Flux
Métropolis

I.S.B.N.sans
112 pages

p. 4 à 5
doi: en cours

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Dossier « Paquebots urbains »

n° 50 2002/4

2002 Flux Dossier « Paquebots urbains »

Avant-propos

Agnès Sander
Plusieurs revues ont récemment publié des dossiers consacrés à l’architecture ou à l’urbanisme commerciaux [1] témoignant de l’actualité d’une interrogation sur les effets des nouvelles formes de distribution sur l’environnement urbain.
Flux a souhaité aborder ce thème à partir de la question spécifique des réseaux, bien sûr, mais aussi en posant l’hypothèse que l’évolution des formes de ces grands équipements et de leur inscription territoriale, dans une certaine rupture avec la spatialité de la ville traditionnelle, n’est pas spécifique de la grande distribution : elle concerne tout aussi bien les grands nÅ“uds du transport de personnes ou de marchandises que les parcs de loisir, les cinémas multiplex, etc.
La figure du « grand paquebot urbain », proposée par Dominique Lorrain [2] pour désigner ces grands équipements [3] et exprimer à la fois l’autarcie, la grande densité réseautique et la haute technicité qui les caractérisent, a été volontiers reprise par les auteurs de ce numéro. Ceux-ci ont filé la métaphore pour exprimer leur volonté de comprendre les liens unissant ces objets — qui ne sont en réalité que partiellement autonomes — à l’ensemble du système urbain. Ainsi les paquebots, lorsqu’ils ne « flottent » ni ne « dérivent », sont-ils « ancrés en rade des villes », « échoués », ou amarrés près du « continent quotidien ». Toutes ces métaphores montrent l’importance des infrastructures techniques et des services en réseau dans la constitution de ces grands complexes. Non seulement ils ne peuvent fonctionner que grâce à un empilement de réseaux autrefois dénommés domestiques, mais ayant subi des changements de nature en fonctionnant à une tout autre échelle (circulation interne, traitement de l’air, de l’eau, évacuation des déchets, télésurveillance, etc.) mais, en outre, leur situation particulière dans les périphéries urbaines ou dans les centres-villes ne peut être envisagée que dans le cadre de reconfigurations très lourdes des réseaux de transport de biens et de personnes les desservant.
Un article de René-Paul Desse consacré aux centres commerciaux français — avec quelques incursions dans d’autres pays d’Europe — ouvre le dossier en dressant un bilan des relations entre commerce et équipements de loisir. Il montre notamment que le modèle français, après quelques échecs retentissants, se différencie largement du modèle américain des grands malls intégrant loisir et commerce. Les logiques différentes de ces deux types de programmes conduisent à des insertions différentes dans les territoires de la mobilité quotidienne, avec des choix de dessertes (en transport collectif ou en voiture particulière) contrastés de la part des collectivités territoriales : celles-ci semblent privilégier le transport collectif lorsqu’il s’agit de desservir des centres de loisirs, laissant la grande distribution bénéficier de l’accroissement de la mobilité automobile.
Guenola Capron et Pedro García Sánchez analysent, pour leur part, le cas peu glorieux de l’un des premiers paquebots urbains français : un ensemble de logements, commerces et services organisés, au début des années 1960 à Choisy-le-Roi, sur et sous une dalle bien desservie par les transports collectifs et édifiée pour devenir le lieu d’une véritable centralité de substitution. Au-delà de l’échec commercial et urbain, que les auteurs attribuent à une disjonction progressive entre la dalle et son environnement et à des défauts de coopération et de coordination, des pratiques d’appropriation de la dalle sont mises en évidence. Dans leur conclusion, les auteurs ouvrent la voie à d’autres pistes que celle de la démolition, certes spectaculaire — lorsque comme ici la dalle supporte des tours d’habitation — mais peu respectueuse des réseaux sociaux existants.
Les trois articles suivants sont consacrés aux États-Unis et au Japon. Sophie Didier s’intéresse ainsi au cas de Disneyland, parc de loisir ouvert en 1955 aux États-Unis. Elle montre les conséquences spatiales des différences de point de vue entre les concepteurs du parc et les pouvoirs publics : tandis que les concepteurs recherchent une insularisation du dispositif, les collectivités territoriales s’interrogent — en l’absence de toute expérience antérieure qui aurait permis d’imaginer la fréquentation d’un tel équipement — sur la desserte du parc. Le conflit — non résolu — conduira à de grandes difficultés à gérer le trafic automobile, difficultés qui se répèteront, dix ans plus tard, lors de la mise en place de Walt Disney Word en Floride centrale.
Cynthia Ghorra-Ghobin étudie un complexe commercial et de loisir, symbole de la dernière génération des centres commerciaux américains : le Mall of America. Les choix d’implantation de ce gigantesque équipement, pensé comme un pôle générateur de flux et d’emploi par tous ses concepteurs, ne peuvent se comprendre qu’au travers d’une analyse des relations entre acteurs publics et acteurs privés se positionnant d’emblée à l’échelle métropolitaine. Quarante ans après le cas étudié par Sophie Didier, les enjeux de l’accessibilité d’un tel complexe sont bien connus, et les collectivités territoriales peuvent désormais préconiser pour la desserte du Mall of America le transport collectif plutôt que la voiture particulière.
Quant à Éric Baye, il se penche sur les grands complexes urbains et sur les utopies urbaines développés récemment au Japon : les objets qu’ils décrits — grands magasins, centres commerciaux, complexes de loisir, immeubles « intelligents » et à haute qualité environnementale, etc. — sont de véritables archétypes de paquebots urbains, en partie autonomes, complexes, fondés sur un usage intense des réseaux techniques. Éric Baye montre en quoi ces projets, portés par des investisseurs privés et des politiques d’État, sont caractéristiques du Japon, et comment ils se reconfigurent alors que l’île subit une importante crise financière. Le rôle des opérateurs de transport, avec un regroupement des plus connues de ces opérations autour des gares, est également mis en évidence.
Pour finir, deux notes de recherche montrent l’insertion très fine des grands paquebots dans des réseaux de diverses natures : Sophie Lestrade regarde de quelle façon les centres commerciaux français sont inscrits dans des univers d’approvisionnement et Léa Kalaora s’intéresse aux déplacements des employés de Century City, ensemble de la banlieue du Cap (Afrique du Sud) comprenant centre commercial, parc de loisir et bientôt logements.
Une note de lecture de l’ouvrage collectif de la Harvard School of Design, récemment publié par les éditions Taschen et consacré au commerce, complète (en page 95) le dispositif. Elle est l’occasion d’insister sur les réseaux internes aux grands équipements commerciaux. Dans cet ouvrage, il est en effet notamment question d’air conditionné et d’escaliers mécaniques, outils majeurs, d’après les auteurs, de l’insularisation et de la fermeture sur eux-mêmes des shoppings centers.
 
NOTES
 
[1]Urbanisme, n° 321, novembre-décembre 2001, p. 39-68, Bulletin de l’association de géographes français, n° 4, décembre 2001, p. 321-372, Diagonal n° 154, mars-avril 2002, p. 28-553.
[2]Voir en page 80 de ce numéro de Flux
[3]Lorrain Dominique, « La mégapole et les réseaux », in Peraldi et Perrin (eds), Réseaux productifs et territoires urbains, Presses universitaires du Mirail, Toulouse, 1996, p. 221-234.
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[1]
Urbanisme, n° 321, novembre-décembre 2001, p. 39-68, Bullet...
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[2]
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[3]
Lorrain Dominique, « La mégapole et les réseaux », in Peral...
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