaillant sur la transformation des espaces publics urbains. Elle est l’auteur de nombreux articles sur cette question, en particulier à Buenos Aires, elle a publié avec J. Monnet L’urbanité dans les Amériques. À Choisy-le-Roi, elle a tenté une excursion thématique sur des problématiques liées à l’échange, à l’espace public et à la mobilité, hors de ses terrains habituels.Université Toulouse II - GRAL5 Allées A Machado - 31058 Toulouse cedex 1Téléphone : 05 61 62 24 48 - Fax : 05 61 50 49 25
Pedro José García Sánchez
Sociologue vénézuélien, est ATER à l’université de Lille III. Il achève actuellement une thèse sur les conflits d’urbanité à Caracas à l’IPRAUS (Institut Parisien de Recherche : Architecture, Urbanisme, Société, Paris X-Nanterre) et dirige une association de réflexion et d’action en urbanisme au Vénézuéla, PasajeSin-Caracas. Les thématiques abordées dans sa thèse (violence urbaine, insécurité, conflits, urbanité) ont également été d’une importance heuristique certaine pour ce voyage au cÅ“ur de la banlieue parisienne.5, rue de Thionville 75019 ParisTéléphone : 01 42 03 10 64
Derrière quelques réussites flagrantes de « grands paquebots » ayant généré de l’urbanité et de la citadinité, on ne compte pas les échecs dont on parle moins. Les dalles « idéologiques » de l’agglomération francilienne, qui étaient censées constituer des centralités de substitution, modernes, représentent un cas de dérive urbaine progressive. L’accrochage entre le territoire (le centre-ville sur dalle en l’occurrence, avec ses places et ses lieux d’échanges — centres commerciaux, galeries marchandes —) et les différents réseaux qui s’y entrecroisent (notamment au sein des flambants « pôles intermodaux de transport ») a subi les vicissitudes de l’histoire urbaine. Cet accrochage ne s’est jamais vraiment produit, faute de pensée urbanistique et géographique globale sur les jeux d’échelles et leurs enjeux, de pensée sociologique sur le rapport entre les formes urbaines et les usages et pratiques des habitants et, finalement, faute de coordination dans l’intervention des acteurs. La dalle de Choisy-le-Roi représente un cas assez exemplaire d’un échouage urbain.
Beside a few remarkable successes of large « urban ships » in which a sense of urbanity developed, there was a large number of failures that have been less documented. The « ideological urban slabs » in the Paris region, which were supposed to develop into new, modern central places, have in fact progressively drifted. The connection between the urban place (here the new urban centers built on slabs, with its various squares and poles of connection, especially shopping centers) and the various networks that interconnect in such a place (especially the much praised « intermodal transport poles ») has suffered from the vicissitudes of urban history. This connection was never actually achieved, due to the lack of a planning and geographical reflection on spatial scales and their interaction, to the lack of a sociological reflection on the relation between urban forms and the behaviors of dwellers, and finally to a lack of coordination between urban actors. As a result, the Choisy-le-Roi slab city center constitutes a remarkable example of an urban grounding.
La plupart des grands centres commerciaux parisiens construits dans les années 1970, de Parly 2, le premier inauguré en 1969, aux 4 Temps, ouvert en 1977, sont devenus des hauts lieux de la commercialité, de rassemblement des foules, parfois couplés à des pôles d’échanges plus complexes. Les pratiques liées à l’échange marchand, combinées à celles de l’échange social, sous des formes plus ou moins éphémères, dans les espaces commerciaux d’usage public (Capron, 1998), et les échanges de voyageurs dans les pôles de connexion intermodale, vécus surtout sur le mode de la co-présence (Joseph, 1996), peuvent s’enrichir mutuellement, le passage favorisant un certain type de commerce (Gille & Mathonnet, 1998). Cependant, derrière ce petit nombre d’opérations réussies s’en cachent d’autres qui sont loin d’avoir eu les résultats escomptés. La dalle de Choisy-le-Roi, sorte de grand paquebot échoué en plein centre-ville à la suite d’une opération de rénovation urbaine précoce (1957-1977), présente le cas d’un échec retentissant. Les raisons de cet « échouage » sont multiples et se combinent entre elles, mais il est intéressant
- de comprendre comment se construit progressivement, dans l’espace-temps, la disjonction
[2] entre un ensemble urbain composite et son environnement, entre un (des) territoire(s), des lieux d’échange et des réseaux,
- comment on crée ou non de l’échange et de l’appartenance,
- avant d’esquisser quelques propositions en termes de recherche et opérationnels
[3].
De la rénovation urbaine au renouvellement urbain : trente années d’histoire urbaine
Les flambants débuts d’une opération spectaculaire et très (trop) fonctionnaliste
Jusqu’à la fin des années cinquante, Choisy-le-Roi est une paisible commune de banlieue du sud-est parisien, dont l’une des rares particularités est d’être à cheval sur les deux rives de la Seine. L’opération de « rénovation urbaine du quartier du centre-ville de Choisy », alimentée par les utopies urbanistiques, économiques et sociales de l’époque, débute à la fin des années 1950, dans l’euphorie des Trente Glorieuses. Ce sont la reconstruction du pont de Choisy, l’élargissement de la route nationale 186, alors une simple avenue urbaine bordée de commerces, et l’aménagement du chemin départemental longeant la Seine qui sont à l’origine de ce projet, visant à lutter contre la congestion du trafic automobile et à améliorer l’accessibilité des zones industrielles nouvelles situées dans le prolongement de celles de Vitry et d’Ivry. Pour l’État et la municipalité, le réaménagement du centre-ville aux habitations vétustes et insalubres et aux commerces étriqués est un moyen de lutter efficacement contre les « répercussions désastreuses tant pour la vie des habitants que pour le commerce local » qu’aura la voirie rénovée (selon les termes des documents de l’époque : bulletin municipal n° 14). Ce sont donc les motivations techniciennes et fonctionnalistes des ingénieurs des Ponts et Chaussées et des services de l’État qui sont à la base de cette opération d’urbanisme qui se veut globale : la résolution des problèmes de circulation ne peut se faire sans un programme de rénovation urbaine d’ensemble, la réussite de l’un conditionnant celle de l’autre.
Carte du Centre ville de Choisy-le-Roi
Selon les principes de la Charte d’Athènes, le programme a pour objectif de redonner un centre moderne et dynamique, « civique », à la ville en faisant table rase d’un centre historique délabré, où ne seront conservés que les principaux monuments, la cathédrale d’un côté de la nationale et les pavillons royaux de l’autre, dans le parc de la mairie. Les réseaux (voirie, parkings, transports collectifs) doivent être en sous-sol ou au niveau du sol. L’enterrement partiel de la RN 186 entre le pont et le carrefour Rouget-de-Lisle, la création d’une dalle, raccordée au sol par un système d’escaliers et de rampes, celle d’ensembles résidentiels comportant des usages mixtes (commerces, logements, bureaux, services administratifs à l’air libre, parkings et réserves en sous-sol), permettront d’assurer une continuité urbaine. La dalle, libérée des contraintes automobiles, sera « le cÅ“ur vivant de la cité, le lieu des échanges, du travail et des loisirs » (bulletin municipal n° 14, p. 6).
Le nom même de « centre commercial » de Choisy-sud 2, au milieu des années 1970, était une référence claire aux autres équipements commerciaux régionaux alors projetés, dotés de ce même chiffre 2 (Parly 2, Rosny 2, etc.), nouvelles centralités urbaines de substitution à la face rénovée et accueillante, qui commençaient à apparaître aux quatre coins du pays. Le centre de Choisy, où s’articulent différentes échelles, régionale, communale, de voisinage, devait devenir un centre attractif de la région. Son extraordinaire situation, à proximité de cités-dortoirs, de zones industrielles et de grands équipements d’intérêts national et régional (le M.I.N. de Rungis et l’aéroport d’Orly au sud, la préfecture de Créteil à l’est), ainsi que sa desserte par la liaison ferroviaire Paris-Orléans qui la rendait rapidement accessible depuis la gare d’Austerlitz, constituaient des atouts formidables : « C
Å“ur d’une vieille commune, son rôle administratif, culturel et social se développera, car sa situation fixe son destin »
(op. cit.). L’étude de l’équipement commercial a été définie en liaison avec le District de la Région de Paris et l’I.A.U.R.P. Le centre commercial projeté, d’une surface totale de 50 000 m
2, était de taille intermédiaire, entre les futurs centres commerciaux régionaux déjà programmés de Créteil et de Thiais (respectivement situés à l’est et à l’ouest)
[4].
L’opération de la « rénovation du quartier du centre de Choisy-le-Roi » est placée sous les auspices de l’urbanisme centralisateur de l’époque, puisque ce sont la préfecture et le ministère de la Construction qui lancent en 1957-1958, avec la municipalité, l’idée de la rénovation du centre. L’opération est confiée en 1963 à l’Office Public d’H.L.M. interdépartemental de la Région Parisienne. Les tours commencent à surgir de terre en 1966. Les premiers commerces ouvrent en 1967 et le centre commercial, en copropriété, est inauguré en 1968, avec l’ouverture du Monoprix, au sud de la RN 186.
Mais les croquis et les plans d’aménagement réalisés au début des années soixante n’ont que peu de choses à voir avec ce qui a été effectivement construit. Des vingt hectares initialement prévus, seuls trois ont pu être achevés. Toutes les tours de logements n’ont pas été édifiées. Des trois niveaux de parking, on n’en compte qu’un et demi. La surface commerciale totale est passée de 50 000 m2 à 13 500 m2. Un grand nombre d’équipements administratifs et culturels n’ont pas été réalisés. En 1977, le conseil municipal décide de mettre fin à l’opération de rénovation urbaine du centre de Choisy, qui a pris du retard par rapport à l’échéancier initial (l’achèvement du programme était prévu en 1975) et s’avère être un véritable gouffre financier. Le déficit de l’opération est alors en grande partie pris en charge par l’État.
L’opération reste donc inachevée et les effets de cet inaboutissement sont en partie à l’origine des déboires du centre-ville de Choisy : la mise en souterrain de la RN 186 n’a pas été effectuée et celle-ci crée une véritable coupure urbaine, résolue hâtivement par la construction d’une unique passerelle, entre la dalle nord, fréquemment qualifiée de « sociale », en raison de la forte concentration de logements sociaux, et la dalle sud, baptisée « commerciale », à cause de l’implantation des galeries marchandes ; la continuité entre la dalle et le reste du centre-ville est très mal assurée, tant à la hauteur de la nationale qu’à celle de la place de la gare, la dalle présentant des façades aveugles le long de la nationale ; la construction des commerces de la dalle nord a été abandonnée, la fonction marchande « nouvelle » se concentrant dans la partie du centre historique qui n’a pas été démolie, en dehors des commerces du centre ancien, finalement épargnés (autour de la place de l’église) ; les dénivellations, multiples, rendent l’orientation et la circulation piétonne difficile, surtout pour les personnes à mobilité réduite.
L’évolution et les déboires du pôle et de la place d’échanges
Malgré tout, correspondant aux nécessités de consommation et d’habitat à cette époque, ainsi qu’aux goûts, aux modes et aux idéaux en vigueur, la dalle a bien fonctionné dans un premier temps, la concurrence des centres commerciaux régionaux voisins ne se faisant encore que peu sentir. La galerie marchande présente un visage amène et le commerce y a sa dynamique propre, louvoyant entre influences de voisinage communale, ou intercommunale. La gare du RER C, remodelée, reconstruite dans un nouveau bâtiment édifié légèrement à l’écart du Pont de Choisy, est censée faire de la galerie un pôle attractif autour d’un quartier de gare rénové. Une passerelle irrigue directement la dalle sud et permet, en particulier, les correspondances vers la ligne de bus 183, l’une des plus fréquentées de la région, entre Orly-Rungis et la porte de Choisy, le long de la RN 305 (nord-sud). À la fin des années 1980 est inauguré le tronçon de l’A 86 qui passe au nord de la commune. À la suite et conjointement, est construite en octobre 1993, sur la RN 186, une ligne de bus en site propre, le Trans-Val-de-Marne (TVM), qui relie Chevilly-la-Rue à Saint-Maur-les-Fossés. Choisy bénéficie donc d’une desserte particulièrement exceptionnelle pour une commune de banlieue de taille intermédiaire. Les mouvements à l’intérieur du pôle intermodal sont parmi les plus élevés de l’Ile-de-France : 35 000 déplacements voyageurs par jour, selon une enquête effectuée par la RATP en 2000. Mais le centre de Choisy-le-Roi souffre aussi d’une saturation de flux dans un centre-ville dont l’automobiliste qui le traverse ne perçoit que les murs aveugles de la dalle, ainsi que d’un excès de flux étrangers parasitant la vie locale, qui transitent tous par une voirie majeure, initialement prévue pour la desserte locale ou intercommunale
[5].
D’un point de vue fonctionnel, le pôle intermodal est défini comme un n
œud
« vers lequel convergent ou se connectent différents réseaux et modes de transport » (Allard et al., 1996) et où s’articulent plusieurs échelles, essentiellement locales, intercommunales et régionales. C’est bien ainsi que l’on pourrait caractériser celui de Choisy-le-Roi, éclaté entre trois éléments spatialement disjoints et éloignés (la gare RER, la station de bus du pont de Choisy et le pôle Rouget-de-Lisle où se croisent le TVM et la ligne 183, entre autres), qui se révèlent néanmoins d’une incommodité certaine pour des usagers en quête de moins de temps d’attente et de plus de confort. La gare des années 1980 a une architecture fonctionnaliste, avec ses couloirs et ses sas d’entrée et de sortie un peu sordides, malgré les efforts de rénovation actuels dans le cadre du programme Transilien de la SNCF. En outre, la position centrale du TVM a occasionné, au niveau du pont de Choisy, plusieurs accidents mortels de voyageurs en transit. D’après les résultats d’une enquête menée par la RATP en 2000 (document interne) environ 2 000 personnes feraient quotidiennement les 300 mètres de trajet en intermodalité entre le pôle Rouget-de-Lisle et la gare, sans véritablement constituer une clientèle pour la galerie marchande par laquelle ils transitent en majorité. 8 000 autres vont de la gare RER au pont de Choisy, sur un trajet beaucoup plus court
[6]. Or, vers la fin des années quatre-vingt, la dalle a commencé à sombrer doucement.
La plupart des raisons du déclin progressif du centre commercial et de la dalle sont communes à d’autres sites similaires, mais la conjonction de facteurs
a priori ou
a posteriori défavorables est particulièrement remarquable à Choisy. Ils sont d’ordre social (la forte concentration de logements sociaux en centre-ville
[7], la précarisation de leur population au cours des années 1990…), morphologique (les coûts d’entretien élevés de la dalle, le manque de flexibilité de la forme…), fonctionnel (le positionnement marchand incertain du « centre commercial », la localisation entre deux géants de la grande distribution, le changement des modes de consommation des Français), gestionnaire (l’absence d’unité de gestion et les conflits internes aux copropriétés, le vieillissement des commerçants et des infrastructures ne favorisant pas le renouvellement et l’entretien des infrastructures). La plus grande partie des commerces d’origine, alimentaires et de proximité, ont fermé boutique et ont souvent été remplacés par des magasins du type « bazar », « friperies », « fast-food », et par du commerce « ethnique »
[8] (en l’occurrence, ici, des cafétérias turques), surreprésentés, puis par des agences bancaires et d’intérim, profitant de l’intensité des flux de passage. En 1976, le départ, jamais compensé par d’autres enseignes plus bas de gamme, de la « locomotive » Monoprix vers un autre local situé de l’autre côté de la RN 186, au pied de la dalle nord, a constitué une forte perte de commercialité. La concentration de services et d’équipements publics et associatifs dans le centre de Choisy sont des atouts considérables. Mais ils sont dispersés et plutôt situés sur les marges de la dalle, en position périphérique, ne jouant pas véritablement un rôle de « locomotive » dans un ensemble passablement dégradé.
C’est surtout la crise économique du début des années quatre-vingt-dix (1992-1993), avec le départ des entreprises installées dans l’unique tour de bureaux de Choisy (Orix), sur la dalle nord, qui a eu un impact considérable sur le déclin de l’activité économique de la dalle. Les commerces « de bouche » (en particulier les restaurateurs) ont été particulièrement affectés par le déménagement de ces entreprises qui assuraient une part importante de leur chiffre d’affaires à l’heure du déjeuner. Avec l’embellie du secteur immobilier, la tour Orix s’est à nouveau remplie (environ 600 employés), redonnant du travail aux restaurateurs qui, du coup, ne sont plus assez nombreux pour répondre à la demande.
Le « centre commercial », devenu simple galerie, présente tous les signes d’une déshérence galopante : des taux de rotation et de vacance importants
[9], des ambiances commerciales peu amènes, peu favorables à l’échange marchand, et qui suscitent une perception d’insécurité chez de nombreux habitants
[10], malgré les efforts d’embellissement de la municipalité sur les parties appartenant au domaine public (les places essentiellement).
Ainsi, sans que l’on ait calculé les taux d’émission résidentielle ou commerciale, on peut voir, à partir des données de l’enquête RATP déjà citée, que Choisy est centrifuge pour le commerce
[11] et pour l’emploi. En revanche, elle est centripète pour les services administratifs ou bancaires (comme la Caisse d’Épargne) à l’échelle intercommunale (si l’on inclut seulement les motifs origine des montants des lignes de bus).
Aujourd’hui, après avoir tenté la réhabilitation, on parle comme ailleurs de démolition partielle et de renouvellement urbain
[12], sans que leurs fondements n’aient été « scientifiquement » établis ni même politiquement argumentés. Ils reposent tantôt sur des intuitions non étayées, tantôt sur des présupposés moralistes ou esthétisants qui valorisent l’image d’une ville ancienne, parfois palimpseste, organisée autour de lieux du pouvoir et de l’histoire, prônant, comme dans le cas de nombreuses opérations dites de « renouvellement urbain », la monumentalisation, la mise en perspective, le retour au « sol naturel », aux formes traditionnelles de l’îlot et de la rue, selon des logiques planificatrices, sans égard pour les usages habitants. S’est-on suffisamment interrogé sur les raisons des dysfonctionnements des dalles ? Toutes les études institutionnelles produites à Choisy ont eu recours à des relevés de type quantitatif en termes de flux ou de réseaux, qui ne disent rien sur la manière dont ceux qui font le plus couramment usage de cet espace le perçoivent, le vivent. Les résolutions et les solutions des acteurs sont essentiellement de type techniciste et fonctionnaliste. Certes, la dispersion et la multiplication des acteurs depuis la décentralisation ne facilitent guère la prise de décision, mais
quid des acteurs « ordinaires » ?
La dalle comme territoire : paroles et parcours d’habitants
Centre civique sans doute inabouti, ancienne place d’échanges d’influence intermédiaire qui n’est plus très fréquentée, lieu de vie cependant pour des milliers d’habitants, les dalles de Choisy, telles qu’on les surnomme localement, ressemblent à un grand paquebot échoué. Elles ne sont amarrées ni à un centre-ville dont la dalle sud constitue une sorte de « trou noir » reliant des formes de centralité plus traditionnelles (le parc de la mairie d’un côté, les rues commerçantes du vieux Choisy de l’autre), ni véritablement à un pôle intermodal. Dans son souci de rationalisation et de fonctionnalisme, l’urbanisme moderne des années 1960 en a oublié que l’habitant est aussi un usager. Certains diraient ainsi de la dalle de Choisy qu’elle constitue un « non-lieu » anthropologique (Augé, 1992) : sans mémoire, sans identité. Pourtant, quand on l’observe de plus près, elle est loin de l’être, c’est bien un lieu « habité ». Habiter une ville, c’est la pratiquer, l’utiliser, la vivre, la ressentir, à toutes les échelles, pas seulement à celle de la résidence, également à celle de la ville et de l’agglomération. Ainsi, chacun peut être habitant d’un lieu, dès lors qu’il y a une forme d’habituation née de la répétition des usages — habitudes sociales, utilisation d’un espace à travers une activité comme le déplacement ou l’approvisionnement, ou maniement d’un objet comme un banc — (Bréviglieri, 1999). À partir des usages se dessinent des figures d’usagers : à Choisy, les résidents, les travailleurs (les employés des services publics, des commerces ou des entreprises privées installés sur les dalles), mais aussi les passants réguliers ou occasionnels, en particulier ceux qui cheminent quotidiennement d’un point à l’autre du pôle intermodal. L’ensemble des espaces fréquentés, pratiqués régulièrement par des habitants, producteurs de degrés d’identification variant d’un individu à l’autre, constitue des territoires, dont les limites, floues, ne recoupent pas les territoires politiques et gestionnaires. C’est à travers la confrontation entre les usages, en particulier ceux qui sont liés aux mobilités quotidiennes à l’intérieur du pôle intermodal, les représentations et les formes d’investissement affectif et esthétique (relevant de l’ordre sensible), que nous avons essayé de saisir les formes d’« adhérence » (Amar, 1993) entre les réseaux et les territoires, qui, loin de s’opposer à ces premiers, peuvent se combiner entre eux et se co-produire mutuellement.
Usages
À partir des observations ethnographiques des usages des lieux, on peut dire que la dalle de Choisy est loin d’être le « no man’s land » évoqué par les urbanistes, les aménageurs ou d’autres acteurs institutionnels. Au contraire, les usages, licites ou illicites, observés au cours des journées et au fil des saisons, y sont multiples. Les jeunes qui rouillent à l’entrée de la galerie Rouget-de-Lisle, sur la place Île-de-France ou encore dans certains locaux commerciaux ; les personnes âgées d’origine maghrébine qui s’asseyent sur les rebords des bacs à plantes de la dalle sud ; l’intense activité d’un PMU aux proportions démesurées, qui attire une clientèle d’origine étrangère pour les activités de bar et toutes sortes de clientèles pour le PMU, la terrasse de la brasserie du Rimm’s, toujours pleine dès que le soleil pointe ses premiers rayons ; les enfants qui jouent dehors, font du patin, du vélo ou de la trottinette, les jours de vacances et de beau temps ; les mères de famille qui passent avec leur poussette et leur caddie les jours de marché ; ceux qui viennent faire des courses, surtout au moment des soldes, et parcourent la dalle selon une trajectoire savamment maîtrisée ; les cyclistes et les scooters qui traversent la dalle et même la galerie Rouget-de-Lisle (y compris la police municipale à vélo) ; enfin tous les nombreux passants qui se pressent d’un point du pôle intermodal à un autre. Des réseaux sociaux, finement tissés
[13], ceux de la diaspora turque, donnent également une certaine animation aux deux principales galeries marchandes. Un peu plus loin, le parc de jeux situé en face du bâtiment administratif de la mairie a un grand succès à l’heure de la sortie des écoles. La mauvaise circulation des vents, parfois très violents, sans doute renforcée par des effets locaux tels que, la disposition des tours et la surélévation de la dalle, génère aussi un inconfort thermique peu évoqué mais net, surtout en hiver.
Sur la dalle, entre habitat et commerces
En revanche, certains endroits, en particulier les espaces de transition entre les formes urbaines traditionnelles et les formes modernes, sont complètement déserts et font « coupure » plutôt que « jointure » : par exemple, sur la dalle sud, l’espace et l’aire de jeux délaissés, qui séparent la dalle et le parc de la mairie par une grille aux accès restreints ; sur la place de la gare, la petite « agora » en forme d’amphithéâtre, placée sous la passerelle reliant la gare à la dalle, coincée entre plusieurs rues, et qui n’occupe que très rarement la fonction à laquelle elle était destinée.
Les usages de la dalle s’inscrivent dans le temps : temps de la ville, temps climatique, saisons qui passent, temps sociaux. La physionomie et les ambiances de la dalle sud changent complètement selon le temps qu’il fait, pluvieux ou ensoleillé, entre l’hiver et l’été, les rendant plutôt agréables ou au contraire sinistres. Dès que le soleil illumine la dalle, elle peut être « sympa ». Quand il fait beau, la dalle sud s’anime. Les jours de pluie, les passants empruntent plus facilement la galerie au lieu du parc, les employés se déplacent moins en vélo et en transport en commun. Dans la journée, c’est plutôt calme, sauf pendant les vacances scolaires, jusqu’au « rush » de 16h à 19h, à la sortie des bureaux et des écoles. Les jours de marché sont d’une grande affluence, notamment entre le parc de la mairie et la dalle nord (sur la passerelle qui surplombe la RN 186). Le marché est en effet un élément attractif à l’échelle intercommunale. Le soir, la traversée de la galerie est complètement dissuasive pour tous, habitués ou non.
Les employés et les cadres qui travaillent sur les dalles, ou qui, pour des raisons professionnelles, traversent la dalle du nord au sud semblent avoir un usage plutôt restreint de celle-ci et du centre-ville. C’est du moins ce qui ressort en premier lieu des entretiens. Dès qu’on creuse un peu la question, au-delà des inévitables « la promenade, c’est pas mon fort », « la dalle, ce n’est pas ma tasse de thé », « on n’a qu’une envie, c’est de rentrer directement chez soi », « c’est vraiment très rare que je fasse des courses sur la dalle », surgissent des pratiques commerciales, rares ou plus fréquentes, des échanges sociaux, des discussions avec des commerçants, connus ou avec lesquels on a été jusqu’à lier amitié, et surtout une habituation des usages, même chez ceux qui affirment ne pas avoir d’habitudes.
Entre dalle et parc, une aire de jeu abandonnée
Par exemple, un homme d’environ 35 ans, employé dans une banque située sur la dalle depuis trois ans, dit ne pas avoir le temps de se promener et ne pas tellement « pratiquer la dalle », où il est contraint de venir travailler. Mais, au cours de l’entretien, il finit par avouer la fréquentation de certains magasins, entre autres, de temps en temps, celle de « Fabio », où il achète des vêtements à sa fille. Finalement, il dit être devenu ami avec le directeur de cette boutique avec qui il va parfois discuter quand il finit sa journée.
Certes, la dalle n’est pas ce « non-lieu » que la plupart des acteurs institutionnels cherchent à épingler, comme le montre l’ancrage des habitudes et des pratiques habitantes et commerçantes de la dalle et du quartier saint Louis (le centre ancien), celles des employés et des cadres, celles des résidents, du moins de la dalle et de ses environs. En revanche, on peut effectivement se demander en quoi ces usages servent la fonction marchande de la dalle ? Par où passent les personnes qui font le trajet entre le pôle Rouget-de-Lisle et la gare RER dans ce territoire si complexe ?
Passages
Les entretiens avec des usagers, des résidents, des commerçants et les cheminements effectués avec des employés et des résidents de la dalle, ainsi que les suivis de parcours d’inconnus ou ceux avec les étrangers (individus qui ne connaissent pas le site, auxquels nous avons demandé de se rendre à la Poste, depuis la gare), permettent de préciser les itinéraires liés à certains usages (pratiques commerciales, passages, etc.) et à certaines figures d’usagers (du moins, en fonction des « rôles » qu’ils jouent à différents moments de la journée).
Les usagers « réguliers », les « habitués » (résidents de Choisy, personnes en situation d’intermodalité qui effectuent le trajet entre le carrefour Rouget-de-Lisle et la gare RER) empruntent différentes trajectoires, en fonction de leurs envies, de leur affectivité, de leurs activités (un détour à faire pour une démarche administrative ou une course, etc.), mais aussi de leur lieu de résidence, très déterminant des trajectoires effectuées. L’itinéraire le plus direct et le plus emprunté est la galerie Rouget-de-Lisle, située dans le centre commercial. En particulier, on a pu constater que les usagers réguliers du bus 183 (qui proviennent d’Orly-Rungis — en général, du grand ensemble stigmatisé des Navigateurs, de la zone limitrophe d’Orly et de Choisy, angle « mort » d’Orly par rapport au RER —) descendent alternativement au pôle Rouget-de-Lisle et à l’arrêt précédent, situé à l’entrée du parc de la mairie qu’ils traversent, s’il ne pleut pas, « parce que c’est plus court », ou « parce que c’est plus agréable ». D’autres, en transit au pôle Rouget-de-Lisle (en provenance de Paris ou d’Orly), ont des stratégies d’évitement et sautent parfois dans le premier bus qui passe sur la RN 186 pour rejoindre la gare (sans beaucoup d’égard pour la couleur des feux, d’ailleurs). En effet, l’interconnexion entre le bus 183 et les bus qui remontent la RN 186 en direction de la gare RER ou de Créteil est assez importante : selon nos observations (évidemment, approximatives) aux heures de pointe, la moitié des gens, voire plus, descendent du bus 183 pour prendre le bus 393, le bus 396 ou le TVM qui remontent tous la nationale en direction de Créteil ou de la gare.
Les usagers « moins réguliers » qui ne résident pas dans la zone de Choisy (soit parce qu’ils ne font qu’y travailler, soit parce qu’ils ne la fréquentent pas depuis longtemps, soit pour d’autres raisons — méconnaissance, manque de curio-sité… —), ont une utilisation contrainte et routinière de l’espace : ils transitent par la galerie marchande, parce qu’ils ont l’habitude, parce qu’ils ne se sont jamais posé la question de l’existence d’un autre chemin, parce qu’on ne leur en a pas indiqué d’autre (« parce que c’est le seul chemin qu’on m’a indiqué »), « pour passer », parce qu’« ils ne vont tout de même pas passer par la nationale ! », ce qui en dit long sur l’aménité du parcours. Même des résidents de Choisy ne connaissent pas la dalle ou l’ignorent complètement. Si certains de ceux qui résident dans les communes voisines et la traversent quotidiennement pour aller prendre un transport en commun, l’identifient un peu mieux, pour l’avoir fréquentée antan ou pour y aller encore aujourd’hui, la plupart n’ont qu’une connaissance restreinte de leur trajet et de Choisy-le-Roi : la galerie marchande Rouget-de-Lisle, la RN 186.
L’une des deux galeries marchandes situées sous la dalle (galerie Rouget-de-Lisle)
On emprunte en général le centre commercial, « parce que c’est plus court », parfois « parce que c’est plus agréable » (par rapport à la nationale !), très peu « pour faire des courses ». On descend au pôle Rouget-de-Lisle, quand on a « à faire » (tabac, fast-food, autre course ou service public). La nationale est très peu utilisée par les piétons à partir du pôle Rouget-de-Lisle, comme on a pu l’observer, sauf « pour changer », comme nous a dit une personne. Quand le trajet du centre commercial est perçu comme plutôt agréable, c’est toujours lorsqu’il est comparé à la nationale (de même que le parc est plus agréable que la galerie pour les usagers du bus 183 en provenance d’Orly/Rungis).
Les itinéraires des étrangers, sur la dalle, ne recoupent absolument pas ceux des usagers réguliers ou occasionnels. Bien entendu, dans les parcours commentés, plusieurs se sont perdus et ont dû faire demi-tour. Certes, chaque individu a des compétences cognitives et pragmatiques, ainsi que des attitudes différentes. Les chemins empruntés ont été variés : par le dédale de galeries, par la dalle sud puis la dalle nord, sous la dalle par la rue souterraine, etc. En dehors d’une personne, qui a commencé à se perdre dans les galeries secondaires et s’est finalement dirigée vers la galerie Rouget-de-Lisle, aucun des étrangers ne l’a spontanément empruntée. Pourtant, plusieurs des étrangers sont passés devant la double entrée située sur la dalle. Mais, même si tous ont regardé l’entrée de la galerie marquée par un panneau « centre commercial », aucun ne l’a empruntée, car, d’après eux, elle est peu engageante et n’a aucune qualité pragmatique « traversante ».
Ce qui ressort des entretiens réalisés sur les quais de la gare et avec certains commerçants, c’est que la galerie marchande et, plus largement, la dalle sont surtout des espaces de passage, des espaces d’usages contraints, du moins pour les personnes en situation d’intermodalité entre le bus 183 et la gare RER, souvent même pour les résidents qui ne font que la traverser pour aller de chez eux au marché. Il apparaît qu’elle n’invite guère à la découverte, à la flânerie et à la déambulation, peu à l’arrêt (sauf pour quelques commerces « de bouche » et un tabac du carrefour Rouget-de-Lisle).
Le patron de la brasserie du Rimm’s, lors de son installation au début des années 1990 au croisement des deux principales galeries et de la passerelle, avait choisi avec flair cet emplacement, parce qu’il était très passant et qu’il était au cÅ“ur du « Triangle d’Or PMU-Assedic-Sécurité Sociale ». C’est d’ailleurs à cet endroit-là, ainsi que sur la passerelle, que s’installent les gitanes et les mendiants. De son excellent point d’observation, c’est-à-dire le croisement entre deux axes majeurs de passage, il remarque que « les gens passent par obligation, parce que je crois qu’ils ne viennent pas toujours par plaisir, mais ils viennent au moins par obligation […]. C’est un passage forcé, quoi. […]. Mais il me semble qu’à une époque y’avait plus de passage ». Tout tend à montrer que l’espace, dans ses aménagements spatiaux, ne mobilise guère les compétences cognitives des usagers en mouvement. Le déplacement s’inscrit dans une routine qui n’est guère en empathie avec le territoire traversé.
Images
Pour les étrangers, ce sont le premier contact et l’impression initiale qu’ils ont du quartier de la gare qui indexent toutes les descriptions suivantes de la ville. Les individus qui parcourent le centre-ville à pied procèdent ainsi par inférence logique, par extrapolation, en ayant, en particulier, recours à des figures métonymiques (la partie pour le tout) ou à des synecdoques, à partir de ce qu’ils ont d’abord vu et perçu. Le choc provoqué par la vue des tours et de la dalle (dans leur massivité, dans leurs formes — stigmatisées —) tend à orienter l’ensemble des descriptions suivantes et à monopoliser la représentation que l’on a de Choisy et la façon dont on l’identifie. L’arrivée en ville ne donne pas une bonne image de Choisy : ni la place de la gare, ni la dalle ne génèrent des commentaires très positifs. Mais il s’agit moins de commentaires esthétiques (malgré les remarques de certains sur les tours), que de remarques concernant les dimensions cognitives et perceptives (en particulier visuelles) de l’accessibilité d’un lieu inconnu où l’on débarque : « Les accès sont pas évidents, sans même vouloir aller à la poste, si tu veux te rendre de l’autre côté de la ville…, ce n’est pas pratique ».
Une perspective vers l’église, « tronquée » par la différence de niveau entre la dalle et le sol
Ensuite, au cours du parcours commenté, les étrangers ont tendance à indexer leurs impressions sur la perception de la dalle déserte et triste, et surtout de la galerie sombre et abandonnée. La communication et la mobilité comme compétence, comme jouissance du voyage, et non comme simple déplacement, sont en effet des qualités participant à la construction de l’espace public (Joseph, 1984). Or, elles sont largement absentes du centre-ville de Choisy-le-Roi.
Les formes stéréotypées de la ville viennent nourrir les premières perceptions et impressions du lieu : celles des formes de centralité traditionnelle — l’église, la mairie, les petits commerces, quelques services, dans des rues — qui alimentent « l’idée qu’on peut se faire d’une ville » avec ses « lieux communs » (au sens propre comme au sens figuré : Monnet, 2000) ; celle des clichés dualistes sur la banlieue, nuancés, cependant, en fonction du lieu d’origine de la personne interrogée (familière de la banlieue parisienne ou non, « provincial », enfance passée dans un grand ensemble, etc.) : tantôt banlieue pavillonnaire, tantôt grands ensembles avec sa population immigrée, tantôt village. Ceux qui ont vécu dans des grands ensembles ou en ont connu, se remémorent leur expérience : « t’arrives toujours dans une gare, tu débouches sur un centre commercial, comme ça, à plusieurs niveaux ou sur une plate-forme entourée de bâtiments […]. On sortait de la gare, donc on était au centre-ville, et euh, le regroupement de petits magasins, pour moi, c’était un centre commercial, et il devait y avoir une poste ou au moins un bureau de poste ».
Depuis la gare, la dalle et ses accès
Toutes les impressions fugaces que les étrangers ont plus tard (notamment du côté du carrefour Rouget-de-Lisle où plusieurs d’entre eux se sont exprimés « là, c’est mieux » ou « là, ça ressemble plus à un centre-ville »), ou dans le parc de la mairie, empêchent une saisie globale du centre-ville (qui n’est pas perçu comme tel par tous, malgré la présence d’indices répétés), brouillant l’identification de la ville, d’autant plus que les noms de lieux fournissent des informations contradictoires (entre l’ascendance royale de la ville, à travers le nom de Choisy-le-Roi — parfois rapproché de Bourg-la-Reine et surtout de Versailles — et la multiplication d’appellations républicaines et révolutionnaires). L’hétérogénéité socio-spatiale et les contrastes brutaux déconcertent : « y’a un décalage entre les deux qui est surprenant, ouais. Surprenant parce que choquant ». « J’sais pas, t’as vu cette énorme église au milieu du centre commercial et des immeubles et un peu…, à la jonction quoi… Au milieu, t’as une boucherie Hal’al, des trucs antillais, des trucs asiatiques un peu partout […]. J’en sais rien moi, c’est de l’autre côté. C’est une autre ville ? […]. Tu vois, la ville est complètement coupée en deux, hein, les douves, la grille qu’est pas pratique pour accéder à la gare et même au centre commercial […]. On dirait que les choses ont été posées là sans trop de logiques sans réflexion globale ». À cet em-brouillement dans la distribution spatiale de certaines zones des dalles et des galeries commerciales s’ajoute la carence des transitions « lisi-bles », attirantes et agréables entre les divers niveaux des dalles, qui a des effets de perception craintifs et dissuasifs, et provoque des difficultés d’accessibilité.
C’est bien la perception d’un centre-ville « éclaté » qu’ont les étrangers : mais éclaté, dans un sens perceptif, et non dans celui des usages ou des représentations, tel que l’ont utilisé plusieurs auteurs dans un sens qui allait plutôt vers la fragmentation urbaine (cf. May, Veltz et al., 1998).
Pourtant, le procédé rhétorique le plus souvent utilisé par les employés interviewés et accompagnés pour décrire la dalle est celui de l’extrapolation ou de la généralisation : ainsi, c’est souvent la dalle qui est désignée comme inconfortable ou peu hospitalière, en lieu et place de certaines galeries du centre commercial. Les étrangers ont eux aussi tendance à indexer leurs impressions sur la perception de la galerie, également sur certains recoins particulièrement tortueux et mal éclairés (les galeries secondaires), sur certains lieux qui font effet de labyrinthe et sont particulièrement repoussants et insécures. « La galerie, hou là là, non ! », disent deux femmes résidant dans un autre quartier que le centre-ville, interviewées sur le quai de la gare. En revanche, note un employé de la banque sur la principale place de la dalle sud, la place Ile-de-France, « nous, on est bien là, c’est dégagé, y’a un peu de verdure, mais on serait dans une aile du centre… ». Une étrangère le dit de la même manière, à propos du même lieu : « Mais les espaces ouverts, ils sont vachement plus… place de village quoi
[14]. C’est un peu optimiste quand même […]. J’aime bien les espaces ouverts comme ça, avec du passage, avec des magasins et tout ».
Tandis que pour les habitants, c’était l’impression de passage, née de l’usage et de l’observation, qui prédomine, pour les étrangers qui ont recours à des comparaisons, des analogies (« comme ») faisant référence à leurs propres expériences pour évaluer les aménités d’un « endroit » qui semble plutôt faire « envers », c’est l’impression d’abandon, de délaissement qui donne le ton dans le soi-disant centre-ville : « cette impression de ville fantôme avec un centre qui a été déserté ou alors les magasins… Tu vois l’indicateur de la faillite du centre-ville […] ».
La division nord-sud est doublée d’une signification sociale forte, très tranchée au niveau des dalles, où le sens de territorialisation est bien ancré dans les représentations, simplificatrices de la réalité, entre les tours « sociales » du nord et les tours en copropriété du sud. Elle est l’un des obstacles à la construction d’un processus d’investissement affectif d’un espace commun. D’ailleurs, les territoires d’appartenance et les lieux de référence des jeunes sont situés à l’extérieur du territoire communal, à Belle-Epine, aux Halles ou à Créteil-Soleil, accessibles en transport collectif (cf. Kokoreff, 1995 et Boissonade, 2001, sur les pratiques des jeunes de banlieue), plutôt que dans la zone proche.
Même si le désinvestissement affectif contredit souvent les formes d’habituation des usages, avoir l’impression d’être « envoyé dans un coin », expression utilisée par l’un des employés d’une banque de la dalle, a nécessairement des effets sur la façon dont ceux qui sont contraints de fréquenter les dalles de Choisy-le-Roi et ses équipements, en particulier les employés et les cadres, se refusent à s’y attacher et même à y résider. Aucun de ceux que nous avons interrogés ne voudrait habiter à Choisy, parce qu’ils « n’aiment pas ». Cette évaluation d’ordre affectif ou esthétique signifierait d’ailleurs plutôt une volonté de marquer la différence entre lieu de travail et lieu de résidence, comme si le premier, qui apparaît comme l’envers du deuxième, n’était pas aussi un lieu « de vie », un endroit « habité ». Le « je ne pourrais pas vivre ici » revient chez presque tous les étrangers, même ceux qui ont vécu dans des cités, par exemple, dans le Midi méditerranéen, décrites comme plus ensoleillées. Le centre-ville de Choisy, pour ses habitants, n’est pas le cÅ“ur d’une centralité gratifiante et valorisante. « Le centre est pourri. C’est pas beau, j’ai honte » (femme de 40-45 ans « blanche », cadre moyen-supérieur, qui habite derrière la mairie). « No coment », dit un homme d’origine franco-américaine qui habite hors du centre-ville. Les usages sont surtout gouvernés par le désintérêt, le découragement, l’insouciance face à un centre-ville « qui paraît pas un centre où on peut faire plein de choses ». Finalement, « ça fait cité dortoir, ville de transit » (étrangère qui s’est livrée à l’exercice du parcours commenté), tout ce que souhaitaient éviter les urbanistes quand ils avaient imaginé leur cité radieuse de Choisy au début des années 1960 ! Seul le parc de la mairie, avec ses perspectives monumentales et ses formes classiques, trouve grâce aux yeux de certains étrangers, surtout en raison des ambiances. Pourtant, si quelques personnes, employés à l’heure du déjeuner ou personnes âgées, sont bien assises sur les innombrables bancs du parc, la densité d’usage, du moins en semaine, est sans rapport avec l’importance du mobilier urbain.
Le parc de la mairie, au pied de la dalle
La territorialité désigne non seulement l’ensemble des pratiques, des fréquentations, des mobilités, mais aussi les modes d’investissement de l’espace. À Choisy-le-Roi, elle est plutôt « flottante », c’est-à-dire que le territoire local est, certes, le support d’usages et de pratiques, mais ceux-ci ne permettent pas un ancrage affectif collectif. De toute évidence, les réseaux de transport (transport en site propre, gare sans quartier digne de ce nom, voirie qui crée un paysage avant tout routier, mono-fonctionnel) n’adhèrent que faiblement à un espace peu producteur d’identifications et d’urbanité citadine. Cette dernière devrait surgir de la tension — mal résolue — entre proximité, centralité et polarisation. Comme l’a montré l’analyse de la confrontation entre les usages, les parcours et les représentations issues des discours des habitants, le « pôle intermodal de transport » a plus une fonction de transfert qu’une configuration adaptée à des échanges polymorphes, où les notions d’accueil et de services connexes au transport sont loin d’être négligeables. Le commerce ne joue quasiment pas le rôle d’accompagnateur du trajet intermodal. Les modes de transport alternatifs (marche à pied, roller, bicyclette) sont négligés. Le pôle de transport est un simple nÅ“ud, à la jonction des réseaux et des territoires, mais sans effet d’« accroche » entre les deux. Il est régi par la co-présence d’usagers en transit qui s’entrecroisent dans un ballet incessant et fascinant et ne constitue ni un pôle ni une place d’échanges. C’est plutôt une dispersion et une dissémination spatiales peu fonctionnelles et peu efficaces qui prédominent. Le centre-ville de Choisy, lui-même éclaté, n’a guère de qualité d’hospitalité. L’espace est constitué d’une addition de lieux et de non-lieux sans liens.
Mais si le centre-ville n’est pas valorisant, s’il est déconcertant pour les étrangers, ne serait-ce pas, avant tout, parce qu’il n’est pas valorisé ? La valeur ne passe pas que par l’image mais par un travail fin sur le rapport entre l’aménagement spatial et les usages. Les ambiances locales et les dispositifs spatiaux semblent en effet jouer un rôle important dans les mésusages des dalles, puisque, dès que les conditions climatiques sont agréables, ou encore à certaines heures de la journée, les dalles peuvent très bien s’animer.
Conclusion : les défauts de la coordination
En effet, en dépit des paroles des habitants, les usages et les pratiques ne manquent pas, en particulier sur certaines places, sans doute pas à la hauteur des attentes sociales et d’un véritable bon fonctionnement. Mais, pas plus que la « locomotive » du centre commercial, le « pôle » ne joue le rôle d’aimant. Les liens entre « l’espace transactionnel », lieu de commerces et de services et « l’espace transitionnel », lieu de passage (Gille et Mathonnet, 1998), sont très lâches, voire inexistants. Même s’il existe un couplage né des hasards de l’histoire de l’urbanisme et de ses aléas (entre la gare et le pont de Choisy, entre la gare et le carrefour Rouget-de-Lisle), il n’a jamais été pensé. La modernisation des réseaux de transport et de l’espace urbain a certes favorisé des modes d’appropriation du lieu dans un premier temps. Mais dans un deuxième temps les pratiques sociales, constitutives de centralités multiples et réticulées, éloignées du modèle des centralités emboîtées et hiérarchisées qui ont inspiré les schémas d’aménagement des années 1960, ont changé sans que tous les acteurs de l’aménagement, ni le territoire local, chargé d’inertie, n’aient suivi ces évolutions.
La RATP a néanmoins connu récemment une véritable révolution interne, liée à la mise en place du PDU Ile-de-France : les comités de ligne et de pôle, réunis au sein d’agences territoriales déconcentrées à l’échelle des départements, soulignent la nécessité de l’inscription des flux et des réseaux dans des territoires locaux. C’est donc sans doute plutôt dans les défauts de la coopération et de la coordination qu’il faut aller chercher les motifs de la faible adhérence entre un territoire local et des réseaux qui mettent celui-ci en relation — pas très harmonieuse — avec de multiples autres territoires, à différentes échelles. Le manque de coordination entre des acteurs nombreux dont les territoires d’action ne sont pas les mêmes (territoires de la mobilité, territoires institutionnels, etc.) et les défauts organisationnels à l’intérieur de certaines des structures (absence de transversalité, etc.) sont d’évidentes sources de conflits d’urbanité (García Sánchez, 2000). Or, l’échange nécessite un minimum d’écoute et de réciprocité, et c’est sans doute ce qui fait défaut, à tous les niveaux, dans le centre-ville de Choisy-le-Roi. Les cadres cognitifs, le vocabulaire et les logiques sont divergents, tant à l’intérieur des institutions qu’entre elles (mairie, transporteurs, services déconcentrés de l’État, etc.). Par exemple, l’intermodalité n’a pas pour tous le même contenu : quel dosage entre la rapidité et l’efficacité d’une part, et le confort, d’autre part ? Malgré un travail de concertation en amont relatif à l’aménagement du pôle de transport de Choisy-le-Roi, déployé assez précocement, mais sans doute de manière insuffisante, les conflits continuent de se cristalliser sur des questions liées à l’insécurité routière. Aucune grande orientation n’a pu être définitivement fixée, alors que la situation se dégrade doucement. La mutualisation des moyens et des ressources sur des opérations déterminées en concertation ne semble guère être à l’ordre du jour.
La démolition et le retour à des formes urbaines plus traditionnelles sont-elles l’unique solution pour résoudre le manque d’adhérence des réseaux au territoire local ? Des projets modestes, construits sur l’amélioration de l’ambiance, le travail sur l’espace public et les transitions entre les différentes espèces d’espaces, la participation citoyenne, la prise en compte des réseaux sociaux, la médiation entre les acteurs, peuvent ouvrir d’autres voies. L’espace pourrait être nettement amélioré pour créer de la mobilité, du rassemblement, laisser « place » à la conversation, à la communication, à l’interconnaissance et à l’intimité, au jeu subtil des rapports entre centralité et proximité, toutes qualités qui font à la fois centre-ville et quartier, pôle et place d’échanges.
Encart méthodologique
La méthode d’observation à laquelle nous avons eu principalement recours pour appréhender les usages, les itinéraires et la perception de l’espace in situ, combine différents instruments : des observations ponctuelles directes, empiriques, qui ont permis de démarrer l’enquête et de construire les premières hypothèses ; des suivis d’itinéraires d’inconnus dans l’espace central, à la sortie du bus 183 ou de la gare, qui ont servi à retracer les principales trajectoires des individus ; des suivis de parcours d’« étrangers », c’est-à-dire de ceux qui n’ont à proprement parler aucune mémoire habitante parce qu’ils ne connaissent pas les lieux, pouvant ainsi encore verbaliser un environnement devenu neutre pour les habitants et pour lesquels les consignes étaient de rechercher un lieu (la Poste), en s’orientant à l’aide de tous les dispositifs matériels et humains possibles ; des entretiens et des cheminements avec des habitants, résidents de la dalle ou employés, permettant aux individus de « se dire » dans leur environnement, hors champ et en situation ; des enquêtes sur les quais de la gare qui complétaient les suivis d’itinéraires d’inconnus et donnaient l’opportunité d’entrer en contact avec des personnes en intermodalité, difficiles à arrêter lors de leurs parcours routiniers. Les comptes rendus de perception en mouvement mobilisent plusieurs types d’activités : la locomotion, la parole (à travers la description…) et la perception (Thibaud, in Grosjean et Thibaud, 2001, p. 81). Le « parcours commenté », instrument auquel nous avons eu recours, représente le mouvement du corps dans l’espace et parle ainsi de la manière dont on se meut, qui, à son tour, parle des lieux et des rapports des individus aux lieux dans une perspective écologique. En portant une attention fine aux ajustements des comportements à l’espace et aux autres individus, dans ce qu’ils peuvent faire épreuve ou constituer des ressources pour l’action, nous avons souhaité réintroduire une approche pragmatique qui nous a paru essentielle dans un environnement difficilement lisible, appréhensible et compréhensible d’un point de vue cognitif
[15].
·
Amar Georges, 1993, « Pour une écologie urbaine des transports », Les Annales de la Recherche Urbaine, « Mobilités », Paris, Plan Urbain, METT.
·
Augé Marc, 1992, Non-lieux : introduction à une anthropologie de la surmodernité, Paris, Le Seuil, col. La librairie du XXème siècle, 149 p.
·
Boissonade Jérôme, 2001,« Pratiques d’agrégation juvénile et dynamiques du proche », Les Annales de la Recherche Urbaine, n° 90, pp. 173-181.
·
Bréviglieri Marc, 1999, L’usage et l’habiter. Contribution à une sociologie de la proximité, thèse de doctorat, Paris, EHESS.
·
Capron Guénola, 1998, « Les centres commerciaux à Buenos Aires : les nouveaux espaces publics de la ville de la fin du XIXème siècle », Les Annales de la Recherche Urbaine, n° 78, Paris, METL, pp. 55-64.
·
García Sánchez Pedro José, 2000, « Construction et conflits d’urbanité dans les espaces publics à Caracas », in L’urbanité dans les Amériques : les processus d’identification socio-spatiale, Toulouse, Presses Universitaires du Mirail, pp. 139-150.
·
Gille Laurent et Mathonnet Philippe, 1998, Transition et transaction : pôles et places d’échange, Paris, RATP, Département du Développement, Mission Prospective, n° 121.
·
Grosjean Michèle et Thibaud Jean-Paul, 2001, L’espace urbain en méthodes, Marseille, éd. Parenthèses (col. Eupalinos), 217 p.
·
Joseph Isaac, 1984, Le passant considérable. Essai sur la dispersion de l’espace public, Paris, Méridiens, col. Sociologie des formes.
·
Joseph Isaac, 1996, « Ariane et l’opportunisme méthodique », Les Annales de la Recherche Urbaine, n° 71, pp. 5-16.
·
Koehl Jean-Luc, 1990, Les centres commerciaux, Paris, PUF, col. Que sais-je ?
·
Kokoreff Michel, 1995, Aller à La Défense. Polarisation et pratiques urbaines des jeunes, Paris, RATP, Département du Développement Prospective, n° 101.
·
Ma-Mung Emmanuel, 1992, « L’expansion du commerce ethnique : Asiatiques et Maghrébins dans la région parisienne », Revue Européenne des Migrations Internationales, 8/1.
·
May Nicole et Veltz Pierre, 1998, La ville éclatée, La Tour d’Aigues, éd. de l’Aube, 350 p.
·
Offner Jean-Marc et Pumain Denise dir., Réseaux et territoires : significations croisées, La Tour d’Aigues, éd. de l’Aube, 280 p.
·
Péraldi Michel, Foughali Nouara, Spinousa Nancy, 1995, « Le marché des pauvres, espace commercial et espace public », Revue Européenne des Migrations Internationales, 11/1.
[1]
Nous remercions Joan Stavo-Debauge, sociologue, doctorant au GSPM (EHESS), pour son aide précieuse concernant la mise en place d’une partie du dispositif de travail de terrain et la réalisation d’une partie de celui-ci.
[2]
Les relations entre réseaux et territoires sont analysées ici en termes d’« action conjointe » et non en termes d’effets structurants, terminologie qui renvoie à une approche trop techniciste (Offner et Pumain dir., 1996).
[3]
Le recours à la carte présentée est recommandé pour la lecture et la compréhension de l’article.
[4]
Une circulaire de 1969 prévoit ainsi trois types de centres commerciaux : locaux ou « de voisinage », moyen ou « de communauté », régionaux ou « suburbains », selon des définitions et des critères normatifs qui tiennent uniquement compte de seuils mesurables : nombre de locaux et de places de parking, types de commerces, temps d’accès en voiture et zone de chalandise. La construction de Belle-Epine, à Thiais, a commencé à être projetée en 1968 et s’est achevée en 1971. Créteil Soleil est inauguré en 1974 (Koehl, 1990).
[5]
Le pont de Choisy est l’un des rares où l’on puisse traverser la Seine et la RN 186 sert souvent de desserte alternative de l’A 86 en cas d’incident ou de coupure du trafic.
[6]
Cependant, il est très délicat de mesurer la véritable ampleur de ces flux et de les quantifier. Les chiffres vont de 2 000 à 10 000, sans autre précision, en passant par 4 500 passages, tous usages confondus, selon une étude de 1995 commandée par la mairie.
[7]
Le logement social constitue environ la moitié du parc de logements situé dans le périmètre de l’opération de renouvellement urbain, retenue en octobre 2000, et qui correspond grossièrement à ce que l’on pourrait désigner comme le « centre-ville ». Les copropriétés représentent cependant une part non négligeable du parc, en particulier sur la dalle sud, avec environ 400 logements.
[8]
Au sens strict du terme, c’est-à-dire des lieux d’échange ne s’adressant qu’aux membres d’une communauté spécifique et fonctionnant sur les réseaux internes à celle-ci.
[9]
Sur une centaine de modules commerciaux d’une superficie comprise entre 30 et 400 m
2, environ 75 sont en activité. Le relevé du service économique de la mairie montre qu’en l’espace d’un an (entre janvier 2000 et février 2001), 22 commerces, soit environ un cinquième du total des locaux et un quart des commerces en activité, ont fermé leurs portes. En juillet 2001, 17 locaux étaient vacants, dont certains depuis de nombreuses années.
[10]
Aspect labyrinthique, manque d’éclairage des galeries, paysage désuet, faible visibilité extérieure des entrées, dissémination des locaux, grilles en fer baissées, désolation du parking du centre commercial.
[11]
Cependant, l’enquête de la RATP sous-évalue sans doute la part de la fréquentation des centres commerciaux régionaux sur les lignes de bus 183 et TVM en raison du choix du jour d’enquête (en semaine). Un samedi aurait sans doute donné des résultats différents.
[12]
La commune de Choisy-le-Roi a été retenue en 2000 pour une opération de renouvellement urbain.
[13]
Nous n’avons cependant fait que les consigner, car leur analyse n’était pas l’objet de notre travail. Mais nombreuses sont les études entre réseaux sociaux, voire communautaires et échanges marchands (Péraldi et al., 1995 ; Ma-Mung, 1992).
[14]
D’autant plus que cette personne, sociologue, multiplie les références à Le Corbusier.
[15]
Sur la méthode des parcours commentés, cf. les travaux de l’équipe du CRESSON, à Grenoble, autour d’Augoyard, Thibaud, Chelkoff et Amphoux, en particulier dans Grosjean et Thibaud, 2001.